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Que faire quand on est inquiet ?

Une petite fiche technique à destination des équipes soignantes

dimanche 8 mars 2009 par Michel

Il arrive assez souvent qu’un sujet âgé en hôpital ou en institution se mette à ne pas aller bien.

L’observation courante montre que les professionnels ont tendance à sous-estimer l’importance des informations qu’on leur donne, et que cette sous-estimation suit la voie hiérarchique : quand l’aide-soignante s’inquiète elle en parle à l’infirmière dont la réaction est fréquemment de considérer que l’aide-soignante s’inquiète pour rien ; et quand l’infirmière alerte le médecin, celui-ci a une forte tendance à penser qu’elle s’affole. Peu importe ici les raisons de cette sous-estimation [1] ; le résultat est que l’alerte est souvent prise en compte avec retard.

Or s’il est une donnée capitale, c’est que la prise en soins de la personne âgée ne souffre aucun retard : de nombreuses situations sont aisément réversibles si on les prend comme des urgences, et aboutissent à des catastrophes si on ne le fait pas. Retenons deux principes de base des soins gériatriques :
- La personne âgée a besoin qu’on se batte pour elle comme on le ferait pour une personne jeune ; la seule différence est qu’on se bat moins longtemps.
- Chez une personne âgée (comme chez l’enfant après tout) il n’y a pas d’autre solution que de considérer toutes les situations comme des urgences. Neuf fois sur dix c’est faux ; mais on se bat pour la dixième.

Dans certaines circonstances il existe des symptômes particuliers qui orientent tout de suite le raisonnement. Ou qui devraient l’orienter : un grand piège est que chez le sujet âgé les symptômes sont souvent discrets, ou peu évocateurs ; d’où l’erreur fréquemment commise de se rassurer à bon compte, alors qu’il n’y a aucun rapport entre l’intensité des symptômes et la gravité de la situation.

Mais il y a un grand nombre de cas où le soignant qui s’inquiète ne sait pas dire exactement ce qui l’inquiète. Compte tenu de ce que nous venons d’écrire, la seule manière de procéder en sécurité est d’ajouter un troisième principe :
- C’est le soignant qui s’inquiète qui a raison, et ce jusqu’à preuve du contraire.

Mais naturellement il est très fréquent que, quand l’alerte est donnée, il n’y ait pas de médecin sur place. Que doit faire alors l’infirmière ?

LA PROCEDURE D’INQUIETUDE

Une proposition est de standardiser la réaction des équipes en mettant en place, sous forme d’une fiche réflexe, une procédure à appliquer systématiquement dès qu’une alerte est donnée dans l’équipe, et ce quelle que soit la raison de cette alerte.

l °) : TÉLÉPHONER AU MÉDECIN.

Il ne peut être question de se contenter de demi-mesures, car de deux choses l’une : ou on s’inquiète pour rien, et la procédure sera simplement mise en place pour rien, ou on s’inquiète pour quelque chose et c’est une urgence.

L’exemple de réaction absurde est l’utilisation de l’oxygène. La scène se passe au matin, à l’arrivée du médecin ; on lu rapporte qu’un malade s’est mis à respirer mal, l’équipe de nuit a mis de l’oxygène, et les choses sont rentrées dans l’ordre.

Certes l’équipe a bien fait de mettre de l’oxygène.

Mais de deux choses l’une : ou elle s’est trompée, et elle a simplement mis de l’oxygène pour rien ; ou elle ne s’est pas trompée et alors ce malade était en grand danger. Et en se contentant à administrer de l’oxygène, on a perdu de précieuses heures, car quel était le danger ?
- Une embolie pulmonaire ?
- Un infarctus ?
- Une pneumopathie ?
- Une défaillance cardiaque ?

Si le malade respire mal, il faut que l’équipe de nuit mette de l’oxygène ; mais il est absurde de mettre de l’oxygène au malade si dans la minute qui suit on ne réveille pas le médecin.

De la même manière, si l’équipe s’inquiète la première chose à faire est d’alerter le médecin. Naturellement cela suppose un monde idéal où le médecin tient compte de l’alerte. Mais à la limite l’équipe aura au moins déchargé sa responsabilité.

2°) : RECHERCHER UNE DOULEUR.

Cet item se passe de commentaire : un malade qui s’agite, qui ne mange pas, qui se replie sur lui-même, surtout s’il est dément, est toujours suspect d’avoir mal. On sait combien cette recherche peut être difficile ; mais précisément on aura gagné un temps précieux en appliquant une des échelles disponibles, que ce soit le Doloplus ou l’ECPA, pour pouvoir
donner quelques indications au médecin.

3°) : PRENDRE LA TEMPÉRATURE.

Ici également il y a peu à dire, et en général les équipes y pensent. Rappelons que la prise de température rectale est devenue interdite.

4°) ; PRENDRE LA TA ET LE POULS.

Si la tension est souvent prise, le pouls est plus souvent oublié. Or cela permet de repérer trois situations au moins :
- Les accélérations, qui orientent notamment vers une douleur, une embolie pulmonaire, une décompensation cardiaque...
- Les ralentissements, qui peuvent orienter vers un trouble du rythme menaçant.
- Plus difficilement les passage en arythmie, qui sont souvent inconfortables pour le patient.

S’agissant de la tension, il faut se souvenir que ce n’est pas l’hypertension qui pose problème. Quand la tension monte elle ne donne pas de symptômes, à moins de dépasser 200 mmHg (et encore) ; par contre l’élévation tensionnelle est souvent le reflet d’autre chose, par exemple d’une douleur. [2]. Non : ce que l’on cherche, c’est surtout l’hypotension artérielle, qu’elle soit liée à une déshydratation ou à un problème cardiologique.

5°) : FAIRE UNE GLYCÉMIE CAPILLAIRE.

On doit se souvenir ici que ce ne sont pas les élévations de la glycémie que l’on recherche : elles se produisent dans un contexte totalement différent, et il est absurde d’attribuer des symptômes à une glycémie qui reste au-dessous de 4 g. Tout comme pour la prise de tension, ce qu’on cherche c’est l’hypoglycémie, qui est fréquente et peut laisser de lourdes séquelles. Et si on trouve une hypoglycémie il faut la traiter tout de suite. A la limite on pourrait dire que si dans le service il n’y a pas de matériel pour faire cette glycémie, l’équipe devrait donner systématiquement du sucre :
- Si le malade est en hyperglycémie, on l’aggravera, mais pas beaucoup.
- Si la glycémie est normale, le geste sera sans importance.
- Si le malade est en hypoglycémie on l’aura sauvé.

6°) : PRATIQUER UNE BANDELETTE URINAIRE.

Car l’infection urinaire est un grand pourvoyeur de troubles en tous genres, et la seule manière de la détecter est de la rechercher systématiquement. Donnons une règle : les flacons de bandelettes urinaires contiennent 100 bandelettes et se périment en trois à quatre semaines. Cela correspond à la consommation mensuelle d’un service de gériatrie normal.

Ajoutons que la bandelette va donner un autre élément trop souvent négligé : la densité urinaire, indispensable pour évaluer une déshydratation.

7°) : ENREGISTRER UN ECG.

Il ne faut pas compter sur la clinique pour diagnostiquer un infarctus chez le sujet âgé : la douleur manque souvent, et il faut se contenter de vomissements, d’agitation, de prostration... Il est donc indispensable de mettre le tracé à la disposition du médecin. On gagnera ainsi un temps précieux.

8°) : SE RENSEIGNER SUR LA QUALITÉ DE L’APPÉTIT (si doute peser ).

La question de savoir pourquoi le malade ne mange pas est un autre problème, qui est étudié dans d’autres pages de ce site, et on ne va pas traiter cela en urgence. Reste que l’anorexie est un élément de surveillance fondamental, trop souvent négligé lui aussi.

9°) : VÉRIFIER LA DATE DES DERNIÈRES SELLES.

Car le fécalome est source d’une foule de symptômes, et que la surveillance des selles est la seule manière de le dépister. Rappelons qu’il faut se méfier des fécalomes constitués à bas bruit chez des patients qui continuent à avoir des petites selles, d’ailleurs souvent liquides. Rappelons la règle : tout sujet âgé qui a une diarrhée est constipé jusqu’à preuve du contraire.

10°) : RECHERCHER UN GLOBE VESICAL.

La rétention d’urine elle aussi se manifeste souvent par des symptômes qui n’ont rien à voir avec la sphère urinaire, qu’il s’agisse d’agitation, de vomissements (rappelons cette autre règle : chez le sujet âgé, tout symptôme digestif impose de rechercher une pathologie urinaire. Or non seulement le diagnostic de rétention d’urine est particulièrement difficile, mais encore tout professionnel normalement constitué oublie d’y penser au moins deux ou trois fois par an.

Tous ces éléments sont indispensables, et on peut prévoir que de toute manière le médecin les demandera quand il arrivera. Non seulement on gagne ainsi un temps précieux mais encore on lui donne un moyen de ne pas oublier certains aspects du problème.

Il reste ensuite à :

11°) : OBTENIR UNE RÉPONSE DU MÉDECIN.

12°) : REDISCUTER AVEC LE SOIGNANT QUI A DONNE L’ALERTE.

13°) : TRANSMETTRE SUR LE DOSSIER DE SOINS

Ceci ne résout nullement le problème, qui reste sous la responsabilité du médecin. Mais on ne préservera les chances des sujets âgés que si toute alerte est prise au sérieux. Et ce sans se décourager : car dans l’immense majorité des cas il s’agit d’une fausse alerte. Redisons-le : on fait tout cela parce que, parfois, le malade est en train de jouer sa vie...


Notes

[1On aurait de fortes chances de tomber juste si on se disait qu’elle est due en partie au désir du professionnel de montrer qu’il sait mieux que l’autre, et en partie à une réaction contre sa propre inquiétude plus ou moins inconsciente.

[2Rappelons que le sujet âgé est très sensible aux à-coups tensionnels, et qu’il faut éviter de faire baisser une tension trop brutalement, surtout en cas d’accident vasculaire cérébral.

22 Messages

  • Que faire quand on est inquiet ? Le 7 octobre 2015 à 11:37 , par Chrystelle

    Bonjour,
    Merci pour ce petit récapitulatif qui aide au diagnostique infirmier et qui aidera au diagnostique médical si besoin. ESI en 2ème année, après avoir été ASH puis AS, vos écrits me permettent d’avancer dans le comprendre, le savoir faire et le savoir être. Puissiez-vous être lu par bien d’autres, le bien être des patients s’en ressentirait grâce, je pense, à une meilleure cohésion d’équipe.


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 8 octobre 2015 à 21:21 , par Michel

      Merci de ce soutien, Chrystelle. Il n’y a que vous qui puissiez me confirmer que je suis sur le bon chemin, et vous n’imaginez pas combien votre jugement est précieux.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 24 février 2015 à 16:20 , par Milliès Lacroix

    Bonjour,
    vous dites "Rappelons que la prise de température rectale est devenue interdite."

    Je vous approuve, mais où avez-vous eu connaissance de cette interdiction ?

    Merci

    DML


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 24 février 2015 à 21:26 , par Michel

      Bonsoir.

      Hélas, je ne m’en souviens plus. Cela date d’une bonne dizaine d’années, c’était à l’époque de l’ANAES.

      Mais ce n’est peut-être pas le point important : le texte que vous avez lu est en effet la copie d’un document que j’avais mis en application dans l’hôpital dont je m’occupais à l’époque. Du coup je ne sais plus très bien : dans mon souvenir, j’ai lu cette interdiction dans une recommandation officielle de bonnes pratiques ; mais il se peut que ma mémoire me trompe ; ce qui en revanche est exact c’est que dans cet établissement nous avions posé en règle qu’on ne prenait plus la température par voie rectale et que chez nous c’était interdit.

      Reste que j’aurais préféré retrouver le texte...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 16 octobre 2014 à 08:09 , par fabre

    maman est rentrée en urgense avec temperature convulsion et perte de connaisance elle a 81 ans inssufisance cardiaque inssufisance renale avec sten tension tres irreguliere peut avoir 20 puis descendre a 7 mais cela n’est pas nouveau donc en service nephrologie a passer 3 jours en reanimation les médecins nous avaient pas donner beaucoup d’espoir mais apres 12 jours la fievre est tombée et il nous disent qu il vont la mettre en maison de retraite sonde urinaire elle ne parle plus ne me reconnait plus et cris toute la nuit et journée non stop maman mamamaman je ne la trouve pas au top toujours coucher sous perfusion sous oxygene dort tres peu il me disnt que c’est l’angoisse que pourriez vous me dire de plus merci


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 16 octobre 2014 à 21:49 , par Michel

      Bonsoir, Marijo.

      Que vous dire de plus ? Bien peu de chose, je le crains. Notamment parce qu’il faudrait en savoir plus sur ce qu’était l’état de santé de votre mère avant ce drame, mais aussi sur ce qui s’est réellement passé ; et surtout, comme je ne cesse de le répéter, parce que je ne l’ai pas vue.

      Tout ce que je peux dire c’est qu’elle a passé une période très dangereuse, au cours de laquelle elle failli mourir. Quels ont été les dégâts ? Ces dégâts sont-ils définitifs ? Nous ne pouvons rien en savoir, et la seule chose à faire est d’attendre. Il faut savoir patienter quelques semaines avant de dire si les choses ont une chance de s’arranger.

      Par contre ce que nous savons c’est que les médecins la jugent incapable de rentrer chez elle, qu’ils ne proposent pas de projet de rééducation, et qu’elle est toujours dépendante de l’oxygène. Tout cela n’est pas très rassurant, et votre inquiétude est légitime.

      Quant à interpréter les signes comportementaux que vous observez, je ne m’y risquerai pas, il y a trop d’hypothèses à envisager. Mais je me dis qu’il vaudrait la peine, une fois vérifié, comme on doit toujours le faire, qu’elle n’est pas déstabilisée par un médicament qui ne lui conviendrait pas, de laisser passer un peu de temps : il arrive souvent que ces choses s’arrangent, au moins en partie. Pas toujours, hélas.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • Que faire quand on est inquiet ? Le 27 octobre 2014 à 23:38 , par fabre

        bonsoir je viens vers vous a nouveau pour la suite maman est toujours a l’hôpital les médecins ne savent plus que dirent ou que faire dans son etat impossible d’aller en maison de retraite elle ne reconnait plus a toujours les yeux qui fixent le plafons un ou deux jours elle va a peu pres bien si on peut dire pour les infirmieres qui la trouvent pas trop mal puis ensuite elle tombe dans un etat comateux pendant deux jours elle tousse on lui a fait une radio on attends resultat maintenant il vont lui faire radios ou examens cerveau pour voir pourquoi elle est dans le vague moi je penserais quelle va faire infection pulmonaire il me donne pas beaucoup d’espoir maintenant il l’ont misent sous rivotril il pensent a des crises epilepsie me parle hemoragie cerebrale ne mange plus elle est perfuser et toujours mamamamaman papapapap je ne sais plus je suis tres fatiguée par ses allée et venue tous les jours a l’hôpital je ne me fais pad d’illusion je me suis preparer a l’issue fatale je leurs et dit pas d’acharnement mais voila que pensait merci


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        • Que faire quand on est inquiet ? Le 1er novembre 2014 à 14:31 , par Michel

          Bonjour, Marijo.

          Malheureusement, je ne sais pas très bien que penser moi non plus.

          Le tableau que vous décrivez est assez classique, et il est hélas très fréquent qu’on n’y comprenne rien. les hypothèses soulevées par les médecins sont probablement judicieuses ; reste à savoir si les examens vont permettre d’y voir clair.

          Reste aussi à savoir si, une fois qu’on y aura vu clair (et souvent on n’y arrive pas), cela donnera des moyens d’agir. Ce que je sais c’est que la situation dure, et que le temps qui passe laisse penser que, quoi qu’on fasse, on ne modifiera pas la situation. A la limite on peut se demander s’il est vraiment utile de se lancer dans ce qu’on pourrait qualifier d’"acharnement diagnostique".

          Je crains donc que vous n’ayez raison de vous attendre au pire. Mais je souhaite que vous ayez une bonne surprise.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 22 avril 2013 à 09:56 , par lilia

    Au domicile, c’est encore autre chose.
    Ce sont les AVS, les aide à domicile qui passent le plus de temps avec la personne âgée.
    L’infirmière intervient pendant 15 mn en moyenne pour la douche ou la toilette, tous les jours, voire deux fois par semaine.
    Il m’est arrivé d’être inquiète pour de bonnes raisons comme pour ce monsieur de 95 ans, sous oxygène, sourd, qui crie parce que son dos lui fait mal, qui crie pour s’assoir, se coucher. "Je préfèrerais être entre quatre planches !". Je signale aux infirmiers, c’est mon rôle. "Ce n’est pas grave !". On me répond qu’ "il est jaloux de sa compagne" parce qu’on lui apporte plus de soin, plus d’attention, donc. Après un AVC, âgé de presque 86 ans, elle est pratiquement toute la journée dans le fauteuil. Elle peut marcher mais on ne la fait pas marcher, juste pour la déplacer et la mettre sur le fauteuil garde-robe. Elle est attachée depuis peu et crie, ce qui semble nouveau. Lorsque je suis intervenue, elle n’avait pas envie de manger, "le plat mixé prêt à l’emploi, juste besoin de réchauffer au micro-onde" semblait la dégoûter. Tous les jours, on change de goût, tout simplement, et on fait tourner.
    Et personne ne se demande pourquoi elle crie, pourquoi elle est agitée ? Mais mettons-nous à sa place !! Impossible de quitter ce fauteuil !
    La fille AS à la retraite, donne des ordres à l’équipe soignante et méprise les intervenantes à domicile. Enfin, je ne sais pas tout de cette intervention.
    Et moi, qu’est-ce que je fais ? Je n’interviens que tous les six samedi pendant 1 heure pour le repas, vaisselle, lit, etc..., tâches qui semblent être les plus importantes. Dernièrement, sur cette heure, j’ai pris dix minutes pour lui masser les mollets. Le lit n’était pas bien fait... Lors d’une précédente intervention, j’avais signalé des traces de sang dans les selles. On le savait déjà !
    Il y a d’autres intervenantes les autres jours.
    Ce n’est jamais grave alors que les expressions, le comportement ont changé.
    Ces métiers sont des métiers qui, à l’évidence, nécessitent de l’empathie à l’égard de la personne en perte d’autonomie. Certains ne savent pas ce dont il s’agit comme il ressort des autres commentaires.
    Tout cela est bien révoltant !


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 30 avril 2013 à 22:38 , par Michel

      Bonsoir, Lilia.

      Vous décrivez bien la situation, en effet.

      L’un des problèmes vient sans doute de ce que les professions de santé sont réglementées : seuls les médecins peuvent exercer la médecine ; on leur accorde l’exclusivité de la pratique en contrepartie d’une exigence de formation. Il en va de même, au fond, pour les infirmères, les aides-soignantes, etc.

      Cette organisation a été très précisues : c’est elle qui a permis de garantir l’organisation du système et la qualité des soins. Mais elle a des inconvénients ; notamment elle tend à figer le systéme et rend plus difficile l’émergence de nouvelles professions : quand on s’est vu reconnaître une exclusivité dans un domaine, on ne la partage pas volontiers.

      C’est sans doute la raison principale pour laquelle les Auxiliaires de Vie Sociale peinent à trouver leur place (mais les Aides Médico-Psychologiques vivent la même difficulté). Il faudra du temps et beaucoup d’énergie pour modifier cet état de choses.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • Que faire quand on est inquiet ? Le 4 mai 2013 à 10:36 , par lilia

        Merci Docteur pour cette réponse.
        Je pense que tout le monde doit rester à sa place avec une ouverture sur ce que l’autre a à dire ; il y a aussi des débordements de limites professionnelles chez nous.
        Ce sera long, en effet, pour ces nouveaux métiers mais nous avons besoin d’être écoutées et reconnues.


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      • Que faire quand on est inquiet ? Le 4 juin 2013 à 10:40 , par lilia

        Docteur,
        Ce monsieur a fait une chute dans la nuit, aux alentours du 8 mai dernier. Quand on l’a trouvé au matin, il était décédé.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 21 août 2012 à 16:58 , par Pilpous

    Bonjour Michel, j’ai lu avec interet votre article. cependant avec la nouvelle législation sur la permanence des soins (deux secteurs pour un dépoartement la nuit), je pense qu’avant de contacter le médecin lorsqu’on est en EHPAD est d’avoir tous les éléments ( douleur température pouls TA transit, rétention d’urines....) si on veut être écouté et entendu


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 28 août 2012 à 19:43 , par Michel

      Bonsoir, Pilpous.

      Je crains que votre message ne soit incomplet.

      Mais tel qu’il est il suffit à se faire une idée de ce que vous voulez dire.

      Il faut que vous sachiez que cette procédure est une des premières que j’ai écrites. Elle date de 1997, et il est bien certain que depuis les conditions ont changé.

      Mais quel était son but ?

      Il s’agissait pour moi de remettre en cause un comportement très répandu chez les soignants, qui est de s’inquiéter (souvent d’ailleurs à tort), et de ne pas tirer les conséquences de cette inquiétude.

      L’exemple le plus banal est l’utilisation de l’oxygène par les équipes de nuit. Un malade respire mal, les soignants s’en aperçoivent, ils mettent de l’oxygène les choses s’arrangent, et le médecin apprend cela aux transmissions du matin.

      Ce comportement est une catastrophe. Car de deux choses l’une : ou bien le malade n’avait pas réellement besoin d’oxygène et le geste des soignants n’a servi à rien ; ou bien le malade en avait besoin et l’urgence était de faire le diagnostic : un malade qui se met brutalement à avoir besoin d’oxygène est un malade qui est en train de faire une embolie pulmonaire, ou une défaillance cardiaque, ou un infarctus... Bref si on se contente de lui donner de l’oxygène le plus probable est qu’il va tout simplement mourir.

      Heureusement, le plus souvent il n’avait nullement besoin d’oxygène.

      De même, l’idée de cette "procédure d’inquiétude" est double :
      - L’expérience montre que quand les soignants s’inquiètent, ils ont toutes les peines du monde à faire partager cette inquiétude au médecin. Il s’agit donc de poser que le soignant qui s’inquiète a raison jusqu’à preuve du contraire, et que le médecin lui doit une réponse.
      - Dans un grand nombre de situations gériatriques, le diagnostic peut se faire par des moyens assez simples. Il s’agit donc de mettre ces moyens en œuvre de manière systématique.

      Évidemment, la stratégie perd de sa pertinence s’il n’est pas possible d’avoir rapidement un médecin. Mais outre qu’il faut adapter la procédure aux particularités locales, il reste que si le soignant a raison de s’inquiéter et qu’on ne peut avoir de médecin, alors le malade risque tout simplement sa vie...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 1er février 2011 à 13:31 , par marc collard

    Bonjour Michel,
    une petite erreur de texte : dans le 5°), 5 éme ligne, le mot hypotension est mis à la place d’hypoglycemie.
    Et surtout grand merci pour le temps que tu consacres à écrire tes reflexions et à partager le fruit de ton experience.
    marc. medecin generaliste et coordonnateur d’ehpad.


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 5 février 2011 à 12:56 , par Michel

      Bonjour, et merci de cette vigilance.

      L’erreur est réparée.

      Merci aussi de ce commentaire : il est toujours difficile de savoir à quoi sert ce qu’on fait.

      Il serait d’ailleurs passionnant de faire de ce site un lieu de partage, où pourraient être mises en ligne des expériences pratiques de terrain. J’y suis prêt.

      Bien cordialement,

      M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 27 décembre 2009 à 13:53 , par C.R.

    Je lis avec grand intérêt cette procédure, que je vais utiliser et diffuser dans la mesure de mes moyens.
    Je ne citerai qu’un exemple très illustrant :
    Monsieur A. est un grand angoissé à vie, et c’est pour cette raison que, moi la "psy", l’équipe m’envoie vers lui (un peu pour faire l’économie de visites et attentions paramédicalement orientées). Or un midi je trouve ce patient prostré, devant plateau repas (inutile en pareille circonstance), "glissant", penchant dangereusement de la chaise vers le sol, et je constate une respiration très dégradée.
    Immédiatement je vais alerter les infirmières, puis l’infirmière coordinatrice, puis le médecin coordonnateur. Qui tous "relativisent" et me rappellent que M. A. est toujours très angoissé, que ces troubles respiratoires ne sont dûs qu’à cette anxiété aigüe, et qu’il ne faut rien exagérer : il sera mis à la sieste dans 1h. et il mangera mieux le repas suivant.
    Moi la psy il m’aura fallu 1h. d’insistance sans relâche pour convaincre tous ces professionnels du paramédical et médical de ... se déplacer pour évaluer la situation "au chevet du malade".
    Monsieur A. a été hospitalisé en urgence 1h30 après. Diagnostic : O.A.P. très installé.
    Alors oui que peut-on faire ? c’est un vrai problème quand les 3-4 professionnels de l’équipe dite médicale n’ont pas envie de s’inquiéter. Je rejoins votre constat de déni, et ne voudrais pas ajouter que la surcharge de travail justifie aux 3/4 de tels comportements ... non professionnels ... de non assistance à personne en danger.
    Signé : une psychologue clinicienne (par chance, anciennement infirmière).
    N.B. : Tutrice d’étudiants en psychologie, je les incite tous à s’intéresser, a minima, aux traitements médicamenteux et aux principales pathologies organiques !!! Quelques notions de médecine dans leurs 5 années d’études leur feraient le plus grand bien, tout comme quelques notions de psychologie directement applicable, dans les cursus médicaux et paramédicaux.


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 1er janvier 2010 à 18:57 , par Michel

      Bonsoir, et merci de votre message.

      La situation que vous décrivez est en effet caractéristique dans son incompréhensibilité même. Et sur le coup on se demande bien ce qu’on pourrait y faire.

      Je crois qu’il est extrêmement urgent que des professionnels comme vous essaient de comprendre ce phénomène. Je vous le redis : cette procédure, je l’ai écrite pour mon usage personnel, conscient du fait que la grande majorité des erreurs que j’ai commises dans ma carrière reconnaissaient toujours cette même cause. J’ai donc édicté cette procédure, de manière à donner à mon équipe les moyens de m’imposer une réflexion.

      Mais quel est le mécanisme de cette attitude ? Je ne sais pas. A priori j’en envisage deux, qui ne font peut-être qu’un, d’ailleurs :
      - Il y a une variante du déni Kübler-Rossien.
      - Il y a aussi une curieuse inversion : dans l’imaginaire, la compétence est le fait de voir ce que les autres ne voient pas : dans le film éponyme de Kurosawa, Derszou Ouzala est un trappeur compétent parce qu’il s’inquiète de détails que les autres n’ont même pas vu ; et le médecin compétent est celui qui voit la maladie là où le commun des mortels croit que tout est normal. Et dans notre affaire le médecin entend montrer sa compétence dans le fait qu’il ne s’inquiète pas là où les autres s’affolent. Ce n’est pas entièrement anormal : la compétence est dans le juste milieu. Mais c’est tout de même très curieux.

      En tout cas, chaque fois que je commettais cette erreur je me trouvais à organiser un conflit avec l’équipe. Il est de toute manière infiniment plus efficace de recevoir le propos de l’équipe et de procéder aux vérifications nécessaires.

      J’ai eu une expérience similaire un jour où j’étais allé à ma banque pour faire rectifier une anomalie. J’expose donc ma situation et mon interlocuteur me réplique : "Il est impossible que de telles erreurs se produisent". Je lui ai expliqué que lorsqu’un client se plaint la première chose à faire n’est pas de le traiter de menteur ou d’imbécile ; je ne suis pas sûr d’avoir été très aimable.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 7 décembre 2009 à 20:25 , par sabine

    merci pour ce petit récapitulatif.
    Je suis infirmière auprès d’adultes handicapés, certains sont jeunes, d’autres moins.Tous vieillissent. Tous ont passé leur vie en institution...
    Cette institution, ils la connaissent mieux que personne, et elle croit les connaitre sur le bout de doigts...
    Le médical , pour la plupart ils sont nés avec, et du coups, ceux qui les ont vus grandir et vieillir pensent que ce "médical" ne peut pas changer, qu’on ne peut pas être trisomique ET diabétique, psychotique ET hypertendu ou inversement...
    Qu’on ne peut pas mourir d’un cancer quand on est "débile"...
    J’ai perdu 5 patients cette année, j’ai été cette "infirmière qui s’affole pour rien" , j’ai envoyé sans relache chez le médecin, 1 fois 2 fois 5 fois... puis les urgences, en bout de ligne, à bout de souffle...
    A l’hôpital, la méconnaissance du handicap a ralentit certains diagnostiques , une patiente "boudait" alors qu’elle faisait un AVC du tronc cérébral., un autre était perdu parcque l’infirmière n’était pas assez re- assurante avaiten fait une tumeur cérébrale...
    Cela a été trés dur à vivre, à surmonter... Il n’y a pas reelement d’équipe soignante, c’est un monde d’éducateurs qui vous culpabilisent un peu plus chaque jour...
    Trop inquiete...pas assez ...
    Quand est on trop inquiet ? que faire quand on ne parvient pas à faire entendre son inquiétude ?


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 9 décembre 2009 à 22:21 , par Michel

      Bonsoir, Sabine.

      Votre problème me semble bien délicat. Et au fond il montre l’intérêt de mon petit texte : je l’avais écrit pour mon usage personnel, afin de lutter contre mes propres tendances au déni. D’ailleurs son titre original était : "procédure d’inquiétude", pour bien signifier qu’il s’agissait de prendre en compte de manière systématique toute alerte perçue par quelque membre de l’équipe que ce soit, y compris quand ce membre de l’équipe était incapable de dire pourquoi il était inquiet.

      Mais vous, vous êtes dans une équipe que vous décrivez comme vivant dans une sorte de déni de la maladie. C’est malheureusement assez fréquent, comme si on ne pouvait pas à la fois réfléchir en termes de psychologie et en termes de mécanique corporelle. Cela me fait penser à une autre difficulté : les malades des services de psychiatrie ont souvent un dossier de psychiatrie spécifique, distinct de leur dossier médical. j’entends bien qu’il y a des problèmes particuliers de confidentialité, mais je ne suis pas sûr que ce soit la vraie raison. Toujours est-il que ces dossier psychiatriques contiennent parfois des informations capitales pour le somaticien quand le malade est envoyé dans un service de médecine, et que ces informations n’ont pas été perçues comme capitales par les psychiatres ; je crois que c’est une forme de déni.

      En ce qui vous concerne, vous risquez effectivement d’avoir des difficultés, si l’équipe ne décide pas de laisser au moins un champ pour les somaticiens. Et il ne faut pas compter sur les fois où il aura été évident que vous aviez raison contre l’équipe : c’est le genre de choses qu’on contraire on ne vous pardonnera pas.

      Alors, que faire quand on est inquiet ? Rien, si on est le seul à l’être. La procédure d’inquiétude ne marche que si c’est une décision institutionnelle.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Que faire quand on est inquiet ? Le 16 mars 2009 à 17:39 , par mirisa

    merci beaucoup pour la clarté de cet exposé,que je vais m’empresser de copier pour instruire mes étudiantes infirmières et certaines de mes collègues. A chaque fois que j’ai été inquiète pour un patient (la nuit,seule bien sûr),je faisais ce petit "tour" du malade avant d’appeler l’interne ou le médecin. Je le faisais,par expérience des demandes récurrentes de ces médecins,mais ça fait du bien de lire le "pourquoi" logique et argumenté de toutes ces actions faites dans l’inquiétude et l’urgence.....comme quoi,on en apprend tous les jours,même après 17 ans de métier ! J’apprécie aussi beaucoup l’importance que vous donnez à l’inquiétude du soignant,ne serait-ce pas proche de la fameuse "intuition du soignant" ? Peut-on dire qu’un soignant est un "bon" soignant quand il est capable de s’inquiéter ? C’est sans doute un raccourci,coincé entre les écueils de l’indifférence/ignorance et de l’angoisse/panique,que seules la personnalité et l’expérience du soignant permettent de dégager. C’est en cela que des fiches techniques de ce genre sont très utiles,alors merci encore. une simple infirmière


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    • Que faire quand on est inquiet ? Le 17 mars 2009 à 07:19 , par Michel

      Bonsoir, Mirisa, et merci de votre commentaire.

      Les textes déposés sur ce site sont tous à la libre disposition de qui pense en avoir besoin. Il suffit de citer la source.

      Bien à vous,

      M.C.


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