<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel>
	<title>--- G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey ---</title>
	<link>http://michel.cavey-lemoine.net/</link>
	<description>Pratiquer la m&#233;decine g&#233;riatrique, c'est se confronter tous les jours avec des humains qui vivent leurs derniers temps. On ne peut pas faire ce m&#233;tier sans se questionner, non seulement sur la mort mais plus largement sur le sens m&#234;me de l'existence. Que valent ces r&#233;flexions ? Je ne sais pas. En voici quelques-unes, juste pour les partager.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>--- G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey ---</title>
		<url>http://michel.cavey-lemoine.net/IMG/siteon0.jpg</url>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/</link>
		<height>167</height>
		<width>132</width>
	</image>




	<item>
		<title>Soins palliatifs et pens&#233;e magique</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article94</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article94</guid>
		<dc:date>2010-06-08T21:11:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique2">Soins palliatifs</category>


		<description>Il existe bien des circonstances o&#249; le professionnel se trouve pris en flagrant d&#233;lit de pens&#233;e non scientifique. Comment expliquer cela ? Quelles sont les cons&#233;quences ?

-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Soins palliatifs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est certainement &#233;trange, et m&#234;me sans doute un peu provocateur, de se demander quelle est la place de la pens&#233;e magique en soins palliatifs. C'est pourtant une question fondamentale, la seule incertitude &#233;tant de savoir si elle y est r&#233;ellement plus importante que dans les autres branches de la m&#233;decine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les mauvaises odeurs :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui m'y fait penser aujourd'hui est une intervention trouv&#233;e r&#233;cemment sur un forum. Il y &#233;tait question de la lutte contre les mauvaises odeurs en fin de vie. C'est un probl&#232;me tr&#232;s important, car il existe de multiples circonstances dans lesquelles les patients et leur entourage peuvent se trouver gravement incommod&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La lutte contre ces mauvaises odeurs n'est pas ais&#233;e ; on recourt autant que faire se peut au traitement de la cause, aux soins locaux, aux d&#233;sodorisants, aux produits masquants. Et puis il existe d'autres pratiques, assez r&#233;pandues dans le monde soignant : on d&#233;pose sur la table de nuit une coupelle remplie d'un antibiotique, le plus souvent le m&#233;tronidazole ; d'autres fois un fait la m&#234;me chose avec du charbon activ&#233;. La question que je voudrais &#233;tudier est simplement celle-ci : comment penser de telles pratiques ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;ponse la plus &#233;vidente est que c'est efficace. Or il y a quelques raisons de s'interroger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut d'abord &#233;tudier comment on prouve que c'est efficace. L'olfaction n'est pas un sens tr&#232;s pr&#233;cis chez l'homme, et on sait bien de quelles illusions on peut se trouver ais&#233;ment victime, surtout dans des situations dramatiques. Les appr&#233;ciations en cette mati&#232;re sont donc n&#233;cessairement tr&#232;s subjectives ; et il est douteux qu'on puisse &#233;tablir des arguments en mettant en place dans une telle mati&#232;re des &#233;tudes prospectives en double insu contre placebo. Du coup la rigueur scientifique impose de dire qu'il n'y a aucune preuve de cette efficacit&#233;. On ne parle m&#234;me pas du fait qu'il faudrait comparer les opinions des soignants et celles des patients.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a d'autres objections : comment ces traitements peuvent-ils &#234;tre efficaces ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ne sont pas choisis au hasard : les bact&#233;ries responsables des mauvaises odeurs sont fr&#233;quemment sensibles au m&#233;tronidazole, et le charbon activ&#233; a un effet absorbant tr&#232;s int&#233;ressant. L&#224; o&#249; les choses se compliquent c'est quand on cherche &#224; expliquer comment ils peuvent agir &#224; distance. Si on veut que le m&#233;tronidazole agisse sur les bact&#233;ries il faut le mettre en contact avec elles ; et il faudra expliquer comment, de sa coupelle, il peut avoir une action sur les germes d'une plaie : ce n'est pas un produit volatil. Ou alors il faut expliquer que les bact&#233;ries, attir&#233;es par le m&#233;tronidazole, se pr&#233;cipitent dans la coupelle. Il en va de m&#234;me du charbon activ&#233;, dont le grand pouvoir absorbant ne peut se manifester qu'au contact de ce qu'il absorbe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Naturellement il y a une possibilit&#233;, qui est de rappeler qu'on ne sait pas tout, et que le m&#233;tronidazole peut agir pour des raisons qu'on ne conna&#238;t pas ; la preuve est qu'il est efficace. Sans doute. La premi&#232;re vertu du scientifique est de savoir qu'il ne sait pas, et on fera bien de se souvenir de l'argument que Brecht met dans la bouche des adversaires de Galil&#233;e : &#171; La question n'est pas de savoir si les satellites de Jupiter sont visibles mais s'ils sont possibles &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l'argument : &#171; Il y a des choses qu'on ne sait pas &#187; constitue la base la plus constante de l'argumentation des tenants de toutes les patam&#233;decines. Bref il faut &#224; la fois rester sceptique et vigilant. Reste que le scepticisme l'emporte et qu'on a un peu de mal &#224; comprendre comment ces produits pourraient avoir la moindre action sur les mauvaises odeurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On se trouve donc dans un situation tr&#232;s int&#233;ressante. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Les soignants sont relativement d&#233;munis devant cette difficult&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Ils utilisent des m&#233;dicaments qui ont une r&#233;elle action contre les mauvaises odeurs.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Mais la mani&#232;re dont ils l'utilisent exclut raisonnablement qu'ils puissent avoir la moindre efficacit&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Pour autant les utilisateurs de cette technique sont satisfaits des r&#233;sultats qu'ils obtiennent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est d&#232;s lors assez facile de reconna&#238;tre dans cette pratique les ingr&#233;dients d'une d&#233;marche proprement magique : on part d'une situation de souffrance pour tout le monde, on vise un &#233;tat qu'on ne peut pas r&#233;ellement objectiver, on utilise des moyens dot&#233;s d'une charge symbolique (un antibiotique, un absorbant), on proc&#232;de par une sorte d'analogie, en constituant un mixte entre les produits, qui ont une activit&#233; av&#233;r&#233;e, et les proc&#233;dures, qui seraient efficaces s'il s'agissait, par exemple, d'huiles essentielles qui ont elles aussi une activit&#233;, mais insuffisante ; on r&#233;alise ainsi une sorte de chim&#232;re entre un mode d'administration tr&#232;s traditionnel et des mol&#233;cules tr&#232;s modernes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui me semble corroborer cette analyse, c'est le toll&#233; qu'on provoque chez les soignants quand on soul&#232;ve ce type d'objection. Il est des proc&#233;dures, des traditions dont il ne fait pas bon douter. On est dans l'irrationnel, on est dans la pens&#233;e magique pure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'eau g&#233;lifi&#233;e :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas le seul domaine de la m&#233;decine palliative dans lequel la pens&#233;e magique r&#232;gne en ma&#238;tresse. Un second exemple suffira : celui de l'eau g&#233;lifi&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'eau g&#233;lifi&#233;e est utilis&#233;e couramment pour r&#233;hydrater les malades qui, &#224; cause de fausses routes alimentaires, ne peuvent boire de l'eau en quantit&#233; suffisante. Essayons d'analyser ce qu'il en est.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re question &#224; se poser est de savoir quel est le danger. Pour mesurer ce danger, il faut : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En premier lieu se demander quel est le risque de faire des fausses routes ; et l'exp&#233;rience courante montre que la premi&#232;re fausse route, celle qui n'est en rien diff&#233;rente de celle que tout le monde fait, implique chez le soignant le r&#233;flexe de l'eau g&#233;lifi&#233;e ; pourtant il existe des proc&#233;dures parfaitement codifi&#233;es pour &#233;tudier la d&#233;glutition d'un malade ; elles sont rarement mises en &#339;uvre. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En second lieu, se demander quel est le volume d'une fausse route &#224; l'eau. L'exp&#233;rience de chacun montre que le volume d'une gorg&#233;e est bien incapable de provoquer une d&#233;tresse respiratoire quelconque, encore moins une noyade.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces deux points sont tr&#232;s importants, car pour lutter contre ces risques hypoth&#233;tiques on met en &#339;uvre des mesures dont l'inconfort pour le patient ne devrait pas &#234;tre n&#233;glig&#233;. Or la v&#233;rit&#233; oblige &#224; dire que le risque est d&#233;mesur&#233;ment grossi par les professionnels.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La seconde question est de savoir ce que vaut le traitement mis en place. Il faut qu'il soit efficace et sans danger. De surcro&#238;t il faut en soins palliatifs qu'il ne soit pas inconfortable. Et l&#224; les choses sont simples :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'eau g&#233;lifi&#233;e n'est pas efficace : il suffit de se souvenir que pour faire absorber un litre d'eau il faut environ huit pots d'eau g&#233;lifi&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'eau g&#233;lifi&#233;e est dangereuse : il s'agit en effet d'une pr&#233;paration &#224; base de g&#233;latine. Or l'un des dangers majeurs des fausses routes est la r&#233;action tr&#232;s violente qui se produit quand on met une prot&#233;ine &#233;trang&#232;re dans une bronche (c'est la raison pour laquelle la seule mesure &#224; prendre chez un patient qui fait des fausses routes est de ne plus lui donner que de l'eau : le volume d'une gorg&#233;e est bien incapable de mettre le patient en danger, par contre tout ce qui n'est pas de l'eau d&#233;multiplie le risque de r&#233;action &#224; corps &#233;tranger). Et si l'eau g&#233;lifi&#233;e permet effectivement d'&#233;viter 90% des fausses routes, les 10% qui restent constituent un danger insupportable.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'eau g&#233;lifi&#233;e est une source non n&#233;gligeable d'inconfort : il suffit d'en go&#251;ter un peu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous pouvons dire de l'eau g&#233;lifi&#233;e ce que nous disions du m&#233;tronidazole : ce contre quoi nous luttons ne peut &#234;tre mesur&#233; correctement ; les mesures que nous prenons ont une base logique mais la mani&#232;re dont nous les prenons est illogique, et ne repose que sur une analogie ; le r&#233;sultat ne peut pas davantage &#234;tre mesur&#233; que le probl&#232;me. Pens&#233;e magique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alors que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est peut-&#234;tre l'une des questions les plus difficiles de la pratique m&#233;dicale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est &#224; peu pr&#232;s manifeste que dans les deux situations dont nous venons de parler les mesures prises par les professionnels sont hors d'&#233;tat de produire l'effet objectif qu'ils en attendent. Mais il est tout aussi manifeste qu'en les mettant en &#339;uvre les soignants font quelque chose et qu'ils obtiennent quelque chose. Et ce quelque chose est pr&#233;cieux, puisque tout le monde semble satisfait. Simple effet placebo ? C'est possible ; encore faut-il remarquer qu'il s'agit ici d'un placebo invers&#233;, qui n'a d'efficacit&#233; que parce que le soignant y croit ; la croyance du malade n'est m&#234;me pas requise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est qu'en soins palliatifs plus encore que dans d'autres domaines de la m&#233;decine ce qui se dit importe au moins autant que ce qui se fait. La m&#233;decine est action, elle est aussi langage, et cela vaut encore plus en fin de vie. Or l'homme interagit avec le r&#233;el de deux mani&#232;res : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En le transformant, ce qui implique les ressources de la technique et de la science.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En l'interpr&#233;tant, en lui donnant sens, en changeant la vision qu'il en a : c'est le r&#244;le du langage, c'est le r&#244;le de la pens&#233;e magique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La pens&#233;e magique n'est nullement une scorie du d&#233;veloppement humain ; c'est au contraire un mode de pens&#233;e fondamental, simplement il est moins efficace que le mode scientifique quand il s'agit de construire un ordinateur. Reste qu'il n'y a pas de diff&#233;rence majeure entre la pens&#233;e magique, l'&#233;l&#233;vation spirituelle et la cr&#233;ation artistique. Allons plus loin : la pens&#233;e scientifique fournit ce qui permet &#224; la vie d'&#234;tre v&#233;cue, la pens&#233;e magique lui fournit ce qui lui vaut de l'&#234;tre. Encore faut-il se souvenir que non seulement les scientistes sont des gens qui utilisent la pens&#233;e scientifique comme une magie, mais dans la pratique il ne manque pas d'occasions o&#249; on voit que la pens&#233;e scientifique n'est qu'un cas particulier (extr&#234;mement performant) de la pens&#233;e magique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi il importe de r&#233;fl&#233;chir sur la place de la pens&#233;e magique en soins palliatifs. Cette place est d'autant plus grande qu'on se trouve dans une situation o&#249; la technique est par nature prise en d&#233;faut : quoi qu'on fasse le sujet va mourir ; et elle est d'autant plus grande que la question essentielle est celle du sens. Il serait donc absurde et fautif de vouloir &#233;radiquer la pens&#233;e magique en soins palliatifs. Tout ce qu'on peut dire c'est que le professionnel est d'abord un scientifique, ce qui lui impose de v&#233;rifier le bien-fond&#233; des moyens qu'il met en &#339;uvre. Ensuite, qu'il doit rep&#233;rer les occurrences o&#249; il recourt &#224; la pens&#233;e magique. Enfin qu'il a parfaitement raison, quand les deux conditions pr&#233;c&#233;dentes sont r&#233;unies, de lui laisser libre cours. Sa seule obligation est de savoir ce qu'il fait, et pourquoi il le fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>dignit&#233;, suicide, euthanasie : un d&#233;bat prometteur</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article93</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article93</guid>
		<dc:date>2010-01-02T11:25:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique12">Maladie d'Alzheimer et maladies apparent&#233;es</category>


		<description>Un d&#233;bat sur la dignit&#233;, l'euthanasie et le droit au suicide est en train de s'installer sur le forum de l'article : &quot;Le Pr&#233;sident, le d&#233;ment et la dignit&#233;&quot;. &lt;br /&gt;Ce d&#233;bat s'annonce d'une grande richesse, compte tenu de la hauteur de vues de mon interlocuteur. Je ne saurais trop engager le visiteur &#224; le suivre, et bien s&#251;r &#224; y participer.


-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Maladie d'Alzheimer et maladies apparent&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un d&#233;bat sur la dignit&#233;, l'euthanasie et le droit au suicide est en train de s'installer sur le forum de l'article : &quot;&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article83&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le Pr&#233;sident, le d&#233;ment et la dignit&#233;&lt;/a&gt;&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce d&#233;bat s'annonce d'une grande richesse, compte tenu de la hauteur de vues de mon interlocuteur. Je ne saurais trop engager le visiteur &#224; le suivre, et bien s&#251;r &#224; y participer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Qu'ils cr&#232;vent !</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article92</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article92</guid>
		<dc:date>2009-08-22T06:04:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique3">Organisation g&#233;riatrique</category>


		<description>Ces derni&#232;res ann&#233;es nous avons eu le plan grand &#226;ge, le plan Alzheimer, le plan soins palliatifs, le plan... &lt;br /&gt;Et l'annonce de millions et de millions d'euros. &lt;br /&gt;Mais voil&#224; : les temps sont durs. Qui le conteste ? &lt;br /&gt;Il faut faire des choix, et j'en suis bien d'accord. &lt;br /&gt;Le probl&#232;me est que les choix que nous faisons nous jugent. &lt;br /&gt;Je relaie ci-dessous deux p&#233;titions. &lt;br /&gt;La premi&#232;re concerne la r&#233;duction drastique des cr&#233;dits allou&#233;s aux r&#233;seaux de soins palliatifs http://www.petitionduweb.com-. Je me (...)


-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Organisation g&#233;riatrique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es nous avons eu le plan grand &#226;ge, le plan Alzheimer, le plan soins palliatifs, le plan...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et l'annonce de millions et de millions d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais voil&#224; : les temps sont durs. Qui le conteste ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut faire des choix, et j'en suis bien d'accord.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le probl&#232;me est que les choix que nous faisons nous jugent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je relaie ci-dessous deux p&#233;titions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re concerne la r&#233;duction drastique des cr&#233;dits allou&#233;s aux r&#233;seaux de soins palliatifs &lt;a href=&quot;http://www.petitionduweb.com/Fermeture_Reseaux_Soins_Palliatifs_en_Bourgogne-4596.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.petitionduweb.com&lt;/a&gt;-. Je me bornerai &#224; souligner que cette r&#233;duction, loin de ne concerner que la Bourgogne, est une d&#233;cision nationale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La seconde concerne le financement des maisons de retraite. J'en parlais dans mon article &quot;menaces sur la g&#233;riatrie hospitali&#232;re&quot;. Qu'il suffise de dire que le massacre continue. Elle se signe sur &lt;a href=&quot;http://www.mesopinions.com/Personnes-agees---la-coupe-reglee-petition-petitions-b35ed1ff1619dbc5019c28fda4d090d9.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;mesopinions.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Un enfant en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article91</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article91</guid>
		<dc:date>2009-06-11T16:11:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4">Euthanasie</category>


		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je commence ici la publication d'une correspondance re&#231;ue sur le site. je le fais apr&#232;s bien des h&#233;sitations, et m&#234;me encore aujourd'hui je en suis pas s&#251;r d'avoir raison. Mais la terrible histoire qu'elle raconte est tellement exemplaire que je crois utile d'en faire un article, qui sera mis &#224; jour &#224; mesure des &#233;changes qui se continuent. Cette correspondance est publi&#233;e en accord avec mon interlocutrice, et apr&#232;s anonymisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai mis mes commentaires en note de bas de page. Leur lecture est indispensable.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Euthanasie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les premiers messages&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 1er juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, je m'appelle Nicole, j'ai 35 et suis la maman de Bastien, 5 ans, &quot;rescap&#233;&quot; d'une noyade en septembre 2008 mais aujourd'hui dans un &#233;tat v&#233;g&#233;tatif sans espoir d'une r&#233;cup&#233;ration... Bastien a pass&#233; un mois en R&#233;a &#224; XXX o&#249; nous avons v&#233;cu l'horreur, Bastien &#233;tait r&#233;fractaire &#224; tous traitements et hurl&#233; pendant des 16h non stop... Nous avons demand&#233; &#224; ce moment l&#224; que les m&#233;decins prennent des risques et appliquent le &quot;principe de proportionnalit&#233;&quot; mais rien... Personne n'a boug&#233;, on nous disait juste &quot;d&#233;sol&#233;s nous sommes impuissants et inefficaces&quot;... Bravo ! et Bastien ??? Le comit&#233; d'&#233;thique a &#233;t&#233; r&#233;uni en urgence pour y voir plus clair... Nous sommes sortis de R&#233;a pour un centre de r&#233;&#233;ducation fonctionnelle... Bastien ne hurle plus mais Bastien ne se r&#233;veille pas. Aujourd'hui il nous faut quitter le centre pour un centre de soins de suite... Hors de question ! Mon mari souhaite que Bastien soit lib&#233;r&#233;, qu'&#234;tre clou&#233; dans un lit &#224; observer le sol n'est pas un vie pour notre petit bonhomme, je suis d'accord malheureusement incapable de le formuler et de laisser partir mon petit amour !!! Bastien est nourri par gastrostomie, mon mari &#233;voque l'arr&#234;t de ce traitement et les m&#233;decins n'ont pas l'air d'accord en nous disant que chacun interpr&#232;te la loi comme il l'entend mais que pour eux, cette loi ne s'adapte pas &#224; notre fils ? Pourquoi ??? Donnez moi votre avis, je ne sais plus quoi faire, ni penser, qu'y a t il de mieux pour Bastien ??? Merci&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi :&lt;/strong&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-1&quot; name=&quot;nh3-1&quot; id=&quot;nh3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Que faire dans une telle situation ? le plus sage serait probablement (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, Nicole, et merci de votre confiance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien, 5 ans, &quot;rescap&#233;&quot; d'une noyade en septembre 2008 mais aujourd'hui dans un &#233;tat v&#233;g&#233;tatif sans espoir d'une r&#233;cup&#233;ration...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'entr&#233;e se pose une question :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes maintenant &#224; pr&#232;s d'un an de l'accident. Je ne connais pas le dossier, mais il y a lieu de supposer que les s&#233;quelles sont d&#233;finitives. Mais il s'agit d'un enfant, comment &#234;tre s&#251;r qu'il n'y a pas d'espoir de r&#233;cup&#233;ration ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crois que nous touchons l&#224; &#224; l'essence m&#234;me de la question de l'acharnement th&#233;rapeutique. Certes il peut y avoir un miracle ; mais c'est justement la croyance aux miracles qui fait le lit de l'acharnement th&#233;rapeutique ; c'est parce qu'&quot;on ne sait jamais&quot; qu'il y a des m&#233;decins qui ne s'arr&#234;tent jamais [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-2&quot; name=&quot;nh3-2&quot; id=&quot;nh3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Il serait pourtant capital de peser les implications de ce qu&amp;#39;on (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et dans un cas comme celui de votre enfant, la question est de choisir entre le risque de passer &#224; c&#244;t&#233; d'une chance de r&#233;veil et le risque sans doute &#233;gal de lui imposer une vie probl&#233;matique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais je vous le redis : je ne connais pas la situation. Que disent les m&#233;decins sur le pronostic ? Y a-t-il eu une &#233;volution ? J'ajoute qu'une telle situation me semble m&#233;riter un r&#233;examen avant toute d&#233;cision, et, s'il le faut, dans un autre centre [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-3&quot; name=&quot;nh3-3&quot; id=&quot;nh3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Ce serait m&#234;me sans doute une pr&#233;caution &#233;thique indispensable que de (...)' &gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien a pass&#233; un mois en R&#233;a &#224; XXXX o&#249; nous avons v&#233;cu l'horreur, Bastien &#233;tait r&#233;fractaire &#224; tous traitements et hurl&#233; pendant des 16h non stop...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait donc r&#233;veill&#233; ? [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-4&quot; name=&quot;nh3-4&quot; id=&quot;nh3-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Naturellement il est capital dans un tel travail d&amp;#39;essayer de (...)' &gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons demand&#233; &#224; ce moment l&#224; que les m&#233;decins prennent des risques et appliquent le &quot;principe de proportionnalit&#233;&quot; mais rien... Personne n'a boug&#233;, on nous disait juste &quot;d&#233;sol&#233;s nous sommes impuissants et inefficaces&quot;... Bravo ! et Bastien ???&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne comprends pas tr&#232;s bien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par principe de proportionnalit&#233; je pr&#233;sume que vous entendez que les m&#233;decins devaient prendre des risques proportionn&#233;s &#224; la souffrance exprim&#233;e. Et vous aviez raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est des cas o&#249; on ne peut le faire : ce sont par exemple les cas o&#249; on a absolument besoin de surveiller l'&#233;tat de conscience du patient. Mais alors la r&#233;ponse du m&#233;decin est : &quot;Nous ne pouvons pas le faire parce que nous avons besoin de surveiller l'&#233;tat de conscience&quot;, et non : &quot;D&#233;sol&#233;s nous sommes impuissants et inefficaces&quot;. Il faudrait retrouver les mots m&#234;mes qui vous ont &#233;t&#233; dits. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-5&quot; name=&quot;nh3-5&quot; id=&quot;nh3-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] La question est ici centrale : car on sait que l&amp;#39;une des terreurs (...)' &gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; d'&#233;thique a &#233;t&#233; r&#233;uni en urgence pour y voir plus clair...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais... Que vous a-t-il dit ? [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-6&quot; name=&quot;nh3-6&quot; id=&quot;nh3-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Cette question est ici une clause de style : une r&#232;gle de base est que (...)' &gt;6&lt;/a&gt;] .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes sortis de R&#233;a pour un centre de r&#233;&#233;ducation fonctionnelle... Bastien ne hurle plus mais Bastien ne se r&#233;veille pas. Aujourd'hui il nous faut quitter le centre pour un centre de soins de suite... Hors de question !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les centres de r&#233;&#233;ducation fonctionnelle sont d&#233;j&#224; des centres de soins de suite. Donc la question est de savoir s'il y a un projet th&#233;rapeutique : les m&#233;decins du centre de r&#233;&#233;ducation fonctionnelle disent-ils que votre enfant a fait des progr&#232;s ? Lesquels ? Si c'est le cas, disent-ils que ces progr&#232;s peuvent se poursuivre dans un autre centre ? Quelle est la proposition ? Ou bien disent-ils que la situation n'&#233;volue plus ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;fiez-vous : dans la souffrance qui est la v&#244;tre il est tr&#232;s difficile de trouver la patience d'&#233;couter l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari souhaite que Bastien soit lib&#233;r&#233;, qu'&#234;tre clou&#233; dans un lit &#224; observer le sol n'est pas un vie pour notre petit bonhomme, je suis d'accord malheureusement incapable de le formuler et de laisser partir mon petit amour !!!&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que vous dire ? Rien ; sinon que, peut-&#234;tre, vous avez encore besoin de temps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien est nourri par gastrostomie, mon mari &#233;voque l'arr&#234;t de ce traitement et les m&#233;decins n'ont pas l'air d'accord en nous disant que chacun interpr&#232;te la loi comme il l'entend mais que pour eux, cette loi ne s'adapte pas &#224; notre fils ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des choses qui ont le don de me mettre en col&#232;re. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-7&quot; name=&quot;nh3-7&quot; id=&quot;nh3-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Nicole r&#233;p&#232;te-t-elle exactement les mots qui lui ont &#233;t&#233; dits ? Je ne (...)' &gt;7&lt;/a&gt;]
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;chacun interpr&#232;te la loi comme il l'entend&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement dit, je me fiche de la loi. Non, chacun n'interpr&#232;te pas la loi comme il l'entend ; la loi est claire, elle s'impose, et quand il y a besoin de l'interpr&#233;ter c'est le boulot des juges. Et si votre d&#233;cision &#233;tait de demander un arr&#234;t de soins, il vous faudrait sans d&#233;cider d'un recours judiciaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Maintenant, il y a tout de m&#234;me deux difficult&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re concerne l'alimentation artificielle. Il est exact que, contrairement &#224; tout ce qui a &#233;t&#233; dit, la loi L&#233;onetti ne dit pas un mot de l'alimentation artificielle. Chacun sait que les auteurs voulaient en parler : l'alimentation artificielle est un traitement, et elle est donc incluse dans le champ de la loi. Mais comme on a voulu une loi vot&#233;e &#224; l'unanimit&#233; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-8&quot; name=&quot;nh3-8&quot; id=&quot;nh3-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Quelle sottise ! Si le texte fait l&amp;#39;unanimit&#233;, c&amp;#39;est (...)' &gt;8&lt;/a&gt;] et que les milieux, disons de la droite catholique, s'opposaient &#224; ce qu'on parle de l'alimentation, on ne l'a pas &#233;crit. Le r&#233;sultat est la situation dans laquelle vous &#234;tes. C'est lamentable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La seconde est plus g&#234;nante : elle est li&#233;e au fait que la loi L&#233;onetti ne parle pas des enfants. Et elle n'en parle pas parce qu'elle entend se limiter au cas du malade capable de dire ses volont&#233;s. C'est une limite. Mais je vous laisse imaginer ce qui se passerait si on se permettait de la franchir ; m&#234;me l'ADMD avec ses gros sabots jure ses grands dieux que jamais elle ne demandera une extension de l'euthanasie aux malades qui ne pourraient pas exprimer une volont&#233; &#171; lucide et r&#233;it&#233;r&#233;e &#187;. Et je vous renvoie, pour comprendre le danger, &#224; la lecture de l'avis du CCNE &#171; Fin de vie, arr&#234;t de vie, euthanasie &#187;, qui ne prend pas ces pr&#233;cautions. Cela ne veut pas dire que nous sommes sans r&#233;ponse : simplement nous n'avons pas le recours d'un texte et nous en sommes r&#233;duits &#224; nous d&#233;brouiller avec notre cerveau et notre conscience.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or je crois qu'il y a au moins une piste. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-9&quot; name=&quot;nh3-9&quot; id=&quot;nh3-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] Ici &#233;galement, j&amp;#39;ai conscience du risque que je prends : il (...)' &gt;9&lt;/a&gt;]
Si nous consid&#233;rons l'avortement th&#233;rapeutique, il semble tout de m&#234;me qu'on admette de mettre un terme &#224; la vie de f&#339;tus parfaitement viables (je veux dire que si on faisait une c&#233;sarienne on aurait des enfants vivants) au motif qu'on ne va tout de m&#234;me pas leur infliger la vie qui les attend. On a la position qu'on veut sur l'avortement th&#233;rapeutique mais il y a un moment o&#249; il faut d&#233;cider entre deux mauvaises solutions, et difficult&#233; ou pas une fois qu'on a dit qu'il faut le faire on le fait et on a raison de le faire. Je dis donc que l'avortement th&#233;rapeutique n'est pas du tout une &#233;vidence &#233;thique, mais qu'on en pratique et qu'il est certainement des cas o&#249; j'en pratiquerais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Consid&#233;rons un enfant en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique, maintenant et supposons que votre analyse de la situation soit parfaitement r&#233;aliste (je prends cette pr&#233;caution pour vous rappeler une ultime fois que je ne connais pas le dossier). La d&#233;cision &#224; prendre est celle d'un arr&#234;t de soins. Elle se pose dans toutes les situations d'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique. La r&#233;flexion est difficile ; cette difficult&#233; est li&#233;e notamment au fait que ce sont des malades qui en g&#233;n&#233;ral ne souffrent pas. Ils n'ont &#171; simplement &#187; pas d'avenir, et le probl&#232;me est triple : - Souffrance des parents. - Impossibilit&#233; de trouver du sens. - Contrainte &#233;conomique (pour la famille, pour la collectivit&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a une grosse r&#233;flexion sur le sujet des &#233;tats v&#233;g&#233;tatifs chroniques, et je ne la connais pas bien. Dites-moi si vous voulez rencontrer des gens susceptibles de vous aider.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A titre personnel, je dirais que dans la situation que vous d&#233;crivez les parents sont fond&#233;s &#224; se substituer &#224; leur enfant et &#224; dire qu'il faut arr&#234;ter les soins ; j'&#233;tendrais donc la loi L&#233;onetti &#224; ce cas, parce qu'il y a des cas o&#249; faute de loi l'homme se trouve accul&#233; &#224; se servir de ses neurones et qu'on peut ici raisonner par assimilation &#224; l'avortement th&#233;rapeutique. Mais je ne demande qu'&#224; &#234;tre contredit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fois ceci admis, l'&#233;ventualit&#233; d'un arr&#234;t de l'alimentation artificielle est pour moi une &#233;vidence. Selon la profondeur de l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif, elle implique vraisemblablement une s&#233;dation, qui n'a pas de raison d'&#234;tre profonde. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-10&quot; name=&quot;nh3-10&quot; id=&quot;nh3-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] Ici j&amp;#39;indique d&amp;#39;embl&#233;e qu&amp;#39;il existe des solutions (...)' &gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a quelques pr&#233;alables.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le premier, le plus incontournable sans doute, est de prendre du temps : quelque chose me dit que vous n'&#234;tes pas pr&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le second est de revoir toute l'&#233;quipe : le premier de tous les devoirs &#233;thiques est de v&#233;rifier scrupuleusement l'&#233;tat clinique du patient, de refaire un pronostic, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le troisi&#232;me est de refaire une discussion &#233;thique, voire juridique. Il y a des moyens pour cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M.C.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Second &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-11&quot; name=&quot;nh3-11&quot; id=&quot;nh3-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] Comment ne pas avouer que la r&#233;ponse de Nicole me soulage ? Il fallait (...)' &gt;11&lt;/a&gt;]
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 8 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;merci de votre r&#233;ponse et de mon c&#244;t&#233; je vais essayer d'&#233;claircir certains points concernant Bastien... Merci de m'accorder votre attention et votre temps...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A pratiquement un an de l'accident, l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif de Bastien est install&#233; et les m&#233;decins nous disent ne pas attendre de r&#233;cup&#233;ration de sa part... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-12&quot; name=&quot;nh3-12&quot; id=&quot;nh3-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] Si c&amp;#39;est le cas, si les m&#233;decins ont r&#233;ellement dit cela, alors (...)' &gt;12&lt;/a&gt;] Il a fait certains progr&#232;s qui stagnent aujourd'hui voir il r&#233;gresse... Il a un cycle veille sommeil, il suit du regard et fixe par moment, il sourit rarement et &#233;met quelques vocalises... Cependant, depuis deux semaines, la tendance s'inverse, il reste fix&#233; sur le sol, ne suit pas le mouvement et fixe furtivement, retournant rapidement sur son sol.... Le corps qui avait trouv&#233; une certaine d&#233;tente (gr&#226;ce &#224; des injections de toxine botulique) se raidit malgr&#233; deux heures de kin&#233; par jour et nous arrivons au bout du Lior&#233;sal... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-13&quot; name=&quot;nh3-13&quot; id=&quot;nh3-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[13] Naturellement le fait que les choses s&amp;#39;aggravent depuis deux (...)' &gt;13&lt;/a&gt;] L'esp&#233;rance de vie [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-14&quot; name=&quot;nh3-14&quot; id=&quot;nh3-14&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[14] Oui, esp&#233;rance ?' &gt;14&lt;/a&gt;] est limit&#233;e entre 2 et 5 ans, voir 10 ans mais c'est exceptionnel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le s&#233;jour de Bastien en r&#233;a fut tr&#232;s difficile dans nos rapports avec le chef de service... Il a cess&#233; de nous dire &quot;le doute profite &#224; la vie&quot;... mais o&#249; &#233;tait la vie de mon fils dans des hurlements incessants... L'&#233;quipe m&#233;dicale &#233;tait effondr&#233;e et l'ambiance avec ce chef devenait d&#233;testable, les infirmi&#232;res commen&#231;aient &#224; se &quot;mutiner&quot; mais malheureusement sans succ&#232;s... Les m&#233;decins ont &#233;t&#233; formidables malgr&#233; comme je vous l'ai dit et je le redis car ce sont leurs mots &quot;leur impuissance et leur inefficacit&#233;&quot;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous me demandez si Bastien &#233;tait r&#233;veill&#233;, &#224; vrai dire je n'en sais rien ? Tout ce que je peux vous raconter c'est que apr&#232;s 4 jours de coma dans lequel Bastien a &#233;t&#233; plong&#233; pour reposer le cerveau, on nous a dit, il va se r&#233;veiller et vous devez &#234;tre l&#224; pour lui car il risque d'avoir des r&#233;actions bizarres, de ne pas comprendre o&#249; il est, il peut avoir des hallucinations... bref, nous &#233;tions l&#224; mais pas de r&#233;veil... Seulement une ouverture des yeux et des hurlements...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien a eu un cocktail explosif &#224; hautes doses, rivotril, atarax, hypnovel, lior&#233;sal, sabril, morphine, doliprane, catapressan... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-15&quot; name=&quot;nh3-15&quot; id=&quot;nh3-15&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[15] Il s&amp;#39;agit de divers s&#233;datifs ; en th&#233;orie il suffit d&amp;#39;en (...)' &gt;15&lt;/a&gt;] et rien ne semblait le calmer...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je parle de principe de proportionnalit&#233;, je parle du &quot;double effet&quot;, nous demandions aux m&#233;decins de calmer Bastien m&#234;me si cela devait le tuer... Bastien &#233;tait r&#233;fractaire &#224; tous m&#233;dicaments et ressemblait &#224; un pantin d&#233;sarticul&#233; (hypertonie et spasticit&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; d'&#233;thique fut r&#233;uni 4 jours avant notre sortie de R&#233;a &#224; la demande du chef de service qui s'engluait dans cette situation et qui avait sur le dos, nous, les parents mais aussi son &#233;quipe qui sont des hommes et des femmes ne supportant plus les hurlements d'un enfant de 4 et demi en souffrance...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; a admis que la souffrance de Bastien &#233;tait intol&#233;rable mais il se calmait petit &#224; petit depuis deux jours, il nous a conseill&#233; encore une fois d'&#234;tre patients et il a eu raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le centre de r&#233;&#233;ducation souhaite que Bastien parte pour une maison &#224; caract&#232;re sanitaire car les m&#233;decins nous ont dit qu'ils n'attendaient plus grand chose sur le plan &#233;volutif ... Mais je refuse qu'il aille dans cette maison que j'ai visit&#233;e... l'accent est mis sur le confort de l'enfant et le fait que l'&#233;quipe travaille sur les acquis... il n'y a pas de dynamique... et surtout Bastien a besoin aujourd'hui de ses deux heures de kin&#233; par jour pour que son &#233;tat physique ne g&#233;n&#232;re pas d'inconfort ou de douleur... et dans cette maison la kin&#233; est r&#233;duite &#224; 2h par semaine !!!!!!&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la fin de vie de Bastien, je suis d'accord, je ne suis pas pr&#234;te.... m&#234;me si certains jours je me dit &quot;stop, laisse-le partir, fais-le pour lui et ne sois pas &#233;go&#239;ste&quot;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous me dites que la loi L&#233;onetti est faite pour les personnes capables de s'exprimer mais on y fait aussi cas des personnes hors d'&#233;tat d'exprimer leur volont&#233;... il est vrai, sans y parler des enfants.... alors comment, si je prends ma d&#233;cision, cela va-t-il se passer ? encore un combat &#224; mener... encore un regard port&#233; sur nous comme si nous &#233;tions des assassins de demander que notre fils soit lib&#233;r&#233;...
Lorsque l'on &#233;voque ce sujet avec les m&#233;decins, ils nous r&#233;pondent que cette demande de la part de parents sur leur enfant est rare, souvent les parents souhaitent accompagner jusqu'au bout la vie leur enfant... Que, eux, m&#233;decins et hommes cela leur pose un... Que si Bastien &#233;tait un adulte cela serait moins probl&#233;matique pour les consciences...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;ADMD a essay&#233; de nous approcher [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-16&quot; name=&quot;nh3-16&quot; id=&quot;nh3-16&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[16] Si c&amp;#39;est le cas, alors cela pose deux probl&#232;mes. Le premier (...)' &gt;16&lt;/a&gt;] et nous avons refus&#233; leur aide car je ne souhaite pas que Bastien serve une cause et soit l'objet d'une quelconque publicit&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense que la Loi L&#233;onetti est bien, mais pas assez claire et pr&#233;cise...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je reviendrai juste sur votre phrase &quot;dans la souffrance qui est la v&#244;tre, il est tr&#232;s difficile de trouve la patience d'&#233;couter l'autre&quot;.... Je suis d'accord avec vous mais je suis extr&#234;mement attentive aux discours et essaye d'&#234;tre le plus objective possible... Les m&#233;decins de Bastien en sont m&#234;me un peu surpris...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 10 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reprenons votre dernier mail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; pratiquement un an de l'accident, l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif de Bastien est install&#233; et les m&#233;decins nous disent ne pas attendre de r&#233;cup&#233;ration de sa part... (...) L'esp&#233;rance de vie est limit&#233;e entre 2 et 5 ans, voir 10 ans mais c'est exceptionnel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vais vous le redire une fois de plus : on ne s'improvise pas intervenant aupr&#232;s d'un malade en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique. Ce que je vais vous le dire, je vais vous le dire &#171; vu de ma fen&#234;tre &#187;, avec un risque &#233;norme de dire des &#226;neries. Mais enfin il me semble que nous avons affaire &#224; un patient qui est peut-&#234;tre capable d'un certain niveau d'&#233;veil plus convaincant qu'on n'aurait pu le penser, mais dont les m&#233;decins qui s'en occupent disent qu'il ne progressera gu&#232;re, et dont le pronostic de toute mani&#232;re est tr&#232;s mauvais. Dans ces conditions la question qui se pose est de savoir si ce futur &#224; moyen terme doit malgr&#233; tout &#234;tre consid&#233;r&#233; comme b&#233;n&#233;fique ; elle est aussi de savoir si le pr&#233;sent, o&#249; il y a peut-&#234;tre des possibilit&#233;s de communication et donc de plaisirs, mais aussi des risques de souffrance et d'inconfort, si ce pr&#233;sent, donc est lui aussi souhaitable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dire cela c'est partir du principe que nous allons d&#233;cider &#224; la place du patient. C'est en endosser la responsabilit&#233; ; mais ce n'est tout de m&#234;me pas la seule circonstance o&#249; nous le faisons, et s'agissant de nos enfants bien portants nous le faisons sans arri&#232;re-pens&#233;e tous les jours.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le s&#233;jour de Bastien en r&#233;a fut tr&#232;s difficile dans nos rapports avec le chef de service... Il a cess&#233; de nous dire &quot;le doute profite &#224; la vie&quot;... mais o&#249; &#233;tait la vie de mon fils dans des hurlements incessants...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je comprends cela, mais il me faut malgr&#233; tout nuancer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car il ne faut pas perdre de vue que les r&#233;animateurs sont dans une situation impossible. On pourrait presque dire qu'on les paie pour faire de l'acharnement th&#233;rapeutique. La mission des r&#233;animateurs est de tenter l'impossible, de faire des choses qu'on n'admettrait nulle part ailleurs, parce que dans les conditions o&#249; ils interviennent le pronostic n'est jamais connu. Si on le connaissait on ne r&#233;animerait pas la moiti&#233; des malades. Cela pose des probl&#232;mes terribles. C'est pourquoi les r&#233;animateurs sont souvent tr&#232;s impliqu&#233;s dans les grands d&#233;bats &#233;thiques. Et au moment o&#249; le m&#233;decin est intervenu, il est probable que les choses n'&#233;taient pas du tout certaines, et qu'il &#233;tait l&#233;gitime que &#171; le doute profite &#224; la vie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s, je connais bien ce que vous d&#233;crivez : je parie que c'est une situation o&#249; tout le monde souffrait, Bastien, vous, l'&#233;quipe, mais aussi sans doute le m&#233;decin. Dans ces situations de souffrance, on n'est pas toujours tr&#232;s bon, surtout au niveau relationnel ; je le sais, j'ai donn&#233;. D'un c&#244;t&#233; il faut redire que les malades ne sont pas l&#224; pour soigner les m&#233;decins, de l'autre il faut tenir compte des difficult&#233;s des soignants ; ces difficult&#233;s sont la contrepartie de leur humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous me demandez si Bastien &#233;tait r&#233;veill&#233;, &#224; vrai dire je n'en sais rien ? Tout ce que je peux vous raconter c'est que apr&#232;s 4 jours de coma dans lequel Bastien a &#233;t&#233; plong&#233; pour reposer le cerveau, on nous a dit, il va se r&#233;veiller et vous devez &#234;tre l&#224; pour lui car il risque d'avoir des r&#233;actions bizarres, de ne pas comprendre o&#249; il est, il peut avoir des hallucinations... bref, nous &#233;tions l&#224; mais pas de r&#233;veil... Seulement une ouverture des yeux et des hurlements...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et sans doute, &#224; ce moment-l&#224;, il n'y avait rien d'autre &#224; dire ni &#224; faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien a eu un cocktail explosif &#224; hautes doses, rivotril, atarax, hypnovel, lior&#233;sal, sabril, morphine, doliprane, catapressan... et rien ne semblait le calmer...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien s&#251;r : la seule solution est de les endormir, et si on d&#233;cide que pour le moment ce qui importe c'est qu'ils se r&#233;veillent, on se retrouve &#171; impuissant et inefficace &#187;. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-17&quot; name=&quot;nh3-17&quot; id=&quot;nh3-17&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[17] Mais cela ne constitue pas une exception &#224; ce que j&amp;#39;&#233;crivais (...)' &gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je parle de principe de proportionnalit&#233;, je parle du &quot;double effet&quot;, nous demandions aux m&#233;decins de calmer Bastien m&#234;me si cela devait le tuer... Bastien &#233;tait r&#233;fractaire &#224; tous m&#233;dicaments et ressemblait &#224; un pantin d&#233;sarticul&#233; (hypertonie et spasticit&#233;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Effectivement. Mais nous abordons l&#224; un sujet encore plus d&#233;licat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car la &#171; r&#232;gle du double effet &#187; n'est pas une r&#232;gle simple. En particulier elle pose beaucoup moins de probl&#232;mes quand elle concerne des malades en fin de vie. La proportionnalit&#233;, c'est d'abord celle du risque. Si je consid&#232;re un malade qui de toute mani&#232;re va mourir &#224; court terme, alors je suis autoris&#233; &#224; prendre des risques tr&#232;s importants. Il m'est beaucoup plus difficile de justifier ces risques vitaux si en elle-m&#234;me la situation n'en comporte pas, ou pas &#233;videmment. Or c'est une exigence de base : pour appliquer la r&#232;gle du double effet il faut que le risque auquel mon action va exposer le malade soit proportionn&#233; au risque qu'il courra si je n'entreprends pas mon action. Et je n'ai pas (en principe) le droit de prendre le risque de tuer mon malade s'il n'est pas d&#233;j&#224; en grand danger de mort. Si donc nous consid&#233;rons le cas de Bastien, il aurait fallu trouver un autre principe. Ce n'est pas facile. Je pr&#233;sume qu'il n'y avait rien d'autre &#224; faire que constater que vous &#233;tiez dans une situation d'exception et r&#233;unir un comit&#233; d'&#233;thique ; c'est ce qui a &#233;t&#233; fait. Fallait-il le faire plus vite ? Cela se peut.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que vous demandiez, c'&#233;tait que Bastien soit rendormi. Cela, on pouvait le faire, du moins techniquement : je n'ai pas d'exemple de malade qu'on n'ait pas r&#233;ussi &#224; endormir, c'est une question de dose. Ce qui est vrai par contre, c'est d'une part que si on l'avait fait on aurait renonc&#233; &#224; v&#233;rifier qu'il pouvait se r&#233;veiller, et d'autre part que si on arrive toujours &#224; endormir qui on veut, il arrive qu'on se fasse s&#233;rieusement peur ; or m&#234;me la r&#232;gle du double effet (mais je vous redis qu'&#224; mon sens elle n'est pas r&#233;ellement applicable ici) n'autorise pas &#224; prendre des risques qui ne soient pas proportionn&#233;s, et que tout se situe dans l'id&#233;e qu'on se fait de cette proportionnalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ajoute que, toujours &#224; mon sens, il faut que la d&#233;cision de s&#233;dation soit prise souverainement par le m&#233;decin, du moins quand le malade n'a rien dit. En effet il y a deux protagonistes : l'entourage et les soignants. L'entourage sait de choses sur le malade, il sait des choses que les soignants ne savent pas, et il sent des choses que les soignants ne sentent pas. Mais d'un autre c&#244;t&#233; il souffre, et la souffrance n'est pas bonne conseill&#232;re. Ainsi, ni l'entourage ni les soignants ne sont bien plac&#233;s pour d&#233;cider. Je crois que la moins mauvaise solution (mais ce n'est que la moins mauvaise) est de laisser cela aux professionnels ; d'ailleurs pourquoi leur confierait-on notre vie si nous avions si peu confiance en leur jugement ? Et je ne parle pas du fait que, si c'&#233;tait l'entourage qui d&#233;cidait, il aurait ensuite &#224; s'affronter &#224; un in&#233;vitable sentiment de culpabilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; d'&#233;thique fut r&#233;uni 4 jours avant notre sortie de R&#233;a &#224; la demande du chef de service qui s'engluait dans cette situation (...) Le comit&#233; a admis que la souffrance de Bastien &#233;tait intol&#233;rable mais il se calmait petit &#224; petit depuis deux jours, il nous a conseill&#233; encore une fois d'&#234;tre patient et il a eu raison.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela fait que, tout bien consid&#233;r&#233;, et sans m&#233;conna&#238;tre que ce s&#233;jour en r&#233;animation a &#233;t&#233; infernal, sans m&#233;conna&#238;tre que le r&#233;animateur n'a sans doute pas r&#233;ussi &#224; g&#233;rer tout ce qu'il aurait fallu g&#233;rer, l'hypoth&#232;se principale est que son travail a &#233;t&#233; excellent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le centre de r&#233;&#233;ducation souhaite que Bastien parte pour une maison &#224; caract&#232;re sanitaire (...) et dans cette maison la kin&#233; est r&#233;duite &#224; 2h par semaine !!!!!!&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet : il n'y a probablement aucune institution adapt&#233;e &#224; ce type de situation. Mais si nous avons affaire &#224; un malade qui a absolument besoin d'un niveau de soins m&#233;dicaux qui ne peut &#234;tre assum&#233; dans une structure de soins de suite, alors il faut essayer de trouver de l'aide, par exemple en unit&#233; de soins palliatifs ; m&#234;me si le s&#233;jour doit durer, il est peut-&#234;tre possible de n&#233;gocier une prise en charge aupr&#232;s de l'Assurance-Maladie ; je me demande ce qui se passerait si vous &#233;criviez carr&#233;ment &#224; M. le Directeur de l'Agence R&#233;gionale de l'Hospitalisation de votre r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la fin de vie de Bastien, je suis d'accord, je ne suis pas pr&#234;te.... m&#234;me si certains jours je me dit &quot;stop, laisse-le partir, fais-le pour lui et ne sois pas &#233;go&#239;ste&quot;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crois que ce n'est pas tellement le probl&#232;me. Il est douteux que Bastien souffre. La question pos&#233;e est celle du sens. Donc vous avez du temps, car actuellement vous ne lui infligez rien. La question qu'il faut se poser est : qui veut que cette vie soit prolong&#233;e ? Quel est le projet ? Actuellement, sans une intervention active des humains, Bastien mourrait tr&#232;s vite. Ce que l'&#233;quipe fait, c'est manifester son d&#233;sir qu'il vive. Si ce d&#233;sir est r&#233;el, alors elle est fond&#233;e &#224; poursuivre les soins, car le malade, lui, ne demande rien et n'exprime rien. Et si votre d&#233;sir est qu'il vive, alors il est bon qu'il vive, tant du moins qu'il ne manifeste pas de souffrance inacceptable. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-18&quot; name=&quot;nh3-18&quot; id=&quot;nh3-18&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[18] Tous ces points seront repris et d&#233;taill&#233;s plus loin.' &gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous me dites que la loi L&#233;onetti est faite pour les personnes capables de s'exprimer mais on y fait aussi cas des personnes hors d'&#233;tat d'exprimer leur volont&#233;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est exact ; mais il s'agit non point de patients qui n'expriment pas de volont&#233; mais de patients qui n'en expriment plus. Si le patient n'en a jamais exprim&#233; (et d'ailleurs en toute hypoth&#232;se), alors la loi indique au contraire que le m&#233;decin est tenu de prendre des avis, y compris des proches, mais qu'il d&#233;cide en dernier ressort. La Loi L&#233;onetti m'oblige &#224; ne pas d&#233;cider seul ; elle me laisse d&#233;cider. Et comme je vous le disais &#224; propos de la s&#233;dation, il n'y a pas d'autre solution satisfaisante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;il est vrai, sans y parler des enfants.... alors comment, si je prends ma d&#233;cision, cela va-t-il se passer ? Encore un combat &#224; mener... encore un regard port&#233; sur nous comme si nous &#233;tions des assassins de demander que notre fils soit lib&#233;r&#233;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, c'est tr&#232;s dur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il n'y a pas d'autre choix.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'aime pas beaucoup la loi L&#233;onetti, m&#234;me si j'admets qu'elle fait progresser les choses. Je ne l'aime pas parce que je redoute le prix que nous la paierons t&#244;t ou tard. Souvenez-vous : la loi L&#233;onetti &#233;tait une r&#233;ponse &#224; l'affaire Vincent Humbert. Mais les cas comme Vincent Humbert sont des exceptions ; et c'est ne rien comprendre &#224; la loi que lui demander de r&#233;gler les cas d'exception. La loi n'est pas faite pour cela. Quand on se trouve face &#224; une exception, la seule issue est le recours judiciaire, qui est &#233;galement le seul moyen de faire progresser les choses dans la soci&#233;t&#233; : quand il y aura une jurisprudence, on y verra un peu plus clair. D'autres solutions sont envisageables, mais m&#234;me si &#224; mon sens il ne s'agirait aucunement d'euthanasie, il faudrait &#234;tre pr&#234;t tout de m&#234;me &#224; en r&#233;pondre, le cas &#233;ch&#233;ant, devant la justice.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsque l'on &#233;voque ce sujet avec les m&#233;decins, ils nous r&#233;pondent que cette demande de la part de parents sur leur enfant est rare, souvent les parents souhaitent accompagner jusqu'au bout la vie leur enfant... Que, eux, m&#233;decins et hommes cela leur pose un... Que si Bastien &#233;tait un adulte cela serait moins probl&#233;matique pour les consciences...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne comprends pas tr&#232;s bien, et cela m'inqui&#232;te : il se peut que les m&#233;decins vous disent par l&#224; que l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif de Bastien est compatible avec une relation de qualit&#233;, ce qui voudrait dire que je me fais de la r&#233;alit&#233; une id&#233;e plus catastrophique qu'elle ne l'est. Une fois de plus je ne l'ai pas vu. Mais si je ne me trompe pas, alors le fait qu'il s'agit d'un enfant ne me procurerait aucun &#233;tat d'&#226;me : je me trouverais dans le cas d'avoir &#224; d&#233;cider pour autrui. Que croyez vous que l'on fasse quand on d&#233;cide comment on va prendre en charge un sujet &#226;g&#233; d&#233;ment ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense que la Loi L&#233;onetti est bien, mais pas assez claire et pr&#233;cise... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet ; mais j'ajoute (vous trouverez quelques indications dans mes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Notes sur la loi L&#233;onetti&lt;/i&gt;) d'une part qu'elle me semble plus dangereuse qu'il n'y para&#238;t, d'autre part qu'aucune loi ne pourrait r&#233;soudre votre probl&#232;me. Vous savez, la loi, c'est ce qui sert &#224; ne pas se poser de questions : quand on ne sait pas, on fait comme ci et comme &#231;a. Il restera toujours des situations o&#249; la seule ressource sera de s'asseoir et de penser. C'est ce que doivent faire les m&#233;decins de Bastien, c'est sans doute ce qu'ils font. Et m&#234;me quand on fait comme cela, il restera n&#233;cessairement des cas o&#249; on ne sera pas d'accord. Craignons une civilisation qui aurait r&#233;ponse &#224; tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais nous n'en sommes pas l&#224;, et je reste persuad&#233; qu'il y a des moyens de vous aider quel que soit votre projet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je reviendrai juste sur votre phrase &quot;dans la souffrance qui est la v&#244;tre, il est tr&#232;s difficile de trouve la patience d'&#233;couter l'autre&quot;.... Je suis d'accord avec vous mais je suis extr&#234;mement attentive aux discours et essaye d'&#234;tre le plus objective possible... Les m&#233;decins de Bastien en sont m&#234;me un peu surpris...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je le vois. C'est seulement pour moi une pr&#233;caution &#224; rappeler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M.C.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Troisi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-19&quot; name=&quot;nh3-19&quot; id=&quot;nh3-19&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[19] A ce stade le rythme des &#233;changes est soutenu ; on verra qu&amp;#39;il (...)' &gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 11 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(...)
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; d'&#233;thique fut de nouveau r&#233;uni en janvier 2009 afin de r&#233;&#233;valuer la situation... Bastien pr&#233;sentant quelques signes positifs (mouvements des yeux). Le comit&#233; nous a de nouveau mis en garde contre une d&#233;cision de fin de vie, que cette d&#233;cision nous la porterons jusqu'&#224; notre dernier souffle et qu'il fallait absolument que nous cheminions calmement... Une fois de plus il avait raison... Mon cheminement a chang&#233;, je souhaitais que Bastien parte mais aujourd'hui je ne suis plus s&#251;re de rien... contrairement &#224; mon mari qui campe sur sa position depuis le d&#233;but...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les m&#233;decins qui s'occupent de Bastien au Centre sont le docteur XXX et le Professeur YYY... J'ai une totalement confiance en eux... Ils sont &#224; l'&#233;coute, attentifs &#224; Bastien et &#224; notre famille... Je sais que cette situation est difficile pour eux car exceptionnelle... Ils m'ont autoris&#233;e &#224; rester aupr&#232;s de Bastien jour et nuit, sachant que le centre est &#224; XXX et que nous habitons YYY (70 kms). Nous avons deux autres enfants de 4 ans et 20 mois.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les m&#233;decins me parlent d'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif mais &#233;galement d'&#233;tat pauci relationnel cependant je ne suis pas enti&#232;rement d'accord avec eux mais il est vrai que je ne suis pas m&#233;decin... Bastien, comme vous me le d&#238;tes &#224; une conscience minimale, il r&#233;agit aux bruits, peut par des grimaces exprimer sa douleur et par des g&#233;missements son inconfort... Cependant, l'&#233;tat pauci relationnel d&#233;crit que le patient peut avoir un code de communication gestuel ou verbal &#233;l&#233;mentaire oui/non, &#224; des gestes et des r&#233;ponses orient&#233;es, des mouvements &#224; la demande reproductibles, manifestations de comportements &#233;motionnel ou moteur adapt&#233; &#224; la situation...et Bastien ne rentre pas dans ce sch&#233;ma... Le docteur Rigaux (Berck) dans un livre a &#233;crit &quot;ainsi un m&#234;me patient peut passer en un laps de temps r&#233;duit de l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif &#224; l' EPR&quot;... et Bastien me le prouve !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comme je vous l'ai dit Bastien aujourd'hui commence &#224; avoir des rougeurs qui apparaissent et ne partent pas, le corps se raidit et nous arrivons au bout des doses de Lior&#233;sal... Le docteur XXX est emb&#234;t&#233; et souhaite faire un bilan complet (prise de sang, radios) pour v&#233;rifier qu'aucune douleur ne g&#233;n&#232;re cette raideur... Si rien n'est d&#233;cel&#233; il faudra reconna&#238;tre que c'est sur le plan neurologique... et que faire ? augmenter le Rivotril pour att&#233;nuer la douleur mais Bastien sera de nouveau dans &quot;les vapes&quot;... est-ce &#224; ce moment l&#224; que le parle d'acharnement th&#233;rapeutique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les diff&#233;rents IRM ont montr&#233; que Bastien a des l&#233;sions axonales diffuses. Les noyaux gris centraux sont touch&#233;s et vont se n&#233;croser... Les EEG montrent un trac&#233; r&#233;actif mais tr&#232;s lent...
L'autre aspect est l'esp&#233;rance de vie... Bastien est un enfant en plein d&#233;veloppement et sa croissance devient aussi probl&#233;matique... Il grandit tr&#232;s rapidement mais apparement les organes vitaux (poumons, coeur) n'ont pas cette m&#234;me rapidit&#233;... Bastien bave &#233;norm&#233;ment car il ne d&#233;glutit plus, il a du scopoderm (patch entier toutes les 72h) mais l'efficacit&#233; est r&#233;duite... du coup, cela engendre des encombrements pulmonaires qui n&#233;cessitent certaines fois, la remise sous oxy et/ou des aspirations...
Bastien fait de l'oed&#232;me graisseur au niveau du visage... et fit de l'epilpesie infra clinique, il est sous d&#233;pakine...
Bastien a fait il y a un mois une pneumopathie suite &#224; son intervention sous AG (il a inhal&#233;)pour la gastrostomie, 3 jours en R&#233;a... antibio pendant 15 jours&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224;, encore quelques points qui pourront je l'esp&#232;re vous aidez &#224; comprendre...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 12 juin 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous me confirmez d'une part que la situation, d&#233;cid&#233;ment, est complexe, d'autre part que vous avez affaire &#224; des professionnels de grande qualit&#233;, y compris humaine. Naturellement cela me met de plus en plus mal &#224; l'aise : s'il s'agissait d'une situation simple, ou si on avait des raisons de penser que la r&#233;flexion de l'&#233;quipe n'est pas &#224; la hauteur... Mais ce n'est pas le cas. Qu'est-ce que je viens faire l&#224;-dedans ? [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-20&quot; name=&quot;nh3-20&quot; id=&quot;nh3-20&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[20] Il me semble n&#233;cessaire de rappeler ici &#224; Nicole &#224; quelles conditions (...)' &gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; d'&#233;thique (...) nous a de nouveau mis en garde contre une d&#233;cision de fin de vie, que cette d&#233;cision nous la porterons jusqu'&#224; notre dernier souffle et qu'il fallait absolument que nous cheminions calmement... Une fois de plus il avait raison... (...) aujourd'hui je ne suis plus s&#251;re de rien... contrairement &#224; mon mari qui campe sur sa position depuis le d&#233;but...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est quelque chose de tr&#232;s important. Ce qui vous a &#233;t&#233; dit ne l'a pas &#233;t&#233; du point de vue de l'&#233;thique mais de la psychologie ; sans doute &#233;tait-ce l&#224; la seule attitude correcte : il est parfois &#233;thiquement inadapt&#233; de tenir des propos &#233;thiques. Et il fallait vous rappeler &#224; quel point le temps est une donn&#233;e importante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question pos&#233;e est celle du sens. Ce que nous disons, ce au nom de quoi nous b&#226;tissons une r&#233;flexion &#233;thique, c'est bien que les choses ont un sens. Or il faut le rappeler : la nature n'a pas de sens ; en soi, elle ignore tout du bien et du mal, et on peut m&#234;me dire que la connaissance scientifique a commenc&#233; d'&#234;tre quand les hommes ont renonc&#233; &#224; trouver du sens aux choses. Cependant il y a l'homme, et l'homme est l'animal assoiff&#233; de sens. Du coup, et m&#234;me si cela ne correspond &#224; rien d'objectif, il y a les choses qui ont du sens et celles qui n'en ont pas. Par contre le sens n'a pas tant que cela lieu d'&#234;tre partag&#233; pour &#234;tre l&#233;gitime. Et comme je vous le disais dans mon pr&#233;c&#233;dent message, si la situation a du sens pour vous, elle en a absolument. Reste &#224; g&#233;rer les compromis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les m&#233;decins me parlent d'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif mais &#233;galement d'&#233;tat pauci relationnel (...). Le docteur Rigaux (Berck) dans un livre a &#233;crit &quot;ainsi un m&#234;me patient peut passer en un laps de temps r&#233;duit de l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif &#224; l' EPR&quot;... et Bastien me le prouve !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette distinction est classique ; j'ai un peu de mal &#224; en voir l'int&#233;r&#234;t ; d'ailleurs : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.sante.gouv.fr/adm/dagpb/bo/2002/02-20/a0202031.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&quot;Il est rare qu'une personne en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif soit totalement arelationnelle. La plupart du temps, il existe un degr&#233; minimal de r&#233;ponse volontaire &#224; quelques stimulations, r&#233;ponse fluctuante selon les moments de la journ&#233;e : cette situation clinique est qualifi&#233;e d'&#171; &#233;tat pauci-relationnel &#187; (EPR).&quot;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ; autrement dit la notion d'&#233;tat pauci-relationnel sert surtout &#224; rappeler que l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique n'est pas un &#233;tat sans aucune relation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comme je vous l'ai dit Bastien aujourd'hui commence &#224; avoir des rougeurs (...). Si rien n'est d&#233;cel&#233; il faudra reconna&#238;tre que c'est sur le plan neurologique... et que faire ? augmenter le Rivotril pour att&#233;nuer la douleur mais Bastien sera de nouveau dans &quot;les vapes&quot;... est-ce &#224; ce moment l&#224; que le parle d'acharnement th&#233;rapeutique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est l&#224; la question, mais elle risque d'&#234;tre rapidement tranch&#233;e : ou bien le m&#233;decin trouve une explication et on peut croire que les choses vont se stabiliser, ou il n'en trouve pas et nous aurons &#224; g&#233;rer un malade inconfortable, avec cette fois une plus grade (mais pas totale) libert&#233; de convoquer la r&#232;gle du double effet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les diff&#233;rents IRM ont montr&#233; que Bastien a des l&#233;sions axonales diffuses. Les noyaux gris centraux sont touch&#233;s et vont se n&#233;croser... (...). Bastien a fait il y a un mois une pneumopathie suite &#224; son intervention sous AG (il a inhal&#233;) pour la gastrostomie, 3 jours en R&#233;a... antibio pendant 15 jours.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, &#224; vous lire je me dis qu'en effet la question de l'acharnement th&#233;rapeutique va vite se poser. Mais vous avez affaire &#224; une tr&#232;s bonne &#233;quipe. Et si je relis vos mails, je note une &#233;norme &#233;volution dans la mani&#232;re dont vous la pr&#233;sentez, et je me dis qu'il y a des mots de votre premier mail que vous n'&#233;cririez plus aujourd'hui. Continuez de lui faire confiance. De toute mani&#232;re il n'y a rien &#224; d&#233;cider tant que le bilan n'a pas &#233;t&#233; fait. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-21&quot; name=&quot;nh3-21&quot; id=&quot;nh3-21&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[21] Allons plus loin : alors que Nicole paraissait, dans son premier mail, (...)' &gt;21&lt;/a&gt;]
Je me sens ridicule &#224; vous parler de paix. Mais si au moins vous pouviez garder la certitude que tout le monde dans cette affaire fait du mieux qu'il est possible, et que jusqu'&#224; pr&#233;sent le confort de Bastien est convenable...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M.C.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quatri&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole 13 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Qu'est-ce que je viens faire l&#224;-dedans ?&quot;, cette question est l&#233;gitime de votre part... Sachez que votre r&#233;flexion sur le cas de Bastien m'apporte un regard neuf et important, j'appr&#233;cie votre discours d'homme de sciences... Vos points de vue m'aide &#224; cheminer...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De plus, malgr&#233; tout le m&#233;rite de l'&#233;quipe m&#233;dicale, aujourd'hui &#224; mes yeux il y a une forte empathie envers Bastien et nous-m&#234;me qui me fait dire que l'objectivit&#233; n'est plus de mise...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis presque 8 mois, les m&#233;decins et l'&#233;quipe soignante vivent 24h/24h avec Bastien, et forc&#233;ment un attachement existe... De plus, contrairement au m&#233;decin de Bastien vous avez l'exp&#233;rience de la fin de vie d'une personne et comme vous le dites que ce soit un enfant ou une personne &#226;g&#233;e cela reste une fin de vie. Le Docteur XXX m'a dit que jamais il n'avait &#233;t&#233; confront&#233; &#224; cela alors malgr&#233; ma confiance j'ai besoin de comprendre...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je sens que mon envie d'accompagner Bastien est orient&#233;e par les m&#233;decins qui souhaitent ne surtout pas entrer dans le d&#233;bat d'une fin de vie... J'ai le sentiment qu'en demandant une fin de vie pour mon enfant je peux lire dans leurs yeux &quot;assassins&quot;... Je suis attentive &#224; leur discours mais il m'embrouille... Je sais aussi que je leur sers d'alibi aupr&#232;s de mon mari car je penche plus dans leur sens... et tout cela me mine !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce la meilleure chose pour Bastien, quel sens donner &#224; sa vie dans cet &#233;tat, en sachant qu'une d&#233;gradation arrive, que le traitement est augment&#233; et que des signes de souffrance surgissent... Me poussent-ils &#224; continuer car ils ne peuvent assumer ce geste ? Est-ce une forme d'hypocrisie, de politique de l'autruche ? se rendent-ils compte qu'ils m'ont donn&#233; trop d'espoir d'un &#233;ventuel r&#233;veil qui n'arrivera pas, du coup il fut reprendre le &quot;paquet&quot; et regarder ailleurs ce qui se fait ? Ai-je le droit de demander le &quot;double effet&quot; ou est-ce le m&#233;decin qui le d&#233;cide ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; pourquoi votre r&#233;flexion est importante et me permet d'avancer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La prise de sang est programm&#233;e pour demain et un nouvel EEG prochainement...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 13 juin 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Qu'est-ce que je viens faire l&#224;-dedans ?&quot;, cette question est l&#233;gitime de votre part... (...) Vos points de vue m'aident &#224; cheminer...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, ce qui me pr&#233;occupe depuis le d&#233;but, c'est la question de ma l&#233;gitimit&#233; &#224; dire quelque chose ; c'est aussi ma position de voyeur qui parle dans le dos des personnes... Mais il se peut que ce soit simplement l&#224; mes &#233;tats d'&#226;me et que &#231;a n'ait au fond aucune importance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que je me dis c'est qu'un jour pourrait venir o&#249; il sera ad&#233;quat de d&#233;battre comme nous le faisons avec l'&#233;quipe soignante ; la logique voudrait certainement que si d&#233;bat il doit y avoir il soit conduit par un comit&#233; d'&#233;thique d&#251;ment mandat&#233;. Mais si la communaut&#233; r&#233;unie autour de Bastien d&#233;cidait que je peux apporter quelque chose, je le ferais, bien s&#251;r. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-22&quot; name=&quot;nh3-22&quot; id=&quot;nh3-22&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[22] J&amp;#39;ai &#233;t&#233; long &#224; &#233;crire cette phrase. Car dans la position qui (...)' &gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;De plus, malgr&#233; tout le m&#233;rite de l'&#233;quipe m&#233;dicale, aujourd'hui &#224; mes yeux il y a une forte empathie envers Bastien et nous-m&#234;me qui me fait dire que l'objectivit&#233; n'est plus de mise...&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-23&quot; name=&quot;nh3-23&quot; id=&quot;nh3-23&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[23] Autre pi&#232;ge : comme si, pour purement &#233;pistolaire qu&amp;#39;elle soit, (...)' &gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Concernant nos &#233;changes, j'esp&#232;re que vous ne m'en voudrez pas mais, je l'ai &#233;voqu&#233; de fa&#231;on &#233;vasive avec le Docteur XXX, en taisant votre identit&#233;, et en lui expliquant qu'il &#233;tait important je discute de Bastien et de son &#233;ventuelle fin de vie avec une personne expos&#233;e et connaissant le sujet...
Il trouvait ma d&#233;marche saine et m'a dit &quot;vous trouvez toujours la possibilit&#233; d'avancer et j'en suis heureux&quot;... &quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de taire mon identit&#233; : le site est public, les d&#233;bats sont publics, c'est fait pour &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je sens que mon envie d'accompagner Bastien est orient&#233;e par les m&#233;decins qui souhaitent ne surtout pas entrer dans le d&#233;bat d'une fin de vie...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un c&#244;t&#233; c'est totalement compr&#233;hensible ; je crois m&#234;me que c'est mon attitude (&#171; je n'aurais aucun &#233;tat d'&#226;me &#187;) qui est &#171; anormale &#187;. Reste que vous avez raison de vous m&#233;fier de cette tendance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De l'autre cette r&#233;ticence a une fonction protectrice : dans l'enfer qui est le v&#244;tre, il faut absolument tenir compte de la tentation. Car on sait bien, et cela vous est une cause majeure de souffrance, que le jour o&#249; tout sera fini, quand il n'y aura plus, si j'ose dire cette monstruosit&#233;, que le deuil &#224; g&#233;rer, tout le monde ira mieux. Ce qui fait que personne ne veut envisager cette issue, c'est que tout le monde l'envisage. Mais si on se laisse aller &#224; le dire, alors on perd la derni&#232;re protection qui permettait de rester sur la voie droite, et tout explose. C'est comme sur un chemin : tout le monde est &#233;puis&#233;, tout le monde veut poser le sac, mais personne n'en parle parce que d&#232;s que quelqu'un en aura parl&#233; tout le monde posera le sac. Or il faut arriver &#224; l'&#233;tape.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai le sentiment qu'en demandant une fin de vie pour mon enfant je peux lire dans leurs yeux &quot;assassins&quot;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'abord je parie qu'il n'y a rien dans leurs yeux. Et s'il y avait quelque chose, je parie que ce ne serait rien d'autre que le reflet de leur propre d&#233;sir. En le rejetant sur vous ils l'exorciseraient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis attentive &#224; leur discours mais il m'embrouille... Je sais aussi que je leur sers d'alibi aupr&#232;s de mon mari car je penche plus dans leur sens... et tout cela me mine !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui&#8230; Si j'osais je dirais que ces petites manipulations sont la marque de leur profonde humanit&#233;. S'ils le font ils ont tort, mais c'est parce qu'ils le font qu'ils m&#233;ritent votre affection et votre confiance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce la meilleure chose pour Bastien, quel sens donner &#224; sa vie dans cet &#233;tat, en sachant qu'une d&#233;gradation arrive, que le traitement est augment&#233; et que des signes de souffrance surgissent...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne peux vous donner qu'une r&#233;ponse th&#233;orique : le d&#233;bat que nous avons n'a de sens que dans la mesure o&#249; les sympt&#244;mes de Bastien sont correctement contr&#244;l&#233;s. Si ce n'est pas le cas, alors il est obligatoire de se donner les moyens de le faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais nous sommes dans une situation o&#249; on n'a que faire des r&#233;ponses th&#233;oriques ; m&#234;me, il ne serait pas &#233;thiquement acceptable de s'appuyer dessus. Si vous arriviez &#224; un point o&#249; vous pensez que ces sympt&#244;mes ne sont pas correctement contr&#244;l&#233;s, alors je proposerais la d&#233;marche suivante : [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-24&quot; name=&quot;nh3-24&quot; id=&quot;nh3-24&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[24] Je l&amp;#39;ai d&#233;j&#224; dit ; mais il me semble qu&amp;#39;&#224; ce stade il faut (...)' &gt;24&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 1&#176;) : Refaire un bilan &#224; vis&#233;e pronostique ; c'est ce qui est en train d'&#234;tre fait.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 2&#176;) : R&#233;&#233;valuer les sympt&#244;mes, notamment avec le concours d'une &#233;quipe ext&#233;rieure.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 3&#176;) : R&#233;unir un nouveau comit&#233; d'&#233;thique.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 4&#176;) : D&#233;cider si la situation impose un changement de strat&#233;gie ; dans ce cas, dire s'il est possible d'appliquer la r&#232;gle du double effet, ou s'il est possible d'en trouver un &#233;quivalent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Me poussent-ils &#224; continuer car ils ne peuvent assumer ce geste ? Est-ce une forme d'hypocrisie, de politique de l'autruche ? Se rendent-ils compte qu'ils m'ont donn&#233; trop d'espoir d'un &#233;ventuel r&#233;veil qui n'arrivera pas, du coup il faut reprendre le &quot;paquet&quot; et regarder ailleurs ce qui se fait ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a probablement un peu de tout cela. Ce sont des r&#233;&#233;ducateurs, ils sont du c&#244;t&#233; de la vie, et il est tr&#232;s difficile de ne pas prendre cette &#233;volution comme un &#233;chec personnel. Le d&#233;ni est fr&#233;quent chez le m&#233;decin, et parmi les erreurs que j'ai faites dans ma carri&#232;re la plupart sont li&#233;es au fait que je n'ai pas voulu voir que les choses allaient plus mal que je ne pensais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ai-je le droit de demander le &quot;double effet&quot; ou est-ce le m&#233;decin qui le d&#233;cide ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les deux. Vous &#234;tes fond&#233;e &#224; dire que pour vous la situation est trop mal contr&#244;l&#233;e pour qu'on puisse continuer ainsi. Vous devez indiquer que vous &#234;tes pr&#234;te. Mais je persiste &#224; dire que c'est le m&#233;decin qui doit d&#233;cider ; je persiste &#224; dire que c'est lui qui &#233;value le confort du malade, et que la seule solution est de lui faire confiance. Et si vous me demandiez de quel droit, je vous r&#233;pondrais : &quot;Madame, je n'ai jamais perdu mon enfant ; et si cela m'&#233;tait arriv&#233;, il resterait que ce n'&#233;tait pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cet&lt;/i&gt; enfant ; voil&#224; pourquoi vous savez sur cette situation des choses que je ne saurai jamais. Mais j'ai vu tellement de m&#232;res perdre leur enfant que je sais sur cette situation des choses que vous ne saurez jamais. Du coup je suis tenu de vous &#233;couter de mon mieux, mais vous n'avez pas d'autre choix que de m'&#233;couter de votre mieux.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La prise de sang est programm&#233;e pour demain et un nouvel EEG prochainement...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors attendons-la ensemble : c'est le signe que les choses sont faites dans l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M.C.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Cinqui&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 18 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bilan des examens pour Bastien,
Prise de sang et analyse d'urine : RAS
Radios pulmonaire et hanche : RAS
EEG : peu concluant &quot;trac&#233; globalement ralenti, m&#233;diocrement structur&#233;, m&#233;diocrement r&#233;actif&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien a toujours ses raideurs et grimace souvent. Lorsque je demande pour quelles raisons vu que le bilan ne fait rien ressortir de particulier et j'ai comme r&#233;ponse &quot; on ne sait pas&quot;, je peux vous dire que ces quelques mots me &quot;sortent par les trous de nez&quot;. De plus, cette situation alimente la conviction de mon mari sur l'arr&#234;t de tout &#231;a pour Bastien, si les m&#233;decins ne savent pas, &#224; quoi &#231;a sert ? et qui cela sert ? ou dessert ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes pass&#233;s &#224; un antalgique (excusez-moi j'ai oubli&#233; le nom) un peu plus fort lorsque le Doliprane n'a pas d'action... Et introduction de suppositoires de s&#233;datif PC... N'avons-vous pas l'impression, comme moi, que l'on cherche un peu tout et n'importe quoi pour soulager Bastien en employant la m&#233;thode douce ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas quelle suite sera donn&#233;e... Je n'ai pas vu le Docteur XXX, les r&#233;sultats m'ont &#233;t&#233; donn&#233; par une interne... J'esp&#232;re le voir demain...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je supporte de moins en moins de voir Bastien grimacer... la fatigue ? sans doute... Mais j'avoue que lorsque j'&#233;voque les grimaces de Bastien, on me r&#233;pond : &quot;il a le droit de pas &#234;tre bien ou content comme tout autre enfant, c'est un moyen d'expression !&quot; Je suis d'accord mais Bastien c'est tous les jours et cela m'use... Mon impuissance de maman face &#224; cet &#233;tat est difficilement supportable...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je reconnais que les doutes reviennent sur le bien ou pas de continuer ainsi... Le Pourquoi, dans quel sens, est-ce que Bastien souhaite cela ? Bref, c'est un peu le bazar...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous tiens au courant de mon entretien avec le docteur XXX&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonne soir&#233;e et @ bient&#244;t&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 18 juin 2009 : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'attendais et redoutais tout &#224; la fois de vous lire. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-25&quot; name=&quot;nh3-25&quot; id=&quot;nh3-25&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[25] En effet, je commen&#231;ais &#224; trouver le temps long ; d&amp;#39;un c&#244;t&#233; (...)' &gt;25&lt;/a&gt;]
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bilan des examens pour Bastien, Prise de sang et analyse d'urine : RAS
Radios pulmonaire et hanche : RAS
EEG : peu concluant &quot;trac&#233; globalement ralenti, m&#233;diocrement structur&#233;, m&#233;diocrement r&#233;actif&quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, rien qui explique l'impression d'inconfort, rien non plus qui modifie le pronostic.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien a toujours ses raideurs et grimace souvent. Lorsque je demande pour quelles raisons vu que le bilan ne fait rien ressortir de particulier et j'ai comme r&#233;ponse &quot;on ne sait pas&quot;,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et c'est vrai ; on ne sait pas, et on ne peut savoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant longtemps on n'a pas pr&#234;t&#233; attention &#224; ces manifestations. Puis sont venus les militants des soins palliatifs, et la douleur est devenue une pr&#233;occupation de tous les instants. C'est un tr&#232;s grand progr&#232;s ; mais c'est aussi un pi&#232;ge extr&#234;mement dangereux. Car, et &#224; cause notamment de la culpabilisation (m&#233;rit&#233;e &#224; bien des &#233;gards) du corps m&#233;dical &#224; ce sujet, le paradigme de la douleur est devenu le mod&#232;le explicatif oblig&#233; de toutes les manifestations du malade. Au point qu'on &#233;prouve les pires difficult&#233;s (et qu'on s'expose aux pires ennuis) pour essayer de faire entendre qu'il n'y a pas que la douleur qui pourrisse la vie des patients. Le paradigme de la douleur est devenu un simplisme, et qui &#224; beaucoup tient lieu de r&#233;flexion ; cette erreur, cette paresse intellectuelle est renforc&#233;e par le fait que, quand on h&#233;site, il est recommand&#233; de faire un &quot;test &#224; la morphine&quot; : le malade semble inconfortable, s'il se calme quand on lui donne de la morphine c'est qu'il avait mal. Mais quand on dit cela on oublie que la morphine est aussi un s&#233;datif, d'autant plus s&#233;datif, pr&#233;cis&#233;ment, qu'on n'a pas mal. Du coup la morphine calme le malade douloureux parce que c'est un antalgique, mais elle calme aussi le malade non douloureux parce que c'est un s&#233;datif ; de sorte que le &quot;test &#224; la morphine&quot; ne fait pas avancer les choses. J'exag&#232;re, bien s&#251;r ! Mais je veux souligner par l&#224; que m&#234;me le test &#224; la morphine demande beaucoup de discernement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, que peut-on dire sur Bastien ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; D'abord, que nous avons des raisons de penser qu'il a mal : l'hypertonie est souvent douloureuse. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Ensuite, que le diagnostic de la douleur chez l'enfant qui ne communique pas est quelque chose d'extr&#234;mement difficile.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Enfin que cela n'a pas une grande importance : ce qu'il nous dit, c'est qu'il est inconfortable, et il faut donc rem&#233;dier &#224; cet inconfort. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-26&quot; name=&quot;nh3-26&quot; id=&quot;nh3-26&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[26] Il y a l&#224; une contradiction dont je suis parfaitement conscient : (...)' &gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car je vous rappelle le principe de base : toute notre construction repose sur le postulat que nous avons le temps de r&#233;fl&#233;chir parce que Bastien est confortable ; s'il ne l'est pas, alors nos obligations changent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;je peux vous dire que ces quelques mots me &quot;sortent par les trous de nez&quot;. De plus, cette situation alimente la conviction de mon mari sur l'arr&#234;t de tout &#231;a pour Bastien, si les m&#233;decins ne savent pas, &#224; quoi &#231;a sert ? et qui cela sert ? ou dessert ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je comprends cela. Et je me dis que vous avez raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne sait pas. Certes. Et sans doute je ne saurais pas non plus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si on ne sait pas, alors il est logique de demander des avis compl&#233;mentaires, et notamment celui de praticiens de la douleur chez l'enfant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela fera ou non avancer les choses. Vu de ma fen&#234;tre, je dirais que tout le projet de soins repose sur un calcul des risques ; il repose sur la conviction que la vie de Bastien vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue. Vous pouvez donc poser quelques questions :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Sachant que l'hypertonie est un ph&#233;nom&#232;ne volontiers douloureux, quels sont les arguments de l'&#233;quipe pour affirmer que la douleur de Bastien est correctement contr&#244;l&#233;e, ou qu'il n'a pas mal ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; S'il y a un doute, peut-on prendre le conseil d'une &#233;quipe sp&#233;cialis&#233;e en soins palliatifs p&#233;diatriques ? Encore une fois ce n'est pas l&#224; une suspicion d'incomp&#233;tence : l'incomp&#233;tence ce serait d'ignorer qu'en mati&#232;re de douleur chez le sujet non communiquant, la seule solution est l'examen en &#233;quipe.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Comment &#233;value-t-on, et &#224; quelle p&#233;riodicit&#233;, le rapport b&#233;n&#233;fice/risque de la strat&#233;gie propos&#233;e pour Bastien ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes pass&#233;s &#224; un antalgique (excusez-moi j'ai oubli&#233; le nom) un peu plus fort lorsque le Doliprane n'a pas d'action... Et introduction de suppositoires de s&#233;datif PC... N'avons-vous pas l'impression, comme moi, que l'on cherche un peu tout et n'importe quoi pour soulager Bastien en employant la m&#233;thode douce ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suppose que l'&#233;quipe veut &#233;viter les s&#233;datifs, pour ne pas compromettre un r&#233;veil de Bastien. C'est compr&#233;hensible, mais &#224; condition qu'elle puisse dire comment elle &#233;value la progression de ce r&#233;veil, et comment elle construit son pronostic.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je supporte de moins en moins de voir Bastien grimacer... la fatigue ? sans doute... Mais j'avoue que lorsque j'&#233;voque les grimaces de Bastien, on me r&#233;pond : &quot;il a le droit de pas &#234;tre bien ou content comme tout autre enfant, c'est un moyen d'expression !&quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#224; encore, je comprends. Mais il me semble qu'il y a un b&#233;mol. Parlant comme elle parle, l'&#233;quipe sugg&#232;re qu'il ne faut pas oublier que Bastien est un enfant comme les autres. Et c'est &#224; consid&#233;rer. Je vous le redis : il se peut que vous surestimiez la gravit&#233; de la situation. Mais il demeure une difficult&#233; : lorsque mon petit-fils grimace et se montre inconfortable, je peux le laisser vivre cet inconfort parce qu'il s'agit de son adaptation au monde environnant ; et on sait, pour faire court, que la souffrance est aussi un moyen de grandir. La souffrance est acceptable, elle est m&#234;me sans doute n&#233;cessaire, dans un projet de vie, et elle n'a de valeur que dans la mesure o&#249; le projet de vie la justifie. Ici la question qui se pose est bel et bien : compte tenu du projet de vie de Bastien, quel est le niveau d'inconfort que nous estimons lui &#234;tre plus utile que nuisible ? Et redisons-le : il n 'y a pas que la douleur, et nous sommes comptables de tous ses inconforts.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a quelque chose de tr&#232;s touchant, de tr&#232;s path&#233;tique, dans la r&#233;ponse de l'&#233;quipe : &quot;il a le droit de pas &#234;tre bien ou content comme tout autre enfant, c'est un moyen d'expression !&quot;. Le beau droit que celui de ne pas &#234;tre bien ! Je trouve cela path&#233;tique parce qu'il me semble t&#233;moigner d'un effort d&#233;sesp&#233;r&#233; pour se persuader que ce qui arrive est normal. Ce sont des manquements de la part de l'&#233;quipe ; mais c'est par ces manquements qu'elle montre se profonde humanit&#233;, c'est par ces fautes qu'elle m&#233;rite votre confiance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis d'accord mais Bastien c'est tous les jours et cela m'use... Mon impuissance de maman face &#224; cet &#233;tat est difficilement supportable...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, et le risque est toujours l&#224; de m&#233;langer ce qui est votre souffrance et ce qui est la sienne. est-ce dissociable ? Comment peut-on seulement songer &#224; faire le d&#233;part entre la souffrance d'un enfant et celle de sa m&#232;re ? Je ne sais pas ; il le faut pourtant : ce que nous devons &#224; Bastien c'est la lucidit&#233;, l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle, la puret&#233; de c&#339;ur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je reconnais que les doutes reviennent sur le bien ou pas de continuer ainsi... Le Pourquoi, dans quel sens, est-ce que Bastien souhaite cela ? Bref, c'est un peu le bazar...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, ce doute vous l'aurez jusqu'au dernier jour de cette histoire. Parce que tout sera toujours variable, &#233;volutif, incertain, et que tout devra toujours &#234;tre reconsid&#233;r&#233; &#224; chaque pas. Au moins, n'en ayez pas honte. Il faut au contraire se poser chaque jour la question, et elle se pose en termes de rapport b&#233;n&#233;fice/risque : inconfort de Bastien contre moments agr&#233;ables, ou m&#234;me risque d'inconfort contre probabilit&#233; de confort. A tire purement personnel, j'aurais probablement dit comme le r&#233;animateur : le doute profite &#224; la vie ; maintenant je dirais plut&#244;t : le doute profite au confort. Je veux dire que si je prends le risque d'un inconfort, je m'engage &#224; dire pourquoi, c'est-&#224;-dire dans quel but, et avec quelle perspective d'am&#233;lioration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous tiens au courant de mon entretien avec le Dr XXX&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car je suis, moi, tranquille dans mon fauteuil, ce qui fait que mes remarques ne valent que ce qu'elles valent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M.C.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Sixi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 25 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Veuillez tout d'abord excusez mon silence depuis quelques jours mais une baisse de vitalit&#233; m'a prise au d&#233;pourvu et du coup un bon (d&#233;sol&#233;e de l'expression peu m&#233;dicale) &quot;p&#233;tage de plombs&quot;.... Mais voil&#224;, maintenant c'est reparti !!! [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-27&quot; name=&quot;nh3-27&quot; id=&quot;nh3-27&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[27] En effet, les messages de Nicole vont avoir tendance &#224; (...)' &gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'ai toujours pas vu le m&#233;decin de Bastien depuis les r&#233;sultats des examens... Je les ai eu par-ci par-l&#224; mais sans de v&#233;ritables explications...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, examen ophtalmo, la r&#233;tine est sensible, petite r&#233;action &#224; la lumi&#232;re qui laisse pr&#233;sager que la lumi&#232;re passe et qu'elle ressort mais &#224; un moindre niveau.. De plus, il m'a parl&#233; d'agnosie, il pense que Bastien n'a pas de reconnaissance des visages.... Et l&#224;, l'angoisse pour moi... Il me voit mais ne sait pas qui je suis... Dur, dur !!!&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les raideurs de Bastien sont fluctuantes, c'est d&#233;routant, les jours passent et ne se ressemblent pas... L'antalgique qu'il a lorsque le Doliprane n'agit pas est le Contramal...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous aviez raison lorsque vous m'expliquiez qu'ils essayent des m&#233;thodes moins agressives pour limiter les douleurs... La p&#233;diatre &#233;tait d'avis d'augmenter le Rivotril mais le Docteur XXX n'a pas choisit cette option, sachant sans doute que cela remettrait Bastien dans le cirage... Il a opt&#233; pour le Contramal qui a &#233;t&#233; efficace...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Tout sera toujours variable, &#233;volutif, incertain....&quot; voil&#224; ma souffrance, le variable et l'incertain... Chaque jour je me bats contre des 'on ne sait pas&quot;, 'peut-&#234;tre&quot;, &quot;on va essayer &#231;a&quot; et honn&#234;tement c'est lassant... mais que faire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien n'&#233;volue pas, c'est une certitude... Bastien souffre quelques fois mais de plus en plus souvent, c'est une certitude... Bastien est inconfortable de temps en temps, c'est une certitude... Bastien a des raideurs on augmente le traitement, c'est une certitude... Mais, sur les points positifs comme, Bastien r&#233;agit &#224; son environnement, on ne sait pas... Bastien aime les stimulations, on ne sait pas... Bastien reconna&#238;t ma voix, on ne sait pas... Bastien a conscience de quelque chose, on ne sait pas... Bref, il faut chaque jour puiser une &#233;nergie gigantesque pour des r&#233;sultats o&#249; &quot;on ne sait pas&quot;... quel en est le b&#233;n&#233;fice...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce soir, je dors aupr&#232;s de Bastien et il commence &#224; crier, &#224; grimacer malgr&#233; les changements de positions, les mots tendres, la prise au bras... Que puis-je faire de plus ? Demander du Doliprane en esp&#233;rant qu'il agisse... Attendre que cela passe et regarder, entendre mon fils crier et se raidir... Quel supplice !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#232;s que j'ai enfin vu le Docteur XXX, je reviens vers vous...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'aimerai vous poser une question, sans doute difficile d'y r&#233;pondre mais j'ai besoin de comprendre pourquoi si nous souhaitons une fin de vie pour Bastien cela g&#233;n&#232;re autant de r&#233;ticences plac&#233;es plus sur l'enfant que le patient...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi nous dit-on que m&#234;me si la loi est de notre c&#244;t&#233;, il faudra encore trouver un m&#233;decin susceptible de faire cet acte... Vous en tant que m&#233;decin, le feriez-vous sur un enfant ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sachez que je n'envisage pas &#224; ce jour une fin de vie m&#234;me si elle m'interpelle r&#233;guli&#232;rement et que je vous tends pas de pi&#232;ge... J'ai besoin d'un point de vue sur la difficult&#233; m&#233;dicale d'arr&#234;ter une vie...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 25 juin 2009 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'ai toujours pas vu le m&#233;decin de Bastien depuis les r&#233;sultats des examens... Je les ai eu par-ci par-l&#224; mais sans de v&#233;ritables explications...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dommage ; dans une telle situation il est capital que la communication soit parfaite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, examen ophtalmo, la r&#233;tine est sensible, (...) Il me voit mais ne sait pas qui je suis.... Dur, dur !!!&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet. Mais il faut voir deux choses : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Si on en est &#224; faire des examen ophtalmololgiques pour savoir si Bastien y voit, alors il me semble futile de se demander s'il comprend ce qu'il voit.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; S'il ne peut reconna&#238;tre votre visage, cela ne dit absolument pas qu'il ne peut reconna&#238;tre votre voix ; les choses sont tr&#232;s complexes, et vous savez bien que vous &#234;tes capable de reconna&#238;tre votre mari, m&#234;me de dos.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les raideurs de Bastien sont fluctuantes, c'est d&#233;routant, les jours passent et ne se ressemblent pas... L'antalgique qu'il a lorsque le Doliprane n'agit pas est le Contramal...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous aviez raison lorsque vous m'expliquiez qu'ils essayent des m&#233;thodes moins agressives pour limiter les douleurs... La p&#233;diatre &#233;tait d'avis d'augmenter le Rivotril mais le Docteur XXX n'a pas choisi cette option, sachant sans doute que cela remettrait Bastien dans le cirage... Il a opt&#233; pour le contramal qui a &#233;t&#233; efficace...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voyez comme c'est d&#233;licat : il y a peu je vous aurais dit : peu m'importe que Bastien soit s&#233;dat&#233; pourvu qu'il n'ait pas mal. C'&#233;tait somme toute la position de la p&#233;diatre. Et le Dr XXX a eu raison de s'obstiner &#224; trouver une solution moins s&#233;dative. C'est tout le probl&#232;me de la tentation ; et elle commence quand nous disons : au point ou on en est, peu importe le risque. Non : peu n'importe pas le risque. Ce que nous devons &#224; Bastien, c'est aussi la probit&#233; intellectuelle la plus absolue. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-28&quot; name=&quot;nh3-28&quot; id=&quot;nh3-28&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[28] On voit ici que la contradiction que je mentionnais plus haut (...)' &gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Tout sera toujours variable, &#233;volutif, incertain....&quot; voil&#224; ma souffrance, le variable et l'incertain... Chaque jour je me bats contre des 'on ne sait pas&quot;, 'peut-&#234;tre&quot;, &quot;on va essayer &#231;a&quot; et honn&#234;tement c'est lassant... mais que faire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien n'&#233;volue pas, c'est une certitude... Bastien souffre quelquefois mais de plus en plus souvent, c'est une certitude... Bastien est inconfortable de temps en temps, c'est une certitude... Bastien a des raideurs on augmente le traitement, c'est une certitude...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, sur les points positifs comme, Bastien r&#233;agit &#224; son environnement, on ne sait pas... Bastien aime les stimulations, on ne sait pas... Bastien reconna&#238;t ma voix, on ne sait pas... Bastien a conscience de quelque chose, on ne sait pas... Bref, il faut chaque jour puiser une &#233;nergie gigantesque pour des r&#233;sultats o&#249; &quot;on ne sait pas&quot;... quel en est le b&#233;n&#233;fice...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, et c'est terrible : nous n'avons de certitudes que sur le n&#233;gatif ; sur le positif nous ne savons rien. Et c'est pourquoi les gens de l'ADMD sont au fond si &#233;mouvants : ce sont de leurs terreurs dont ils nous parlent tout en jurant leurs grands dieux qu'au contraire ils sont sereins. C'est qu'ils ont une frousse panique de l'incertain. Et quand on vit ce que vous vivez, on les comprend.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il y a tout de m&#234;me quelque chose d'&#233;trange : d'o&#249; viendrait que nous serions certains de ses d&#233;plaisirs et toujours en doute de ses plaisirs ? Il n'y a aucune raison, ce qui revient &#224; dire que c'est probablement faux. Nous n'en savons pas autant que nous disons sur ses inconforts, et plus que nous ne pensons sur ses conforts. Ce qui nous donne cette illusion, c'est que nous ne supportons pas l'id&#233;e que Bastien souffre, alors que nous sommes davantage pr&#234;ts &#224; accepter que la vie lui soit indiff&#233;rente ; et certes c'est compr&#233;hensible ; mais cela ne nous aide pas &#224; r&#233;fl&#233;chir calmement. Ceci renvoie &#224; la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale de la fin de vie : c'est nous qui d&#233;cidons d'interpr&#233;ter tel ou tel signe de telle ou telle fa&#231;on, et nous le faisons en fonction de notre souffrance ; avec d'inextricables probl&#232;mes &#233;thiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Soit par exemple un malade en coma terminal ; il arrive fr&#233;quemment que sa respiration devienne irr&#233;guli&#232;re. Cette respiration serait un calvaire chez le malade conscient. Mais ce malade pr&#233;cis est dans le coma (et nous savons parfaitement &#233;valuer la profondeur du coma) ; nous savons qu'il ne ressent pas sa respiration ; il n'a donc besoin de rien. Par contre pour l'entourage le spectacle est insupportable, et c'est cette image qu'ils retiendront, c'est sur elle qu'ils feront leur deuil. Mais que faire ? Je d&#233;fie quiconque de me d&#233;montrer qu'il pourrait &#234;tre l&#233;gitime, pour soulager la souffrance de Paul, de donner &#224; Pierre un traitement dont il n'a pas besoin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N'emp&#234;che ; quand nous nous disons certains que Bastien souffre et incertains s'il est bien, nous mobilisons nos peurs, pas nos certitudes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ce soir, je dors aupr&#232;s de Bastien et il commence &#224; crier, &#224; grimacer malgr&#233; les changements de positions, les mots tendres, la prise au bras... Que puis-je faire de plus ? Demander du Doliprane en esp&#233;rant qu'il agisse... Attendre que cela passe et regarder, entendre mon fils crier et se raidir... Quel supplice !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, et c'est ce qui me pr&#233;occupe. Nous avons tout de m&#234;me beaucoup d'indices pour penser que Bastien n'est pas suffisamment confortable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai l'impression qu'il n'y a pas d'&#233;quipe de soins palliatifs dans le tour de table.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'aimerai vous poser une question, sans doute difficile d'y r&#233;pondre mais j'ai besoin de comprendre pourquoi si nous souhaitons une fin de vie pour Bastien cela g&#233;n&#232;re autant de r&#233;ticences plac&#233;es plus sur l'enfant que le patient...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est en effet assez difficile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Personnellement je pense que la mort est la mort, et qu'elle n'est pas du tout plus facile &#224; supporter quand on est vieux que quand on est jeune. C'est une illusion. Reste que la plupart des gens se figurent que la mort est plus l&#233;gitime quand on a fait sa vie que quand on a &#224; la faire ; ce la n'a pas r&#233;ellement de sens : au contraire, c'est parce que j'y ai go&#251;t&#233; qu'il m'est plus difficile de renoncer &#224; une chose agr&#233;able. Mais c'est ainsi, et la mort de l'enfant est plus difficile &#224; admettre que celle du vieillard, alors m&#234;me que cela ne correspond pas &#224; ce que les enfants en disent. Certes, mais ils n'ont pas conscience de ce qu'est la mort. Je me demande ce qu'on dit l&#224; : d'abord parce que je voudrais bien savoir ce qu'on entend par &#171; conscience de ce qu'est la mort &#187; : la mort est par nature ce dont on ne peut prendre conscience ; ensuite parce que la vision que les enfants se font de la mort n'est ni plus ni moins inadapt&#233;e que la n&#244;tre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si on arrivait &#224; faire cette part des choses, alors on pourrait, comme vous le dites, se rendre compte que Bastien n'est pas un enfant mais un malade, et raisonner sur le malade et non sur l'enfant. Le fait que ce soit un enfant interf&#232;rerait uniquement sur le pronostic ; mais ici personne ne vous dit que le pronostic pourrait &#234;tre incertain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi nous dit-on que m&#234;me si la loi est de notre c&#244;t&#233;, il faudra encore trouver un m&#233;decin susceptible de faire cet acte... Vous en tant que m&#233;decin, le feriez-vous sur un enfant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre point qui me surprend. Car si je lis bien ce que vous rapportez, il s'agit d'une lecture totalement inadapt&#233;e de la loi L&#233;onetti, et d'ailleurs de la loi Kouchner (rappelons que sur le fond la premi&#232;re n'ajoute rien &#224; la seconde ; elle ne fait gu&#232;re qu'organiser les choses, ce qui certes n'est pas rien). Cela me renforce dans le soup&#231;on qu'il n'y a pas d'&#233;quipe de soins palliatifs dans le tour de table, et/ou qu'il est temps de refaire une discussion &#233;thique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que dit en effet la loi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes elle ne parle pas de l'enfant ; mais je vous ai dit qu'en tout &#233;tat de cause c'&#233;tait la seule solution ; par ailleurs, du fait qu'elle n'en parle pas elle permet d'approcher la question de l'enfant sous le m&#234;me angle que celle de l'adulte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or dans l'article 1 elle indique :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s le premier alin&#233;a de l'article L. 1110-5 du code de la sant&#233; publique, il est ins&#233;r&#233; un alin&#233;a ainsi r&#233;dig&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ces actes ne doivent pas &#234;tre poursuivis par une obstination d&#233;raisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionn&#233;s ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent &#234;tre suspendus ou ne pas &#234;tre entrepris. Dans ce cas, le m&#233;decin sauvegarde la dignit&#233; du mourant et assure la qualit&#233; de sa vie en dispensant les soins vis&#233;s &#224; l'article L. 1110-10. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Passons sur les d&#233;tails : dans le cas de Bastien, cela signifie qu'il est possible &#224; l'&#233;quipe de ne pas continuer les soins visant &#224; prolonger sa vie. Il ne s'agit en aucun cas de faire quelque chose, il s'agit d'arr&#234;ter de faire des choses qu'on fait. Et il n'y a pas lieu de se demander si on trouverait un m&#233;decin pour poser un acte, alors qu'il est question d'arr&#234;ter de poser un acte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En d'autres termes, nous en sommes toujours aux questions que je vous posais au d&#233;but de nos &#233;changes : les faits sont que des gens posent des actes en vue de maintenir Bastien en vie. Il y a donc des gens qui esp&#232;rent que Bastien va vivre. R&#233;p&#233;tons-le : si c'est l&#224; votre d&#233;sir, alors de ce seul fait la vie de Bastien prend sens, et on a raison de la prolonger ; mais si ce n'est pas le cas, alors ceux qui se battent pour cette vie doivent dire ce qu'ils en attendent. Et si on juge qu'au fond on n'en attend rien, alors la loi permet de cesser le combat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En pratique, si j'&#233;tais en charge de Bastien, et si on en arrivait &#224; ce point (mais y est-on ?), alors j'approfondirais la s&#233;dation, de mani&#232;re &#224; assurer son confort, et je retirerais tout ce qui ne sert pas strictement ce confort. Et je continuerais &#224; l'entourer de tout ce que je pourrais, en le laissant partir doucement. Nous savons faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais quand vous me demandez si je ferais &#171; cet acte &#187;, ce qui &#233;voque un geste positif d'euthanasie, ma r&#233;ponse est non. Certainement pas. Car ce que l'&#233;quipe lui donnerait en l'entourant de toute sa comp&#233;tence et de toute sa tendresse est bien autre chose que de pousser une seringue de n'importe quoi. Oui mais, dira l'ADMD, vous pr&#233;tendez qu'il n'en sentira rien. Vous avez raison ; mais comme il ne sentira ni ce que je ferai ni ce que je ne ferai pas, la situation est neutre de son point de vue ; le geste positif est donc inutile. Par contre ce n'est pas du tout neutre pour la communaut&#233; humaine r&#233;unie autour de lui. Et si nous disons que ces choses-l&#224; sont n&#233;gligeables, alors que faisons-nous en communaut&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sachez que je n'envisage pas &#224; ce jour une fin de vie m&#234;me si elle m'interpelle r&#233;guli&#232;rement et que je vous tends pas de pi&#232;ge... J'ai besoin d'un point de vue sur la difficult&#233; m&#233;dicale d'arr&#234;ter une vie...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, comme je vous le disais, ne vous pressez pas : tant que vous n'envisagez pas cette option, c'est qu'elle est mauvaise. Et s'il devait se faire que jamais vous ne l'envisagiez, vous auriez encore raison. Quant &#224; la difficult&#233; d'arr&#234;ter une vie, il n'y en a aucune, on n'a m&#234;me pas besoin des m&#233;decins. Mais ici il n'y aurait aucunement lieu d'arr&#234;ter la vie de Bastien : il suffirait de cesser de la maintenir artificiellement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Continuons &#224; cheminer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M.C.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Septi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 30 juin 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons une r&#233;union jeudi avec le Dr XXX &#224; 17h30, nous allons sans doute parler des examens...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors de ces r&#233;unions qui se terminent tard et durent longtemps, nous faisons un point sur la sant&#233; de Bastien, sur l'avenir de Bastien (HAD) et sur la fin de vie de Bastien...
Mon mari l'&#233;voque &#224; chaque r&#233;union, s&#251;r de sa conviction...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour reprendre votre dernier mail, sachez que Bastien ne rentre pas dans le cadre de soins palliatifs p&#233;diatrique dixit le Docteur W&#8230;, sp&#233;cialiste de la douleur et des soins palliatifs enfants &#224; XXX...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je souhaite que Bastien rentre une semaine &#224; la maison... Mais j'appr&#233;hende de passer du statut de maman &#224; celui d'infirmi&#232;re, surveillante et secouriste...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je sais que Bastien est un cas extr&#234;mement lourd, on me le r&#233;p&#232;te suffisamment, mais que puis-je faire, la maison &#224; caract&#232;re sanitaire ne me pla&#238;t pas, la fin de vie m'effraie alors que faire si ce n'est ramener Bastien &#224; la maison...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais est-ce une bonne raison ? Jean y est oppos&#233; et a peur que je fasse cela par d&#233;pit, que j'y laisse ma sant&#233; physique et mentale, que la vie de nos deux autres enfants ne soit plus une vie d'enfant...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je sens bien que nos familles respectives pensent comme Jean mais je refuse de r&#233;pondre &#224; une quelconque pression de leur part... Mon papa arrive ce soir de Paris pour que nous discutions, comme par hasard le soir o&#249; mon mari est absent et qu'ils ont eu une discussion dimanche sur le fait que mon cheminement et ma prise de d&#233;cision &#233;taient un peu longs...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne tuerai pas Bastien pour soulager tout le monde, je ne vais pas sacrifier la vie de Bastien pour pr&#233;server nos familles, si je d&#233;cide une fin de vie ce sera pour Bastien, je le ferai en essayant d'&#234;tre intimement convaincue que c'est ce qu'il y a de mieux pour lui et pas pour nous...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous donnerai les conclusions de la r&#233;union&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 02-07-2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons une r&#233;union jeudi avec le Dr XXX &#224; 17h30, nous allons sans doute parler des examens...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors de ces r&#233;unions qui se terminent tard et durent longtemps, nous faisons un point sur la sant&#233; de Bastien, sur l'avenir de Bastien (HAD) et sur la fin de vie de Bastien...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un c&#244;t&#233;, comme je vous le disais, il est capital que la communication entre vous soit parfaite, et le temps qui s'est &#233;coul&#233; entre les analyses et cette rencontre est d&#233;mesur&#233;. De l'autre le temps, justement, est un facteur incompressible, et le rythme qui vous est impos&#233; est peut-&#234;tre une bonne chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari l'&#233;voque &#224; chaque r&#233;union s&#251;r de sa conviction...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il faut qu'il le fasse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour reprendre votre dernier mail, sachez que Bastien ne rentre pas dans le cadre de soins palliatifs p&#233;diatrique dixit le Docteur W&#8230;, sp&#233;cialiste de la douleur et des soins palliatifs enfants &#224; XXX...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme je vous l'ai dit, il a probablement raison si on entend par l&#224; que Bastien ne rel&#232;ve pas d'une unit&#233; de soins palliatifs, ni m&#234;me de lits identifi&#233;s. Je b&#233;moliserais sur deux points. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le premier est que s'il n'y a vraiment aucune structure adapt&#233;e pour Bastien, on ne manque pas d'exemple o&#249;, sortant de leur r&#244;le, les unit&#233;s de soins palliatifs ont apport&#233; leur contribution. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le second est que les professionnels de soins palliatifs auraient tout de m&#234;me beaucoup de choses &#224; apporter au d&#233;bat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je souhaite que Bastien rentre une semaine &#224; la maison... Mais j'appr&#233;hende de passer du statut de maman &#224; celui d'infirmi&#232;re, (...), la fin de vie m'effraie alors que faire si ce n'est ramener Bastien &#224; la maison...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dois-je entendre que cette semaine que vous envisagez est une sorte de test de faisabilit&#233; ? Dans le cadre d'un projet de retour &#224; domicile, c'est une bonne id&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a quelque chose qui me travaille depuis quelque temps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mais est-ce une bonne raison ? Jean y est oppos&#233; et &#224; peur que je fasse cela par d&#233;pit, que j'y laisse ma sant&#233; physique et mentale, que la vie de nos deux autres enfants ne soit plus une vie d'enfant...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et votre mari a plusieurs raisons pour dire cela ; il y a les raisons qu'il vous donne, il y a les raisons qu'il ne vous donne pas, il y a les raisons dont il n'est pas conscient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Seulement il y a un probl&#232;me qu'il faut bien aborder.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous projetez de ramener Bastien &#224; la maison. Soit. Mais ce n'est pas vous qui allez le prendre en charge : c'est toute votre famille. Et votre famille a adopt&#233; la seule attitude qui vaille : ne rien brusquer contre votre d&#233;cision. Sym&#233;triquement, je ne vois pas comment vous pourriez justifier d'imposer &#224; vos proches une &#233;preuve qu'ils refusent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(...) Mon papa arrive ce soir de Paris pour que nous discutions, comme par hasard le soir o&#249; mon mari est absent et qu'ils ont eu une discussion dimanche sur le fait que mon cheminement et ma prise de d&#233;cision &#233;taient un peu longs...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et vous supposez que le hasard n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans ? C'est probable. Mais n'est-ce pas tout &#224; fait normal ? Tous ces gens vous aiment, et c'est leur amour qui parle. Maladroitement ? Je n'en suis m&#234;me pas s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne tuerai pas Bastien pour soulager tout le monde, je ne vais pas sacrifier la vie de Bastien pour pr&#233;server nos familles, si je d&#233;cide une fin de vie ce sera pour Bastien, je le ferai en essayant d'&#234;tre intimement convaincue que c'est ce qu'il y a de mieux pour lui et pas pour nous...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, Nicole, il y a l&#224; aussi quelque chose qui ne me va pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quoi qu'il arrive vous n'allez tuer personne. Vous n'allez sacrifier personne. Vous n'allez rien d&#233;cider du tout. Cette situation &#233;chappe &#224; tout le monde, et vous ne la ma&#238;trisez pas plus que les autres. C'est terrible, mais c'est ainsi. Ce que vous exprimez l&#224; c'est un besoin d'avoir prise sur l'&#233;v&#233;nement. Les raisons de ce besoin d'un c&#244;t&#233; sont &#233;videntes, de l'autre demandent peut-&#234;tre approfondissement. Je ne sais pas comment est organis&#233; votre soutien psychologique, mais il me semble qu'il y a l&#224; des choses &#224; mettre en mots. J'en ai d&#233;j&#224; eu l'intuition au fil de nos &#233;changes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;docteur michel cavey&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Huiti&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 03-07-2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;union s'est termin&#233;e hier soir &#224; 21h... Comme toujours fatigante car prenante et surtout il nous faut &#234;tre attentifs &#224; tout...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur le bilan de sant&#233;, rien en particulier, les examens n'ont montr&#233; aucun signe de souffrances malgr&#233; un accord sur le fait que Bastien est r&#233;ellement inconfortable par moment... Le Dr XXX pense, comme vous, qu'il faut que je me temporise sur cet inconfort et qu'il peut arriver que mon ressenti soit amplifi&#233;... Je pense qu'amplifi&#233; ou pas l'inconfort de Bastien doit &#234;tre ma&#238;tris&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'avait toujours re&#231;u l'interpr&#233;tation de l'examen ophtalmique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;union fut ax&#233;e sur l'avenir de Bastien avec un d&#233;bat sous tension entre mon mari et moi... mais Bastien rentre une semaine &#224; la maison du 17 au 22 ao&#251;t et j'en suis heureuse... Cependant, je dois l'avouer le stress est aussi tr&#232;s pr&#233;sent de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur... J'appr&#233;hende d&#233;j&#224;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari accepte ce projet car il ne souhaite pas me fermer les portes malgr&#233; ses r&#233;ticences... Et pour cela il m&#233;rite tout mon amour.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons aussi d&#233;cid&#233; de r&#233;unir &#224; nouveau le comit&#233; d'&#233;thique en octobre afin d'ouvrir la discussion sur la fin de vie de Bastien.... Le Dr XXX nous a redit hier soir que cette option allait &#234;tre un v&#233;ritable parcours du combattant mais je ne comprends pas pourquoi ? Pouvez vous me l'expliquer ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il nous met en garde contre une m&#233;diatisation incontr&#244;l&#233;e si cette option est choisie... Bref, nous avons le sentiment qu'il essaye de nous faire peur ou de nous d&#233;courager, qu'en pensez-vous ?
Il nous a redit aussi que les m&#233;decins pouvaient &#234;tre &quot;d&#233;gag&#233;s de certains gestes&quot;, que nous pourrions avoir du mal &#224; mettre en place une fin de vie pour Bastien malgr&#233; la loi... J'avoue que l&#224; je suis un peu perdue....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 14-7-9&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ci-joint une r&#233;flexion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sur le bilan de sant&#233;, rien en particulier, (...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui. Cela doit &#234;tre un absolu. Tout ce que nous d&#233;cidons repose sur ce point, et il vous faut &#234;tre tr&#232;s exigeante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons aussi d&#233;cid&#233; de r&#233;unir &#224; nouveau le comit&#233; d'&#233;thique en octobre afin d'ouvrir la discussion sur la fin de vie de Bastien...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne comprends pas : si la discussion doit s'ouvrir en octobre, alors elle s'ouvre maintenant. Je suppose que vous avez d&#233;cid&#233; au contraire qu'elle ne s'ouvrirait pas avant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Dr XXX nous a redit hier soir que cette option allait &#234;tre un v&#233;ritable parcours du combattant mais je ne comprends pas pourquoi ? Pouvez vous me l'expliquer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non, je crois qu'il a tort. Enfin... Il y a des probl&#232;mes techniques, mais qui peuvent se r&#233;soudre. je vous ai d&#233;j&#224; dit comment je proc&#233;derais : simplement en le faisant dormir de fa&#231;on &#224; le rendre confortable. Puis, le confort assur&#233;, je cesserais de l'alimenter et je r&#233;duirais l'hydratation &#224; ce qui est strictement n&#233;cessaire au confort. Et j'attendrais ; le supplice pour vous serait bien assez long comme &#231;a. La seule difficult&#233; est de trouver l'&#233;quipe qui sache le mettre en place. Mais on doit pouvoir trouver. Il faut trouver, car les ressources locales du syst&#232;me de sant&#233; ont l'obligation de le faire [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-29&quot; name=&quot;nh3-29&quot; id=&quot;nh3-29&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[29] Le Code de la Sant&#233; Publique ne parle pas de l&amp;#39;enfant ; (...)' &gt;29&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il nous met en garde contre une m&#233;diatisation incontr&#244;l&#233;e si cette option est choisie... Bref, nous avons le sentiment qu'il essaye de nous faire peur ou de nous d&#233;courager, qu'en pensez-vous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il a raison. Mais je crois qu'il faut voir des choses autrement. Il faut distinguer ce qui sera juridiquement n&#233;cessaire. Rien &#224; mon avis, mais il faudra prendre conseil. Le probl&#232;me du juge ne se pose qu'en cas de conflit entre la famille et l'&#233;quipe. Si tout le monde est d'accord, il n'y a pas lieu de faire quoi que ce soit. C'est &#224; creuser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#233;diatisation a un autre objectif : montrer, pr&#233;cis&#233;ment, que le cas de Bastien peut &#234;tre r&#233;solu par une approche &#233;thique droite, et avec les seuls moyens de la loi actuelle. M&#233;diatiser, ce serait montrer &#224; l'ADMD que ses demandes n'ont pas de sens. Ce serait important de le faire, mais je crois que vous aurez d'autres choses &#224; penser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il nous a redit aussi que les m&#233;decins pouvaient &#234;tre &quot;d&#233;gag&#233;s de certains gestes&quot;, que nous pourrions avoir du mal &#224; mettre en place une fin de vie pour Bastien malgr&#233; la loi... J'avoue que l&#224; je suis un peu perdue...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, personne ne peut forcer un m&#233;decin &#224; accomplir un geste dont il ne veut pas. Mais le Dr XXX ne semble pas comprendre qu'il y a moyen de proc&#233;der &#224; un arr&#234;t de soins sans pour autant qu'il s'agisse d'une euthanasie. Qu'importe : il ne participera pas. Et votre r&#233;gion est remarquablement couverte en r&#233;seaux de soins palliatifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A vous,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;docteur michel cavey&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ma r&#233;flexion, 14-7-9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec Bastien vous venez de traverser une p&#233;riode de crise. Il y avait des signes qui vous faisaient penser que les choses se d&#233;gradaient, qu'elles allaient exiger une action, une d&#233;cision. Et que tout le monde se tendait vers cette d&#233;cision, soit pour la redouter, soit pour redouter qu'elle ne se prenne pas. Vous-m&#234;me, au moment o&#249; nous avons commenc&#233; cet &#233;change, vous &#233;tiez en train d'envisager une option de fin de vie. P&#233;riode difficile, terriblement douloureuse, mais o&#249; les choses acqui&#232;rent une sorte de nettet&#233;, de clart&#233;. Les choix sont effrayants mais ce sont des choix, qui donnent le sentiment de ne pas &#234;tre d&#233;muni, de pouvoir peser sur le cours des choses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crois que c'est le ressort essentiel de tous les fantasmes d'euthanasie. L'id&#233;e que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mors certa, hora incerta&lt;/i&gt; fait horreur. Je crois que ce qui effraie dans le mort, ce n'est pas n&#233;cessairement qu'elle &#244;te la vie ; cela, c'est une rationalisation (si j'ose dire, car rien n'est plus irrationnel) ; d'ailleurs en islam la mort est repr&#233;sent&#233;e sous les traits d'un tr&#232;s beau jeune homme. Non ; ce qui effraie le plus c'est l'id&#233;e que la mort, non seulement gagne toujours, mais qu'en plus elle gagne quand elle veut, de sorte qu'il y a pour certains quelque chose de rassurant &#224; se dire que, certes elle est plus puissante que nous, mais qu'elle ne peut nous &#244;ter le pouvoir de choisir notre moment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'entends bien que les z&#233;lateurs de l'euthanasie disent autre chose, et que tout ce qu'ils r&#233;clament c'est de s'assurer un tr&#233;pas confortable. Mais s'il en &#233;tait r&#233;ellement ainsi alors ils n'auraient aucune objection contre la s&#233;dation terminale comme alternative &#224; l'euthanasie. En r&#233;alit&#233; ce qu'ils revendiquent c'est tout de m&#234;me bel et bien ce que le s&#233;nateur Caillavet appelait &#171; l'ultime libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est un peu la raison pour laquelle je vous faisais part de mon inqui&#233;tude &#224; lire votre mail o&#249; vous disiez &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne tuerai pas Bastien (&#8230;), je ne vais pas sacrifier la vie de Bastien (&#8230;), si je d&#233;cide une fin de vie ce sera pour Bastien,&lt;/i&gt; : d'un c&#244;t&#233; je le comprends totalement, de l'autre cette phrase a l'exacte forme du pi&#232;ge que je vous d&#233;cris. C'est comme l'amour : l'amour serait une chose tellement simple si les faux ne ressemblaient pas autant aux vrais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai l'impression que vous arrivez &#224; une p&#233;riode plus calme, et ce calme pourrait bien &#234;tre pire encore. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-30&quot; name=&quot;nh3-30&quot; id=&quot;nh3-30&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[30] Et c&amp;#39;est cela qui explique que les messages de Nicole se font (...)' &gt;30&lt;/a&gt;]
Car c'est une p&#233;riode o&#249; il ne se passe rien. Et ces p&#233;riodes sont terribles parce qu'elles laissent la place &#224; une possibilit&#233; de contemplation ; elles laissent la possibilit&#233; de faire le point, et rendent encore plus torturante la question du sens. Tant qu'on est dans le drame, dans l'urgence ou l'illusion de l'urgence, tant que les choses bougent ou font mine de bouger, on souffre mais on est pr&#233;muni contre la contemplation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et l&#224; vous &#234;tes, vous, Nicole, mais en r&#233;alit&#233; (et plus encore peut-&#234;tre) tous les acteurs, affront&#233;s &#224; cette double question : que vivons-nous ? o&#249; allons-nous ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re question est probablement la plus difficile. Car elle se d&#233;cline vite : qui vit quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que vous rapportez, c'est que Bastien est somme toute confortable. Je n'aurai de cesse de vous le r&#233;p&#233;ter : tout ce que je vous dis repose sur cette hypoth&#232;se, sur laquelle j'ai moins d'opinion que quiconque : le confort de Bastien est correct ; car s'il ne l'est pas, alors la seule chose &#224; faire est de l'assurer, si possible &#224; peu de frais, et sinon &#224; n'importe quel prix. Donc ce qui est le plus probable c'est que Bastien n'a besoin de rien, ou du moins pas d'une d&#233;cision.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toute la difficult&#233; dans cette p&#233;riode est de faire le d&#233;part entre les besoins de Bastien et les n&#244;tres. Car si Bastien n'a pas de besoins, nous en avons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a la souffrance de ce spectacle, des souvenirs, de la compassion, de l'&#233;motion. Je suis tent&#233; de dire que ce sont l&#224; des choses que nous avons &#224; ma&#238;triser et &#224; mettre &#224; distance, car elles ne font pas partie de la r&#233;alit&#233;, elles nous &#233;loignent de l'approche objective dont nous avons absolument besoin. Et, en m&#234;me temps, &#233;crivant cela je me demande par quel miracle ce que vous sentez, ce que vous souffrez ne ferait pas partie int&#233;grante de la r&#233;alit&#233;. Mieux vaut dire donc qu'il vous faut veiller &#224; faire le d&#233;part entre ce que vous sentez et ce qu'il sent, entre vos besoins et les siens. Mais m&#234;me cela est insatisfaisant : comme si la famille n'existait pas ! Comme si le lien paternel ou maternel ne cr&#233;ait pas authentiquement une dyade, un &#234;tre nouveau qui a ses lois de fonctionnement, sa psychologie, de sorte qu'il est vain de pr&#233;tendre faire ce d&#233;part ! Tout de m&#234;me, il y a moyen.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a la terreur de l'avenir. A supposer que la situation se stabilise durablement, que va-t-il advenir sur le long terme ? Non pas seulement les &#233;vidences : combien de temps va-t-il demeurer dans ce centre, et apr&#232;s, comment faire &#224; la maison, qui sont trop l&#233;gitimes pour que seulement on les interroge ; non, je veux parler plut&#244;t de ces terreurs plus ou moins raisonnables mais qui ne peuvent manquer de se faire jour : et s'il nous arrivait quelque chose ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et puis il y a, pire que tout, le besoin de sens. Car la question pos&#233;e est bien celle du sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et en premi&#232;re analyse, cela n'a pas de sens. Car le mot &#171; sens &#187; n'est pas polys&#233;mique par hasard. Et il suffit de les m&#233;diter un peu pour percevoir le lien qui unit :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le sens, fonction qui permet de sentir.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le bon sens qui permet de comprendre.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le sens qui est la direction o&#249; l'on va.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le sens qui porte une signification.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A des titres divers ces quatre acceptions sont en jeu dans la situation de Bastien. Je crois que, plus ou moins implicitement, nous privil&#233;gions l'une d'entre elles, qui est la direction o&#249; l'on va. Ce qui est intol&#233;rable c'est que Bastien ne va nulle part. Pardon de le rappeler : disant cela j'&#233;limine la possibilit&#233; d'un miracle. Je raisonne en termes strictement scientifiques : sur ce que je comprends la probabilit&#233; que Bastien se r&#233;veille, et pire encore la probabilit&#233; pour que, s'il se r&#233;veillait, nous ne regrettions pas qu'il l'ait fait, cette probabilit&#233; est si faible que l'id&#233;e de fonder une strat&#233;gie sur cette hypoth&#232;se est un acte d'acharnement th&#233;rapeutique. Bref, n'allant dans aucune direction la vie de Bastien est incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nous&lt;/i&gt; qui souffrons de cette incompr&#233;hensibilit&#233;. C'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nous&lt;/i&gt; qui avons besoin de ce sens ; c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nous&lt;/i&gt; qui ne supportons pas (et certes comment faire pour le supporter ?) que les souffrances qui nous sont inflig&#233;es le soient sans espoir raisonnable ni de les voir se justifier ni m&#234;me de les voir finir. Nous ne pouvons m&#234;me pas dire qu'il y a conflit entre ce qui est bon pour Bastien et ce qui est bon pour nous, rien n'est bon pour Bastien en tant qu'il est capable de percevoir cette probl&#233;matique (je suppose toujours r&#233;solue la question de savoir si nous analysons correctement son niveau de conscience). Non : tout ce qui demeure c'est que la situation n'a pas de sens pour nous. Et que l&#224; est toute notre torture.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors cela veut dire que si Bastien ne r&#233;clame rien, et si ce qui motive notre besoin d'agir est la perte de sens, c'est pour nous que nous voulons agir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Disant cela je ne veux certainement pas pointer un quelconque &#233;go&#239;sme (au demeurant je me demande bien comment je vivrais une telle situation) ; je note simplement que nous nous retrouvons dans cette situation commune &#224; une &#233;crasante majorit&#233; de demandes d'euthanasie : c'est l'entourage qui, ne supportant plus la situation, projette sa souffrance sur le malade et lui attribue des inconforts qui n'existent pas ; mais cela va plus loin, et quand les tenants de l'euthanasie r&#233;clament un droit au suicide, il n'y a pas &#224; creuser profond pour comprendre qu'ils redoutent qu'on les voie se d&#233;grader : c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans le regard de l'autre&lt;/i&gt; que leur demande prend sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors si nous disons cela il semble que nous arrivons assez vite &#224; la conclusion : Bastien n'a besoin de rien, ne r&#233;clame rien, c'est nous qui avons des besoins, il n'y a pas d'autre solution &#233;thique que de ne rien faire. Il n'y a aucun moyen de justifier qu'on prenne pour Bastien une d&#233;cision dont le but est le bien des autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, j'ai dit : en apparence. Car les choses sont en fait plus compliqu&#233;es que cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'abord parce qu'il y a deux grands types de positions &#233;thiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a l'&#233;thique fond&#233;e sur des principes, qui est globalement l'&#233;thique europ&#233;enne, disons de type kantien : il est mal de mentir, c'est mal dans l'absolu, il est donc toujours interdit de mentir ; et il n'y a pas d'exception parce que si on commence &#224; admettre des exceptions, si le tabou du mensonge n'est pas un absolu, alors il n'y a plus aucun moyen de faire confiance &#224; quiconque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a aussi l'&#233;thique fond&#233;e sur les cons&#233;quences, tr&#232;s grossi&#232;rement l'&#233;thique anglo-saxonne, pour laquelle un acte est bon si ses cons&#233;quences sont bonnes. On sait parfaitement qu'il est des situations o&#249; dire la v&#233;rit&#233; est particuli&#232;rement dommageable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces deux positions ont de gros inconv&#233;nients : la premi&#232;re est irr&#233;aliste, la seconde est trop &#224; g&#233;om&#233;trie variable ; et il n'y a gu&#232;re de compromis entre les deux. Mais cette difficult&#233; est-elle sans r&#233;mission ? Je n'en suis pas s&#251;r. Je crois au contraire que le d&#233;bat &#233;thique est dans le dialogue entre les deux. Car la discussion &#233;thique, par d&#233;finition, ne saurait porter que sur les probl&#232;mes qui n'ont pas de solution : s'ils en ont une, on l'applique, sous peine de faute professionnelle. Et quand un probl&#232;me n'a pas de solution, le d&#233;bat &#233;thique a pour but de d&#233;gager les principes qui r&#233;gissent le probl&#232;me, de constater qu'on ne peut pas les appliquer, ou pas tous, et de dire quel principe on va violer et pourquoi. Ensuite on d&#233;cide, on agit et on &#233;value. C'est la seule mani&#232;re de traiter, par exemple, le probl&#232;me de l'avortement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En bon europ&#233;en, j'ai &#233;t&#233; pendant longtemps un fid&#232;le tenant de l'&#233;thique de type kantien. Je commence &#224; nuancer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le cas de Bastien, la premi&#232;re conception impose de tenir que Bastien, incapable de se d&#233;fendre, doit b&#233;n&#233;ficier du soutien de tous. C'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parce que&lt;/i&gt; sa vie est ce qu'elle est, c'est parce qu'elle n'a pas de sens que nous devons la prot&#233;ger. Le principe du respect de la vie est trop important pour &#234;tre n&#233;gociable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, dira-t-on, mais tout de m&#234;me, on peut rester attach&#233; au respect de la vie et admettre que dans certaines situations il peut &#234;tre licite de passer outre : il faut faire confiance au discernement des gens. Certes. D'ailleurs je crois que la question de la limite est probablement l'une des plus f&#233;condes de la philosophie. Et la plus fascinante : consid&#233;rez l'alimentation artificielle : &#224; partir de quand l'alimentation devient-elle artificielle ? Il n'y a pas besoin de raisonner longtemps pour voir qu'aucun crit&#232;re ne peut pr&#233;tendre &#234;tre absolu. Nous ne savons pas distinguer l'alimentation-soin de l'alimentation-traitement. Alors qu'empiriquement on s'accordera sans peine &#224; dire que l'alimentation devient artificielle quand c'est le pharmacien qui d&#233;livre les calories.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et toujours dans le cas de Bastien, l'&#233;thique cons&#233;quentialiste demandera qu'on mette en balance la situation d'une personne qui ne sent rien (car, j'y reviendrai dans un instant, on ne peut soutenir que Bastien est &#224; la fois trop endormi pour souffrir de sa situation et suffisamment r&#233;veill&#233; pour en tirer b&#233;n&#233;fice) et la situation de toute une famille qui vit l'innommable. Et dire que si la vie de Bastien s'arr&#234;tait, la somme de bien qui r&#233;sulterait pour l'entourage m&#233;rite consid&#233;ration. Je passe sous silence le fait que, luttant pour la vie de Bastien, nous prenons un risque pour lui : risque qu'il ne soit pas aussi confortable que nous le pensons, risque, plus grand peut-&#234;tre encore, qu'il se r&#233;veille avec d'&#233;pouvantables s&#233;quelles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si nous faisons cela, alors la question se pose comme elle l'est dans la r&#233;alit&#233; : il y a trois protagonistes : un qui ne demande rien ; un groupe pour qui le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;statu quo&lt;/i&gt; est moins douloureux que sa modification ; un groupe pour qui le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;statu quo&lt;/i&gt; est insupportable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors il reste &#224; consid&#233;rer trois points.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le premier point est l'absurdit&#233; de ce que je viens d'&#233;noncer : Bastien ne demande rien. Et comment pourrait-il demander ? Est-ce &#224; dire que cette absence de parole nous lie ? Je crois que oui ; ou que tout au moins elle nous impose une grande prudence. N'oublions pas que l'humain est un &#234;tre de parole, et que l'absence de parole est une terrible contrainte. Ainsi en va-t-il de l'aveu : si je commets une faute, je peux en prendre conscience, je peux montrer &#224; l'&#233;vidence que je le sais ; il n'en demeure pas moins que quelque chose de particulier se passe quand je le dis. La raison d'&#234;tre du dialogue socratique est celle-ci : puisque je ne peux &#234;tre s&#251;r du r&#233;el que si nous sommes plusieurs &#224; le voir, nous dirons que la v&#233;rit&#233; est ce sur quoi nous tombons d'accord. Et dans l'imaginaire des inquisiteurs le but de la torture &#233;tait moins de faire d&#233;noncer les complices que d'assurer le salut de l'&#226;me du condamn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, du fait que Bastien ne dit rien, il ne s'ensuit pas que nous ne puissions rien d&#233;cider, mais il s'ensuit que, le faisant, nous sommes totalement hors des clous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le second point est que le choix n'est pas entre agir et ne rien faire. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me Bastien mourrait ; il ne vit que parce qu'il y a une &#233;quipe qui chaque jour pose des actes pour qu'il vive ; ce faisant l'&#233;quipe manifeste qu'elle veut le voir vivre. Il n'y a pas de position neutre, ou plut&#244;t si : on pourrait cesser d'agir (mais pour le peu que je connaisse de la philosophie de l'action, je crois que ne pas agir c'est encore agir).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes on pourrait objecter que Bastien ne diff&#232;re en rien de tout autre enfant : livr&#233; &#224; lui-m&#234;me un enfant meurt. Certes, et c'est &#224; consid&#233;rer ; mais on retrouve l&#224; exactement la probl&#233;matique de la limite telle que je vous l'exposais plus haut. Empiriquement on voit tout de m&#234;me assez bien l'&#233;norme diff&#233;rence entre un enfant &#233;lev&#233; dans sa famille et un enfant en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique dans un lit d'h&#244;pital ; de sorte qu'il n'est pas &#233;thiquement acceptable de s'abriter derri&#232;re le fait que les limites sont floues pour pr&#233;tendre que si les limites sont floues alors tout est flou.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gardons ceci : il y a d&#233;bat entre des gens qui veulent que Bastien vive et d'autres qui ne veulent pas. Il n'y a pas de neutres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le troisi&#232;me point est que dans toute cette discussion j'ai pris comme hypoth&#232;se que Bastien est indiff&#233;rent &#224; ce qui se passe. Or cela demande examen.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant tout, cela demande examen m&#233;dical. Je ne me lasserai pas de le dire : que savons-nous de son niveau de conscience ? Il n'y a que deux situations simples : celle o&#249; le sujet est suffisamment conscient pour d&#233;crire ce qu'il &#233;prouve, et celle o&#249; il est suffisamment endormi pour qu'on soit assur&#233; qu'il est aussi confortable que s'il &#233;tait anesth&#233;si&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'entre deux nous sommes plus en difficult&#233; car tout ce que nous faisons a pour unique objet de restaurer un &#233;tat de conscience, et le fait de le restaurer augmente du m&#234;me coup la capacit&#233; de souffrir. C'est beaucoup demander &#224; la m&#233;decine que de croire qu'elle peut &#233;luder ce risque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsque je dis que Bastien ne demande rien, je dis du m&#234;me coup qu'il n'a pas de vie de relation ; mais s'il n'a pas de vie de relation, &#224; quoi sert tout ce que nous faisons ? Bien au contraire, quand vous allez le voir c'est parce que vous partez du principe qu'il en per&#231;oit quelque chose ! Et du coup toute ma construction demande &#224; &#234;tre revue &#224; la lumi&#232;re de cette hypoth&#232;se. Entendez bien cela : elle ne peut vous aider que si Bastien n'est pas conscient ; et s'il ne l'est pas, alors tout s'effondre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non, tout ne s'effondre pas. Mais on voit bien que nous sommes dans une situation o&#249; rien ne tient vraiment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors ce qui nous reste c'est, sans doute largement, la position symbolique. Maintenir en particulier que l'humain n'est humain que pour autant qu'il est regard&#233;, qu'il est maintenu dans un lien social. C'est pourquoi je vous disais il y a peu que si la situation a du sens pour vous, alors elle en a dans l'absolu. Car si je suis vivant pour une seule personne, alors je suis vivant absolument.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela ne change rien aux autres probl&#232;mes. En particulier il en est un que vous devrez traiter sur des bases compl&#232;tement diff&#233;rentes : il y a conflit de principes &#233;thiques entre la n&#233;cessit&#233; absolue de ne pas imposer &#224; Bastien une strat&#233;gie, quelle qu'elle soit (car nous ne parlons pas d'euthanasie) dont le seul but serait de soulager la souffrance d'autres que lui d'une part, et l'impossibilit&#233; absolue d'imposer &#224; votre entourage une souffrance dont le seul but serait de permettre le retour de Bastien &#224; domicile d'autre part. Nous touchons l&#224; deux probl&#232;mes auxquels je ne comprends rien, et que donc je me bornerai &#224; &#233;noncer :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Nous consid&#233;rons implicitement que les devoirs sont sym&#233;triques des droits : si vous avez des droits il s'ensuit que j'ai des devoirs. Mais est-ce si &#233;vident ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le fait par exemple d'&#234;tre p&#232;re implique un certain nombre de devoirs. Mais ces devoirs ont-ils des limites ? Et si oui, qui les fixe ? Comment ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'arr&#234;te : car ce que je vous dis p&#232;se bien peu en regard du fait que ce dont nous parlons c'est de deux souffrances &#233;galement intol&#233;rables, de sorte que la seule r&#233;ponse qui puisse &#234;tre entendue est celle qui supprimerait la souffrance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 14-07-2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Merci de votre r&#233;flexion que j'ai lue et que je vais relire... Elle m'apporte et touche des points essentiels... Vous d&#233;crivez exactement la situation actuelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La p&#233;riode de calme, o&#249; rien ne se passe, et nous y sommes... Cela entra&#238;ne, du coup, beaucoup d'interrogations...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La signification du mot sens que vous donn&#233; est tout le fond du probl&#232;me. Ce simple mot entra&#238;ne une vive tension entre mon mari et moi... Nous rentrons de plus en plus souvent en conflit. La venue de Bastien en ao&#251;t &#224; la maison est un r&#233;el probl&#232;me. Jean, mon mari, ne comprend pas le sens de ce s&#233;jour, ne comprend pas non plus ma motivation et dans quel but ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jean me dit que je n'assume pas la situation, que le fait que je souhaite poursuivre avec Bastien est uniquement pour moi, que je suis &#233;go&#239;ste... Bref, ce qui devait arriver, arrive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense qu'il peut avoir raison, que je ne peux pas laisser partir mon fils, mais est-ce si condamnable ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsque je lui demande de me justifier son point de vue sur la fin de vie, il me r&#233;pond que la situation est insupportable, et on en vient exactement &#224; ce que vous me d&#233;crivez dans votre r&#233;flexion...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout est compliqu&#233;, j'ai le sentiment &#224; l'entendre qu'il faut que je choisisse entre lui et Bastien...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le comit&#233; d'&#233;thique, il est r&#233;uni en octobre car il faut absolument que je tienne compte de ce que veut mon mari... Je souhaite qu'il sache qu'il est &#233;cout&#233; et entendu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La fin de vie de Bastien n'est pas ce que je souhaite mais je ne la rejette pas non plus... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-31&quot; name=&quot;nh3-31&quot; id=&quot;nh3-31&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[31] On aura compris depuis longtemps que par &quot;fin de vie&quot; Nicole entend (...)' &gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien commence &#224; g&#233;mir, je vous laisse et vous recontacte plus tard...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Neuvi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 10-08-2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'esp&#232;re que vos vacances ont &#233;t&#233; bonnes... Les n&#244;tres approchent, Bastien rentre du 17 au 22 ao&#251;t &#224; la maison. Puis, il rentre d&#233;finitivement d&#233;but octobre, si tout va bien. C'est ma d&#233;cision. Je souhaite essayer malgr&#233; la lourdeur de la prise en charge mais je ne veux pas avoir un jour le regret de ne pas avoir tent&#233; d'aller jusqu'au bout avec Bastien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous voyez ce qui est &quot;dr&#244;le&quot; c'est que tout le monde me le d&#233;conseille. Ma famille, mes proches, les m&#233;decins mais que puis-je faire d'autre ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un c&#244;t&#233;, le corps m&#233;dical me dit qu'une fin de vie est difficilement envisageable et d'un autre, il me dit que Bastien &#224; la maison sera extr&#234;mement lourd. Alors quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense que les m&#233;decins auraient pr&#233;f&#233;r&#233; que Bastien soit plac&#233; dans cette maison &#224; caract&#232;re sanitaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une r&#233;union a &#233;t&#233; organis&#233;e avec nos parents respectifs et vous aviez raison, c'est difficile d'&#234;tre seule contre tous. J'ai subi quelques pressions et du chantage affectif mais rien ne me fera changer d'avis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais je le reconnais j'ai tr&#232;s peur... Vais-je &#234;tre &#224; la hauteur ? Est-ce que je suis vraiment capable et assez forte pour m'occuper de Bastien ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, je me transforme petit &#224; petit en infirmi&#232;re, je passe les traitements, fais les soins et me l&#232;ve la nuit pour les changements de positions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors de la r&#233;union, le Dr XXX, sachant que nous aurons tous les m&#233;dicaments sous la main, nous a aussi rappel&#233; que si nous attentions &#224; la vie de Bastien, nous serions accus&#233;s d'homicide volontaire. Il a nous redit qu'il avait parl&#233; avec des m&#233;decins sur une fin de vie et que le fait que Bastien soit un enfant poserait des nombreuses difficult&#233;s. Je lui ai rappel&#233; que Bastien &#233;tait, il est vrai un enfant, mais aussi un patient et qu'il ne fallait pas l'oublier.
Nos relations avec le Dr XXX sont toujours bonnes et en confiance. Il organise au mieux le retour d&#233;finitif &#224; la maison en respectant les id&#233;es de mon mari sur la fin de vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il souhaite continuer &#224; suivre Bastien malgr&#233; la distance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un autre traitement est arriv&#233; contre les reflux, l'Inexium (1 flacon chaque jour). C'est mieux mais Bastien a encore quelques r&#233;gurgitations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur le plan g&#233;n&#233;ral, c'est plut&#244;t bien, pas de douleurs et une d&#233;tente sauf au niveau des mains, sa kin&#233; trouve que cela se r&#233;tracte. Il salive toujours mais le Socopoderm semble faire, suivant les jours, son travail. La peau se fragilise l&#233;g&#232;rement mais cela reste pour l'instant ma&#238;tris&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malgr&#233; le retour &#224; la maison, le comit&#233; d'&#233;thique sera r&#233;uni en octobre. Mon mari acceptant ma d&#233;cision sans y adh&#233;rer souhaite avoir un &#233;clairage et surtout pense toujours qu'une fin de vie est la chose la plus raisonnable pour Bastien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, j'ai bien conscience, que c'est un combat perdu d'avance. Bastien mourra, pas dans une dizaine ann&#233;es mais d'ici quelques ann&#233;es. Le 28 septembre, cela fera un an, un an de moins... Combien m'en reste-t-il avec Bastien ? Est-ce que ma d&#233;cision est raisonnable ? Je ne trouve pas de r&#233;ponse malgr&#233; la difficult&#233; qui m'attend.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, 13-08-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que de questions derri&#232;re cette d&#233;cision ! Comment vous aider ? Comment vous aider surtout quand on flaire que derri&#232;re certaines questions que vous vous posez, derri&#232;re quelques autres que vous ne vous posez pas, il y a des probl&#233;matiques qui demandent absolument &#224; &#234;tre travaill&#233;es avec un psychologue ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien rentre du 17 au 22 ao&#251;t &#224; la maison. Puis, il rentre d&#233;finitivement d&#233;but octobre, si tout va bien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous me confirmez donc que la sortie de la semaine prochaine est un essai. Il y a l&#224; pour moi une premi&#232;re question.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car je n'ai pas oubli&#233; nos premiers &#233;changes :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le centre de r&#233;&#233;ducation souhaite que Bastien parte pour une maison &#224; caract&#232;re sanitaire car les m&#233;decins nous ont dit qu'ils n'attendaient plus grand chose sur le plan &#233;volutif ... Mais je refuse qu'il aille dans cette maison que j'ai visit&#233;e... l'accent est mis sur le confort de l'enfant et le fait que l'&#233;quipe travaille sur les acquis... il n'y a pas de dynamique... et surtout Bastien a besoin aujourd'hui de ses deux heures de kin&#233; par jour pour que son &#233;tat physique ne g&#233;n&#232;re pas d'inconfort ou de douleur... et dans cette maison la kin&#233; est r&#233;duite &#224; 2h par semaine !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re question qu'il faut se poser est de savoir si les moyens disponibles &#224; domicile sont &#233;gaux, inf&#233;rieurs ou sup&#233;rieurs &#224; ceux disponibles en &#233;tablissement hospitalier. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-32&quot; name=&quot;nh3-32&quot; id=&quot;nh3-32&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[32] Je suis parfaitement conscient de manier la poudre en mettant ainsi (...)' &gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et cette question, vous ne pouvez pas la traiter parce qu'elle interf&#232;re n&#233;cessairement avec celle de la rivalit&#233; toujours pr&#233;sente entre les professionnels et les familles : pour les uns comme pour les autres (m&#234;me si les raisons en sont diff&#233;rentes) le fait de prendre en charge une personne se d&#233;ploie sur fond de culpabilit&#233;, d'o&#249; il suit que ni les uns ni les autres ne supportent l'id&#233;e qu'on puisse faire mieux qu'eux. Je repose donc ma question : je ne vous demande pas si vous allez &#234;tre capable de donner &#224; Bastien des soins aussi bons que ceux de l'&#233;quipe actuelle, je vous demande de quel volume de soins vous allez disposer. Je note que votre refus d'une institution se fondait sur la carence en soins de kin&#233;. Et je demande combien d'heures de kin&#233; vous aurez. Car si ce n'est pas pour avoir des s&#233;ances de kin&#233;, si c'est pour avoir une prise en charge non sp&#233;cifique, alors il faut se demander si une seule personne, f&#251;t-elle sa m&#232;re, produira dans la dur&#233;e un volume de soins &#233;gal &#224; celui de toute une &#233;quipe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On voit vite, quand on s'aventure dans cette direction, que les soubassements du choix ne sont plus les m&#234;mes qu'au d&#233;part.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ma d&#233;cision. Je souhaite essayer malgr&#233; la lourdeur de la prise en charge mais je ne veux pas avoir un jour le regret de ne pas avoir tent&#233; d'aller jusqu'au bout avec Bastien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;lib&#233;r&#233;ment je fais l'imb&#233;cile. D&#233;lib&#233;r&#233;ment je feins de ne pas comprendre. Mais que signifie &#171; aller jusqu'au bout avec Bastien ? &#187;. Si c'est l'accompagner sur son chemin, il n'y a aucune n&#233;cessit&#233; de le reprendre &#224; la maison. Cette d&#233;cision n'a de sens que si on continue &#224; esp&#233;rer une am&#233;lioration de son &#233;tat ; que si on dit : si je l'avais pris &#224; la maison il aurait eu une chance suppl&#233;mentaire d'aller mieux ; dans ce cas, dans ce cas seulement vous pourriez avoir des regrets.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car votre formulation est ambigu&#235; : &quot;je ne veux pas avoir un jour le regret de ne pas avoir tent&#233; d'aller jusqu'au bout avec Bastien&quot; ; regret pour lui ou pour vous ? Qu'est-ce qui se joue l&#224; ? Les deux bien s&#251;r ; mais qu'est-ce qui se joue l&#224; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous voyez ce qui est &quot;dr&#244;le&quot; c'est que tout le monde me le d&#233;conseille.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas vous r&#233;pondre, et au vrai il me p&#232;se de ne pouvoir en discuter (mais je n'ai aucune l&#233;gitimit&#233;) avec les professionnels.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ma famille, mes proches, les m&#233;decins mais que puis-je faire d'autre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Votre famille vous le d&#233;conseille, pour partie parce qu'elle souhaite une euthanasie, pour partie parce qu'elle craint pour vous. C'est une famille aimante, vous avez de la chance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D'un c&#244;t&#233;, le corps m&#233;dical me dit qu'une fin de vie est difficilement envisageable et d'un autre, il me dit que Bastien &#224; la maison sera extr&#234;mement lourd. Alors quoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne comprends pas ce qui vous est dit l&#224;. Et je crois qu'on y verrait nettement plus clair si on se d&#233;cidait &#224; appeler un chat un chat. Quand le corps m&#233;dical vous dit qu'une fin de vie est difficilement envisageable, j'aimerais qu'il dise : on ne peut pas lui faire d'euthanasie ; parce que l&#224;, je suis d'accord. Quant &#224; &#171; envisager une fin de vie &#187;, pardon mais &#231;a ne veut rien dire : la fin de vie, je ne l'envisage pas, elle vient toute seule ; la question n'est pas de savoir si on envisage une fin de vie, elle est de savoir si Bastien est en fin de vie. Et la r&#233;alit&#233; est que Bastien est en vie, mais qu'il y a d&#233;bat pour savoir si cette vie a un sens, si elle vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et je vais me r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La vie de Bastien est-elle une vie pour Bastien ? Il y a trois points &#224; consid&#233;rer : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le niveau de conscience. Sous r&#233;serve de ce qu'en diront les professionnels, il est insuffisant. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le niveau de confort. Sous r&#233;serve de ce qu'en diront les professionnels, il est insuffisant. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le projet d'avenir. Sous r&#233;serve de ce qu'en diront les professionnels, il est insuffisant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La vie du Bastien est-elle une vie pour vous ? La r&#233;ponse est oui. Et l'humain est ainsi fait que si ma vie a un sens pour quelqu'un, alors elle a un sens. Reste &#224; g&#233;rer les conflits qui naissent de cette position.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense que les m&#233;decins auraient pr&#233;f&#233;r&#233; que Bastien soit plac&#233; dans cette maison &#224; caract&#232;re sanitaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et comme je vous le disais, il faudrait v&#233;rifier la coh&#233;rence logique (ce n'est pas la seule coh&#233;rence &#224; consid&#233;rer) de votre choix.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une r&#233;union a &#233;t&#233; organis&#233;e avec nos parents respectifs et vous aviez raison, c'est difficile d'&#234;tre seule contre tous. J'ai subi quelques pressions et du chantage affectif mais rien ne me fera changer d'avis.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et je ne sais qu'en penser. Car d'un c&#244;t&#233; il est &#233;vident que tout le monde, je dis bien tout le monde, comprend votre position. De ce point de vue il ne vous faut pas craindre de perdre leur amour ou leur consid&#233;ration. Mais d'un autre c&#244;t&#233; je persiste &#224; trouver que quelque chose cloche dans le fait que vous placez vos proches dans une situation dont ils ne veulent pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mais je le reconnais j'ai tr&#232;s peur... Vais-je &#234;tre &#224; la hauteur ? Est-ce que je suis vraiment capable et assez forte pour m'occuper de Bastien ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me demande si la question se pose r&#233;ellement ainsi : sur la qualit&#233; des soins je n'ai pas de souci ; c'est sur la quantit&#233;. Vous vous imposez une charge qui n'est pas tenable. Et ce faisant il y a de fortes chances pour que vous soyez simplement en train de recopier le sch&#233;ma classique de tant de proches en souffrance : se mettre dans un position infernale ayant pour fonction, entre autres, de d&#233;fier le destin en lui montrant qu'on peut s'opposer &#224; ce qui est en marche, et d'expier on ne sait quelle faute (la culpabilit&#233; est un &#233;l&#233;ment du deuil normal). C'est pourquoi le r&#244;le des professionnels est de revenir inlassablement &#224; la seule chose qui compte en r&#233;alit&#233; : l'int&#233;r&#234;t du malade.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, je me transforme petit &#224; petit en infirmi&#232;re, je passe les traitements, fais les soins et me l&#232;ve la nuit pour les changements de positions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors de la r&#233;union, le DR XXX, sachant que nous aurons tous les m&#233;dicaments sous la main, nous a aussi rappel&#233; que si nous attentions &#224; la vie de Bastien, nous serions accus&#233;s d'homicide volontaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis de plus en plus g&#234;n&#233; de parler sans savoir. Mais je suppose que disant cela le Dr XXX ne fait qu'exprimer son attachement &#224; Bastien et &#224; vous-m&#234;mes. En r&#233;alit&#233; il sait aussi bien que moi que personne ne vous accuserait de rien, &#224; moins que vous ne fassiez de la publicit&#233; autour. Sauf s'il vous dit par cela que si Bastien meurt et que cette mort lui para&#238;t suspecte, alors il se charge de vous d&#233;noncer. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-33&quot; name=&quot;nh3-33&quot; id=&quot;nh3-33&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[33] Et naturellement c&amp;#39;est ni l&amp;#39;un ni l&amp;#39;autre : le Dr (...)' &gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il a nous redit qu'il avait parl&#233; avec des m&#233;decins sur une fin de vie et que le fait que Bastien soit un enfant poserait des nombreuses difficult&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, lesquelles ? L&#224; j'aimerais beaucoup en discuter moi aussi. A ma connaissance les probl&#232;mes li&#233;s &#224; l'enfant proviennent de deux points : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le fait qu'il est incapable de faire valoir ses volont&#233;s. Mais s'agissant d'un enfant en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique, le fait qu'il s'agit d'un enfant s'efface devant le fait que de toute mani&#232;re il ne peut pas communiquer. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le fait que la question de l'avenir ne se pose pas de la m&#234;me mani&#232;re. Mais quel est l'avenir pr&#233;visible de Bastien ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un autre traitement est arriv&#233; contre les reflux, l'Inexium (1 flacon chaque jour). C'est mieux mais Bastien a encore quelques r&#233;gurgitations.&lt;/i&gt;
Je connais bien l'Inexium, que j'utilise r&#233;guli&#232;rement pour moi. C'est un bon produit ; mais n'oubliez pas qu'il agit en supprimant l'acidit&#233; du reflux, mais pas le reflux. Il y aura donc toujours des r&#233;gurgitations ; mais sur ce point il n'y a pas de parade, et plut&#244;t que de se laisser hypnotiser par le risque de fausse route, mieux vaut se dire que le risque est limit&#233; et qu'il faut bien l'assumer ; disons cependant que cela ne dispense pas tant que cela des pr&#233;cautions posturales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, j'ai bien conscience, que c'est un combat perdu d'avance. Bastien mourra, pas dans une dizaine ann&#233;es mais d'ici quelques ann&#233;es. Le 28 septembre, cela fera un an, un an de moins... Combien m'en reste-t-il avec Bastien ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, ce qui est bouleversant, et tellement attachant, dans votre r&#233;cit, c'est cette derni&#232;re phrase : vous ne parlez plus de la vie de Bastien mais de votre vie avec lui. Il faudrait &#234;tre stupide pour ne pas le comprendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il y a des gens qui autour de vous vous disent que c'est de l'&#233;go&#239;sme. C'est leur propre souffrance qui parle alors. Ce qui est vrai c'est que votre projet se fonde sur votre impossibilit&#233; &#224; vous d&#233;tacher de Bastien. Mais c'est bien l&#224; le fondement de toute relation humaine ! Cependant, autant l'accusation d'&#233;go&#239;sme est &#224; la fois injuste et erron&#233;e, autant il est n&#233;cessaire de vous remettre en perspective les divers &#233;l&#233;ments de la situation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce que ma d&#233;cision est raisonnable ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non. Mais &#224; quoi bon chercher de la raison dans cette affaire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne trouve pas de r&#233;ponse malgr&#233; la difficult&#233; qui m'attend.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ne me reste que la promesse, qui est au fond, implicite, celle de votre entourage : personne ne vous laissera tomber.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dixi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, 13-08-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Afin de pouvoir vous donner tout l'&#233;clairage professionnel et humain de la situation de Bastien, peut &#234;tre, si vous &#234;tes d'accord, pourriez vous me communiquer vos coordonn&#233;es afin que je les transmette au Docteur XXX pour qu'il puisse, de son c&#244;t&#233; s'il le souhaite, avoir votre point de vue sur la fin de vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme vous le d&#238;tes vous n'avez que mon sentiment et mon interpr&#233;tation, je comprends que dans un cas si difficile, il faut avoir toutes les donn&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Encore merci de votre pertinence et de votre accompagnement.
Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi 13-08-9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Merci de cette proposition, Nicole. Elle m'intimide, mais je crois indispensable de le faire. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-34&quot; name=&quot;nh3-34&quot; id=&quot;nh3-34&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[34] En fait cette proposition me met en difficult&#233; : quand on est dans une (...)' &gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Onzi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole 03-09-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je viens vers vous suite &#224; votre phrase &quot;vous ne parlez plus de la vie de Bastien mais de votre vie avec lui&quot;. Quelle phrase ! J'y ai beaucoup r&#233;fl&#233;chit et je crois que vous avez raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'explique : imaginer ma vie sans Bastien est impossible pour moi. Cependant, depuis que j'ai lu votre phrase je m'interroge sur mes motivations du retour &#224; la maison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me rends compte qu'en effet, aujourd'hui garder Bastien en vie est uniquement une fa&#231;on de me garder en vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, je crois que je n'aime pas Bastien suffisant fort pour le laisser partir. Son corps pr&#233;sent me permet de ne pas l'oublier, de garder l'espoir qu'il va se r&#233;veiller, de me voiler la face sur cette r&#233;alit&#233; que Bastien est &quot;mort&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez lorsque l'on aime quelqu'un, nous souhaitons le meilleur pour lui et je crois que finalement je veux le meilleur pour moi, Garder Bastien aupr&#232;s de moi c'est aussi avoir conscience qu'il souffrira &#224; un moment, peut &#234;tre que l'on pourra le soulager ou peut &#234;tre pas et je serai responsable du fait qu'il ait pu souffrir m&#234;me peu de temps uniquement parce que &quot;moi Nicole je ne peux pas accepter la mort de mon fils&quot;. N'est-ce pas terrible d'&#234;tre pr&#234;te &#224; accepter de voir souffrir son enfant uniquement parce que l'on ne peut pas s'en s&#233;parer, en sachant que de toutes les fa&#231;ons cette s&#233;paration arrivera un jour.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari toujours convaincu que la fin de vie de Bastien est la meilleure chose commence &#224; &#233;voquer le fait que si une infection devait arriver il pourrait refuser que l'on traite Bastien. Comme il me dit : &quot;on me ferme les portes d'une fin de vie... on me contraint de choisir un mal qui attaquera Bastien pour arriver &#224; me faire entendre alors que je souhaite que cette fin de vie soit pour un bien&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, je crois que Jean aime tr&#232;s fort son fils. Jean aime Bastien pour Bastien et pas pour lui personnellement. Je me dis que son cheminement est au-del&#224; du mien, qu'il a fait son deuil, qu'il accepte la mort de Bastien car Bastien est mort ce 28 septembre et qu'aujourd'hui il ne nous reste qu'un corps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;le Dr XXX nous mart&#232;le que tant que Bastien ne souffre pas, on ne peut pas parler de fin de vie. Mais la souffrance doit-elle &#234;tre uniquement physique ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous-a-t-il contact&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.espace-ethique.org/fr/popup_result.php?k_doc_lan_pk=320&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.espace-ethique.org/fr/popup_result.php ?k_doc_lan_pk=320&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;@ bient&#244;t&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi 05-9-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai lu le texte de L. Puybasset ; un peu vite sans doute, mais j'ai eu l'impression d'un texte dans le quel je me retrouve enti&#232;rement. je t&#226;cherai de l'approfondir. En tout cas, lorsque je vous disais qu'il est possible de vous trouver des gens pour vous aider &#224; penser, je faisais allusion notamment &#224; l'Espace &#233;thique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je viens vers vous suite &#224; votre phrase &quot;vous ne parlez plus de la vie de Bastien mais de votre vie avec lui&quot;. Quelle phrase ! J'y ai beaucoup r&#233;fl&#233;chi et je crois que vous avez raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'explique : imaginer ma vie sans Bastien est impossible pour moi. Cependant, depuis que j'ai lu votre phrase je m'interroge sur mes motivations du retour &#224; la maison.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors reprenons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question centrale en ce moment est de savoir de qui on parle. Rappelons en effet que Bastien, pour autant qu'il est confortable, n'a aucune demande et qu'il n'y a aucune d&#233;cision &#224; prendre pour lui. Force nous est donc de constater que ce n'est pas de lui dont nous parlons. Tout ce que je veux ajouter, c'est que c'est normal. Car l'humain n'existe comme tel que dans la mesure o&#249; il est relation, de sorte qu'il n'y a gu&#232;re de sens &#224; consid&#233;rer Bastien seul. Votre mari vous a dit que vous pensez &#224; vous ; par l&#224; il pointe probablement une suspicion d'&#233;go&#239;sme. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut raisonner : en fait &quot;vous ne parlez plus de la vie de Bastien mais de votre vie avec lui&quot; ; disant cela je veux &#224; la fois vous mettre en garde contre une vision trop &#233;go&#239;ste mais &#233;galement vous conforter dans l'id&#233;e que ce dont nous parlons c'est bien d'&#234;tres en relation, et que le jour o&#249; vous cesserez de consid&#233;rer votre vie avec Bastien, Bastien cessera d'exister en tant qu'humain. Si votre mari peut envisager la mort de Bastien, c'est parce qu'il ne peut plus se projeter dans une vie avec lui. Ce n'est donc pas sur le terrain de la culpabilit&#233; que vous devez vous placer pour avancer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi il ne faut pas vous sentir coupable. Non seulement parce que si votre attitude &#233;tait erron&#233;e, elle serait tellement compr&#233;hensible que personne ne pourrait vous le reprocher, mais encore parce qu'elle n'est pas erron&#233;e. Comme toute affaire r&#233;ellement humaine elle a sa part d'impossible, et il faut &#224; la fois ne voir que Bastien et voir Bastien dans les relations qu'il implique. Aimer Bastien c'est ne consid&#233;rer que son bien ; mais o&#249; serait son bien si sa m&#232;re et son p&#232;re cessaient d'&#234;tre ce qu'ils sont ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je reste donc &#224; que je vous ai toujours dit. Vous avez compris que pour moi la froide logique pousse &#224; ce qu'on cesse de maintenir Bastien en vie. Mais tant que la vie de Bastien a un sens pour vous, alors elle a un sens dans l'absolu, et il faut le maintenir en vie. Et la question de la quantit&#233; d'amour que vous lui portez n'a pas de sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il vous faut donc d&#233;culpabiliser votre position.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Garder Bastien aupr&#232;s de moi c'est aussi avoir conscience qu'il souffrira &#224; un moment, peut &#234;tre que l'on pourra le soulager ou peut &#234;tre pas et je serai responsable du fait qu'il ait pu souffrir m&#234;me peu de temps uniquement parce que &quot;moi Nicole je ne peux pas accepter la mort de mon fils&quot;. N'est-ce pas terrible d'&#234;tre pr&#234;te &#224; accepter de voir souffrir son enfant uniquement parce que l'on ne peut pas s'en s&#233;parer, en sachant que de toutes les fa&#231;ons cette s&#233;paration arrivera un jour.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#224;, je crois que c'est plus simple. Certes, si vous avez Bastien pr&#232;s de vous, vous pourrez le surveiller davantage. Mais quand c'est l'amour qui organise la surveillance, on gagne en intensit&#233; mais on perd en pr&#233;cision. Ce qui fait l'efficacit&#233; du soignant, c'est pr&#233;cis&#233;ment son objectivit&#233; (qui n'exclut en rien son affectivit&#233;) ; d'autre part vous pourrez le surveiller mieux (enfin, il vous faudra &#234;tre sur le pont en permanence), mais vous n'aurez pas les m&#234;mes moyens techniques pour le soulager. Donc de ce point de vue (il y en a d'autres) votre projet est perdant. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-35&quot; name=&quot;nh3-35&quot; id=&quot;nh3-35&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[35] Ici aussi je prends un risque. Mais il faut bien remettre sur le (...)' &gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari toujours convaincu que la fin de vie de Bastien est la meilleure chose commence &#224; &#233;voquer le fait que si une infection devait arriver il pourrait refuser que l'on traite Bastien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et juridiquement il perdra, parce que la loi du 22 avril 2005 ouvre au m&#233;decin un boulevard pour dire que dans ces conditions le doute profite &#224; la vie. Le probl&#232;me n'est pas l&#224;, mais dans ce qui suit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comme il me dit : &quot;on me ferme les portes d'une fin de vie... on me contraint de choisir un mal qui attaquera Bastien pour arriver &#224; me faire entendre alors que je souhaite que cette fin de vie soit pour un bien&quot;.&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-36&quot; name=&quot;nh3-36&quot; id=&quot;nh3-36&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[36] Et je note, bien s&#251;r, que si Nicole pense moins &#224; Bastien qu&amp;#39;&#224; (...)' &gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il me semble qu'il &#233;nonce l&#224; la limite de ce qu'il peut accepter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, je crois que Jean aime tr&#232;s fort son fils. Jean aime Bastien pour Bastien et pas pour lui personnellement. Je me dis que son cheminement est au-del&#224; du mien, qu'il a fait son deuil, qu'il accepte la mort de Bastien car Bastien est mort ce 28 septembre et qu'aujourd'hui il ne nous reste qu'un corps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole, tout le monde peut voir que vous aimez Bastien exactement comme votre mari l'aime. Et que vous pensez exactement ce qu'il pense. Ce qui vous retient c'est un autre aspect de votre amour. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-37&quot; name=&quot;nh3-37&quot; id=&quot;nh3-37&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[37] Et je reste &#224; penser que l&amp;#39;amour dont font preuve tous les (...)' &gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;le Dr XXX nous mart&#232;le que tant que Bastien ne souffre pas, on ne peut pas parler de fin de vie.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et le texte de Puybasset vous r&#233;pond, me semble-t-il. Je crois que le docteur XXX se trompe. Il m&#233;conna&#238;t qu'il n'est pas neutre dans cette affaire et que sans son action quotidienne et &#233;nergique Bastien mourrait tr&#232;s vite. Il ne laisse pas Bastien vivre, il le lui impose. Par les gestes positifs qu'il accomplit il manifeste non point du tout sa neutralit&#233; mais son d&#233;sir que Bastien vivre. Et l'humain &#233;tant ce qu'il est la question qui se pose est de savoir si on peut faire vivre quelqu'un sans avoir de projet pour lui. Vous ne vivez une vie humaine que dans la mesure o&#249; je vous regarde ; mais un regard sans projet est-il un regard ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a un double malentendu dans sa t&#234;te, et cela est d&#251;, comme d'habitude, au fait qu'on n'appelle pas les choses par leur nom.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est hors de question de parler d'euthanasie pour Bastien. Ce dont nous parlons c'est d'une limitation des soins. la proposition de votre mari s'inscrit dans cette logique. Personnellement je suis pr&#234;t &#224; aller plus loin et &#224; limiter les soins qui lui sont prodigu&#233;s actuellement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais Bastien est en fin de vie. Je suppose qu'il suffit de le regarder pour s'en convaincre. S'il devait entrer dans une pathologie aigu&#235; grave, je prends la pari qu'on ne trouverait personne pour l'envoyer en r&#233;animation. Et c'est parce qu'il est en fin de vie que la question d'une limitation des soins se pose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne m'a pas contact&#233;. C'est tr&#232;s d&#233;licat, et je ne vois pas comment vous pourriez seulement insister. Par contre il vaut la peine de lui montrer le texte de Puybasset, et m&#234;me de lui sugg&#233;rer de le contacter.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Douzi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole 05-09-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Hier soir nous avons eu une r&#233;union de 3H avec le professeur ZZZ, chef de service de K.... Au vu de la situation de Bastien et de sa position, il s'est engag&#233; si nous le souhaitons de nous accompagner sur une fin de vie. Il nous a expliqu&#233; que cette position de notre part &#233;tait l&#233;gitime et qu'en son nom il le ferait nous le projet &#233;manait d'un consensus commun. Mon mari a &#233;clat&#233; en sanglots, il &#233;tait entendu et surtout compris.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je reviendrai plus longuement sur cet entretien qui fut riche.
Bon week-end et encore et toujours merci&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-38&quot; name=&quot;nh3-38&quot; id=&quot;nh3-38&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[38] On aurait peine &#224; imaginer mon soulagement : je ne suis donc pas le (...)' &gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi 05-09-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Soyez en paix, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette discussion ne vous force &#224; rien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne vous a pas &#233;chapp&#233;, je suppose, que le moment venu, si quelqu'un pense que je peux servir &#224; quelque chose, je viendrai. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-39&quot; name=&quot;nh3-39&quot; id=&quot;nh3-39&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[39] Suis-je en train d&amp;#39;enfreindre la r&#232;gle ? Je ne crois pas. Il me (...)' &gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A vous tous,&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Treizi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole 08-10-09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout d'abord, veuillez accepter mes excuses pour ce long silence qui ne signifie en rien que quelque chose aille mal pour Bastien... Je suis vraiment d&#233;sol&#233;e... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-40&quot; name=&quot;nh3-40&quot; id=&quot;nh3-40&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[40] On voit bien ici, comme je l&amp;#39;ai indiqu&#233; pus haut, que notre (...)' &gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien est rentr&#233; &#224; la maison depuis mardi et les pr&#233;paratifs m'ont pris beaucoup de temps et peu de libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais nous y voil&#224; !!!&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'organisation se met en place mais chacun cherche ses marques... Bastien est rentr&#233; dans l'HAD qui chez nous ne prenait pas d'enfants mais, vue la situation, a finalement accept&#233; de nous soutenir... Et heureusement....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien est bien en ce moment mais recommence a beaucoup saliver surtout lorsqu'on le mobilise du coup ce qui entra&#238;ne des encombrements, l'atropine a fait son entr&#233;e d&#232;s que nous le mettons dans sa coque de verticalisation. Il semble absent depuis une dizaine de jours malgr&#233; des stimulations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari vit mal ce retour et semble vouloir me faire &quot;payer&quot; cette situation. L'arr&#234;t de la fin de Bastien est son souhait, encore et toujours...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suppose que le Dr XXX ne vous a pas contact&#233;... En effet, l'entretien que nous avons eu avec le Professeur ZZZ a cr&#233;&#233; un peu de confusion dans les diff&#233;rents discours... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-41&quot; name=&quot;nh3-41&quot; id=&quot;nh3-41&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[41] Et j&amp;#39;ai du mal &#224; imaginer comment le service peut assimiler (...)' &gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est &#233;trange comme dans un m&#234;me service deux m&#233;decins peuvent si peu communiquer sur un sujet aussi important. Depuis des mois, le Dr XXX nous soutenait que jamais Bastien ne pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; en fin de vie et que par cons&#233;quent une fin de vie &#233;tait inenvisageable et de l'autre c&#244;t&#233; de la porte nous trouvons le chef de service pr&#234;t &#224; nous soutenir dans cette d&#233;marche si nous le souhaitions... J'avoue que nous &#233;tions un peu perdus mais mon mari suite &#224; cet entretien a &#233;t&#233; apais&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Pr. ZZZ nous a expliqu&#233; que cet engagement aupr&#232;s de Bastien et de notre famille avait &#233;t&#233; le fruit d'une longue r&#233;flexion de sa part... Qu'il avait &#233;volu&#233; avec la situation de notre fils, qu'il y a quelques mois il n'aurait pas pens&#233; pouvoir arr&#234;ter l'alimentation d'un patient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il a expliqu&#233; &#224; mon mari, que sa demande pouvait &#234;tre l&#233;gitime et entendable... Mon mari a fondu en larmes, je pense que pour la premi&#232;re fois un homme lui disait que son souhait ne faisait pas de lui un monstre et &#231;a c'&#233;tait important pour lui...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il nous a &#233;galement expos&#233; sa vision de la fin de vie et de l'organisation &#224; mettre en place... Il nous a demand&#233; de lui faire part de notre d&#233;cision, que cette fin de vie se ferait au Centre K..., qu'il informeraitl'&#233;quipe et que surtout il ferait cela &#224; &quot;sa mani&#232;re&quot;... Nous interpellant sur le fait que Bastien mourra &#224; son rythme et que, en aucun cas, il ne ferait d'injection de chlorure de potassium qui repr&#233;sente pour lui un &quot;manque de dignit&#233;&quot;. J'ai aim&#233; ce discours d'homme sage...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il a insist&#233; sur le fait qu'il &#233;tait l&#224;, que nous n&quot;&#233;tions pas seuls !!!&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous m'avez dit que si votre pr&#233;sence pouvait &#234;tre utile vous seriez l&#224;... Et je vous le dis, si cet instant devait arriver, si mon mari accepte votre pr&#233;sence, alors j'aurai besoin de vous. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-42&quot; name=&quot;nh3-42&quot; id=&quot;nh3-42&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[42] Est-il besoin de dire que cette perspective me terrifie d&amp;#39;avance (...)' &gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien dort mais il faut que je branche son alimentation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous souhaite une bonne nuit et encore pardon de ce silence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi 08-10-10&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Juste trois mots.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce matin dans la voiture je luttais contre la tentation de vous &#233;crire. J'avais fini par accepter l'id&#233;e que je ne devais pas le faire : vous savez que je suis l&#224;, vous n'avez pas besoin que je vous demande des nouvelles, ce n'est pas mon r&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que je pressens, c'est que le Pr ZZZ pense exactement ce que je pense, propose ce que je propose et envisage de faire ce que je ferais. Ce que n'emp&#234;che que si je dois &#234;tre l&#224; j'y serai : l'une des conditions de la droite d&#233;cision &#233;thique c'est qu'on ne la prend pas seul : dans les dialogues de Platon l'interlocuteur de Socrate n'est pas une sorte de clown blanc r&#233;duit au r&#244;le de plat faire-valoir : il est le t&#233;moin indispensable de ce sur quoi on s'accorde : le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; et qu'on est plusieurs &#224; la voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prenez soin de tous les v&#244;tres. Les choses se passent de ce point de vue comme je le redoutais. Mais si votre mari pouvait accepter &#224; la fois que son refus est l&#233;gitime et qu'il est pleinement dans le bien en vous laissant cheminer, alors...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quatorzi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole 07/11/09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne vous oublie pas mais les semaines se pr&#233;cipitent et la vie avec Bastien est intense.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant, cette semaine Bastien est de retour sur XXX pour une infection pulmonaire difficilement g&#233;rable &#224; la maison et surtout mal comprise par les m&#233;decins de chez nous qui n'&#233;taient pas d'accord entre eux... C'est le probl&#232;me d'&#234;tre face &#224; un enfant tel que Bastien et de vouloir faire comme si cet enfant &#233;tait normal !!!&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, &#224; cause d'une perte de temps et d'une non volont&#233; de m'&#233;couter Bastien se retrouve hospitalis&#233;... Le Professeur ZZZ est venue me voir pour m'expliquer et avoir mon accord sur le fait qu'il n'y aurait pas d'acharnement m&#233;dicamenteux si l'infection persistait malgr&#233; l'antibiotique. Mais Bastien va mieux et n'est plus sous oxyg&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons rdv lundi avec le Dr XXX pour savoir si nous pouvons ramener notre bonhomme &#224; la maison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un mois long et &#233;prouvant ce retour &#224; la maison... Se lever la nuit pour la mobilisation, la surveillance continuelle de Bastien, le passage infirmier, aide-soignante, kin&#233;, cette salive qui ne nous laisse pas tranquille et qui g&#233;n&#232;re ces probl&#232;mes d'encombrements.&lt;/i&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons aussi re&#231;u une lettre anonyme de 3 pages... Cette derni&#232;re fait parler Bastien et nous supplie de le laisser mourir !!! Ce proc&#233;d&#233; et surtout le ton employ&#233; m'a beaucoup affect&#233;e surtout que ce &quot;corbeau&quot; nous conna&#238;t lorsque l'on lit la lettre, petite d&#233;prime passag&#232;re...
Ensuite, j'ai entam&#233; une gr&#232;ve de la faim qui n'a dur&#233; que 3 jours.. Je souhaitais que la Mairie prot&#232;ge le bassin dans lequel est tomb&#233; Bastien (nous n'avons jamais parl&#233; de l'accident ensemble, un jour peut-&#234;tre). J'avais beau leur demander gentiment , rien n'&#233;tait fait...Il a suffit d'un appel d'un journaliste pour que le maire me contacte et me convie &#224; une r&#233;union pour la s&#233;curisation du bassin... Ouf !!! J'ai suspendu ma gr&#232;ve...
Avec mon mari, le mois fut aussi difficile, nous avons pour la premi&#232;re fois &#233;voqu&#233; une s&#233;paration malgr&#233; tout aujourd'hui nous continuons ensemble.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, &#233;trangement d'ailleurs, la fin de vie de Bastien est un &#233;l&#233;ment que je ne peux encore accepter aujourd'hui mais qui me semble venir &#224; moi... Je suis seule chaque jour avec Bastien et me demande souvent &quot;est-ce que tout cela &#224; un sens pour sa vie ?&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon cheminement est lent mais j'assimile cette notion de &quot;maintien en vie&quot; et non de vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous dis &#224; bient&#244;t et vous souhaite une bonne nuit
Nicole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi 08/11/09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Merci de ces nouvelles, m&#234;me si elles montrent surtout la duret&#233; de ce que vous vivez tous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai surtout envie de l'accueillir en silence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce probl&#232;me de salivation est particuli&#232;rement difficile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut d'abord le distinguer des ph&#233;nom&#232;nes de reflux. Comme je vous l'ai dit, l'Inexium ne diminue pas le reflux : il ne fait que le rendre moins acide, donc moins agressif. Mais les r&#233;gurgitations continuent. Quant &#224; la salivation, elle est d'autre nature (et la salive est elle aussi agressive pour les bronches).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour diminuer l'un et l'autre il faut des antis&#233;cr&#233;toires, qui sont tous de la famille de la scopolamine, avec des effets secondaires non n&#233;gligeables. Il y aurait bien un produit qui s'appelle le Scoburen, mais &#224; ma connaissance il n'existe que sous forme injectable ; je n'en ai aucune exp&#233;rience chez l'enfant, et je ne l'ai jamais essay&#233; par voie orale ; sous r&#233;serves je suppose qu'on pourrait en mettre dans la gastrostomie avec une bonne chance d'efficacit&#233;. Son avantage serait qu'il n'est pas s&#233;datif ; son inconv&#233;nient est qu'il diminue toutes les s&#233;cr&#233;tions, d'o&#249; notamment une inconfortable s&#233;cheresse buccale ; par ailleurs il y a tout de m&#234;me d'autres risques, au moins th&#233;oriques. Tout cela me semble bien acrobatique, surtout &#224; domicile, et je ne crois pas que je m'y risquerais. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-43&quot; name=&quot;nh3-43&quot; id=&quot;nh3-43&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[43] J&amp;#39;ai longuement h&#233;sit&#233; &#224; &#233;crire ce paragraphe : A quoi bon (...)' &gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors il vous faut tenir compte du fait que l'infection qui vient de survenir est elle aussi une source d'inconfort majeur pour Bastien : non seulement le trouble respiratoire, mais l'hospitalisation, les soins qui en d&#233;coulent, etc. Ceci doit entrer en ligne de compte quand vous pesez le pour et le contre de cette survie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous demandez : &quot;est-ce que tout cela a un sens pour sa vie ?&quot;. Cette formulation est troublante, j'aurais attendu &quot;est-ce que tout cela a un sens ?&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car s'il s'agit du sens pour sa vie, alors il faut reprendre la discussion. Le sens pour sa vie, il vient de son pr&#233;sent ou de son avenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A ma connaissance il n'y a toujours pas d'argument pour penser qu'il a un avenir. S'il en avait un on pourrait soutenir que les souffrances pr&#233;sentes sont justifi&#233;es par la perspective d'une am&#233;lioration suffisante. Mais ce n'est pas le cas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors il y a le pr&#233;sent. Il faudrait que vous examiniez quels sont les faits qui vous incitent &#224; penser qu'il a une conscience de ce qui l'entoure qui lui permet de compenser les inconforts par des plaisirs. Si l&#224; non plus ce n'est pas le cas, alors la r&#233;ponse &#224; votre question est non : cela n'a aucun sens pour sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si la question est : &quot;est-ce que tout cela a un sens ?&quot;, alors je reste sur ma position premi&#232;re : si cela a du sens pour vous, alors cela a du sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le probl&#232;me est que ce n'est pas votre question. Et que ce glissement n'est pas neutre. J'y vois plut&#244;t l'indice de votre cheminement. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-44&quot; name=&quot;nh3-44&quot; id=&quot;nh3-44&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[44] J&amp;#39;ai pleinement conscience en &#233;crivant cela de souhaiter que (...)' &gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crains votre fatigue ; votre fatigue &#224; tous. Je crains ce qui se passe pour vos autres enfants. Mais je redoute surtout que la pression, les tensions, l'&#233;puisement finissent par &#233;corner votre lucidit&#233;. Je crains, il est vrai, que votre mari ne l&#226;che prise, ce serait un d&#233;sastre tellement imm&#233;rit&#233; pour votre communaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que dire de la lettre anonyme ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a tr&#232;s envie de faire le rapprochement avec le fait que l'ADMD vous a nagu&#232;re contact&#233;s ; apr&#232;s tout nous ne savons pas comment elle avait eu vent de cette affaire, et il se peut que ce soit par un de vos proches. D'autre part nous l'avons suffisamment vue &#224; l'&#339;uvre. Mais il serait injuste de faire ce lien sans autre argument. Gardons en t&#234;te qu'il s'agit de quelqu'un de votre entourage qui ne supporte pas cette situation. Et le mieux est sans doute de partager votre r&#233;action entre l'indulgence et le m&#233;pris. Pas facile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non, nous n'avons jamais parl&#233; de l'accident lui-m&#234;me. Je crois qu'il est tout &#224; fait normal, et s&#251;rement sain, que vous vous investissiez dans une action pour &#233;viter que cela ne se renouvelle. Simplement, quand je lis que vous aviez entam&#233; une gr&#232;ve de la faim, je me demande si vous avez r&#233;ellement les moyens, en ce moment o&#249; Bastien a besoin de toutes vos forces, d'ouvrir ainsi un nouveau front. Bien s&#251;r, cela vous permet aussi de tenir ; bien s&#251;r, c'est aussi, subrepticement, une mani&#232;re d'investir autre chose que votre huis clos avec Bastien, et en ce sens c'est l&#224; aussi un t&#233;moin de votre &#233;volution, mais il y a tant de choses... le peu d'&#233;nergie qui vous reste quand vous avez tout fait, il faut absolument que vous le donniez &#224; ceux que vous aimez : n'oubliez pas que quand tout cela sera fini, et cela finira, il faudra que votre maison ne soit pas un champ de ruines : le retour &#224; une vie, oserais-je dire normale, ne sera pas la chose la plus facile, ni la moins dangereuse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'&#233;cris tout cela avec une grande crainte : il y a s&#251;rement des choses qui doivent rester cach&#233;es jusqu'&#224; ce que vous les d&#233;couvriez. Je ne sais pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment l'&#233;quipe soignante du domicile vit-elle cette histoire ? Je crois qu'il serait prudent, si cela n'a pas &#233;t&#233; mis en place, de pr&#233;voir un temps de type groupe de parole pour elle (avec elle ?).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Merci de cette place que vous me donnez pr&#232;s de vous.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quinzi&#232;me &#233;change&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole 16/11/09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien est rentr&#233; &#224; la maison mardi dernier, son &#233;tat est stable malgr&#233; des jours o&#249; la salive revient abondamment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une petite douleur se manifeste dans la jambe gauche d&#232;s que l'on mobilise Bastien, le kin&#233; parle de spasticit&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble d&#233;tendu et calme sauf dans les mobilisations et au toucher.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me suis berc&#233;e d'illusions et le r&#233;veil est difficile.
Je crois que ce maintien en vie ne sert &#224; rien sinon &#224; me faire du bien et &#224; refuser l'id&#233;e que j'ai perdu mon fils.
Je crois que je d&#233;truis ma famille petit &#224; petit, mes enfants souffrent car ils ne comprennent pas l'&#233;tat de Bastien, le fait qu'il ne gu&#233;risse pas, mon mari qui attend patiemment en voyant son fils chaque jour &#224; la maison que je r&#233;agisse.
Je crois que &quot;mon acharnement affectif&quot; n'est pas bon pour Bastien.
Je crois que je me suis tromp&#233;e...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien ne reviendra jamais, j'ai voulu croire que l'amour maternelle est plus fort que tout, que sans doute il ne pouvait pas m'avoir effac&#233; de sa m&#233;moire et qu'il allait se r&#233;veiller, j'ai voulu voir des signes d'am&#233;lioration, j'ai pris ses rares sourires pour moi motivant ainsi mon combat contre cet &#233;tat limit&#233;, je me suis prise pour Dieu !
Il va &#234;tre temps pour moi d'accepter une s&#233;paration avec Bastien...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous &#234;tes le premier &#224; qui je dis tout cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Merci &#224; vous de ce cheminement progressif mais clairvoyant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nicole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moi 16/11/09&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bonsoir, Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, comme vous l'avez toujours dit, les &#233;volutions se font. Et comme je vous l'ai toujours dit elles se font &#224; leur rythme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai envie d'ajouter deux choses, un peu contradictoires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re pour vous rappeler ce que je vous ai dit, l&#224; aussi : vous n'avez rien &#224; d&#233;cider du tout ; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#231;a&lt;/i&gt; d&#233;cide pour vous. Les &#233;vidences arrivent, il ne se passe rien ; c'est simplement la photo qui se r&#233;v&#232;le, de plus en plus nette ; mais tout &#233;tait d&#233;j&#224; sur la pellicule.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La seconde pour vous conforter dans ce qui vous devient de plus en plus clair : la souffrance est in&#233;vitable, il faut savoir l'endurer, il faut savoir m&#234;me l'imposer ; A la condition absolue qu'elle ait un sens, c'est-&#224;-dire une finalit&#233;. Sinon, alors notre devoir est d'y mettre un terme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et maintenant que vous &#234;tes &#224; la maison (j'en avais tr&#232;s peur, mais je crois qu'en fin de compte vous avez eu raison de le faire), que vous pouvez dans le m&#234;me regard embrasser tous ceux que vous aimez, les comptes se font vite. Tout le monde souffre et cela ne m&#232;ne &#224; rien. Cela ne m&#232;ne &#224; rien pour Bastien, car il est hors du temps. Ce qui avait de l'importance, c'&#233;tait que vous lui donniez tout. C'est fait, et vous avez tout risqu&#233; pour lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ne faites rien qui puisse ressembler &#224; une d&#233;cision. Ce qui me semble n&#233;cessaire (je me rends compte que je ne vous ai jamais parl&#233; comme &#231;a) c'est : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En premier lieu de dire &#224; votre mari ce que vous m'avez dit.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En second lieu d'aller voir le Pr. ZZZ, et de lui dire la m&#234;me chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je reste pr&#232;s de vous. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-45&quot; name=&quot;nh3-45&quot; id=&quot;nh3-45&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[45] Et je donne &#224; Nicole mes num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone : la conclusion (...)' &gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Epilogue&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien est d&#233;c&#233;d&#233; peu de temps apr&#232;s. Voici le dernier courrier de Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour Michel,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parlons des derniers jours de Bastien... Il me semble que vous devez savoir comment cela s'est pass&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien a fait de nouveau une infection pulmonaire n&#233;cessitant une hospitalisation. En effet, &#224; la maison il d&#233;saturait sans cesse donc masque &#224; oxyg&#232;ne et il s'encombrait. Il a &#233;t&#233; r&#233;fractaire &#224; l'antibiotique et nous avons du faire des injections de Roc&#233;phine pendant 4 jours.
Lorsque nous sommes revenus au Centre SSS, nous avons eu une discution avec le Dr XXX et le Professeur ZZZ. Nous souhaitions arr&#234;ter cette escalade de m&#233;dicaments... Apr&#232;s la derni&#232;re injection de Roc&#233;phine, il fut donc d&#233;cid&#233; de ne pas poursuivre l'Amoxicilline. 24h apr&#232;s, Bastien fait une at&#233;lectasie... qui l'emportera 3 jours plus tard...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Durant ces 3 jours, Bastien a &#233;t&#233; soulag&#233; avec de la morphine et de l'Hypnovel... Il n'a re&#231;u aucune alimentation mais de l'eau. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-46&quot; name=&quot;nh3-46&quot; id=&quot;nh3-46&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[46] On trouve ici une application stricte de la loi L&#233;onetti : le (...)' &gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces 3 jours furent remplis d'amour pour Bastien, de la part de l'&#233;quipe et de la n&#244;tre... [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb3-47&quot; name=&quot;nh3-47&quot; id=&quot;nh3-47&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[47] Et c&amp;#39;est parce que les choses se sont pass&#233;es comme elles se (...)' &gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous &#233;tions l&#224; lorsque le coeur de Bastien a cess&#233; de battre et avons recueilli ses 3 derniers souffle de vie... Nous n'&#233;tions pas tristes &#224; ce moment l&#224;, nous &#233;tions apais&#233;s de voir Bastien si serein... La tristesse est venue ensuite de savoir que tout &#233;tait fini... Qu'il &#233;tait parti d&#233;finitivement...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez ces 14 derniers mois furent un parcours difficile, je suis pass&#233;e par diff&#233;rentes &#233;tapes de certitudes et de doutes... Bastien a bouscul&#233; beaucoup de choses sur le plan m&#233;dical et professionnel mais aussi personnel chez de nombreuses personnes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Dr XXX nous a parl&#233; d'apporter notre t&#233;moignages sur cette &#233;preuve... Il lui semble important que notre v&#233;cu serve au vu des chamboulements que le &quot;cas Bastien&quot; a suscit&#233;s...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Service R&#233;a P&#233;diatrique a &#233;t&#233; marqu&#233; par le passage de Bastien, entra&#238;nant apparemment des modifications... Le Centre nous dit qu'il y a un &quot;avant Bastien, il y aura un apr&#232;s Bastien&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;quipe m&#233;dicale se reproche d'avoir &#233;t&#233; trop optimiste, mais n'est-ce pas le credo d'une centre de r&#233;&#233;ducation... moi, je les remercie de m'avoir pouss&#233;e chaque jour &#224; continuer, je n'ai aucun regret, j'ai tout essay&#233; mais je ne suis pas Dieu...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bastien entra&#238;ne beaucoup de remises en question...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, ce parcours m'a convaincue d'une chose, l'euthanasie est &#224; bannir...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que pensez-vous de cette id&#233;e de t&#233;moignage ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Permettez moi de vous embrasser.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-1&quot; name=&quot;nb3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Que faire dans une telle situation ? le plus sage serait probablement de ne pas r&#233;pondre du tout : le risque est si grand de r&#233;pondre &#224; faux sur une situation qu'on n'a pas connue, et qu'on ne conna&#238;tra jamais. Et d'un autre c&#244;t&#233;, comment ne pas r&#233;pondre ? Il faut donc essayer de trouver un compromis, en sachant qu'il sera toujours critiquable, et qu'il faut se tenir sur le plan de la stricte th&#233;orie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-2&quot; name=&quot;nb3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Il serait pourtant capital de peser les implications de ce qu'on dit : et le probl&#232;me est que si &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;on ne sait jamais&lt;/i&gt;, alors il n'y a plus de connaissance possible, et notamment plus de m&#233;decins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-3&quot; name=&quot;nb3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Ce serait m&#234;me sans doute une pr&#233;caution &#233;thique indispensable que de croiser les regards.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-4&quot; name=&quot;nb3-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Naturellement il est capital dans un tel travail d'essayer de recouper les informations ; il ne s'agit pas de mettre en doute la parole de Nicole, mais on voit si souvent commettre des erreurs d'analyse grossi&#232;res, la souffrance est si mauvaise conseill&#232;re qu'il faut absolument rester circonspect. Et m&#234;me des mois apr&#232;s, je n'arrive toujours pas &#224; me faire avec certitude une opinion sur l'&#233;tat de vigilance de Bastien&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-5&quot; name=&quot;nb3-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] La question est ici centrale : car on sait que l'une des terreurs des militants pour l'euthanasie est de se trouver dans une situation o&#249; rien ne pourrait soulager leur souffrance ; en r&#233;alit&#233; ces situations n'existent pas, pourvu qu'on se donne les moyens ad&#233;quats (il suffit de r&#233;fl&#233;chir une seconde : quand il faut proc&#233;der &#224; une anesth&#233;sie, on y arrive toujours). La question qui se pose ici est donc de v&#233;rifier si la situation de Bastien fait ou non exception &#224; la r&#232;gle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-6&quot; name=&quot;nb3-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Cette question est ici une clause de style : une r&#232;gle de base est que les d&#233;bats d'un comit&#233; d'&#233;thique sont confidentiels, garantissant ainsi que toutes les opinions pourront s'exprimer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-7&quot; name=&quot;nb3-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Nicole r&#233;p&#232;te-t-elle exactement les mots qui lui ont &#233;t&#233; dits ? Je ne sais pas, et en parlant de la &quot;col&#232;re&quot; je prends le risque de m&#233;juger le m&#233;decin ; je le prends parce que cette phrase est trop typique de l'opinion de noubreux confr&#232;res, et que le plus important ici est de redire &#224; Nicole que la loi est la loi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-8&quot; name=&quot;nb3-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Quelle sottise ! Si le texte fait l'unanimit&#233;, c'est qu'il n'y a pas de probl&#232;me ; et s'il n'y a pas de probl&#232;me quel besoin avait-on d'une loi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-9&quot; name=&quot;nb3-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] Ici &#233;galement, j'ai conscience du risque que je prends : il n'est pas anodin d'assimiler la situation que vit Nicole &#224; une situation de grossesse : qui sait ce que je vais mobiliser ? je crois que le suite me donne raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-10&quot; name=&quot;nb3-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Ici j'indique d'embl&#233;e qu'il existe des solutions techniques ; c'est un choix : il me semble urgent de faire comprendre &#224; Nicole qu'il y a une troisi&#232;me voie entre l'euthanasie et le maintien du&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; statu quo&lt;/i&gt; J'y renviendrai, bien s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-11&quot; name=&quot;nb3-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] Comment ne pas avouer que la r&#233;ponse de Nicole me soulage ? Il fallait m&#233;riter sa confiance, et elle aurait pu pour de multiples raisons me la refuser. D'ailleurs il reste &#224; prouver qu'elle a raison de me l'accorder, tant l'entreprise est imprudente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-12&quot; name=&quot;nb3-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] Si c'est le cas, si les m&#233;decins ont r&#233;ellement dit cela, alors on peut tenir pour assur&#233; que le mieux pour Bastien est de ne jamais sortir de son coma ; la situation est donc d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-13&quot; name=&quot;nb3-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-13&quot;&gt;13&lt;/a&gt;] Naturellement le fait que les choses s'aggravent depuis deux semaines ne doit pas &#234;tre pris en compte pour le pronostic. Mais ce que Nicole a dit plus haut est largement suffisant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-14&quot; name=&quot;nb3-14&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-14&quot;&gt;14&lt;/a&gt;] Oui, esp&#233;rance ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-15&quot; name=&quot;nb3-15&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-15&quot;&gt;15&lt;/a&gt;] Il s'agit de divers s&#233;datifs ; en th&#233;orie il suffit d'en augmenter les doses pour obtenir une s&#233;dation, mais compte tenu du m&#233;lange de drogues il est manifeste que les m&#233;decins, au contraire, souhaitaient favoriser le r&#233;veil en essyant d'&#234;tre le moins s&#233;datif possible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-16&quot; name=&quot;nb3-16&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-16&quot;&gt;16&lt;/a&gt;] Si c'est le cas, alors cela pose deux probl&#232;mes. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Le premier est celui de la l&#233;gitimit&#233; de cette d&#233;marche. Car l'&#233;tendard de l'ADMD est la revendication d'une libert&#233; d'&#234;tre mis &#224; mort pour celui qui le demande. On a du mal &#224; comprendre le rapport entre cette situation et celle, f&#251;t-elle, &#224; bien des &#233;gards, encore plus &#233;pouvantable que celles dont les m&#233;dias nous ont r&#233;cemment rebattu les oreilles, d'un enfant de cinq ans qui ne revendique rien.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Le second est un &#233;tonnement : comment ces gens-l&#224; font-ils pour se tenir ainsi &#224; l'aff&#251;t de toutes les situations qui pourraient leur permettre d'occuper le terrain ? Quoi qu'il en soit, ce comportement de charognards est naus&#233;abond.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-17&quot; name=&quot;nb3-17&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-17&quot;&gt;17&lt;/a&gt;] Mais cela ne constitue pas une exception &#224; ce que j'&#233;crivais plus haut : malgr&#233; tout nous savons soulager tous les sympt&#244;mes. Mais il arrive que l'inconfort &quot;vaille la peine&quot;, quand c'est le prix &#224; payer pour une gu&#233;rison par exemple. En fin de vie, les inconforts ne servent plus &#224; rien, et ils doivent &#234;tre impitoyablement chass&#233;s ; mais ici il s'agit de savoir si Bastien se r&#233;veille. Si on consid&#232;re qu'il est indispensable de le savoir, alors il faut accepter la ran&#231;on, qui est l'inconfort ; mais on ne l'acceptera que le temps n&#233;cessaire pour faire le point ; et tout le probl&#232;me sera de ne pas renouveler l'exp&#233;rience hors de propos.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-18&quot; name=&quot;nb3-18&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-18&quot;&gt;18&lt;/a&gt;] Tous ces points seront repris et d&#233;taill&#233;s plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-19&quot; name=&quot;nb3-19&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-19&quot;&gt;19&lt;/a&gt;] A ce stade le rythme des &#233;changes est soutenu ; on verra qu'il tendra &#224; diminuer ; naturellement il s'agit d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute de Nicole, en induisant le moins possible&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-20&quot; name=&quot;nb3-20&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-20&quot;&gt;20&lt;/a&gt;] Il me semble n&#233;cessaire de rappeler ici &#224; Nicole &#224; quelles conditions mon intervention a quelque chance d'&#234;tre l&#233;gitime ; et parmi les conditions &#224; r&#233;unir, il y a qu'elle doit &#234;tre indispensable. Or plus on avance dans le d&#233;bat et plus on vot que l'&#233;quipe soignante est remarquable. On ne se trouve pas, comme on aurait pu le penser au d&#233;but (et pourquoi nier que je me suis pos&#233; la question ?), face &#224; des professionnels englu&#233;s dans une probl&#233;matique d'acharnement th&#233;rapeutique. On se trouve au contraire devant la r&#233;alit&#233; la plus nue : c'est la vie qui nous y place.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-21&quot; name=&quot;nb3-21&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-21&quot;&gt;21&lt;/a&gt;] Allons plus loin : alors que Nicole paraissait, dans son premier mail, &#233;voquer une tentation d'euthanasie, elle a d&#233;j&#224; totalement chang&#233; de discours. Cela m'incite &#224; penser que j'ai eu raison de prendre les risques que j'ai pris. Mais aussi cela doit attirer l'attention sur l'extr&#234;me difficult&#233; de ces situations : si les propositions de l'ADMD sont absurdes, c'est surtout parce que les choses ne sont jamais assez claires pour qu'on puisse seulement songer &#224; les trancher. Il y a de l'ind&#233;cidable, on croyait que la pens&#233;e moderne l'avait enfin admis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-22&quot; name=&quot;nb3-22&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-22&quot;&gt;22&lt;/a&gt;] J'ai &#233;t&#233; long &#224; &#233;crire cette phrase. Car dans la position qui est la mienne, la tentation est bien s&#251;r de vouloir participer &#224; l'action. Et de cela je dois me m&#233;fier : peut-&#234;tre ma l&#233;gitimit&#233;, si j'en ai une, est-elle li&#233;e &#224; mon impuissance, c'est parce que je ne suis pas dans l'action que je peux etre aidant. Il y a l&#224; un pi&#232;ge pour tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-23&quot; name=&quot;nb3-23&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-23&quot;&gt;23&lt;/a&gt;] Autre pi&#232;ge : comme si, pour purement &#233;pistolaire qu'elle soit, notre relation n'&#233;tait pas tr&#232;s connot&#233;e affectivement...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-24&quot; name=&quot;nb3-24&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-24&quot;&gt;24&lt;/a&gt;] Je l'ai d&#233;j&#224; dit ; mais il me semble qu'&#224; ce stade il faut le r&#233;p&#233;ter sans cesse : une d&#233;cision &#233;thique droite suppose le respect d'un minimum de conditions d'&#233;laboration ; en particulier toute d&#233;cision &#233;thique solitaire est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a priori&lt;/i&gt; suspecte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-25&quot; name=&quot;nb3-25&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-25&quot;&gt;25&lt;/a&gt;] En effet, je commen&#231;ais &#224; trouver le temps long ; d'un c&#244;t&#233; parce que, compte tenu de l'inconfort potentiel de Bastien, ces examens &#233;taient urgents ; mais de l'autre aussi sans doute parce que j'ai du mal &#224; me tenir dans la neutralit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-26&quot; name=&quot;nb3-26&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-26&quot;&gt;26&lt;/a&gt;] Il y a l&#224; une contradiction dont je suis parfaitement conscient : j'ai dit plus haut : &quot;Il est douteux que Bastien souffre&quot;. Je laisse cette contradiction parce qu'elle s'est produite, et qu'il est naturel que je sois infuenc&#233; par les propos de Nicole. Mais aussi parce que la situation est douteuse. C'est m&#234;me parce que le niveau de confort de Bastien est douteux alors que son avenir est, lui, pratiquement certain, qu'il y a un probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-27&quot; name=&quot;nb3-27&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-27&quot;&gt;27&lt;/a&gt;] En effet, les messages de Nicole vont avoir tendance &#224; s'espacer. Je tenterai une explication plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-28&quot; name=&quot;nb3-28&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-28&quot;&gt;28&lt;/a&gt;] On voit ici que la contradiction que je mentionnais plus haut n'est rien d'autre que le pain quotidien de ces situations. C'est un leurre que de croire, ou une malhonn&#234;tet&#233; que de pr&#233;tendre, qu'il en peut aller autrement, et c'est bien cela qui rend impossible une attitude radicale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-29&quot; name=&quot;nb3-29&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-29&quot;&gt;29&lt;/a&gt;] Le Code de la Sant&#233; Publique ne parle pas de l'enfant ; c'est vrai ; mais n'en parlant pas il en r&#233;sulte qu'il n'en fait pas un cas &#224; part et que dans ces conditions il est un certain nombre de dispositions qui s'appliquent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-30&quot; name=&quot;nb3-30&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-30&quot;&gt;30&lt;/a&gt;] Et c'est cela qui explique que les messages de Nicole se font plus rares.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-31&quot; name=&quot;nb3-31&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-31&quot;&gt;31&lt;/a&gt;] On aura compris depuis longtemps que par &quot;fin de vie&quot; Nicole entend &quot;euthanasie&quot; ; je ne le lui ai pas dit clairement, mais je crois que cette confusion s&#233;mantique lui porte grand tort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-32&quot; name=&quot;nb3-32&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-32&quot;&gt;32&lt;/a&gt;] Je suis parfaitement conscient de manier la poudre en mettant ainsi Nicole face &#224; ses contradictions et aux &#233;vidents soubassements de celle-ci ; je le fais parce que si ces &#233;changes ont un sens (ce qui reste &#224; prouver) alors il me faut prendre ce risque. Par ailleurs j'ai confiance dans la solidit&#233; de Nicole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-33&quot; name=&quot;nb3-33&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-33&quot;&gt;33&lt;/a&gt;] Et naturellement c'est ni l'un ni l'autre : le Dr XXX croit de son devoir d'utiliser tous les arguments pour dissuader les parents de Bastien de commettre une euthanasie. Je souhaite aussi les dissuades, mais pas avec tous les arguments.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-34&quot; name=&quot;nb3-34&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-34&quot;&gt;34&lt;/a&gt;] En fait cette proposition me met en difficult&#233; : quand on est dans une d&#233;marche d'accompagnement comme celle-ci, la tentation vient tr&#232;s vite de devenir acteur de ce qui se joue. Or mon intuition est que je ne peux &#234;tre un aidant efficace que si je reste dans mon r&#244;le. Et d'un autre c&#244;t&#233; il serait s&#251;rement utile que je puisse correspondre avec le Dr XXX, dont par ailleurs je ne peux pas ne pas redouter le jugement : que penserais-je &#224; sa place ? C'est tout cela bien consid&#233;r&#233; que je r&#233;ponds &#224; Nicole comme je lui r&#233;ponds.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-35&quot; name=&quot;nb3-35&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-35&quot;&gt;35&lt;/a&gt;] Ici aussi je prends un risque. Mais il faut bien remettre sur le devant l'int&#233;r&#234;t du malade. Et ce n'est pas Nicole qu'on soigne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-36&quot; name=&quot;nb3-36&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-36&quot;&gt;36&lt;/a&gt;] Et je note, bien s&#251;r, que si Nicole pense moins &#224; Bastien qu'&#224; sa vie avec lui, Jean, lui, utilise une formulation qui parle &#233;galement de lui, non de Bastien. Comment ne le comprendrait-on pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-37&quot; name=&quot;nb3-37&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-37&quot;&gt;37&lt;/a&gt;] Et je reste &#224; penser que l'amour dont font preuve tous les protagonistes de cette &#233;pouvantable histoire a une autre tenue que cette soi-disant &quot;ultime preuve d'amour&quot; dont l'ADMD nous rebat les oreilles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-38&quot; name=&quot;nb3-38&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-38&quot;&gt;38&lt;/a&gt;] On aurait peine &#224; imaginer mon soulagement : je ne suis donc pas le seul &#224; penser ce que je pense, et mes hypoth&#232;ses sont confirm&#233;es par quelqu'un qui conna&#238;t, lui, la situation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-39&quot; name=&quot;nb3-39&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-39&quot;&gt;39&lt;/a&gt;] Suis-je en train d'enfreindre la r&#232;gle ? Je ne crois pas. Il me semble qu'une &#233;tape de&#233;cisive vient de se franchir, m&#234;me si les d&#233;cisions qui pourraient en d&#233;couler ne sont pas encore, loin s'en faut, prises (et c'est pourquoi je confirme que la proposition du Pr. ZZZ ne vaut pas changement de cap), et que dans ces conditions je peux envisager un r&#244;le de pur t&#233;moin dans une phase ultime du parcours. Par ailleurs il me semblait difficile, compte tenu de ce qui vient de se passer, de ne pas envoyer un signal d'ordre affectif : il ne s'agit pas d'une psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-40&quot; name=&quot;nb3-40&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-40&quot;&gt;40&lt;/a&gt;] On voit bien ici, comme je l'ai indiqu&#233; pus haut, que notre correspondance prend une coloration affective : Nicole n'a pas &#224; s'excuser, et je n'ai pas &#224; attendre de nouvelles. Mais il ne s'agit sans doute l&#224; que d'une saine part du feu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-41&quot; name=&quot;nb3-41&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-41&quot;&gt;41&lt;/a&gt;] Et j'ai du mal &#224; imaginer comment le service peut assimiler cette dissension. Mais que faire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-42&quot; name=&quot;nb3-42&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-42&quot;&gt;42&lt;/a&gt;] Est-il besoin de dire que cette perspective me terrifie d'avance ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-43&quot; name=&quot;nb3-43&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-43&quot;&gt;43&lt;/a&gt;] J'ai longuement h&#233;sit&#233; &#224; &#233;crire ce paragraphe : A quoi bon entrer dans ces d&#233;tails techniques, qui risquent d'induire des r&#233;actions irrationnelles, des illusions, des espoirs ? Je crois que si j'ai fini par m'y r&#233;soudre, c'est parce que je n'ai depuis longtemps, dans cette affaire, d'autre arme que la transparence. Il se pourrait que ce soit l&#224; un manque de professionnalisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-44&quot; name=&quot;nb3-44&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-44&quot;&gt;44&lt;/a&gt;] J'ai pleinement conscience en &#233;crivant cela de souhaiter que Nicole se laisse pousser sur ce chemin. Il m'est bien difficile de rester neutre alors que mon opinion est faite depuis longtemps ; et puis... ne faut-il pas &#224; ce stade, pr&#233;cis&#233;ment, prendre parti ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-45&quot; name=&quot;nb3-45&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-45&quot;&gt;45&lt;/a&gt;] Et je donne &#224; Nicole mes num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone : la conclusion approche, il me semble qu'elle a besoin de savoir qu'elle peut compter sur de l'aide.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-46&quot; name=&quot;nb3-46&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-46&quot;&gt;46&lt;/a&gt;] On trouve ici une application stricte de la loi L&#233;onetti : le pronostic est jug&#233; trop mauvais pour qu'on entreprenne des soins curatifs ; on limite donc les th&#233;rapeutiques &#224; ce qui est n&#233;cessaire au contr&#244;le des sympt&#244;mes. L'alimentation est arr&#234;t&#233;e pour les m&#234;mes raisons. Naturellement cela n'aura, dans le cas de Bastien, aucune influence : on ne se d&#233;nutrit pas en trois jours. Par contre l'alimentation apporte des liquides, et il n'est pas bon d'apporter trop de liquides &#224; un malade encombr&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh3-47&quot; name=&quot;nb3-47&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-47&quot;&gt;47&lt;/a&gt;] Et c'est parce que les choses se sont pass&#233;es comme elles se sont pass&#233;es -allons plus loin : c'est parce qu'elles se sont pass&#233;es comme Nicole l'a impos&#233;- que cette paix et cet amour ont &#233;t&#233; possibles&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Que faire quand on est inquiet ?</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article90</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article90</guid>
		<dc:date>2009-03-08T18:25:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique7">Protocoles</category>


		<description>Un malade, un r&#233;sident, semble ne pas aller tr&#232;s bien. Le m&#233;decin n'est pas l&#224;. Que peut faire l'infirmi&#232;re pour pr&#233;server les chances du patient ?

-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Protocoles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il arrive assez souvent qu'un sujet &#226;g&#233; en h&#244;pital ou en institution se mette &#224; ne pas aller bien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'observation courante montre que les professionnels ont tendance &#224; sous-estimer l'importance des informations qu'on leur donne, et que cette sous-estimation suit la voie hi&#233;rarchique : quand l'aide-soignante s'inqui&#232;te elle en parle &#224; l'infirmi&#232;re dont la r&#233;action est fr&#233;quemment de consid&#233;rer que l'aide-soignante s'inqui&#232;te pour rien ; et quand l'infirmi&#232;re alerte le m&#233;decin, celui-ci a une forte tendance &#224; penser qu'elle s'affole. Peu importe ici les raisons de cette sous-estimation [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb4-1&quot; name=&quot;nh4-1&quot; id=&quot;nh4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] On aurait de fortes chances de tomber juste si on se disait (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] ; le r&#233;sultat est que l'alerte est souvent prise en compte avec retard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or s'il est une donn&#233;e capitale, c'est que la prise en soins de la personne &#226;g&#233;e ne souffre aucun retard : de nombreuses situations sont ais&#233;ment r&#233;versibles si on les prend comme des urgences, et aboutissent &#224; des catastrophes si on ne le fait pas. Retenons deux principes de base des soins g&#233;riatriques :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; La personne &#226;g&#233;e a besoin qu'on se batte pour elle comme on le ferait pour une personne jeune ; la seule diff&#233;rence est qu'on se bat moins longtemps.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Chez une personne &#226;g&#233;e (comme chez l'enfant apr&#232;s tout) il n'y a pas d'autre solution que de consid&#233;rer toutes les situations comme des urgences. Neuf fois sur dix c'est faux ; mais on se bat pour la dixi&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans certaines circonstances il existe des sympt&#244;mes particuliers qui orientent tout de suite le raisonnement. Ou qui devraient l'orienter : un grand pi&#232;ge est que chez le sujet &#226;g&#233; les sympt&#244;mes sont souvent discrets, ou peu &#233;vocateurs ; d'o&#249; l'erreur fr&#233;quemment commise de se rassurer &#224; bon compte, alors qu'il n'y a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aucun rapport&lt;/i&gt; entre l'intensit&#233; des sympt&#244;mes et la gravit&#233; de la situation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a un grand nombre de cas o&#249; le soignant qui s'inqui&#232;te ne sait pas dire exactement ce qui l'inqui&#232;te. Compte tenu de ce que nous venons d'&#233;crire, la seule mani&#232;re de proc&#233;der en s&#233;curit&#233; est d'ajouter un troisi&#232;me principe : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; C'est le soignant qui s'inqui&#232;te qui a raison, et ce jusqu'&#224; preuve du contraire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais naturellement il est tr&#232;s fr&#233;quent que, quand l'alerte est donn&#233;e, il n'y ait pas de m&#233;decin sur place. Que doit faire alors l'infirmi&#232;re ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;LA PROCEDURE D'INQUIETUDE&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une proposition est de standardiser la r&#233;action des &#233;quipes en mettant en place, sous forme d'une fiche r&#233;flexe, une proc&#233;dure &#224; appliquer syst&#233;matiquement d&#232;s qu'une alerte est donn&#233;e dans l'&#233;quipe, et ce quelle que soit la raison de cette alerte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;l &#176;) : T&#201;L&#201;PHONER AU M&#201;DECIN.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne peut &#234;tre question de se contenter de demi-mesures, car de deux choses l'une : ou on s'inqui&#232;te pour rien, et la proc&#233;dure sera simplement mise en place pour rien, ou on s'inqui&#232;te pour quelque chose et c'est une urgence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'exemple de r&#233;action absurde est l'utilisation de l'oxyg&#232;ne. La sc&#232;ne se passe au matin, &#224; l'arriv&#233;e du m&#233;decin ; on lu rapporte qu'un malade s'est mis &#224; respirer mal, l'&#233;quipe de nuit a mis de l'oxyg&#232;ne, et les choses sont rentr&#233;es dans l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes l'&#233;quipe a bien fait de mettre de l'oxyg&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais de deux choses l'une : ou elle s'est tromp&#233;e, et elle a simplement mis de l'oxyg&#232;ne pour rien ; ou elle ne s'est pas tromp&#233;e et alors ce malade &#233;tait en grand danger. Et en se contentant &#224; administrer de l'oxyg&#232;ne, on a perdu de pr&#233;cieuses heures, car quel &#233;tait le danger ? &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Une embolie pulmonaire ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Un infarctus ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Une pneumopathie ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Une d&#233;faillance cardiaque ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si le malade respire mal, il faut que l'&#233;quipe de nuit mette de l'oxyg&#232;ne ; mais il est absurde de mettre de l'oxyg&#232;ne au malade si dans la minute qui suit on ne r&#233;veille pas le m&#233;decin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, si l'&#233;quipe s'inqui&#232;te la premi&#232;re chose &#224; faire est d'alerter le m&#233;decin. Naturellement cela suppose un monde id&#233;al o&#249; le m&#233;decin tient compte de l'alerte. Mais &#224; la limite l'&#233;quipe aura au moins d&#233;charg&#233; sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2&#176;) : RECHERCHER UNE DOULEUR.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet item se passe de commentaire : un malade qui s'agite, qui ne mange pas, qui se replie sur lui-m&#234;me, surtout s'il est d&#233;ment, est toujours suspect d'avoir mal. On sait combien cette recherche peut &#234;tre difficile ; mais pr&#233;cis&#233;ment on aura gagn&#233; un temps pr&#233;cieux en appliquant une des &#233;chelles disponibles, que ce soit le Doloplus ou l'ECPA, pour pouvoir donner quelques indications au m&#233;decin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;3&#176;) : PRENDRE LA TEMP&#201;RATURE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici &#233;galement il y a peu &#224; dire, et en g&#233;n&#233;ral les &#233;quipes y pensent. Rappelons que la prise de temp&#233;rature rectale est devenue interdite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;4&#176;) ; PRENDRE LA TA ET LE POULS.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la tension est souvent prise, le pouls est plus souvent oubli&#233;. Or cela permet de rep&#233;rer trois situations au moins : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Les acc&#233;l&#233;rations, qui orientent notamment vers une douleur, une embolie pulmonaire, une d&#233;compensation cardiaque...
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Les ralentissements, qui peuvent orienter vers un trouble du rythme mena&#231;ant.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Plus difficilement les passage en arythmie, qui sont souvent inconfortables pour le patient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'agissant de la tension, il faut se souvenir que ce n'est pas l'hypertension qui pose probl&#232;me. Quand la tension monte elle ne donne pas de sympt&#244;mes, &#224; moins de d&#233;passer 200 mmHg (et encore) ; par contre l'&#233;l&#233;vation tensionnelle est souvent le reflet d'autre chose, par exemple d'une douleur. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb4-2&quot; name=&quot;nh4-2&quot; id=&quot;nh4-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Rappelons que le sujet &#226;g&#233; est tr&#232;s sensible aux &#224;-coups tensionnels, (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]. Non : ce que l'on cherche, c'est surtout l'hypotension art&#233;rielle, qu'elle soit li&#233;e &#224; une d&#233;shydratation ou &#224; un probl&#232;me cardiologique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;5&#176;) : FAIRE UNE GLYC&#201;MIE CAPILLAIRE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On doit se souvenir ici que ce ne sont pas les &#233;l&#233;vations de la glyc&#233;mie que l'on recherche : elles se produisent dans un contexte totalement diff&#233;rent, et il est absurde d'attribuer des sympt&#244;mes &#224; une glyc&#233;mie qui reste au-dessous de 4 g. Tout comme pour la prise de tension, ce qu'on cherche c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'hypoglyc&#233;mie&lt;/i&gt;, qui est fr&#233;quente et peut laisser de lourdes s&#233;quelles. Et si on trouve une hypotension il faut la traiter tout de suite. A la limite on pourrait dire que si dans le service il n'y a pas de mat&#233;riel pour faire cette glyc&#233;mie, l'&#233;quipe devrait donner syst&#233;matiquement du sucre :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Si le malade est en hyperglyc&#233;mie, on l'aggravera, mais pas beaucoup.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Si la glyc&#233;mie est normale, le geste sera sans importance.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Si le malade est en hypoglyc&#233;mie on l'aura sauv&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;6&#176;) : PRATIQUER UNE BANDELETTE URINAIRE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car l'infection urinaire est un grand pourvoyeur de troubles en tous genres, et la seule mani&#232;re de la d&#233;tecter est de la rechercher syst&#233;matiquement. Donnons une r&#232;gle : les flacons de bandelettes urinaires contiennent 100 bandelettes et se p&#233;riment en trois &#224; quatre semaines. Cela correspond &#224; la consommation mensuelle d'un service de g&#233;riatrie normal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ajoutons que la bandelette va donner un autre &#233;l&#233;ment trop souvent n&#233;glig&#233; : la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;densit&#233; urinaire&lt;/i&gt;, indispensable pour &#233;valuer une d&#233;shydratation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;7&#176;) : ENREGISTRER UN ECG.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne faut pas compter sur la clinique pour diagnostiquer un infarctus chez le sujet &#226;g&#233; : la douleur manque souvent, et il faut se contenter de vomissements, d'agitation, de prostration... Il est donc indispensable de mettre le trac&#233; &#224; la disposition du m&#233;decin. On gagnera ainsi un temps pr&#233;cieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;8&#176;) : SE RENSEIGNER SUR LA QUALIT&#201; DE L'APP&#201;TIT (si doute peser ).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question de savoir pourquoi le malade ne mange pas est un autre probl&#232;me, qui est &#233;tudi&#233; dans d'autres pages de ce site, et on ne va pas traiter cela en urgence. Reste que l'anorexie est un &#233;l&#233;ment de surveillance fondamental, trop souvent n&#233;glig&#233; lui aussi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;9&#176;) : V&#201;RIFIER LA DATE DES DERNI&#200;RES SELLES.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car le f&#233;calome est source d'une foule de sympt&#244;mes, et que la surveillance des selles est la seule mani&#232;re de le d&#233;pister. Rappelons qu'il faut se m&#233;fier des f&#233;calomes constitu&#233;s &#224; bas bruit chez des patients qui continuent &#224; avoir des petites selles, d'ailleurs souvent liquides. Rappelons la r&#232;gle : tout sujet &#226;g&#233; qui a une diarrh&#233;e est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;constip&#233;&lt;/i&gt; jusqu'&#224; preuve du contraire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;10&#176;) : RECHERCHER UN GLOBE VESICAL.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;tention d'urine elle aussi se manifeste souvent par des sympt&#244;mes qui n'ont rien &#224; voir avec la sph&#232;re urinaire, qu'il s'agisse d'agitation, de vomissements (rappelons cette autre r&#232;gle : chez le sujet &#226;g&#233;, tout sympt&#244;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;digestif&lt;/i&gt; impose de rechercher une pathologie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;urinaire&lt;/i&gt;. Or non seulement le diagnostic de r&#233;tention d'urine est particuli&#232;rement difficile, mais encore tout professionnel normalement constitu&#233; oublie d'y penser au moins deux ou trois fois par an.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments sont indispensables, et on peut pr&#233;voir que de toute mani&#232;re le m&#233;decin les demandera quand il arrivera. Non seulement on gagne ainsi un temps pr&#233;cieux mais encore on lui donne un moyen de ne pas oublier certains aspects du probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il reste ensuite &#224; :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;11&#176;) : OBTENIR UNE R&#201;PONSE DU M&#201;DECIN.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;12&#176;) : REDISCUTER AVEC LE SOIGNANT QUI A DONNE L'ALERTE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;13&#176;) : TRANSMETTRE SUR LE DOSSIER DE SOINS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci ne r&#233;sout nullement le probl&#232;me, qui reste sous la responsabilit&#233; du m&#233;decin. Mais on ne pr&#233;servera les chances des sujets &#226;g&#233;s que si toute alerte est prise au s&#233;rieux. Et ce sans se d&#233;courager : car dans l'immense majorit&#233; des cas il s'agit d'une fausse alerte. Redisons-le : on fait tout cela parce que, parfois, le malade est en train de jouer sa vie...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh4-1&quot; name=&quot;nb4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] On aurait de fortes chances de tomber juste si on se disait qu'elle est due en partie au d&#233;sir du professionnel de montrer qu'il sait mieux que l'autre, et en partie &#224; une r&#233;action contre sa propre inqui&#233;tude plus ou moins inconsciente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh4-2&quot; name=&quot;nb4-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Rappelons que le sujet &#226;g&#233; est tr&#232;s sensible aux &#224;-coups tensionnels, et qu'il faut &#233;viter de faire baisser une tension trop brutalement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;surtout en cas d'accident vasculaire c&#233;r&#233;bral.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Saint Vincent de Paul et l'hormone de croissance</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article89</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article89</guid>
		<dc:date>2009-01-24T20:54:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique17">Autres sites</category>


		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les professionnels impliqu&#233;s dans l'affaire de l'hormone de croissance viennent d'&#234;tre acquitt&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tr&#232;s r&#233;cemment une infirmi&#232;re a &#233;t&#233; mise en cause pour une erreur de flacon dans une pharmacie hospitali&#232;re.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Autres sites&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les professionnels impliqu&#233;s dans l'affaire de l'hormone de croissance viennent d'&#234;tre acquitt&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tr&#232;s r&#233;cemment une infirmi&#232;re a &#233;t&#233; mise en cause pour une erreur de flacon dans une pharmacie hospitali&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Curieux entrechoc de l'actualit&#233;, qui nous met ainsi sous les yeux une si scandaleuse in&#233;galit&#233; de traitement. Voil&#224; une magnifique occasion de nous r&#233;volter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et ne soyons pas na&#239;fs : cette in&#233;galit&#233; de traitement est une &#233;vidence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si nous allions un peu plus loin ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a plusieurs choses qu'il convient de relever dans ces histoires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;UNE SUITE INT&#201;RESSANTE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'ai certes aucune envie de me trouver mis en cause pour des erreurs de ce type. Et je n'ai pas le souvenir que Mme Bachelot, dont il est vrai je ne passe pas mon temps &#224; suivre les interventions, ait eu un mot personnel pour l'infirmi&#232;re, qui se trouve mise en examen, plac&#233;e sous contr&#244;le judiciaire et interdite d'exercer. Il est vrai que la justice est ind&#233;pendante, au point que le Parquet n'a pas jug&#233; utile de faire appel de ces mesures. A ma connaissance la ministre s'est born&#233;e &#224; dire qu'elle est fi&#232;re du service public hospitalier, qu'elle est aux c&#244;t&#233;s du personnel, bref du vent, et que l'h&#244;pital ne manque pas de moyens ; sans oublier de d&#233;noncer une r&#233;cup&#233;ration politicienne. Triste comportement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant il faut se souvenir : il n'y a pas si longtemps l'affaire aurait &#233;t&#233; mise au rancart au motif, par ailleurs tous &#224; fait logique, que c'&#233;tait une erreur, que les erreurs sont in&#233;vitables et que c'est la faute &#224; pas de chance ; c'est comme cela que je pensais il y a trente ans, et je n'&#233;tais s&#251;rement pas le seul. Or la suite semble avoir montr&#233; qu'il y avait une faille dans le syst&#232;me de distribution des solut&#233;s. On aurait certes pu arriver &#224; ce r&#233;sultat par des moyens moins scandaleux, mais n'oublions pas tout de m&#234;me qu'il fut un temps o&#249; on n'y serait jamais arriv&#233;. Je suppose qu'une cellule est charg&#233;e de rem&#233;dier &#224; cet &#233;tat de choses. En passant il sera bon d'&#233;tendre son champ d'investigations : l'autre jour je suis all&#233; au supermarch&#233; acheter de l'alcool &#224; br&#251;ler ; je me suis retrouv&#233; avec une bouteille d'ammoniaque : m&#234;me rayon, m&#234;me forme de bouteille, m&#234;me couleur d'&#233;tiquette et le nom commence par ALC(ali volatil). Le probl&#232;me est que cela me met en &#233;vidence &#224; quel point je ne suis pas &#224; l'abri d'une telle erreur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;UN CHANGEMENT D'AMBIANCE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cette inflexion qui nous a rendus plus exigeants sur les questions de s&#233;curit&#233;, il y a d'excellentes choses. Mais peut-&#234;tre serait-il bon de s'interroger l&#224; aussi sur les cons&#233;quences. Et j'en vois deux au moins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re concerne le regard que nous portons sur les choses. On sait que les d&#233;g&#226;ts de l'amiante sont devenus une source de proc&#232;s. Je crois qu'il va &#234;tre tr&#232;s difficile de trouver le point d'&#233;quilibre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car cette question des d&#233;g&#226;ts de l'amiante est tout sauf nouvelle. J'ai le parfait souvenir que l'asbestose et ses cons&#233;quences &#233;taient d&#233;crites dans les cours de s&#233;miologie que j'apprenais en premi&#232;re ann&#233;e de m&#233;decine, c'&#233;tait en 1967. Tout le monde savait. Alors, &#233;videmment, l'inertie arrangeait bien les industriels, et il y a l&#224; question. Il faut cependant garder en m&#233;moire que les conceptions &#224; l'&#233;poque &#233;taient diff&#233;rentes, et que c'est notre regard qui a chang&#233;. En bien, certes. Mais il a chang&#233;. Je veux dire qu'&#224; cette &#233;poque bien peu se demandaient si les maladies professionnelles &#233;taient autre chose qu'une fatalit&#233;. Il y avait m&#234;me chez les mineurs une sorte d'&#233;vidence que la silicose faisait partie du m&#233;tier. Redisons-le : il est bon que ces temps soient r&#233;volus. Toujours est-il que j'&#233;prouve quelque malaise &#224; voir ce m&#233;decin du travail poursuivi pour des faits qui, &#224; l'&#233;poque o&#249; ils se sont produits, faisaient l'objet d'un consensus, m&#234;me tacite, m&#234;me mauvais. J'&#233;prouve quelque malaise &#224; voir ce m&#233;decin poursuivi pour n'avoir pas anticip&#233; un changement de regard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La seconde concerne la notion m&#234;me de s&#233;curit&#233;. Je connais des jeunes qui s'occupent d'une troupe d'&#233;claireurs. Et j'observe la mani&#232;re dont ils se d&#233;battent avec les r&#232;gles de s&#233;curit&#233;. Mais je n'oublie pas que j'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me &#233;claireur, et qu'&#224; l'&#233;poque absolument personne ne se posait la question de la s&#233;curit&#233;. Changement de regard. Salutaire, sans doute. Mais pas sans profondes cons&#233;quences sur la conception m&#234;me de la vie. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'envoyait, moi, marcher la nuit &#224; la boussole, sous la pluie au besoin, et qu'il n'y avait pas de t&#233;l&#233;phone portable. Souvenons-nous de ce cur&#233; breton, un peu extr&#234;me droite, certes, un peu irresponsable sans doute, condamn&#233; &#224; la suite d'un accident lors d'une sortie en mer ; en son temps, je l'ai faite, cette sortie en mer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui se joue autour de la s&#233;curit&#233; est plus complexe qu'on ne dit, et les enjeux culturels et sociaux en sont bien plus profonds qu'on ne pense.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;LA DOULEUR DES FAMILLES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est &#233;vident que le probl&#232;me essentiel est la question de la douleur des familles. Au fond, et une fois qu'on a mis en place les processus qui vont permettre d'analyser calmement les erreurs et de mettre en place les proc&#233;dures ad&#233;quates, c'est m&#234;me la seule importante. Reste &#224; savoir ce qu'on fait de cette douleur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La p&#233;nalisation automatique est la pire des r&#233;ponses ; notamment parce qu'on n'est jamais sorti de la probl&#233;matique d&#233;crite en son temps par Foucault au sujet de la prison. Il disait que la prison a un double objectif : surveiller et punir, et que ces deux fonctions ne cohabitent pas bien. Ajoutons que les choses sont encore plus compliqu&#233;es, puisqu'il s'agit aussi de r&#233;ins&#233;rer (quelque chose comme racheter), et que Foucault &#233;tait bien gentil d'insister si peu sur le fait qu'elle sert aussi non seulement &#224; dissuader mais encore &#224; venger (Guantanamo n'a pas d'autre utilit&#233;). La question qui se pose l&#224; est celle de la sagesse : je suis contre la peine de mort ; et si on tuait mon enfant ? alors je serais comme tout le monde : je deviendrais fou ; c'est bien pourquoi il faut supprimer la peine de mort. Tel qu'il est con&#231;u, tel qu'il est per&#231;u, le syst&#232;me judiciaire ne peut en aucune mani&#232;re apporter une solution.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et le probl&#232;me est que, du fait qu'il existe des recours p&#233;naux, on dirige les familles, d&#233;j&#224; tellement &#233;prouv&#233;es, vers des fausses pistes dont j'ai bien peur qu'elles ne retirent qu'un surcro&#238;t de souffrance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dire qu'il y a un recours p&#233;nal, c'est dire que les choses ne peuvent se parler qu'avec les mots du crime et de la faute. Il y a des coupables.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas s'il y a eu des fautes dans l'affaire de l'hormone de croissance. Il para&#238;t que les pr&#233;leveurs n'&#233;taient pas tr&#232;s regardants. Soit. Mais on leur reproche notamment d'avoir pr&#233;lev&#233; des hypophyses sur des malades mentaux et des sujets &#226;g&#233;s. On ne m'a pas montr&#233; les statistiques &#233;tablissant que la maladie de Creutzfeldt-Jakob est significativement plus fr&#233;quente chez les malades mentaux d&#233;c&#233;d&#233;s en institution, et je n'ai entendu aucun g&#233;riatre (m&#234;me pas moi) se choquer de voir m&#233;langer maladie mentale, Alzheimer et Creutzfeldt-Jakob. Par contre je vois bien les implications symboliques d'une telle assimilation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a dans cette r&#233;action quelque chose qui d&#233;pend de nous : certes la douleur pousse &#224; dire n'importe quoi, mais ce n'importe quoi advient plus facilement quand l'information n'a pas &#233;t&#233; transparente. Mais il y a quelque chose qui ne d&#233;pend pas de nous, et c'est pr&#233;cis&#233;ment cette douleur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je le redis : je reste avec la crainte que cette p&#233;nalisation syst&#233;matique ne soit la pire chose qu'on puisse faire pour ces familles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On sait que le deuil est un processus complexe, et que dans le deuil normal il y a toujours une p&#233;riode de culpabilit&#233; et de r&#233;volte. Reprenons bri&#232;vement les d&#233;couvertes de K&#252;bler-Ross qui, si elles ne parlent pas exactement du deuil sont ici parfaitement transposables. Quand on m'annonce une mauvaise nouvelle, ma premi&#232;re r&#233;action est de ne pas y croire. C'est ensuite que je me mets &#224; cheminer vers l'acceptation, et la culpabilit&#233;/r&#233;volte est un premier pas : quand je dis que mon proche est mort et que c'est ma faute, ou la faute au m&#233;decin, je dis du m&#234;me coup que j'ai admis le fait que mon proche est mort ; mais j'att&#233;nue cette d&#233;couverte en disant que cette mort aurait tr&#232;s bien pu ne pas se produire. Ce qui m'est le plus difficile en effet, c'est en premier lieu sans doute de constater que mon amour pour l'autre n'est pas tout-puissant, et aussi, m&#234;me si c'est &#224; voix plus basse, d'admettre que mon proche est mort parce qu'il est mort, que la mort est in&#233;luctable, et notamment que la mienne l'est tout autans. &#192; telle enseigne que je pr&#233;f&#232;re m'en sentir coupable plut&#244;t que d'accepter qu'il n'y ait pas de coupable. La mauvaise nouvelle est totalement int&#233;gr&#233;e quand j'ai accept&#233; qu'elle soit et qu'elle ne pouvait pas ne pas &#234;tre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du coup, si la culpabilit&#233;/r&#233;volte est un &#233;l&#233;ment in&#233;vitable du deuil, si m&#234;me on peut dire que c'est un &#233;v&#233;nement moteur, et quelque part b&#233;n&#233;fique, c'est &#224; condition qu'on ne s'y attarde pas d&#233;mesur&#233;ment. Je ne suis pas s&#251;r que les proc&#233;dures p&#233;nales soient propices &#224; cette &#233;volution, surtout qu'elles vont se terminer soit par un non-lieu, ce qui a toute chance d'aboutir &#224; un deuil interminable, soit par une confirmation (pas si souvent que cela l&#233;gitime) de la culpabilit&#233; d'un tiers, ce qui a toute chance d'aboutir &#224; un non-d&#233;passement de cette r&#233;volte. En somme, quand les avocats des parties civiles proclament &#224; la fin du proc&#232;s que les familles vont enfin pouvoir faire leur deuil, ou qu'&#224; l'inverse elles ne vont pas pouvoir le faire, ils ne se demandent pas si, au lieu d'&#234;tre la solution du deuil difficile, la proc&#233;dure n'en est pas la cause. Mais je ne demande qu'&#224; &#234;tre d&#233;tromp&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ajoutons que la plainte aboutit immanquablement &#224; une proc&#233;dure civile qui ouvre sur des dommages et int&#233;r&#234;ts. Il se peut que ce soit une bonne chose, mais je reste perplexe : lorsque mon fils est mort et qu'on m'a indemnis&#233;, il me reste &#224; vivre avec le souvenir d'un fils dont on m'a fix&#233; le prix ; et je crois qu'il serait utile d'&#233;tudier ce que les familles ainsi indemnis&#233;es font de leurs indemnisations, et comment elles vivent avec : je n'arrive pas &#224; imaginer ce que je ferais de cette indemnit&#233; (m&#234;me s'il est entendu qu'une bonne part sert &#224; payer les frais de proc&#233;dure). Ce qui ressort l&#224;, c'est qu'une civilisation qui n'a que l'argent comme r&#233;ponse &#224; la douleur (et quelle autre r&#233;ponse ?) n'a tout simplement pas de r&#233;ponse &#224; la douleur. Peut-&#234;tre conviendrait-il de se demander s'il peut y avoir une r&#233;ponse &#224; la douleur. En tout cas il faut surtout se demander ce qu'il en est de cette civilisation qui ne sait rien d'autre que monnayer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;LES JUGEMENTS H&#194;TIFS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La derni&#232;re remarque est que nous ne connaissons pas les faits. Nous n'y &#233;tions pas, nous ne savons pas tr&#232;s bien ce qui s'est pass&#233;. Moi en tout cas. Je n'&#233;tais pas &#224; l'h&#244;pital saint Vincent de Paul. Et je ne me souviens plus tr&#232;s bien de ce qui se disait au moment o&#249; on commen&#231;ait les traitements avec l'hormone de croissance. Le seul souvenir que j'aie c'est d'avoir &#233;t&#233;, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, menac&#233; par une famille d'une plainte parce que je n'avais m&#234;me pas &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de ce traitement &#224; propos d'un enfant (qui par ailleurs ne remplissait absolument pas les crit&#232;res d'&#233;ligibilit&#233;). Je dis cela pour rappeler qu'&#224; l'&#233;poque les traitements par hormone de croissance avaient fait l'objet d'une certaine m&#233;diatisation ; il y aurait lieu peut-&#234;tre de s'interroger sur elle, et de se demander ce qu'on manie quand on fait ainsi surgir des esp&#233;rances incontr&#244;l&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais que savait-on r&#233;ellement des dangers ? C'est bien difficile &#224; dire, surtout r&#233;trospectivement. Il est assez facile de pr&#233;dire le pass&#233; ; mais&#8230; on lit &#231;&#224; et l&#224; que le Pr Montagnier avait pr&#233;venu d&#232;s 1980, et on lui fait totalement confiance sur ce point ; mais cela ne g&#234;ne personne de douter de lui quand il dit le contraire le jour de son audition au proc&#232;s. Et de toute mani&#232;re les choses sont bien plus compliqu&#233;es : on montrerait facilement que les craintes des pessimistes se r&#233;alisent assez rarement, et que s'il avait fallu tenir compte de tous les dangers qu'on nous a signal&#233;s sur tout on aurait &#233;vit&#233; des catastrophes mais serait surtout pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; d'immenses progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'on en juge : imaginez-vous en 1795, avec les connaissances scientifiques de l'&#233;poque, mais avec simplement une loi Huriet [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb5-1&quot; name=&quot;nh5-1&quot; id=&quot;nh5-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Il s&amp;#39;agit de la loi qui r&#233;glemente les essais th&#233;rapeutiques, (...)' &gt;1&lt;/a&gt;], un comit&#233; consultatif national d'&#233;thique, une IGAS [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb5-2&quot; name=&quot;nh5-2&quot; id=&quot;nh5-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Inspection G&#233;n&#233;rale des Affaires Sociales.' &gt;2&lt;/a&gt;] et un juge d'instruction. Comment argumentez-vous un projet consistant &#224; inoculer un virus &#224; des sujets bien portants pour les pr&#233;munir contre une hypoth&#233;tique autre maladie virale ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne crois pas une seconde qu'il se trouverait de nos jours une seule autorit&#233; pour accepter la mise sur le march&#233; du vaccin antivariolique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais peu importe : ce que je voulais dire, c'est que nous ne connaissons pas les dossiers. Pas assez pour en parler. Et pourtant nous en parlons. Et nous nous indignons. Nous jugeons. Quelle est la fonction de cette posture ? Ce serait &#224; explorer. Je persiste &#224; penser qu'elle a notamment pour r&#233;sultat de nous mettre en sc&#232;ne comme des professionnels diff&#233;rents, qu'on ne peut suspecter des m&#234;mes travers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rappelons ce qui s'est pass&#233; lors de l'&#233;pisode de l'&#233;mission &#171; Les infiltr&#233;s &#187; sur les maisons de retraite. Sur une liste de discussion &#224; laquelle je suis abonn&#233;, beaucoup se sont r&#233;volt&#233;s contre les responsables de l'&#233;tablissement. Or il s'est trouv&#233; que, cet &#233;tablissement, je le connaissais, et que ces responsables je les connaissais ; j'&#233;tais bien le seul. Et j'ai essay&#233; de faire valoir que, peut-&#234;tre, les choses n'&#233;taient pas si simples. Peine perdue. Il a fallu une bonne dizaine de jours avant que, tout doucement, on arrive &#224; l'&#233;vidence qu'il aurait fallu, avant de se scandaliser, regarder l'&#233;tat du march&#233; de l'emploi chez les professionnels de sant&#233; &#224; la Fert&#233;-sous-Jouarre. J'ai travaill&#233; dix ans dans un h&#244;pital du fin fond du Loiret, j'ai quelques souvenirs de ce genre de difficult&#233;. Cette indignation faisait &#233;cho &#224; celle de la petite L&#233;tard, qui a d'embl&#233;e proclam&#233; qu'elle allait porter plainte [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb5-3&quot; name=&quot;nh5-3&quot; id=&quot;nh5-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] au fait, o&#249; en est-on ?' &gt;3&lt;/a&gt;], montrant par l&#224; m&#234;me qu'elle d&#233;couvrait l'existence de telles situations ; terrible aveu d'incomp&#233;tence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette posture fait irr&#233;sistiblement penser &#224; la notion de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bientraitance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fois qu'on a mis en place le concept de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;maltraitance&lt;/i&gt;, il est pratiquement impossible de positionner un autre concept nomm&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bientraitance&lt;/i&gt; autrement que comme son oppos&#233;, et toutes les protestations et mises au point sont inop&#233;rantes ; il y a les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;maltraitants&lt;/i&gt; et les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bientraitants&lt;/i&gt;. Comment s'&#233;tonner alors que ceux qui manient ces concepts, et qui se per&#231;oivent (avec de solides motifs, l&#224; n'est pas la question) comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bientraitants&lt;/i&gt; ou tout au moins &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mieuxtraitants&lt;/i&gt; que d'autres, apparaissent comme des convertis, comment &#233;chapper &#224; ces (ridicules par ailleurs) accusations de secte ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toujours est-il que, tr&#232;s imprudemment &#224; mon sens, nous jugeons ; je dis bien &#171; nous &#187;, car je connais ma propension &#224; me conduire moi aussi de cette mani&#232;re. Et qu'il serait utile de s'interroger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;MAUDIRE LE HASARD :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qu'il y a de commun entre tous ces &#233;l&#233;ments, c'est qu'ils soulignent la tendance manich&#233;enne inscrite au c&#339;ur de l'humain. Tous nous avons besoin de s&#233;parer le bon grain de l'ivraie, et de couper le monde entre bons et m&#233;chants (oh, je sais qu'il y a des nuances), &#224; discerner le bien et le mal. Probl&#233;matique connaturelle &#224; l'humain : car le bien et le mal n'existent pas dans la nature, o&#249; rien n'advient parce que c'est bien ou mal. On peut m&#234;me dire que la pens&#233;e scientifique na&#238;t &#224; partir du moment o&#249; on admet que les ph&#233;nom&#232;nes ont des m&#233;canismes, des origines, mais pas des causes. C'est la religion qui introduit le bien et le mal (&#224; moins que ce ne soit l'inverse, mais passons). La seule causalit&#233; du monde, c'est le hasard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a l'homme, et l'homme est l'animal qui sait. Penser, agir, c'est lutter contre le hasard, c'est discerner le bien et le mal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notons pour finir qu'il y a deux grandes mani&#232;res d'envisager le bien et le mal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a la mani&#232;re d&#233;ontologique, celle qui va, pour le dire d'un mot, de Platon &#224; Kant, pour qui il y a un bien en soi, et un mal en soi. Est bien ce qui est conforme aux principes que l'homme peut d&#233;terminer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il y a la mani&#232;re t&#233;l&#233;ologique, celle de Hobbes et Locke, pour qui est bien ce qui est bien pour l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et la difficult&#233; dont nous ne nous sortons pas depuis deux si&#232;cles est que ces deux conceptions s'opposent alors qu'elles sont aussi indispensables l'une que l'autre. Et que chacune aboutit presque in&#233;luctablement &#224; des d&#233;rives majeures : c'est en poussant jusqu'&#224; ses ultimes cons&#233;quences la croyance en un bien en soi qu'on invente le totalitarisme ; c'est en poussant jusqu'&#224; ses ultimes cons&#233;quences la croyance en l'homme comme mesure de toute chose qu'on invente le reaganisme. Et nous n'avons su jusqu'ici ni fixer les limites de ces deux voies, ni choisir entre les deux, encore moins en trouver une troisi&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il serait plus prudent, et sans doute plus humain, de se souvenir que si tout l'effort du savoir, de la science, de la culture, de la civilisation, est de lutter contre le hasard, si &#234;tre humain c'est r&#233;duire le hasard, nous n'avons pas, nous n'aurons jamais les moyens de l'annuler, et qu'au reste si nous y parvenions je gage que nous se serions pas &#224; l'aise tr&#232;s longtemps dans le monde que nous aurions ainsi cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh5-1&quot; name=&quot;nb5-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Il s'agit de la loi qui r&#233;glemente les essais th&#233;rapeutiques, &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005616269&amp;dateTexte=20090118&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;voir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh5-2&quot; name=&quot;nb5-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Inspection G&#233;n&#233;rale des Affaires Sociales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh5-3&quot; name=&quot;nb5-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] au fait, o&#249; en est-on ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Le collectif &quot;plus digne la vie&quot;</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article88</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article88</guid>
		<dc:date>2009-01-17T06:46:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4">Euthanasie</category>


		<description>Le collectif &quot;Plus digne la vie&quot; propose une p&#233;tition pour r&#233;affirmer l'absolue dignit&#233; de l'homme jusqu'&#224; la fin de sa vie. &lt;br /&gt;Ce collectif est cr&#233;&#233; &#224; l'initiative notamment de l'espace &#233;thique de l'Assistance Publique des H&#244;pitaux de Paris. &lt;br /&gt;A titre personnel je soutiens cette action sans aucune r&#233;serve. &lt;br /&gt;http://www.plusdignelavie.com/


-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Euthanasie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le collectif &quot;Plus digne la vie&quot; propose une p&#233;tition pour r&#233;affirmer l'absolue dignit&#233; de l'homme jusqu'&#224; la fin de sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce collectif est cr&#233;&#233; &#224; l'initiative notamment de l'espace &#233;thique de l'Assistance Publique des H&#244;pitaux de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A titre personnel je soutiens cette action sans aucune r&#233;serve.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.plusdignelavie.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;http://www.plusdignelavie.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>La &quot;r&#232;gle du double effet&quot;</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article87</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article87</guid>
		<dc:date>2009-01-12T20:21:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6">Ethique</category>


		<description>Ce texte ne vise absolument pas &#224; donner une description compl&#232;te de la r&#232;gle du double effet : le concept est trop riche pour &#234;tre pr&#233;sent&#233; en si peu de mots. Il s'agit simplement de dire de quoi, grossi&#232;rement, il s'agit.

-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#232;gle du double effet est l'un des points sensibles du d&#233;bat sur l'euthanasie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De plus en plus on voit appara&#238;tre dans le processus de prise de d&#233;cision m&#233;dicale la notion de &quot;discussion b&#233;n&#233;fice/risque&quot;. Les m&#233;decins sont en effet amen&#233;s de mani&#232;re non rare &#224; adopter des strat&#233;gies risqu&#233;es. Et il existe une r&#232;gle qui impose de proportionner le risque pris au b&#233;n&#233;fice escompt&#233; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb7-1&quot; name=&quot;nh7-1&quot; id=&quot;nh7-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Les tribunaux font la m&#234;me chose quand ils examinent une affaire de (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. Mais comment se pose la question du rapport b&#233;n&#233;fice/risque chez le sujet en fin de vie ? Comment &#233;viter de dire : &quot;Au point o&#249; en sont les choses, peu importe les risques&quot; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;QU'EST-CE QUE LA R&#200;GLE DU DOUBLE EFFET ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous les actes de soins ont des avantages et des inconv&#233;nients : il y a une efficacit&#233;, mais il y a des effets secondaires (ne serait-ce que le risque de surdosage). La raison en est simple : un m&#233;dicament est une substance qui modifie le fonctionnement actuel de l'organisme : c'est l&#233; d&#233;finition m&#234;me de l'efficacit&#233; ; il s'ensuit que le risque de d&#233;passer le but est toujours pr&#233;sent, et qu'il n'est jamais possible de calculer ce risque avec une telle pr&#233;cision qu'il deviendrait nul.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un traitement sans effets secondaires est un traitement sans effet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &quot;traitements l&#233;gers&quot; ne sont que l&#233;g&#232;rement efficaces.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le principe fondamental de l'activit&#233; m&#233;dicale est connu de tous :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Primum non nocere&lt;/i&gt;, d'abord ne pas nuire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On examine d'abord les dangers, puis seulement l'efficacit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais &#224; l'approche de la fin de vie ce raisonnement tend &#224; s'inverser, parce que le malade a moins &#224; perdre. Par contre le confort devient un &#233;l&#233;ment essentiel. Du coup on examine d'abord l'efficacit&#233;, puis seulement les dangers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est &#224; ce point que survient la r&#232;gle du double effet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nos actes de soins ont toujours deux effets : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Une efficacit&#233; : C'est l'effet bon.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Des inconv&#233;nients : C'est l'effet mauvais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#232;gle du double effet &#233;nonce qu'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en fin de vie&lt;/i&gt; on a le droit de prendre le risque, m&#234;me si ce risque est &#233;norme, de l'effet mauvais, si l'effet bon est indispensable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;UNE R&#200;GLE EXIGEANTE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'appuyer sur la r&#232;gle du double effet ne revient pas &#224; dire qu'au point o&#249; le malade en est le risque n'a pas d'importance. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me en fin de vie le risque a toujours une &#233;norme importance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#232;gle du double effet a une origine religieuse. Elle date du XIIIe si&#232;cle, et a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e par saint Thomas d'Aquin &#224; propos de la l&#233;gitime d&#233;fense. La probl&#233;matique est celle-ci :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 1.	Si un monast&#232;re est attaqu&#233; par des brigands, les moines n'ont pas le droit de se battre et doivent se laisser massacrer.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 2.	Mais si le monast&#232;re abrite des enfants qui s'y sont r&#233;fugi&#233;s, les moines doivent tout faire pour &#233;viter le massacre des enfants.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 3.	Mais cela fait courir le risque de tuer des brigands ; or toute vie est sacr&#233;e, celle des enfants comme celle des brigands. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 4.	Il y a donc un effet bon (sauver la vie des enfants), et un effet mauvais (menacer la vie des brigands).
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 5.	Les moines doivent donc sortir tout ce qui peut leur servir d'armes, et les pointer vers les brigands. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ils n'ont pas le droit d'attaquer les brigands&lt;/i&gt;, mais ils peuvent pointer leurs armes de telle sorte que si les brigands attaquent ils risquent de s'empaler dessus. Le risque est alors pris par les seuls brigands, qui peuvent s'y soustraire en renon&#231;ant &#224; attaquer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On voit ainsi ce qui fait l'essentiel : la r&#232;gle du double effet ne permet d'agir que moyennant un strict contr&#244;le du risque. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me quand le risque n'est pas contr&#244;lable, tout doit &#234;tre fait pour le contr&#244;ler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;QUATRE PRINCIPES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#232;gle du double effet est encadr&#233;e par quatre principes essentiels, et difficiles &#224; appliquer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut que la situation soit d&#233;sesp&#233;r&#233;e :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut que de toute mani&#232;re le malade soit en danger : ce qu'on va faire pr&#233;sente des risques, et on n'aurait pas le droit de le faire si le malade ne courait pas de toute mani&#232;re un risque.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Mais comment d&#233;finit-on une &#171; situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#187; ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Et &#224; l'inverse que fait-on dans le cas de Vincent Humbert, qui n'&#233;tait pas en danger de mort ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut que l'effet bon soit absolument n&#233;cessaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand le malade est dans un coma profond, les donn&#233;es scientifiques en notre possession imposent de consid&#233;rer que sa situation est la m&#234;me que celle du malade en anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale. Du coup on ne peut invoquer la r&#232;gle du double effet pour traiter ses sympt&#244;mes (mais on peut invoquer d'autres motifs) : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;il faut des raisons de penser que l'action est n&#233;cessaire&lt;/i&gt;. Et on ne peut se r&#233;fugier derri&#232;re une fausse (et peu courageuse) argumentation du type : &quot;on ne sait jamais&quot;. Car si on ne sait jamais, alors il n'y a plus de savoir possible, il n'y a plus de connaissance possible, il n'y a plus de soin possible, et on se demande pourquoi dans ces conditions on compte encore sur les m&#233;decins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut qu'il n'y ait pas d'autre solution :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La solution la moins risqu&#233;e doit toujours &#234;tre privil&#233;gi&#233;e. On sait par exemple que la morphine peut, et doit &#234;tre utilis&#233;e chez l'insuffisant respiratoire. La condition absolue est qu'on ait montr&#233; qu'elle &#233;tait absolument n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut tout faire pour &#233;viter l'effet mauvais :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Tout doit &#234;tre fait pour limiter le risque. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; M&#234;me si c'est tr&#232;s difficile, m&#234;me si c'est pratiquement impossible. C'est le cas, par exemple, d'une s&#233;dation pharmacologique d&#233;cid&#233;e chez un patient souffrant de scl&#233;rose lat&#233;rale amyotrophique : les s&#233;datifs vont rapidement aggraver l'&#233;tat respiratoire, et on sait parfaitement que si on en prescrit on va h&#226;ter la fin. il est cependant permis de le faire si l'&#233;quipe s'impose de surveiller la situation, de mani&#232;re &#224; travailler avec les doses strictement n&#233;cessaires et en veillant autant que possible &#224; pr&#233;server une ventilation efficace, la question &#233;tant seulement [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb7-2&quot; name=&quot;nh7-2&quot; id=&quot;nh7-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Si on ose dire.' &gt;2&lt;/a&gt;] de ne pas mettre en &#339;uvre des moyens d'acharnement th&#233;rapeutique.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En particulier l'effet bon ne doit pas &#234;tre la cons&#233;quence de l'effet mauvais : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;si le malade est soulag&#233; parce qu'il est mort, ce n'est plus la r&#232;gle du double effet, c'est l'euthanasie&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb7-3&quot; name=&quot;nh7-3&quot; id=&quot;nh7-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] On peut trouver un &#233;quivalent dans le droit de la guerre, qui tol&#232;re (...)' &gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;LA R&#200;GLE DU DOUBLE EFFET EST DIFFICILE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est la seule qui permette de r&#233;soudre les cas de conscience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh7-1&quot; name=&quot;nb7-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Les tribunaux font la m&#234;me chose quand ils examinent une affaire de &quot;l&#233;gitime d&#233;fense&quot; : chacun a le droit de se d&#233;fendre mais &#224; condition d'utiliser des moyens proportionn&#233;s &#224; l'agression dont on est victime&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh7-2&quot; name=&quot;nb7-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Si on ose dire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh7-3&quot; name=&quot;nb7-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] On peut trouver un &#233;quivalent dans le droit de la guerre, qui tol&#232;re les dommages collat&#233;raux mais pas les bombardements de terreur&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>L'ADMD et le ridicule</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article86</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article86</guid>
		<dc:date>2008-11-15T21:57:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4">Euthanasie</category>


		<description>Le Pr&#233;sident de l'ADMD, M. Jean-Luc Romero, vient de commenter, c'&#233;tait vendredi 14 novembre sur France-Inter, deux faits d'actualit&#233;. &lt;br /&gt;En Grande Bretagne, la jeune Hannah Jones refuse la greffe cardiaque qui lui est propos&#233;e (voir par exemple l'article du Figaro) &lt;br /&gt;En Italie la justice vient de d&#233;cider qu'Eluana Engaro, plong&#233;e dans un &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique, ne recevra plus d'alimentation artificielle (je prends le risque de renvoyer &#224; un article trouv&#233; sur le site &quot;libert&#233; politique.com&quot;, (...)


-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Euthanasie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Pr&#233;sident de l'ADMD, M. Jean-Luc Romero, vient de commenter, c'&#233;tait vendredi 14 novembre sur France-Inter, deux faits d'actualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En Grande Bretagne, la jeune Hannah Jones refuse la greffe cardiaque qui lui est propos&#233;e (voir par exemple l'article du &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/sante/2008/11/12/01004-20081112ARTFIG00522-a-ans-elle-obtient-de-ne-pas-etre-o&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Figaro&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En Italie la justice vient de d&#233;cider qu'Eluana Engaro, plong&#233;e dans un &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique, ne recevra plus d'alimentation artificielle (je prends le risque de renvoyer &#224; un article trouv&#233; sur le site &lt;a href=&quot;http://www.libertepolitique.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=4838&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&quot;libert&#233; politique.com&quot;&lt;/a&gt;, dont je ne partage pourtant pas le contenu).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et que dit M. Romero ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il admire ces deux pays qui progressent ainsi vers la reconnaissance de l'euthanasie. Et il se demande pourquoi la France &quot;Le pays des droits de l'Homme&quot;, a un tel retard dans ce domaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rien de moins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors reprenons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La petite Hannah Jones n'a pas demand&#233; &#224; &#234;tre euthanasi&#233;e, et personne n'a song&#233; &#224; poser le probl&#232;me ainsi. Il s'agit d'un refus de soins. Quelle est la situation en France ? Elle est que la question est tranch&#233;e depuis le 4 mars 2002 par la loi dite Kouchner qui dispose que le refus de soins d'un malade doit &#234;tre respect&#233;. Si un d&#233;bat comme celui sur Hannah Jones n'a pas lieu en France ce n'est pas parce que notre l&#233;gislation est en retard, c'est parce qu'elle est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en avance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Eluana Engaro, le probl&#232;me se pose de la m&#234;me mani&#232;re : Il ne s'agit en rien d'une euthanasie, mais d'un arr&#234;t de soins. En France on utiliserait pour trancher ce d&#233;bat les dispositions de la loi du 22 avril 2005, dite Loi L&#233;onetti, qui permet d'arr&#234;ter des soins devenus sans utilit&#233; [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb8-1&quot; name=&quot;nh8-1&quot; id=&quot;nh8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Il est admis que pour la loi L&#233;onetti l&amp;#39;alimentation artificielle (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. Si un d&#233;bat comme celui sur Eluana Engaro n'a pas lieu en France ce n'est pas parce que notre l&#233;gislation est en retard, c'est parce qu'elle est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en avance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On se demande pourquoi les tenants de l'ADMD s'acharnent dans une position aussi archa&#239;que, et qui ne tient aucun compte de la r&#233;alit&#233; : les deux nouvelles affaires dont elle entend se servir comme d'un &#233;tendard ne sont pas des affaires d'euthanasie, et la loi fran&#231;aise en donne la solution. Peut-&#234;tre leur est-il difficile de renoncer &#224; un combat qui est leur seule mani&#232;re d'exister ; peut-&#234;tre sont-ils encore trop submerg&#233;s par leur peur panique de la mort. Mais au fond ce pourquoi ne regarde qu'eux ; ce qui nous regarde serait de savoir ce qu'un discours aussi manifestement faux doit &#224; l'ignorance des r&#233;alit&#233;s &#233;l&#233;mentaires et ce qu'il doit &#224; la mauvaise foi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il y a bien pire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Consid&#233;rons le cas d'Hannah Jones. La position anglaise est strictement identique &#224; celle de la France : un malade qui ne veut pas &#234;tre soign&#233; ne doit pas l'&#234;tre. La question que m&#233;decins et juges anglais se sont pos&#233;e, et que les fran&#231;ais ne manqueraient pas de se poser de la m&#234;me mani&#232;re, est tout autre : elle est de savoir si un enfant de treize ans doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme apte &#224; prendre une d&#233;cision de cette nature.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car tout de m&#234;me la situation d'Hannah Jones est tout &#224; fait particuli&#232;re. Elle n'est pas en fin de vie, elle peut &#234;tre soign&#233;e, elle peut vivre, et vivre assez longtemps pour esp&#233;rer un progr&#232;s m&#233;dical d&#233;cisif pour elle. Mais il y a un prix &#224; payer, et elle ne veut pas le payer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ADMD visiblement n'a cure de ces questions. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Pas un mot sur la seule question qui fait d&#233;bat : Hannah Jones doit-elle &#234;tre autoris&#233;e &#224; d&#233;cider pour elle-m&#234;me, surtout dans une situation o&#249; le rapport b&#233;n&#233;fice/risque est loin d'&#234;tre nul ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Rappelons que l'ADMD soutient qu'elle demande simplement le droit de mettre fin &#224; une existence quand le malade se trouve &#224; la toute fin, qu'il n'y a plus d'espoir et que les souffrances sont intenables. Hannah Jones n'est pas &#224; la toute fin, il y a de l'espoir et ce ne sont pas des souffrances intenables qu'elle nous met en avant. Mais peu importe, sans doute, pour l'ADMD.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Consid&#233;rons maintenant le cas d'Eluana Engaro : il s'agit donc de savoir si on peut cesser tout soin &#224; un malade en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai dit que je prenais un risque en citant l'article de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libert&#233; politique .com&lt;/i&gt; C'est peu de le dire, car la position qui s'y exprime n'est absolument pas la mienne. En particulier je ne crois pas &#224; cette diff&#233;rence entre soin et traitement ; je ne vois pas pourquoi on serait moins libre des soins que des traitements ; et surtout si on doit choisir il ne fait pour moi aucun doute que l'alimentation par gastrostomie est un traitement. Bref, l'arr&#234;t de l'alimentation artificielle dans une situation de cet ordre ne d&#233;clenche en moi aucun &#233;tat d'&#226;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais pour autant, et m&#234;me si on per&#231;oit sans peine tout ce que la position &#233;nonc&#233;e dans cet article doit &#224; certains milieux qui, pour le coup, m&#233;riteraient presque les sarcasmes de l'ADMD, il demeure que le cas d'Eluana Engaro pose deux questions qu'on serait bien l&#233;ger d'&#233;luder :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Comment juge-t-on du confort de vie d'un malade en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif ? Quand il est dans le coma, on a des moyens assez fiables d'en juger la profondeur et les possibilit&#233;s de perception qui demeurent [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb8-2&quot; name=&quot;nh8-2&quot; id=&quot;nh8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Il est de bon ton de r&#233;torquer qu&amp;#39;on n&amp;#39;en sait rien ; mais (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] ; mais s'agissant des &#233;tats v&#233;g&#233;tatifs chroniques, c'est plus d&#233;licat, et si les religieuses qui, dans l'article de Libert&#233; politique.com d&#233;crivent leur vie avec la malade, ont de fortes chances de s'illusionner, on serait bien t&#233;m&#233;raire de l'affirmer. A tout le moins personne ne devrait s'arroger le droit de parler d'Eluana Engaro sans l'avoir examin&#233;e &#224; fond.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Quelles sont les limites du prendre soin ? J'ai dit que pour ma part, chaque fois que j'ai eu &#224; d&#233;cider en conscience qu'une alimentation artificielle devait &#234;tre arr&#234;t&#233;e, je l'ai fait. Mais lorsque je dis qu'il n'y a pas de diff&#233;rence entre un soin et un traitement, je sais fort bien que je r&#233;duis le probl&#232;me, et qu'en r&#233;alit&#233; il y en a une ; et qu'il y a une limite, m&#234;me floue, au-del&#224; de laquelle l'arr&#234;t de soins est un abandon du malade, et constitue ce que le Code P&#233;nal nomme un d&#233;laissement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, s'il y a lieu de prendre fermement position contre la th&#232;se sous-tendue par l'article, il n'en faut pas moins garder &#224; l'esprit que les questions qu'il pose sont de vraies questions. C'est pourquoi je l'ai choisi, c'est pourquoi il est utile de le lire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ces questions, l'ADMD ne se les pose visiblement pas. Pas plus qu'elle n'accorde la moindre importance &#224; un d&#233;tail, futile il est vrai. Quand elle plaide pour un droit &#224; l'euthanasie elle ne manque pas de pr&#233;ciser qu'il s'agit de faire droit aux demandes lucides et r&#233;it&#233;r&#233;es de malades qui n'en peuvent plus, qui sont au bout de leur vie et qui sont dans des souffrances abominables. Elle ne s'avise pas que, pr&#233;cis&#233;ment, Eluana Engaro n'est pas en fin de vie, qu'il n'y a pas de notion de souffrance abominable, et que surtout elle n'a rien demand&#233;.
Ce qui est en jeu, ce n'est pas la souffrance d'Eluana Engaro, c'est celle de son entourage, qui souffre comme je souffrirais moi-m&#234;me en pareille circonstance, qui demande ce que je demanderais en pareille circonstance, demande que j'accepterais [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb8-3&quot; name=&quot;nh8-3&quot; id=&quot;nh8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Rappelons-le : tout ceci &#224; supposer que le cas soit conforme &#224; ce (...)' &gt;3&lt;/a&gt;] si j'&#233;tais le m&#233;decin en charge de ce cas, comme la loi fran&#231;aise m'y autorise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est en 1920 que Karl Binding et Alfred Hoche ont voulu l&#233;gitimer &quot;la destruction d'une vie qui ne vaut pas la peine d'&#234;tre v&#233;cue&quot;. Binding et Hoche agissaient avec les meilleures intentions du monde ; on sait comment et par qui leurs th&#233;ories ont connu le succ&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; o&#249; en est l'ADMD. J'avais parl&#233; dans le titre de cet article de ridicule, le mot semble bien faible : au vrai, on peut difficilement tomber plus bas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh8-1&quot; name=&quot;nb8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Il est admis que pour la loi L&#233;onetti l'alimentation artificielle est un traitement. J'ai &#233;crit ailleurs qu'&#224; mon sens la loi L&#233;onetti n'est pas assez claire sur la question de l'alimentation artificielle, mais laissons cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh8-2&quot; name=&quot;nb8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Il est de bon ton de r&#233;torquer qu'on n'en sait rien ; mais c'est faux : on le sait assez bien, car les situations et les techniques sont similaires &#224; celles qu'on utilise en anesth&#233;sie, et on ne sache pas que ceux qui doutent ainsi doutent de ce qu'ils ont v&#233;cu eux-m&#234;mes pendant leur propre anesth&#233;sie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh8-3&quot; name=&quot;nb8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Rappelons-le : tout ceci &#224; supposer que le cas soit conforme &#224; ce qu'on nous annonce.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>La souffrance en fin de vie</title>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article85</link>
		<guid isPermaLink="true">http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article85</guid>
		<dc:date>2008-11-06T21:09:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>

<category domain="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique2">Soins palliatifs</category>


		<description>Peut-on &#233;valuer la souffrance du malade en fin de vie ? Une r&#233;ponse &#224; une question pos&#233;e sur le forum.

-
&lt;a href="http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Soins palliatifs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bonjour. Je ne suis pas une professionnelle mais une proche d'une personne en institution J'ai h&#233;las vu un certain nombre de personnes ce que j'appellerai &quot; agoniser&quot; pendant une dizaine de jours voire plus. En dehors de la question &#233;thique, je me demande d'un point de vue strictement m&#233;dical quels sont les effets positifs et n&#233;gatifs de l'arr&#234;t en fin de vie de l'alimentation artificielle et de l'hydratation. Vous avez dans un de vos articles parl&#233; du r&#226;le du mourant. Cela donne l'impression que la personne souffre. Merci, si vous pouviez m'&#233;clairer un peu sur ces questions, j'en conviens, fort d&#233;licates et sans doute tr&#232;s complexes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce message re&#231;u sur le forum pose magnifiquement l'un des probl&#232;mes les plus difficiles de la prise en charge des malades en fin de vie. Au point que j'ai beaucoup recul&#233; le moment d'y r&#233;pondre et qu'il me semble utile d'y consacrer un article entier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du point de vue purement scientifique, la question est, si on ose dire, assez simple ; ou du moins elle se laisse r&#233;duire &#224; des &#233;l&#233;ments qui peuvent &#234;tre travaill&#233;s s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parlons tout d'abord de l'alimentation ; nous le ferons d'ailleurs assez bri&#232;vement car plusieurs articles de ce site ont d&#233;j&#224; abord&#233; ce th&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Remarquons &#224; ce sujet que ce site, pr&#233;cis&#233;ment, est consacr&#233; tout &#224; la fois aux soins palliatifs et &#224; la g&#233;riatrie, ce qui peut poser question au lecteur : dans quelle mesure peut-on ainsi passer de l'un &#224; l'autre, utiliser pour l'une des probl&#233;matiques les donn&#233;es relatives &#224; l'autre ? Disons simplement que, sans pour autant m&#233;conna&#238;tre le risque d'une position trop simpliste, les points communs sont aussi nombreux que les questions communes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'alimentation en fin de vie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est incontestable que la d&#233;nutrition est dommageable en fin de vie, car elle aggrave la d&#233;gradation de l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral. Cela entra&#238;ne notamment deux cons&#233;quences tr&#232;s importantes : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le malade est expos&#233; &#224; des complications comme les escarres et les infections qui sont d'importantes sources de douleur et de souffrance.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Tout simplement la fatigue s'en trouve aggrav&#233;e ; or la fatigue entra&#238;ne une perte d'autonomie qui, m&#234;me en toute fin de vie, est cause d'une grande souffrance : les &#233;quipes de soins palliatifs sont toujours tr&#232;s attentives &#224; la prise en charge de la fatigue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il serait donc tr&#232;s fautif de prendre &#224; la l&#233;g&#232;re la question de la d&#233;nutrition. Mais une fois qu'on a dit cela, que faire ? Et l'on voit tr&#232;s rapidement que les moyens disponibles pour lutter contre la d&#233;nutrition sont tr&#232;s limit&#233;s : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Il est hors de question d'utiliser des techniques d'alimentation artificielle qui seraient elles-m&#234;mes sources de souffrance : c'est le cas de la sonde gastrique (encore faut-il que ce soit le malade qui en d&#233;cide, du moins quand il le peut). &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; On ne peut gu&#232;re utilise des techniques qui limiteraient son autonomie (alors que le but affich&#233; est de la pr&#233;server). &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Les m&#233;thodes d'alimentation artificielle sont elles-m&#234;mes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;source de dangers importants&lt;/i&gt;, surtout sur des organismes tr&#232;s fatigu&#233;s.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Dans le m&#233;canisme de la d&#233;nutrition il y a certes la diminution des apports, mais il y a surtout un grand nombre de raisons pour que l'organisme surconsomme des calories ; et contre cette surconsommation il y a bien peu d'armes. [&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nb9-1&quot; name=&quot;nh9-1&quot; id=&quot;nh9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Par contre l&amp;#39;argument &#171; Si vous le nourrissez vous allez nourrir (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Mais surtout, et l&#224; aussi pour de multiples raisons dont le d&#233;tail importe peu ici, le malade en fin de vie le plus souvent n'a pas faim&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et cela nous introduit au c&#339;ur de notre probl&#232;me. Car on entend souvent la famille dire : &#171; Mais si on ne le nourrit pas il va mourir de faim &#187; ; or cela demande &#224; &#234;tre traduit. Qu'entend-on par l&#224; ? Mourir de faim est une souffrance quand on a faim. Mais nous venons de voir que ces malades n'ont pas faim. Bien souvent ils disent m&#234;me que la principale source d'inconfort pour eux est l'inqui&#233;tude de leurs proches, et les efforts qu'il faut consentir pour leur faire plaisir. Il faut donc maintenir que le malade ne va pas mourir de faim. Il va mourir de d&#233;nutrition, certes, et c'est grave, et c'est &#224; consid&#233;rer. Mais alors tout le probl&#232;me se pose en termes de rapport b&#233;n&#233;fice/risque : Peut-on raisonnablement esp&#233;rer qu'une strat&#233;gie de lutte contre la d&#233;nutrition sera efficace ? Si oui, quels en seront les inconforts, et de quel c&#244;t&#233; la balance penche-t-elle ? les professionnels savent, plus ou moins bien, conduire ce genre de calculs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'hydratation en fin de vie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question se pose dans les m&#234;mes termes : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Il est maintenant bien &#233;tabli qu'en fin de vie une l&#233;g&#232;re d&#233;shydratation est plut&#244;t une source de confort.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; La sensation de soif d&#233;pend largement de l'&#233;tat de la bouche, et une bonne humidification de la muqueuse buccale suffit &#224; l'apaiser.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Surtout, dans la quasi-totalit&#233; des cas le malade en fin de vie n'a tout simplement pas soif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces conditions la terreur de voir le malade mourir de soif n'a pas plus de sens que celle de le voir mourir de faim, et la lutte contre la d&#233;shydratation ne saurait se mener que dans d'&#233;troites limites.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La vraie question :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il serait donc facile de r&#233;pondre &#224; notre interlocutrice en &#233;non&#231;ant ainsi la position qui fait consensus, aussi bien dans le mode de la g&#233;riatrie que dans celui des soins palliatifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais quand on aurait fait cela, qu'aurait-on obtenu ? Aurait-on r&#233;pondu &#224; sa vraie question ? Il est permis d'en douter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reprenons l'une de ses phrases : &#171; Vous avez dans un de vos articles parl&#233; du r&#226;le du mourant. Cela donne l'impression que la personne souffre. &#187;. Quiconque a assist&#233; &#224; un r&#226;le agonique sait pour le reste de ses jours de quoi il s'agit : c'est un bruit laryng&#233;, parfois tr&#232;s intense, qui donne l'impression que le malade lutte pour respirer, qu'il s'&#233;touffe, qu'il se noie dans ses s&#233;cr&#233;tions ; et c'est un bruit insupportable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or ce que nous savons sur le r&#226;le agonique, c'est qu'il suffit de tr&#232;s peu de s&#233;cr&#233;tions pour le provoquer ; le malade n'est pas du tout en train de se noyer ; nous savons aussi que la condition pour que le r&#226;le se produise est que le r&#233;flexe de toux ait disparu, ce qui est la marque d'un coma profond, dans lequel il est exclu que le malade ressente quelque chose. Il s'ensuit que le malade en r&#226;le agonique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'a besoin de rien&lt;/i&gt;, et notamment pas qu'on lutte contre le r&#226;le.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le probl&#232;me est que de tels propos ne sont tout simplement pas entendables par l'entourage. L'entourage est en proie &#224; sa propre souffrance, il est fragilis&#233; par ce qu'il est en train de vivre. Par ailleurs sa d&#233;tresse, mais aussi son impuissance, le poussent &#224; vouloir que tout soit fait pour &#233;viter au mourant le plus petit risque d'inconfort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et c'est l&#224; que les choses deviennent impossibles &#224; g&#233;rer. Car le professionnel a parfaitement raison de dire que le malade ne souffre pas et n'a besoin de rien ; mais son propos est tenu dans un registre scientifique, et ses interlocuteurs ne sont tout simplement pas en &#233;tat de l'entendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est d'ailleurs une chose somme toute assez commune : contrairement &#224; ce qu'on pense, la primaut&#233; du discours scientifique ne va pas de soi ; cette primaut&#233; repose sur une croyance qui, en soi, n'a pas plus de valeur que la croyance dans la magie ou la religion : tout a plus doit-on constater que les faits lui donnent souvent raison, et que les ordinateurs sont g&#233;n&#233;ralement mieux construits par les ing&#233;nieurs que par les sorciers. Et lorsque les choses en sont arriv&#233;es &#224; la mort, qui est tout de m&#234;me ce que le monde conna&#238;t de plus irrationnel, il ne faut pas s'&#233;tonner que la pertinence du discours scientifique soit plus volontiers contest&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi dans ces moments de grande d&#233;tresse la parole scientifique du m&#233;decin est tout simplement inadapt&#233;e et inentendable. Le pire est qu'elle n'en est pas moins indispensable : car la famille ne va pas manquer de demander qu'on agisse pour soulager le malade de cette souffrance imaginaire ; or, outre qu'il est en soi &#233;thiquement inacceptable d'administrer &#224; un malade qui n'en a pas besoin un traitement qui vise en r&#233;alit&#233; &#224; soulager la souffrance de tiers, cette strat&#233;gie serait encore plus inacceptable si le soin pr&#233;conis&#233; (aspiration pharyng&#233;e par exemple) &#233;tait, en plus, douloureux ou p&#233;nible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici se joue incontestablement ce qui est le plus difficile en mati&#232;re de prise en charge de la fin de vie. Et ce plus difficile est pratiquement insondable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car, on l'a d&#233;j&#224; expliqu&#233; ici, il se passe deux choses dans la mort. Il y a un malade qui perd la vie, mais il y a un entourage qui perd un malade. Et ces deux choses n'ont rien en commun, si ce n'est qu'elles se produisent simultan&#233;ment : c'est pourquoi la mort de l'autre ne m'apprendra jamais rien sur la mort de moi. Mais du coup se pose une question : de qui doit-on s'occuper dans le mourir ? On doit s'occuper du malade, bien entendu. Mais on doit aussi s'occuper de l'entourage, et ce d'autant plus, si on peut dire, que le malade, lui, n'aura pas de deuil &#224; affronter, il n'aura pas &#224; survivre &#224; l'&#233;v&#233;nement. On doit enfin consid&#233;rer que ce qui se passe advient &#224; une entit&#233; nomm&#233;e famille, qui a son fonctionnement propre, et qui vit comme un organisme &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ceci, les psychologues le connaissent bien. Mais outre que le point de vue psychologique est loin de suffire, les choses se compliquent &#233;norm&#233;ment du fait que les int&#233;r&#234;ts et les points de vue des principaux protagonistes ne sont que tr&#232;s partiellement concordants (on le voit tous les jours quand on consid&#232;re la question de l'euthanasie).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci se manifeste de mani&#232;re &#233;clatante dans l'approche du ph&#233;nom&#232;ne de la souffrance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car je ne connais de la souffrance de l'autre que ce qu'il m'en donne &#224; voir. L'&#233;valuation de la souffrance est par nature subjective. Que je vois celui que j'aime et que je juge qu'il souffre, la souffrance que je lui suppose vient r&#233;sonner avec la mienne, ce qui aboutit &#224; me faire perdre tout rep&#232;re. Il est difficile dans ces conditions de faire la part des choses, et on peut m&#234;me se demander si un tel projet aurait un sens. Les soignants eux-m&#234;mes s'y laissent volontiers prendre, et on ne compte plus les professionnels qui s'affolent de manifestations dont le malade, en coma largement d&#233;pass&#233;, n'a que faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais que dire ? Face &#224; cette vision compl&#232;tement subjective, la tentation est grande (mais aussi il est n&#233;cessaire) de r&#233;fl&#233;chir, de raisonner, et d'analyser la situation avec les ressources de la science. Le probl&#232;me est que cela revient vite &#224; opposer discours scientifique et ressenti affectif, et &#224; se trouver emprisonn&#233;, parole contre parole, les deux parties pr&#233;tendant pr&#233;server &#171; les int&#233;r&#234;ts du malade &#187;. Le moins grave est que le m&#233;decin, dont la cr&#233;dibilit&#233; ne peut manquer de se trouver contest&#233;e, se voie suspecter de s&#233;cheresse de c&#339;ur. Plus grave est le risque de survenue de v&#233;ritables conflits, que les professionnels on bien souvent tendance &#224; &#233;luder en allant dans le sens du ressenti de l'entourage ; il faut certes aller dans le sens de l'entourage, mais pas jusqu'au point o&#249; la loyaut&#233; due au malade risque de n'y pas trouver son compte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Finalement on en vient m&#234;me &#224; soup&#231;onner que les r&#244;les pourraient se trouver fort bien distribu&#233;s ainsi. Dans cette c&#233;r&#233;monie que reste la mort, peut-&#234;tre faut-il que les professionnels tiennent le discours objectif, laissant aux proches le discours subjectif, et assumant par la m&#234;me un r&#244;le, au moins partiel, de repoussoir. Beaucoup de professionnels des soins palliatifs tirent fiert&#233; et r&#233;confort des excellentes relations qu'ils entretiennent avec les familles. C'est probablement en effet un crit&#232;re de qualit&#233; de la prise en charge ; il se peut toutefois que le crit&#232;re ne soit pas aussi absolu qu'on le pense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://michel.cavey-lemoine.net/#nh9-1&quot; name=&quot;nb9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Par contre l'argument &#171; Si vous le nourrissez vous allez nourrir le cancer &#187; n'est pas tr&#232;s s&#233;rieux : c'est l'argument de la &quot;terre br&#251;l&#233;e&quot;. Certes le cancer a besoin de calories pour cro&#238;tre, mais le syst&#232;me immunitaire, qui lutte contre le cancer, en a besoin tout autant. A ce compte, autant remarquer que le cancer a besoin d'oxyg&#232;ne et emp&#234;cher le malade de respirer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>





</channel>

</rss>
