Utilisation de l’oxygène en maison de retraite

68 | (actualisé le ) par Michel

Pourquoi parler de l’oxygène en maison de retraite ?

Parce que bon nombre de ces établissements en sont pourvus, notamment en raison des restructurations. Ils se trouvent donc dans la situation d’utiliser un traitement réservé d’ordinaire au milieu hospitalier. Mais à quelles conditions peuvent-ils le faire ?

La prescription d’oxygène n’est pas un acte anodin. Elle doit toujours être réfléchie et justifiée.

LES GÉNÉRALITÉS

L’administration d’oxygène n’est pas en soi une décision infirmière, car un malade qui a besoin d’oxygène a besoin d’un examen médical. Bien entendu, les équipes sont autorisées à administrer de l’oxygène en urgence, mais cet acte implique une vérification par le médecin dans l’heure qui suit. Car si la décision de mettre le malade sous oxygène était justifiée, alors il s’agit d’une situation de grande urgence, et il faut faire un diagnostic (infection, embolie, défaillance cardiaque...). L’oxygène ne suffit jamais à sauver la vie d’un malade.

L’oxymètre de pouls est un appareil qui permet de mesurer la saturation capillaire du sang en oxygène ; cette saturation est elle-même un témoin (imparfait) de la concentration en oxygène. Dans le cadre de notre question son intérêt est très limité [1]. L’oxymètre n’a sa place que dans certaines situations précises, ce qui suppose que le diagnostic en ait été fait.

L’oxygène s’administre à la lunette ; on n’utilisera le masque que pour passer de forts débits. On n’utilise pas les sondes nasales.

On n’humidifie pas l’oxygène ; d’abord parce qu’il faudrait autre chose qu’un barbotage dans l’eau pour y arriver ; ensuite parce que les barboteurs, quelles que soient les précautions qu’on prend, sont toujours le lieu d’une contamination microbienne. L’humidification n’est à envisager que lors de l’utilisation prolongée de débits élevés.

Toute prescription d’oxygène suppose que soit préalablement résolue la question : ce malade doit-il être transféré ? En règle générale une situation nécessitant une oxygénothérapie impose une surveillance qui dépasse les moyens d’une maison de retraite ou d’un hôpital local.

LES SITUATIONS

L’INSUFFISANT RESPIRATOIRE CHRONIQUE :

L’oxygénothérapie au long cours est de pratique habituelle. La prescription initiale suppose un avis pneumologique.

Elle est réalisée à un débit de 1 à 2 l/mn, au moins 16 h sur 24.

En dehors des épisodes aigus, la surveillance comporte tous les mois :
- État général.
- Pouls.
- Hémoglobine.
Dans ce contexte l’oxymètre n’apporte rien. Il n’a d’intérêt que lorsqu’il s’agit d’expliquer une situation aiguë (agitation...).

LA PATHOLOGIE CARDIORESPIRATOIRE D’URGENCE :

Un certain nombre de situations justifient une oxygénothérapie :

La pathologie coronarienne :

On peut administrer l’oxygène dans les 3 premières heures, à un débit de 3 l/mn. Passé ce délai la décision doit être réexaminée :
- Si l’ECG est normalisé, on arrête l’oxygène.
- S’il ne l’est pas on doit choisir entre un transfert SMUR à l’hôpital de proximité ou une entrée en fin de vie.

L’œdème pulmonaire aigu :

S’il est cardiogénique, on administre toujours l’oxygène ; le débit est de 6 l/mn. La situation est réévaluée au bout d’une heure :
- Si l’état du malade est amélioré, on ramène le débit à 3 l/mn jusqu’à stabilisation, qui doit être obtenue en 3 heures.
- S’il ne l’est pas on doit choisir entre un transfert SMUR à l’hôpital de proximité ou une entrée en fin de vie.

Dans toutes ces situations l’oxymètre de pouls n’a pas d’intérêt : le but de l’oxygénothérapie est préventif, il s’agit de saturer le sang en oxygène, sans se demander si le malade en manque réelllement.

La pneumopathie :

L’oxygène peut être prescrit, à un débit de 3 l/mn, pendant les 24 premières heures. Elle entraîne celle de corticoïdes et une perfusion sous-cutanée. Au bout de 24 heures la situation est réévaluée :
- Si l’état du malade est amélioré, on arrête l’oxygène.
- S’il ne l’est pas on doit choisir entre un transfert SMUR à l’hôpital de proximité ou une entrée en fin de vie.

Aucune prescription d’oxygène n’est justifiée plus de 24 heures : si le malade n’est pas amélioré dans ce délai, on doit choisir entre un transfert SMUR à l’hôpital de proximité ou une entrée en fin de vie.

L’urgence non identifiée :

Il arrive que l’équipe se trouve face à un malade pour lequel elle pense, pour telle ou telle raison, qu’il pourrait avoir besoin d’oxygène. Dans ce cas, elle soit appliquer les règles suivantes :
- Elle prend une oxymétrie capillaire avant toute administration d’oxygène.
- Quel que soit le résultat, elle suit son idée et installe une oxygénothérapie. Dans le doute [2]elle utilise un débit élevé (6 l/mn).
- Elle appelle le médecin en urgence.
- Elle surveille l’oxymétrie en attendant le médecin.
- Elle organise une éventuelle évacuation du malade vers l’hôpital de proximité.

LA FIN DE VIE :

L’oxygène n’a pas d’indication en fin de vie.

Les moyens utilisés pour lutter contre la dyspnée en fin de vie sont :
- Les corticoïdes.
- La scopolamine.
- La morphine.
- L’Hypnovel®.

P.-S.

La version présentée est complétée en tenant compte des remarques faites sur le forum. Comme tous les articles de ce site elle pourra continuer d’évoluer en fonction des apports de chacun.

Notes

[1La mesure de la saturation en oxygène donne un chiffre. Mais il faut toujours se méfier de ce qu’on fait quand on mesure, car personne n’est jamais mort d’un chiffre. Ici c’est la clinique qui va compter.

[2Il est des situations où cette décision sera nocive, mais elles sont rares, et le meilleur pari est de ne pas en tenir compte.