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Cet article a été relu le 9 avril 2012

Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire

dimanche 4 septembre 2005 par Michel

GENERALITES :

La maltraitance est un problème majeur dans les institutions. Un groupe de réflexion sur ce thème s’est formé à l’hôpital saint Jean. Les premiers débats ont montré qu’il était difficile de s’accorder sur une définition de la maltraitance. Cela a conduit le groupe a envisager une étude préliminaire visant à circonscrire le sujet.

Cette étude a pris la forme d’un questionnaire rédigé par l’un des membres du groupe. Il a été diffusé par l’encadrement une semaine donnée au cours de séances de transmissions. Tous les soignants présents se sont vus remettre le questionnaire (annexe I), qu’il leur était demandé de remplir à leur convenance, aucune consigne particulière n’étant donnée.

Le questionnaire a recueilli 33 réponses. Il y a une centaine de personnes inscrites à l’effectif, mais de manière au demeurant contestable le questionnaire n’a été adressé qu’aux membres du personnel soignant. Ont donc été exclus du questionnaire :
- Les soignants absents.
- Les cadres, médecins, surveillante.
- Le personnel administratif et médico-social.
- Les membres des services techniques.
- Les membres du personnel hôtelier.
- Les équipes de nuit.
Soit une quarantaine de personnes. D’autre part une équipe a refusé de répondre individuellement, et a fourni une réponse collective. Au total on peut considérer que sur 60 personnes ayant reçu le questionnaire 40 ont participé à l’étude, soit un taux de réponse de 2/3. Ce taux de réponse est évidemment un succès. Toutefois il faut pondérer cette opinion : cela laisse en effet une trentaine de sujets non répondeurs, et il est plausible que ce soit parmi eux que se retrouve une population particulière relativement à ce thème, soit que les maltraitants s’y retrouvent tous (mais c’est loin d’être certain) soit que les non répondeurs soient majoritairement plus mal à l’aise avec ce sujet.

Les résultats du questionnaire sont consignés en annexe II.

Le questionnaire comme maltraitance :

Il n’est pas possible de considérer ce questionnaire sans prendre en compte la résistance des soignants à ce genre d’exercice. Retenons notamment que les soignants n’ont pas manqué d’éprouver une certaine méfiance, liée notamment au fait que le questionnaire était présenté par l’encadrement, ce qui a probablement pesé sur les réponses ; mais retenons aussi que pour la plupart ils se sentent mal à l’aise devant l’écrit, et que le simple fait de devoir écrire est pour eux une source importante de stress.

QU’EST-CE QUE LA MALTRAITANCE ?

La question posée était : pour vous maltraiter, c’est :

Il fallait d’abord essayer de cerner le problème. La première question était donc délibérément très ouverte, et demandait simplement ce qu’était la maltraitance pour la personne interrogée.

On reste frappé par le nombre des situations de maltraitance décrites dans ces réponses. Rappelons qu’elles concernent la moitié environ de l’effectif soignant (40 sur 70 en incluant les absents). Elles donnent l’impression que les soignants baignent dans une atmosphère de maltraitance dont ils sont les témoins autant que les acteurs.

Ceci doit être entendu, et rien ne permet de le relativiser. On relèvera simplement quelques points qui peuvent plaider pour une atténuation :
- Il y a certainement un « effet questionnaire », et il faudrait notamment être sûr que les actes décrits correspondent à des situations effectivement observées plutôt que des situations imaginées pour donner une réponse.
- Il y a une incohérence entre la fréquence décrite, le lien fort qui existe avec le principe du signalement systématique à l’encadrement (cf. infra) et la rareté des signalements réellement effectués.
- Il semble que la maltraitance soit cause d’une grande souffrance chez les soignants. Ceci devrait entraîner une forte participation au groupe de parole... ce qui n’est pas le cas ; d’autre part le travail sur la maltraitance est une initiative de l’encadrement.

L’analyse des réponses permet de retrouver un nombre de thèmes très restreint.

Certaines situations de soins sont vécues comme des maltraitances :
« Faire un soin à un résident quand il le refuse »
« Imposer une situation à une personne non consentante »
« Imposer quelque chose à quelqu’un alors qu’il refuse totalement ».
D’autres situations, faisant appel à des pratiques effectivement discutables mais dont l’intentionnalité louable n’est pas contestée, font l’objet de commentaires très nuancés : « Être obligé de donner des soins particuliers (attacher les résidents, forcer sur l’alimentation...) ; ou ne pas pouvoir en donner ». Avec une extraordinaire lucidité ce soignant met le doigt sur le problème essentiel : en somme la seule situation qui ne soit pas suspecte de maltraitance serait celle où le patient et le soignant s’accordent sur le soin à effectuer. Mais dans la pratique une telle conception relève de l’angélisme : on sait parfaitement que le désir du soignant et celui du patient ne coïncident que rarement ; non seulement il y a tous les cas où le patient refuse les soins proposés, mais il y a encore plus souvent sans doute ceux où le patient, par faiblesse, par lassitude, par peur ou par simple gentillesse, se laisse forcer la main. Ce que dit ce soignant c’est que toutes ces situations sont source de maltraitance.

Un autre soignant déclare : « Faire aux autres ce que je ne voudrais pas que l’on me fasse ; refuser d’accorder à l’autre les droits et les devoirs que je me reconnais ». Indépendamment du recours au précepte classique de la Règle d’Or, ce qui est mis en évidence ici c’est le pouvoir humanisant du devoir : n’est membre du clan que celui à qui on a attribué un rôle, ce qui revient à lui confier des devoirs.

Les conditions de travail sont maltraitantes : « dans la rapidité » ; « obliger »

Il y a certainement une maltraitance ordinaire, dont les soignants pensent qu’elle est presque banalisée. « Manque de respect à autrui ; être un minimum agressif (verbalement, gestuellement) » ; notons que la maltraitance verbale est bien reconnue, peut-être même plus que la maltraitance physique (ce qui est somme toute une bonne chose : il est heureux que l’inconduite verbale soit plus fréquente que les coups) ; « des gestes brusques » « gestes déplacés ». La nécessité d’une formation ou d’un soutien est pointée : « Avoir des gestes agressifs d’ignorance ».

On relève cependant des situations beaucoup plus inquiétantes, qui au minimum pointent des soignants en difficulté, ou en manque de formation, au maximum des individus au comportement délictueux :
« Bousculer ; peut-être en venir à la frapper » (On ne prend guère de risque en présumant que cette réponse témoigne d’un fait vécu, voire d’un fait dont l’auteur de la réponse se sent coupable, soit qu’il l’ait commis soit qu’il ait failli le faire. Redisons ici que nul n’est à l’abri d’un dérapage ; la question n’est pas de savoir si on est parfait mais simplement comment on va se perfectionner).
« Frapper les résidents. Brusquer une personne. Donner des coups ».
Ces situations semblent d’une fréquence non négligeable. De même il y a des défauts de soins qui ne peuvent être tolérés, et qu’on ne soupçonnait pas dans notre maison :
« Un manque de soins ».
« Ne pas répondre à l’appel ». On savait qu’il y a sur ce point des négligences, on ignorait qu’elles pouvaient être délibérées (Rappelons toutefois que le traitement de cette problématique de l’appel ne va pas de soi : dans ce domaine il existe des malades ou des résidents dont le comportement est abusif, voire maltraitant, et pour qui on n’arrive à aucun compromis. Il peut être alors nécessaire de mettre en place une gestion particulière de leurs appels, et cette gestion peut comporter des éléments de fermeté. On reviendra sur ce point. Disons seulement qu’une précaution irréductible est de prendre ce genre de décision en équipe, et de la réviser à terme rapproché) ; on trouvera plus bas :
« Retrait de sonnette ; « oubli » de faire boire lors des repas ».
« Ne pas donner à manger à quelqu’un ».
« Oubli délibéré de faire boire ou manger ; pressions, menaces psychologiques ».

Cependant d’une manière générale c’est le manque de respect qui est le plus souvent cité, ce qui témoigne d’un haut niveau de conscience chez les soignants ayant répondu : « La maltraitance est verbale et physique ; manquer de respect à autrui par n’importe quel moyen ».

Un soignant apporte un élément fondamental, celui de la finalité : « Ne pas respecter l’autre et profiter de notre statut, de notre supériorité physique et/ou intellectuelle afin d’imposer notre bien-être au détriment de l’autre ». Pour lui on ne peut parler de maltraitance que si le comportement profite au soignant. Le comportement décrit est celui du racisme/colonialisme.

CE QUI MET LE SOIGNANT MAL À L’AISE :

La première question demandait une définition a priori de la maltraitance. Même si cela n’a rien de surprenant il n’allait pas de soi que les réponses décrivent à ce point des maltraitances survenues dans l’établissement. C’est pourquoi une seconde question visait à savoir ce qu’il en est de la maltraitance dans la maison. On a essayé de l’aborder en posant deux questions interdépendantes.

La première question était purement quantitative :

Vous êtes vous déjà senti mal à l’aise devant une situation ?

Il faut d’abord noter que sur les 33 réponses 4 ne répondent pas et 2 répondent non ; donc près de 20% des soignants ne parlent pas d’un malaise. Mais ceci nous réserve une surprise. Car les soignants qui ne se disent pas mal à l’aise ont été témoins de faits relativement lourds, notamment en termes de négligences :
- « Parler agressivement, bousculer, ne pas répondre à l’appel ».
- « Mauvaises paroles, gestes déplacés ».
- « Manque de respect parole/geste ».
- « Être violent physiquement ou moralement envers nos patients ».
- « Frapper les résidents ».
- « Brusquer une personne. Donner des coups. Insulter une personne. Imposer quelque chose à quelqu’un alors qu’il refuse totalement ».
Par ailleurs deux soignants n’ont pas répondu alors qu’au dessous ils décrivent dans quelle situation ils se trouvent mal à l’aise.

Tous les autres ont éprouvé un malaise. Ceci montre combien le problème pèse en termes de souffrance des soignants. Ici encore ce serait la fonction du groupe de parole que de permettre de structurer une réflexion sur ce thème.

On demandait ensuite des exemples de situation ayant mis le soignant mal à l’aise.

On ne sera pas surpris de retrouver des thèmes identiques à ceux de la première question. On sera davantage étonné, précisément, des différences.

Le premier thème est celui des soins imposés :
- « Le fait de faire prendre une douche quand ils ne veulent pas ».
- « Devant le refus d’un résident de manger, de se laver ».
- « Faire des douches à des personnes imbougeables ».
Ici le problème vient de la mauvaise image du soignant tel qu’il se perçoit. Le malaise naît de la différence entre l’idéal de soin du soignant et la réalité de son acte. Mais il faudrait aller plus loin, car le problème posé est relativement facile à résoudre : si on prend le dernier cas cité : « Faire des douches à des personnes imbougeables », la solution est simple : ou bien le malade est en état de recevoir sa douche et la question de ce point de vue est simplement de former le soignant pour qu’il rectifie une opinion trop pessimiste ; ou bien le malade n’est pas en état de recevoir sa douche et il faut modifier le plan de soins. La question serait donc de savoir pourquoi le professionnel souffre alors que son problème n’existe pas pratiquement. Et c’est important : il souffre et le patient est maltraité.

C’est la même difficulté que l’on rencontre dans le commentaire suivant : « Devant la famille, quand il nous est impossible de leur donner leur alimentation et qu’on sorte de la chambre sans les avoir nourris, je ressens une certaine gêne devant la famille qui s’inquiète ». Cette remarque est fascinante. Car la situation qui est décrite n’a aucun rapport avec un problème de maltraitance. Il importe donc de comprendre pourquoi le soignant en parle. Et il n’est pas très difficile de voir qu’en fait il voit le rapport dans la nature de sa gêne : l’échec de sa prise en charge lui renvoie la même image de mauvais soignant que dans le cas précédent. La base de son malaise est la culpabilité para rapport à un idéal. C’est la première irruption du thème de la culpabilité, il est probable qu’on n’en a pas fini avec lui. Ajoutons enfin que pour se tromper de la sorte il faut que la soignante soit très sensible à ce qui lui apparaît comme une ambiance de maltraitance.

On retrouvera ce thème de la culpabilité dans d’autres commentaires :
- « Ne pas pouvoir gérer une situation ».
- « Annonce décès ».
- « Impossibilité de comprendre et de se faire comprendre ».
Dans ces derniers commentaires on voit se superposer un second thème qui est celui de l’impuissance. Ceci n’est pas lié au hasard : les situations de maltraitance germent sur le terreau de l’impuissance et de la culpabilité.

Une série de commentaire constitue autant de témoignages d’actes de maltraitance :
- « Geste brutal et agressif dans la parole ».
- « Agressivité dans les paroles ; toilette rapide avec des gestes brusques ; retrait de sonnette ; « oubli » de faire boire lors des repas ».
- « Par des paroles ou des gestes ».
- « Quand une personne parle mal à un patient, ou lève la main même sans frapper, mais juste le geste choque ».
- « Maltraitance verbale et manque de respect par rapport à l’âge ».
- « Une personne qui dit à un résident : « Je ne suis pas là pour me faire emmerder par une vieille » ».
- « Crier sur quelqu’un de manière méchante ; bousculer quelqu’un pour la toilette ; ne pas donner à manger à quelqu’un ».
- « En étant témoin d’une maltraitance, ou en en étant l’auteur ».
- « Un soignant tapant un malade ou l’agiter violemment et aussi vis-à-vis des paroles (ex. : tutoiement) ».
- « Absence de réponse ; manipulation délibérément violente ; oubli délibéré de faire boire ou manger ; pressions, menaces psychologiques ».
- « Brutalité physique et verbale ».
- « Un soignant qui frappe un résident ».
- « Agression verbale d’un soignant vis-à-vis d’une personne âgée fragile ne pouvant se défendre ».
Cette série de témoignages est éprouvante : elle nous rappelle que les actes de maltraitance existent dans notre maison. La question est de savoir ce qu’il convient de faire de ce rappel. On peut évidemment choisir de le relativiser : il se peut que ces témoignages correspondent à des fantasmes ; il se peut aussi qu’ils se réfèrent tous aux mêmes actes ; mais outre qu’une telle minimisation est en soi dangereuse la question n’est pas là : il y a suffisamment d’arguments pour affirmer qu’il existe des actes de maltraitance et la seule chose qui nous importe est de savoir comment on peut y remédier. La difficulté est cependant que pour des raisons de confiance ce questionnaire ne saurait déboucher sur une enquête, qu’il faudra mener ultérieurement.

Le malaise peut venir d’autres situations :
- « Devant certaines familles ».
- « Agressivité d’un résident »
- « La fille d’une résidente ».
- « Lorsque les résidents nous agressent verbalement et physiquement ».
Ceci renvoie de toute évidence au mécanisme de culpabilité/impuissance dont on a déjà parlé : le malaise provient là de ce que le soignant se trouve sans réponse, comme l’illustre l’extraordinaire réponse suivante : « Lorsque vous vous faites gifler sans raison par un résident il n’est pas possible de riposter œil pour œil dent pour dent ni même de lui adresser une remontrance car bien souvent c’est un geste réflexe témoignant son insatisfaction générale et non un geste qui vous est adressé personnellement ». Ici se trouve mis en scène toute la problématique de la maltraitance. On peut en effet raisonner de manière relativement simple dans le cas exposé, où le résident est considéré comme irresponsable : l’article 64 de l’ancien Code Pénal s’applique sans difficulté. Mais en règle générale les choses sont plus mêlées : il y a danger (et peut-être maltraitance) à considérer la personne âgée comme incapable, et c’est cela que le soignant ressent ici : il ne peut pas ne pas répondre (peut-être serait-ce même là une autre maltraitance), mais il ne parvient pas à trouver une réponse adaptée, peut-être parce qu’il n’y en a pas. On peut parfaitement soutenir que le résident est dans la vie, que la violence fait partie intégrante de la vie et qu’il y a danger à créer autour de la personne âgée un monde flou et cotonneux où tout serait rose et où il ne serait pas utile de respecter les soignants ; ce dont il est question c’est de créer autour de la personne âgée un environnement affectif, et cet environnement est fait à parts égales de tendresse et de fermeté. Le problème est uniquement dans les dangers d’une telle position. Il faudrait pouvoir rappeler commodément que le respect de la personne passe par la reconnaissance de ses droits, de ses devoirs et de leurs limites : l’intégrité de chacun est reconnue, y porter atteinte est sanctionné par le code pénal. Ne pas considérer l’acte (coups portés) comme délictueux consiste à nier le citoyen derrière le résident. Enfin il y a aussi dans ce témoignage la question de ce que peut faire le soignant de la maltraitance qu’il a ressentie ; certes il y a tout le soutien que ses collègues ou le groupe de parole peuvent lui apporter, mais cela peut-être ne suffit pas.

Notons enfin cette remarque, qui se suffirait presque à elle-même : « Prendre conscience que cela peut être un acte grave, qui met en danger deux personnes ». Cette splendide remarque pose tout de même question : quel rapport avec un sentiment de malaise ? Ceci, sans doute : le soignant qui s’exprime est en train de dire qu’il s’est senti mal à l’aise lorsqu’il s’est rendu compte d’une sorte de symétrie : en maltraitant l’autre il se maltraitait lui-même.

D’AUTRES MALTRAITANCES :

Question : Il n’y a pas que la maltraitance des soignants envers les résidents. Pouvez-vous en citer d’autres ?

L’idée de la question était de permettre aux soignants de sortir de leur isolement. Parler de maltraitance est toujours culpabilisant, puisqu’on a l’habitude de ne considérer que la maltraitance des soignants envers les résidents. Il s’agissait de leur donner les moyens d’en décrire d’autres.

On remarque d’abord que trois soignants ne répondent pas. Pourtant l’un d’eux vient de signaler « Agressivité d’un résident » à la question précédente.

L’un des soignants fait un constat terrible, sur lequel nous reviendrons : « La maltraitance est partout, visible et dure à supporter ». Il est possible qu’il ressente très douloureusement les actes de maltraitance des soignants, mais plus probablement il est sensible à une ambiance générale de rapports humains dans l’établissement (la société ?) : l’image qu’il en a est donc celle d’une communauté où l’agressivité est généralisée.

Les autres réponses se groupent aisément.

Il y a d’abord la maltraitance des résidents entre eux :
- « Les résidents entre eux ».
- « Les résidents peuvent être maltraitants : ex. : parler mal ».
- « Maltraitance des pensionnaires entre eux. ».
- « Entre résidents ».
- « Résidents/résidents » (trois fois).
- « Il y a aussi la maltraitance entre les résidents ».
- « Les résidents sont très souvent maltraitants entre eux ».
- « Des résidents envers les résidents ».
30% des soignants pointent ce fait.

Il y a aussi la maltraitance des résidents envers les soignants. Naturellement on peut contester cette définition, et se demander si elle doit être mise sur le même plan que la maltraitance des soignants envers les patients ou résidents ; le fait est que dans ce questionnaire 60% des soignants franchissent ce pas :
- « Celle des résidents envers les soignants ».
- « Les résidents peuvent être maltraitants : ex. : parler mal ».
- « Les résidents envers les soignants ».
- « Les résidents envers nous ».
- « Maltraitance des résidents et d’autres personnes envers les soignants ».
- « Quand un patient est très énervé, coups, griffures, tapes. ».
- « Résidents envers soignants ».
- « Il y a maltraitance des résidents envers les soignants ».
- « Il y a aussi la maltraitance des résidents envers les soignants » (trois fois).
- « La maltraitance des résidents envers les soignants lorsqu’ils abusent de votre patience par exemple ».
- « Résidents/soignants » (quatre fois).
- « Maltraitance des résidents envers les soignants » (deux fois).
Un soignant note que la maltraitance des résidents est « plus souvent verbale que physique : le physique est plus souvent lié à une maladie ». Tout en lui laissant la responsabilité de cette assertion, on peut relever que ce soignant analyse très finement la situation en repérant que la maltraitance physique signe une perte plus grande des repères sociaux.

Le comportement des familles envers les soignants est volontiers assimilé à une maltraitance :
- « Les familles contre les soignants ».
- « Les familles envers nous ».
- « Et la maltraitance des familles envers les soignants ».
- « Familles/soignants ».
- « Agressivité des familles rapport aux soignants ».
Cette maltraitance est durement ressentie, et on peut se demander ce qu’on doit faire de cette remarque : certes les soignants, étant professionnels, sont censés gérer la maltraitance reçue mieux que des familles en souffrance ; cependant ce qui est pointé là est une symétrie liée au fait que les familles sont aussi des aidants.

Les relations familiales sont souvent vécues comme empreintes de maltraitance :
- « Les familles envers les résidents ».
- « Les résidents envers leurs familles ».
- « Les familles envers eux ».
- « Et la maltraitance des familles envers leurs proches ».
- « Famille/résident ».
- « mais aussi les familles envers leurs propres parents ou d’autres résidents ».
20% de soignants en repèrent.

D’autres soignants notent la maltraitance des soignants entre eux :
- « Par contre, vis-à-vis des collègues ou de la hiérarchie, je penserais plus à du harcèlement ou une mauvaise entente. ».
- « Soignants envers soignants ».
- « Entre soignants » (six fois).
- « Entre collègues ».
plus précisément un soignant note : « des aides-soignantes envers les IDE ; aucun respect suivant les personnes. ».
30% de soignants en parlent.

Deux soignants relèvent la maltraitance des soignants envers les familles. Deux autres parlent de la maltraitance générale de la société : « Je pense plus à la maltraitance familiale (parents/enfants, /employeur/employée familiale » ; « Familiale, dans la vie sociale (ex. : vol à l’arraché, acte médicamenteux, etc...). ». Enfin un soignant pointe la maltraitance institutionnelle : « Le manque d’attention à l’autre et de pouvoir répondre à ses demandes à cause du stress ambiant. ».

L’impression qui se dégage de cette question est l’omniprésence surprenante de la maltraitance. Tout se passe comme si les soignants vivaient le monde qui les entoure comme profondément violent. Ce sont 60 situations de maltraitance qui sont repérées, en plus de la maltraitance des soignants envers les résidents. Il importe peu de savoir quelle est la réalité de ce phénomène : on ne s’avancerait guère en postulant que la maltraitance des soignants est très largement défensive et répond au désir de se protéger, ou de contre-attaquer dans un environnement hostile. On retrouve alors les trois composantes essentielles de tout comportement maltraitant : culpabilité, impuissance, sentiment d’insécurité.

LA RÉPONSE À LA MALTRAITANCE :

La séquence suivante visait à explorer les réactions face à la maltraitance.

Quand vous avez un doute sur une situation de maltraitance, que faites-vous ?

On proposait donc une série de réponses sur ce thème.

L’abstention :

La première était : « Je ne fais rien ». Malgré le danger qu’elle comportant, cette formulation négative était délibérée. On demandait ensuite « Pourquoi ? ».

8 soignants ne répondent pas, mais parmi ceux-ci l’un explique : « ça dépend », et un autre dit : « j’en discute avec les collègues ».

13 répondent qu’ils ne font rien, mais plusieurs donnent une explication :
- « J’en discute avec mes collègues les plus proches pour ne pas se baser sur un seul jugement et ensemble nous décidons d’intervenir soit auprès de la personne maltraitée ou de la hiérarchie ».
- « Pour arrêter immédiatement la situation, en rediscuter après un temps de pause et réflexion ».
- « J’essaie d’en parler entre collègues ».
- « Cela dépend de la situation ».
Il se peut bien sûr que les soignants en question n’aient pas su se repérer dans la formulation négative ; mais le plus probable est qu’ils ont considéré que ce qu’ils faisaient n’était pas une action. On en déduit ce que n’est pas « agir » pour ces soignants que de partager le doute avec des collègues, ou de transmettre à l’encadrement.

Un autre donne une explication plus intéressante : « Pour pas que la situation s’envenime » ; il y a là une crainte d’aggraver la situation qui pointe sans doute la nécessité de disposer d’une instance particulière pour gérer les phénomènes de maltraitance de manière efficace et raisonnée. L’un d’eux a rapporté une maltraitance liée aux soins refusés par le patient, un autre a parlé de ses difficultés à gérer les situations. Un autre craint d’être injuste : « Car comme je doute que ce soit de la maltraitance je ne peux affirmer » ; on reconnaît là l’un des mécanismes qui font méconnaître la maltraitance. Un autre parle de sa « Peur de dénoncer », pointant là un autre de ces mécanismes ; l’étonnant est que cette réponse n’apparaisse qu’une fois. Un dernier explique : « Un cas signalé une fois non résolu par les supérieurs » ; cette réponse demande à être méditée : d’une part ce soignant pense visiblement que, puisqu’il n’a pas vu de modification c’est que les « supérieurs » n’ont pas agi ; il n’a pas pensé que, peut-être, les « supérieurs » n’ont pas pu trouver de solution ; mais d’autre part, et surtout, il s’agit là d’un véritable appel de détresse : il faudrait que les « supérieurs » disposent d’une sorte de pouvoir magique leur permettant de résoudre toutes le situations, comme si leur impuissance valait trahison de la protection qu’ils doivent. Si cruelle est la souffrance liée à la maltraitance que ce soignant ne supporte pas l’échec de ceux dont il attend protection. Ceci pose un problème de communication : les « supérieurs » ne devraient-ils pas rendre compte à celui qui a été à l’origine d’un signalement de la suite qui a été donnée à la transmission de cette information, somme toute très importante, sans pour cela entrer dans les détails ? Signaler est très difficile, et l’est encore plus s’il n’y a aucun retour. Mais d’un autre côté on peut soutenir que le devoir du soignant qui est témoin d’un acte de maltraitance est de le signaler. Ce qui est fait de son signalement ne le regarde en rien, et il n’aurait pas, par exemple, à être juge d’une éventuelle sanction ; au vrai le fait de l’informer confinerait au voyeurisme.

Parmi ceux qui ont déclaré qu’ils ne faisaient pas rien, quatre ne précisent pas ce qu’ils font. Les autres répondent :
- « Pour éviter que cela aille trop loin » : il s’agit de répondre à une situation vécue comme une urgence.
- « J’en parle à la personne concernée ».
- « Suivant la situation j’en parle déjà aux collègues ».
- « Je le dis au médecin ».
Les actions proposées sont une verbalisation. Cette verbalisation paraît un élément important de la stratégie : « En parler si possible pour combattre une part obscure de mutisme, la peur de dénoncer et de faire du bourreau une victime. Si petite soit-elle une démarche ne sera jamais vaine » ; « Maltraitance = malaise/mal-être (de l’agresseur), ce qui implique action/soins » ; « de s’interroger, de rechercher des informations qui peut s’appuyer son doute ».
La raison de cette action est dite clairement une fois : « Parce qu’on ne peut tolérer la maltraitance. ». Il est à noter que ce soignant s’est jusqu’ici exprimé de manière très parcimonieuse.

Il est remarquable de noter que dans toutes ces réponses, quelle que soit la position prise lors de la première question (ne répond pas, dit qu’il ne fait rien, dit qu’il fait quelque chose) la quasi-totalité des actions proposées consiste dans une verbalisation. Les soignants ont conscience de l’enjeu majeur de la parole dans la stratégie de prise en charge de la maltraitance. C’est bien le silence et plus encore la solitude du témoin qu’il convient de briser, ce qui renforce l’idée que la création d’une instance de gestion de ces phénomènes est une urgence. Reste à savoir comment on peut le faire.

Le partage :

La seconde proposition était : « Partager le doute avec les collègues ». Ici les choses sont beaucoup plus tranchées, puisque quatre soignants seulement ne répondent pas et deux seulement répondent non. Il faut noter que parmi ceux qui ne répondent pas un commentera : « D’en parler de ses suppositions, d’en rechercher, de connaître les causes », ce qui permet de penser qu’il s’agit d’un oubli. D’autre part, s’agissant de ceux qui répondent qu’ils ne s’en ouvrent pas aux collègues, tous les deux ont répondu à la question précédente qu’ils ne faisaient pas rien. Le premier commentait en disant : « Parce qu’on ne peut tolérer la maltraitance », le second en disant : « Suivant la situation j’en parle déjà aux collègues ». Donc la réponse du second est probablement une inadvertance ; quant au premier on peut présumer que s’il n’en parle pas c’est parce que pour lui, et sans doute un peu imprudemment mais c’est une autre histoire, les choses sont claires.

Tous les autres en parlent aux collègues. Les justifications, quand elles sont données, sont de plusieurs ordres :

Une première réponse est particulièrement instructive : « Cela concerne tout le service et ils savent sans doute des choses que l’autre ne connaît pas. Juger ensemble s’il faut intervenir » ; ici la notion intéressante est le caractère collectif des situations de maltraitance. Il faudra se demander pourquoi ; mettons ici comme pierre d’attente que ceci rappelle ce qui se passe dans les sociétés tribales, dont la conscience collective l’emporte sur la conscience individuelle au point que souvent leur langue n’a pas de pronom personnel singulier : chez les Touareg quand un membre du clan est assassiné cela se dit : « Notre sang a été versé ». Ainsi la maltraitance est d’emblée un mal fait à la collectivité, non à l’individu, et la réponse ne peut être que collective. Ce n’est pas un soignant isolé qui peut résoudre le problème.

D’autres veulent comparer leurs informations pour éliminer le doute :
- « Pour connaître l’avis des autres, pour recouper des situations ».
- « Pour une meilleure interprétation, afin d’être sûr de notre opinion ».
- « Être bien sûr de ne pas se tromper, voir si les collègues ont le même point de vue ».
- « Pour s’assurer du bon fondement de son soupçon ».
- « Pour avoir l’avis des autres et voir si mon idée était la bonne ».
- « Confronter d’autres visions pour une meilleure objectivité. Chercher l’adhésion de nos craintes pour exclure toute injustice ».
- « Recueillir des preuves ».
- « Pour être sûr du fait ».
Le doute, la crainte de commettre une injustice sont très présents et montrent le désir de ne pas réagir à chaud.

La recherche collective d’une solution est également très importante :
- « Pour trouver des solutions ».
- « Le dialogue nous permet de discuter de la situation, d’agir ».
- « Deux avis valent mieux qu’un et nous travaillons en équipe ».
On trouve ici une notion presque socratique : la solution ne peut se trouver que par une élaboration en commun, n’est juste que ce sur quoi on peut se mettre d’accord.
- « Pour essayer de comprendre et trouver quelques solutions ».
- « Mieux comprendre la situation ».
Ici affleure un autre thème qui est la nécessité de comprendre la maltraitance : certes elle doit être traitée pour elle-même et rien ne peut l’excuser, mais une attitude purement répressive ne suffirait pas.

S’il y a des réponses qui ne sont que circulaires : « J’en parle avec mon collègue » ; « Savoir ce qu’ils en pensent », d’autres ouvrent sur des perspectives plus étranges :
- « Par culpabilité et trouver une solution ; pour en parler et être entendu par autrui ». Certes il peut s’agir là de la maltraitance exercée par le soignant lui-même, mais on croit entendre ici que même lorsqu’il n’en est pas l’auteur le soignant qui est témoin d’une maltraitance en épreuve une vague culpabilité. Culpabilité peut-être de ne pas avoir agi mais aussi culpabilité de concourir à créer un monde où la maltraitance est possible, mais plus radicalement peut-être parce que la faute de la maltraitance a toujours quelque chose de mystérieusement collectif.
- « Pour être sûre de mes impressions et pour se libérer d’un poids ». On entend ici à peu près la même chose : l’aveu libère de la faute, même quand il n’y a pas de faute.
- « On en parle souvent, et sentiment d’impuissance et culpabilité ». C’est la même remarque. Ajoutons ici que le soupçon se fait plus précis : on parle souvent de maltraitance, ce qui indique que le phénomène est d’une fréquence insoupçonnée.
- « Protéger les sentiments ». Cette phrase un peu énigmatique met en évidence le fait que le soignant témoin d’une maltraitance pourrait se sentir en danger : le spectacle de la maltraitance est si violent qu’il induit une souffrance dont le poids demande une prise en charge par la collectivité.
- « Pour savoir si les collègues sont maltraités ou réagissent aux mêmes réactions que les résidents. ». On croit entendre ici que la maltraitance pourrait avoir quelque chose de contagieux.

En somme la maltraitance n’est pas considérée par les soignants comme un événement intéressant seulement le maltraitant et le maltraité. Ce n’est pas (ou pas seulement) parce qu’on pense que la maltraitance résulte d’une situation générale qui favorise son éclosion, et dont toute la communauté porte peu ou prou la responsabilité, mais plutôt parce que la maltraitance, par nature, est un phénomène de groupe. Le maltraitant est vécu comme un symptôme, et la maltraitance est une sorte de calamité dont nul ne serait à l’abri, que ce soit comme victime potentielle ou comme bourreau en puissance. Répétons-le : la bonne grille de lecture est sans doute celle des sociétés archaïques, dans lesquelles la personnalité collective l’emporte sur la conscience individuelle. C’est que la violence est une occurrence où la conscience d’être tend à se dissoudre, ce qu’au reste chacun éprouve lorsqu’il perd son calme.

La référence à la hiérarchie :

La troisième proposition était : Transmettre à l’encadrement.

7 soignants (20%) ne répondent pas. L’un commente cependant :
- « Pour l’équipe ; pour une continuité des soins ».
- Un autre : « Si on ne peut régler le problème en équipe, oui ».
- Un autre : « Parfois mais rarement : peur des retrouvailles, peur de la suite des événements ».
- « L’importance de l’équipe, d’en parler, de se renseigner ».
Cela fait supposer que leur non-réponse est un oubli. Notons qu’un seul soignant fait état de son souci pour la cohésion de l’équipe et de la crainte de représailles (On peut naturellement penser que le mot « retrouvailles » est mis ici par erreur à la place de « représailles ». ; mais les erreurs sont rarement gratuites : ce que ce soignant a écrit, c’est qu’il est difficile à l’équipe de survivre après que l’un d’entre eux ait failli à l’ « esprit de corps » ; c’est d’ailleurs ce qu’on entend souvent lorsqu’il s’agit de régler un conflit dans une équipe : « Je ne veux pas qu’il y ait une mauvaise ambiance ».) s’il dénonce un comportement déviant. D’un côté il faut du courage pour avouer cette crainte, de l’autre on avait cru comprendre dans de conversations privées que cette crainte est beaucoup plus présente.

4 soignants ne transmettent pas à la hiérarchie. L’un ne dit pas pourquoi. Pour les autres les raisons sont le désir d’agir d’abord discrètement : « J’en parle d’abord avec la collègue », mais aussi la crainte d’accuser à tort : « Difficile de raconter situation et contexte exact », et enfin la frustration de ne pas voir sa démarche aboutir : « Pas toujours bien écouté j’ai l’impression ». Notons que ce soignant répondait à la question Partager le doute : « Par culpabilité et trouver une solution ; pour en parler et être entendu par autrui », signifiant par là que l’écoute est meilleure de la part de l’équipe que de la part de l’encadrement. Celui qui déclarait : « Un cas signalé une fois non résolu par les supérieurs » transmet cependant à l’encadrement (« Oui, parfois ») en justifiant : « Ce sont nos supérieurs ».

Les autres soignants transmettent, mais ils ne sont donc que 2/3. Leurs justifications sont de plusieurs ordres :

On retrouve tout d’abord l’idée que la gestion de la maltraitance est affaire de groupe : « Dans l’intérêt de tous » ; « Il faut en parler en groupe, c’est plus facile pour essayer de trouver une solution si cela peut se faire » ; « Il ne faut pas rester sur un doute, tout le monde doit observer pour aboutir à une conclusion ». Ici l’idée est que l’encadrement fait partie du groupe : c’est donc tout l’établissement qui se trouve partie prenante.

Certains pensent que l’encadrement dispose d’une compétence supérieure : « Capacité à mieux gérer la situation délicate » ; on peut naturellement se demander s’il s’agit d’autre chose que du désir de se défausser d’une responsabilité, mais il est plus probable que face à la douleur engendrée par la maltraitance la hiérarchie se voit investie d’une sorte de pouvoir magique, la relation tendant ici à se calquer sur une relation parents-enfants : « Pour pouvoir améliorer certains cas, prévenir » ; « Une réaction, une situation particulière peut révéler un mal-être d’un résident, ou à A.-S. » (on trouve ici l’idée que la lutte contre la maltraitance va peut-être imposer de faire une sorte d’effraction dans l’intimité du maltraitant ; le caractère lui-même violent de cette effraction impose le recours à l’autorité) ; « Toujours en vue de trouver des solutions » ; « Pour remédier à la situation ; que ça ne se reproduise plus ; élucider la complexité des comportements » ; « Essayer de résoudre le problème ».

Ailleurs il s’agit clairement de prendre des mesures disciplinaires : « Pour éviter que cela se reproduise » ; « Toujours parce qu’on ne peut tolérer la maltraitance » ; « Si les soupçons sont fondés cela permet de protéger la personne concernée par la maltraitance ». Notons ici le caractère ambivalent du propos : la personne concernée par la maltraitance, c’est le maltraité, mais c’est aussi le maltraitant ; ce sont les deux qu’il faut protéger de la maltraitance.

Enfin certains soignants précisent à qui ils transmettent : « Sinon, M. C... (le Directeur de l’Établissement) » ; « Médecin » ; « Surtout au médecin ». Notons ici que le recours au médecin est une sorte de compromis : le médecin n’a aucun pouvoir disciplinaire, mais il fait partie à la fois de l’équipe soignante et de l’équipe dirigeante, ce qui le met en position symbolique de messager, ou de médiateur.

La position des soignants vis-à-vis d’une éventuelle répression de la maltraitance est donc ambiguë : d’un côté c’est à bon droit qu’on insiste sur la complexité des situations, de l’autre il semble que l’idée que la maltraitance est d’abord un fléau à éradiquer par une attitude sans complaisance de chacun a encore beaucoup de chemin à faire.

Autre réponse :

Une dernière option, libre, était proposée. Elle n’a pratiquement pas été utilisée. Un seul soignant note : « Essayer à tout prix de rompre le silence » et justifie en disant : « Il existe toujours une solution. Tout préjudice doit être réparé. ». Un autre, qui n’a pas répondu, note cependant : « Dans ce domaine nous sommes toujours en recherche de mieux. ».

Suite dans : "Une enquête sur la maltraitance : II"

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21 Messages

  • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 16 février 2016 à 20:49 , par stéphanie

    Bonjour,

    Je travaille en USLD et le médecin a supprimé la sonnette a une patiente paraplégique et donc complètement dépendante car elle a tendance à "trop" sonner et devient très demandeuse envers les équipes. Je m’intéroge sur la légalité de cette méthode...

    Cordialement


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    • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 18 février 2016 à 01:19 , par Michel

      Bonsoir, Stéphanie.

      Je comprends que vous soyez choquée. Et je ne suis pas plus sûr que vous de la légalité de cette méthode.

      Mais… ce que nous faisons est-il toujours très légal ? Et que faire dans une telle situation, que nous avons tous connue ?

      Si cette dame n’a plus de sonnette, cela peut augmenter son angoisse. Mais si elle la conserve, êtes-vous sûre qu’en sonnant à toute occasion elle ne l’entretient pas ?

      Et de toute manière, que faire ? Est-il possible, est-il réaliste de répondre à chacun de ses appels ? Je ne crois pas.

      Du coup je peux comprendre qu’on prenne une telle décision. Mais à condition que cette décision ait été prise en équipe ; et à condition surtout qu’on ait décidé quelles actions on met en place pour assurer la sécurité de cette dame, et pour l’aider à surmonter ce qui est à l’évidence la manifestation d’une angoisse. En somme c’est le même problème que pour les contentions : une contention est toujours illégale ; pourtant il nous arrive d’en prescrire ; on ne peut le faire que moyennant des mesures visant à assurer la sécurité de la personne, à réduire au maximum la durée de la contention, et à en compenser les effets néfastes.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • accusée de maltraitance en institution médical Le 7 mars 2015 à 18:49 , par pocativo

    Bonjour,
    Je travaille en milieu hospitalier de nuit. Ma cadre m’a appelé à la maison pour me dire qu’une patiente s’était plainte de moi, que je l’avais maltraité en l’occurrence : je l’aurai trainé par les pieds pour l’emmener à la salle bain, que je lui aurai arraché des lambeaux de peau aux jambes, que je lui aurai crié dessus et j’en passe et des meilleurs. J’ai écouté ma cadre et au moment où elle me dit la patiente n’est pas démente je me suis sentis très mal, accusé à tord. Je précise que la patiente à dit qu’il était 4h du matin. En fait lors de notre tour de 21h à la prise de poste et après les transmissions il nous a été rapporté à mes 2 collègues et à moi que le patiente avait des selles voir un fécalome (nous sommes 3 soignants la nuit 2IDE et une AS). Effectivement lors du tour nous constatons la patiente pleine de selle dans sa protection. Je prend la chaise de douche près du lit je fait les transfert de la patiente sur la chaise et je l’emmène à la douche ou là je procède au lavage des fesses uniquement, pendant ce temps ma collègue s’occupe de la literie et nous remettons la patiente dans le lit, et il était 21h30 et non pas 4h du matin. ma cadre m’a dit que je serai entendu ultérieurement et depuis je ne vais plus dans la chambre de la patiente, je passe le relais à mes collègues et je dois dire que je me sens très mal. Je ne sais pas ce qu’il va se passer et je vous demande qu’elles sont mes recours. J’ajoute aussi que je parle fort des fois de par ma surdité opéré depuis mais fragile et que souvent nos patients sont très sourd et que la communication parfois difficile et qu’il faut pratiquement tous le temps parler fort alors on ne se rend plus compte des fois. Merci d’avance de vos réponses.
    Une AS désespérée.


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    • accusée de maltraitance en institution médical Le 8 mars 2015 à 17:02 , par Michel

      Bonjour.

      Ce que vous vivez là est particulièrement douloureux. Essayons d’en analyser les composantes.

      La première chose dont il faut se débarrasser est de ce que vous risquez concrètement. En théorie, pas grand-chose. Il faudrait, pour que vous encouriez des sanctions disciplinaires ou pénales qu’on démontre plusieurs choses :
      - Que ce dont vous êtes accusée est réel.
      - Que la patiente jouit en permanence de toutes ses facultés.
      - Qu’aucun autre soignant n’a eu de difficultés avec elle.
      - Que ce n’est pas votre première incartade.

      Si ces points ne peuvent être affirmés, alors je vois mal comment une juridiction pourrait vous condamner. Évidemment cela dépend assez largement des relations que vous entretenez avec vos collègues.

      Ensuite il faut essayer de comprendre ce qui a pu se passer.

      Le plus simple est de se demander ce qu’elle a pu vivre. Soit qu’elle se soit trouvée dans un demi-sommeil, soit qu’elle ait une détérioration intellectuelle (il ne suffit pas de dire qu’ « elle n’est pas démente ») ou un état délirant. Ou encore elle peut s’être mise à vous en vouloir pour une raison ou pour une autre et c’est de propos délibéré qu’elle ment. Si c’est dans ces directions qu’il faut chercher, alors il serait douteux que vous soyez seule à avoir eu de tels problèmes avec elle. Notons immédiatement que cela ne résoudrait qu’une partie de votre difficulté, car il resterait à vivre ce que je sais, pour l’avoir vécu, représenter un drame : être accusé d’être un mauvais soignant, alors même qu’on a conscience d’avoir donné le meilleur de soi-même.

      On peut aussi travailler sur ce qu’elle dit : je l’aurai trainé par les pieds pour l’emmener à la salle bain. C’est bien peu vraisemblable, à moins que, durant le transport à la salle de bains, il ne vous soit arrivé effectivement de la prendre par les pieds, comme chacun de nous peut le faire si c’est plus commode pour prendre un virage ; mais le quiproquo vient de ce qu’elle était alors dans la chaise roulante ; il est donc faux de dire que vous l’auriez « traînée ». je lui aurai arraché des lambeaux de peau aux jambes. Si c’est vrai, alors il y a des plaies que chacun peut constater. que je lui aurai crié dessus. Cela peut se produire, mais cela s’entend. Et si tout cela s’est produit, alors votre collègue a sûrement remarqué quelque chose quand vous êtes rentrées dans la chambre.

      Il se peut que vous ayez été brusque dans vos gestes. C’est une des raisons pour lesquelles je n’aime pas le mot de maltraitance. Car il faut distinguer la maltraitance ordinaire, parfois délibérée, voire sadique, qu’on peut constater ici où là, et qui relèvent du Code Pénal, et les maltraitances inopinées ou involontaires, qui procèdent de l’épuisement, de l’inadvertance ou du manque de formation. Ces maltraitances nous menacent tous, j’en ai eu ma part, et il y a des comportements auxquels rétrospectivement je ne pense pas sans un sentiment de honte. Pour lutter contre la maltraitance il faut commencer par ne pas se maltraiter soi-même, et pour cela il faut être en paix y compris avec sa propre maltraitance, et avoir pitié de soi.

      Mais il y a encore un autre point.

      Supposons que tout ce que cette dame rapporte soit faux. Il reste à comprendre pourquoi elle le dit, et pourquoi elle le dit de vous. J’ai le très pénible souvenir de cette excellente soignante, que j’aimais beaucoup, et qui à deux reprises avait été accusée de maltraitance. Je n’ai jamais accordé de crédit à ces accusations, mais il m’a bien fallu lui en parler, et essayer de l’inciter à se poser la question. Cela s’est très mal passé. Vous indiquez que vous avez des problèmes auditifs ; cela peut suffire ; il peut y avoir d’autres comportements, une gestuelle, un positionnement à revoir, tout cela je le veux bien.

      Ce qui est fondamental en tout cas c’est de ne pas rester seule dans cette affaire. Par sécurité il faut consulter les syndicats, bien sûr, mais il faut avant tout vous rapprocher de vos collègues, et partager ce souci avec elles ; non seulement pour recueillir des indices qui vous montreront que votre cas n’est pas isolé, mais aussi simplement parce que vous êtes une équipe, et que les équipes servent aussi à ça.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • accusée de maltraitance en institution médical Le 18 mars 2015 à 13:02 , par Sophie

      Bonjour,
      Vous écrivez :
      " ...Je prend la chaise de douche près du lit je fait les transfert de la patiente sur la chaise et je l’emmène à la douche ou là je procède au lavage des fesses uniquement, pendant ce temps ma collègue s’occupe de la literie et nous remettons la patiente dans le lit..."
      Je souhaiterais vous aider car je suis aussi aide- soignante et nous avons été, sommes et serons tous et toutes confrontées à des situations jugées à tort ou à raison " maltraitantes ". Tous les jours notre fonction ( pas seulement notre travail mais aussi et ... surtout ? notre statut) , plus que n’importe quelle autre de la filière " soins " nous " désigne" comme potentiellement maltraitants .
      Quelle est la position de Votre collègue présente , si je puis dire à l’heure du crime , s’occupant de la literie ?
      Sophie


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  • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 8 décembre 2009 à 19:51 , par geronto1000

    Actuellement IDE dans un EHPAD, je me trouve confrontée à des situations de maltraitance de la part d’une grande majorité de l’équipe. Je souhaite vivement et rapidement mettre "quelque chose " en place afin de réussir à améliorer la situation. Votre questionnaire me semble très intéressant à utiliser mais dans quelles conditions ? Sur le lieu de travail ? Individuellemnt devant moi ? Chez elle ? En petit groupe ? Sur combien de temps ?
    A ce jour, je réussi à dire ce qui ne va pas au fur et à mesure, mais je ne suis pas toujours derrière le personnel, j’essaie de leur faire confiance, et personne ne veut donner de nom. Malgré tout, je sais qui "maltraite" mais comme je ne les prend pas sur le fait, je n’ose rien dire. Je me remets en cause régulièrement, j’en discute avec ma collègue, l’animateur, le médecin coordonateur mais nous sentons l’équipe peu prête à se remettre en cause (manque de personnel, de temps est le leitmotiv). Pourriez-vous m’aider dans ma démarche ?
    Merci d’avance


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    • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 11 décembre 2009 à 17:49 , par Michel

      Bonsoir, Caroline.

      Il me semble bien difficile de vous aider.

      Car la lutte contre la maltraitance ne peut se concevoir en dehors d’une démarche institutionnelle. Si vous essayez d’agir seule, vous n’arriverez à rien d’autre qu’à vous faire massacrer. Or ce n’est pas le but, il s’agit d’être efficace.

      Pour cela il vous faut faire le compte de vos alliés, et essayer de comprendre quels sont les enjeux, et surtout les souffrances.

      Maintenant il y a la situation précise dont vous parlez. Elle peut être un levier, mais il faut l’analyser.

      Voudriez-vous m’en dire plus ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 16 novembre 2009 à 21:53 , par ocezoe

    bonjour
    nous sommes des parents avec 2 enfants 3 ans et 4 mois nous sommes accuser a tort d avoir ma ltraite notre enfant de 4 mois je vous raconte samedi 7 novembre zoe avais rendez vous chez le medecin pour c est vaccins elle avais un gros bleu a la joue j en est parler au medecin qui ma dis qu il fallais aller au urgence d amiens car il pensserque son sang coaguler mal ou que ca pouvez etre c plaquette tout de suis on a etais accuser a tort zoe a fait plein d examen radio du squelette et grosse claque on nous annonce que notre fille a de nombreuse fractures au mains au pieds au bras a la tete et des cote de casser alors la fin nous etions decomposer en attendant tout les resultats qui son bon nous risqu on de perdre notre fille ou les 2 aidez nous s il vous plaie nous sommes dans la detresse


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    • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 17 novembre 2009 à 20:58 , par Michel

      Bonsoir,

      Quelle détresse !

      Comment puis-je vous aider ?

      Il n’y a aucune raison pour que la vérité ne se manifeste pas.

      Et la vérité va passer par des choses très simples ; en effet si votre enfant présente des images de fractures, le nombre de solutions est restreint :
      - Ces images ne correspondent pas à des fractures ; tout bon médecin qu’on soit, il arrive qu’on s’y trompe ; mais on ne s’y trompe pas longtemps.
      - Il s’agit d’un enfant qui a une fragilité osseuse. Cela existe, et cela se démontre.
      - Il y a eu des traumatismes, et la seule question qui se pose est de savoir où, comment, par qui.
      - Et puis il peut y avoir un peu de tout cela.

      Mais il n’y a pas d’autre hypothèse. Autant dire que le tour de la question sera vite fait.

      Mais pour l’heure, il m’est bien difficile de vous dire des choses plus précises. Peut-être pourriez-vous m’en dire davantage, éventuellement en privé (vous avez mon adresse mail sur la page d’accueil).

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 6 septembre 2009 à 23:38 , par cavite19

    Bonjour je suis une aide soignante, Une personné coherent mais tres agressif la nuit m’ont accusé de lui giflé mais j’ai le conscience propre et son accusation n’etais pas vrai...Son comportement à étais déja signlé aux infirmieres, elle sont repundu que c’etais normal et que " cette personne est une garce" ???....mais cette personne se plaint à notre superieur...

    quoi faire ????comment je me dependre ???? Merci


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    • Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 7 septembre 2009 à 21:01 , par Michel

      Bonsoir.

      La situation que vous décrivez est malheureusement assez fréquente.

      Et il faut s’attendre que certains soignants soient accusés injustement. C’est inévitable : ou bien on décide que les faits de maltraitance ne seront sanctionnés qu’à coup sûr, et il est évident qu’on laissera passer des actes de maltraitance ; ou bien on décide que toute maltraitance doit être pourchassée, et il y aura des victimes innocentes. Et je ne parle même pas des situations qui sont entre deux.

      Mais cela dit, je crois que vous pouvez trouver des éléments rassurants. Dans ces affaires, c’est évidemment parole contre parole. Si vous n’avez jamais été suspectée de maltraitance et si vous avez affaire à un patient qui est souvent pris en flagrant délit de mensonge, je ne vois pas comment une hiérarchie pourrait vous menacer de quoi que ce soit. La seule précaution que vous avez à prendre est de ne pas rester seule dans cette affaire, et de ne pas hésiter à en parler.

      Contrairement à beaucoup de mes amis, je crois que les sales types, ça existe ; celle qui a été garce toute sa vie n’a aucune raison de cesser de l’être quand elle vieillit. Et je veux bien que ce soit toujours parce qu’on a eu des malheurs qu’on est méchant, mais je n’y crois pas trop, et d’ailleurs je m’en fiche un peu.

      Toutefois, il vous faut examiner deux points :
      - Dans ce qui s’est passé cette nuit-là, êtes-vous absolument sûre que la personne n’a pas pu se méprendre sur un de vos gestes ? L’une des histoires les plus pénibles de ma carrière aura été le jour où j’ai dû attirer l’attention d’une aide-soignante en qui j’avais par ailleurs toute confiance (et je n’ai pas changé d’avis là-dessus), et qui avait été accusée de maltraitance par un malade, sur le fait que ce n’était pas la première fois qu’elle était ainsi accusée. Or il se peut qu’on ne soit pas toujours conscient de l’image qu’on donne de soi (j’en sais quelque chose...).
      - S’il est vrai, comme je vous l’ai dit, que les garces authentiques existent bel et bien, que dit ce malade dans cette affaire ? Qu’est-ce qu’il exprime de son vécu ? Comment l’aider à se sentir vivant et digne d’intérêt sans qu’il lui soit besoin de recourir à ces mensonges ?

      Et qu’est-ce qui prouve qu’il ne s’agit pas d’une bonne démence fronto-temporale ? Ce sont des malades dont la mémoire et les grandes fonctions cognitives sont souvent très bien conservées, de sorte qu’ils font illusion.

      Donnez-moi de vos nouvelles.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 13 janvier 2007 à 16:18 , par Vives Benjamin

    BONJOUR JE SUIS ETUDIANT INFIRMIER 3 ANNEE MON SUJET DE MEMOIRE PORTE SUR LA MALTRAITANCE AUSSI JE NE VOIS AUCUNE DEFINITION DANS VOTRE ETUDE
    SERAIT IL POSSIBLE DE M ENVOYER UNE DEFINITION OU DE LA BIBLIOGRAPHIE
    MON SUJET CONCERNE LA PSYCHIATRIE ET ENGLOBE TOUS LES PATIENTS
    MERCI


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    • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 13 janvier 2007 à 18:14 , par Michel

      Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire

      Michel

      Bonjour.

      Effectivement, vous ne trouvez pas dans ce travail de définition de la maltraitance.

      La raison en est simple : c’était précisément le but de l’enquête, et de ce point de vue elle n’a pas abouti ; il faut dire que j’ai quitté l’établissement, et que ce travail n’a pas été poursuivi.

      Mais de toute manière c’est là une des questions les plus difficiles : il n’y a pas de définition correcte de la maltraitance. J’ai depuis plusieurs années un travail en cours sur ce sujet, et je n’y arrive pas. Si j’en trouve le temps je publierai sur le site l’état de ma réflexion. C’est très difficile.

      M.C.


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      • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 13 juin 2007 à 19:01 , par severine

        Bonjour,

        Aucunes définitions sur la maltraitance n’est identique. Par contre beaucoup parle de violence et non de maltraitance, quelle est la différence ? Par rapport à votre enquête le fait de faire manger une patiente vite, d’enlever les sonnettes sont de la violence ou de la maltraitance ?


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        • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 13 juin 2007 à 19:32 , par Michel

          Vous avez totalement raison. Les définitions de la maltraitance sont multiples. Et s’il en va ainsi c’est parce que la définition de la maltraitance pose des problèmes inextricables. Cela fait plusieurs années que je retourne ce problème sans pouvoir écrire une ligne qui me convienne. Tout ce que je sais faire, c’est mettre en garde contre les simplismes. Heureusement, en matière de maltraitance, il y a tant de choses évidentes à faire qu’on n’est pas près de manquer d’ouvrage. Mais quand on attaquera le noyau dur on regrettera d’avoir inconsidérément manié tant de schématismes.

          Le comble du ridicule est l’idée de bientraitance. On ne bâtit pas un concept sur un jeu de mots, surtout quand l’autre terme du jeu de mots est aussi mal défini. Cela se paiera.

          Mais vous demandez s’il existe une différence entre violence et maltraitance. Je ne peux pas vous répondre, puisque je vous ai dit que je ne suis pas sûr de savoir ce qu’est la maltraitance. Mais provisoirement (très provisoirement), je réserverais le terme de violence à deux sortes d’actes :
          - Ceux qui sont nécessaires dans une situation donnée : la contention est une violence (elle devient une maltraitance quand elle est utilisée à tort).
          - Ceux qui sont décidés par méconnaissance, par erreur, mais avec une intention non malveillante.

          Mais c’est très provisoire.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • Bonjour,

            tout d’abord, merci de m’avoir répondu. Je me pose beaucoup de question car je suis en train d’écrire mon mémoire sur la maltraitance des personnes agées alzheimer. J’ai observé 3 situations de violences. Ces situations ne se sont répétées qu’une fois et je me demande si je peux parler de maltraitance ou de violence et cela sans tomber dans le jugement de valeur.


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            • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 14 juin 2007 à 22:51 , par Michel

              Bonsoir.

              Toujours très provisoirement, je dirais que parler de maltraitance implique un jugement de valeur : car si vous parlez d’una cte maltraitant vous énoncez que vous désapprouvez cet acte.

              Il vous faut apprécier les conséquences de l’acte, mais surtout l’intention qui y a présidé, pour autant que vous puissiez la connaître. Peut-être pourrions-nous aller plus loin si vous décriviez les actes en question.

              Mais de toute manière on voit bien que le facteur limitant de cette discussion est que nous ne savons pas définir la maltraitance...

              Bien à vous,

              M.C.


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              • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 15 juin 2007 à 09:47 , par severine

                Bonjour,

                Mes 3 situations ce sont déroulés dans divers services, la première situations c’est une aide soignante qui a arrêté de faire manger une patiente parcequ’elle n’allait pas assez vite à déglutir. La deuxième, c’est une patiente alzheimer qi s’accroche à tout ce qu’elle peut et l’aide soignante lui a mis une claque sur la main. Et enfin c’est le fait d’enlever la sonnette à une personne agée soit disant parcequ’elle ne sait pas pourquoi elle sonne. Ces situations, je les ai observé qu’une fois.

                Voilà, même en lisant divers ouvrages sur la maltraitance et la violence, ca m’avance pas plus.

                Merci


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                • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 15 juin 2007 à 18:50 , par Michel

                  Bonsoir, Séverine.

                  Mais si, vous avancez.

                  Voyons. Il y a une situation qui semble assez simple, c’est celle des comportements qui relèvent du Code Pénal.

                  Mais pourquoi faudrait-il nommer ces comportements ? Les lieux de soins sont des lieux comme les autres, et les milices privées sont interdites. Donc le droit qui s’applique dans les lieux de soins, c’est le droit commun. Dans ces conditions il ne sert à rien de dire qu’on appelle maltraitances les actes qui relèvent du Code Pénal. Le devoir du soignant est clair :

                  « une aide soignante a arrêté de faire manger une patiente parce qu’elle n’allait pas assez vite à déglutir. »

                  Cela constitue le délit de délaissement. Code Pénal articles 223-3 :

                  Le délaissement, en un lieu quelconque, d’une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

                  « La deuxième, c’est une patiente alzheimer qi s’accroche à tout ce qu’elle peut et l’aide soignante lui a mis une claque sur la main. »

                  Cela constitue le délit de violences. Code Pénal, article 222-13 ;

                  Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende lorsqu’elles sont commises :
                  1º Sur un mineur de quinze ans ;
                  2º Sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur.

                  "Et enfin c’est le fait d’enlever la sonnette à une personne agée soit disant parcequ’elle ne sait pas pourquoi elle sonne. »

                  Cela constitue le délit de mise en danger de la vie d’autrui. Code Pénal, article 223-1 :

                  Le fait d’exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.

                  Allons plus loin : vous avez l’obligation d’intervenir. Code Pénal, article 223-6 :

                  Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende.
                  Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.

                  Et vous êtes tenue de dénoncer. Code Pénal, article 434-3 :

                  Le fait, pour quiconque ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’atteintes sexuelles infligés à un mineur de quinze ans ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique ou d’un état de grossesse, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

                  Mais nous voyons bien que les choses ne peuvent pas se passer ainsi.

                  Car de quoi parlons-nous ? Nous parlons de professionnels qui craquent, nous parlons de professionnels qui n’ont pas été formés à la prise en charge des déments, nous parlons de professionnels qui ne sont pas préparés à leur travail. Nous parlons de professionnels qui sont probablement pas très fiers de leur attitude, qui essaient de se justifier comme ils le peuvent. Ce que nous avons à faire, ce n’est pas d’écrire au Procureur, mais d’essayer d’agir auprès d’eux, et surtout de les former. Face à ce que vous décrivez, et qui est « la maltraitance ordinaire », il y a beaucoup de travail, et notre devoir est évident.

                  Les problèmes ne se posent qu’au niveau théorique, mais là ils se posent. Et si cela n’a aucune importance quand nous considérons ces actes de maltraitance ordinaire, cela en aura vite quand nous attaquerons les zones plus floues.

                  Ce à quoi vous avez assisté, ce sont des violences.

                  Je vous ai dit qu’il y a des violences dont on ne peut faire l’économie (traiter contre son gré un malade agité qui se met en danger, par exemple).

                  Ici nous avons franchi un pas de plus : ces violences ne sont pas nécessaires. Mais on peut considérer qu’elles ont échappé à leurs auteurs, ce qui change et le regard qu’on porte sur elles et surtout la stratégie qu’on va adopter pour lutter contre. On entre là dans la maltraitance.

                  Mais nous savons bien, les journaux en parlent, qu’il y a des maltraitances quasiment délibérées.

                  Et puis il y a les infractions caractérisées au Code Pénal.

                  Ce qui rend les choses difficiles, c’est qu’en fait les maltraitances sont toujours des infractions au Code Pénal, et que nous commettons un abus de pouvoir quand nous prétendons les régler nous-mêmes.

                  Ce qui rend les choses difficiles, c’est que la matraitance résulte de l’action d’un maltraitant sur un maltraité. Et il est injuste de stigmatiser de la même manière le professionnel qui n’a pes été formé à la prise en charge du dément et le professionnel qui prend un plaisir sadique à humilier la personne. Mais d’un autre côté il y a peu de chance que le maltraité, lui, soit très sensible à cette nuance.

                  Provisoirement toujours, je vous proposerais de dire ceci : un acte est certainement un acte de maltraitance :
                  - S’il est violent d’une manière ou d’une autre.
                  - Si cette violence n’est pas absolument nécessaire.
                  - Et si elle constitue, même si peu que ce soit, une infraction au Code Pénal.

                  Mais je sais bien que rien de cela n’est clair : car tout le monde ne voit pas la violence aux mêmes endroits, tout le monde ne juge pas identiquement de la nécessité de la violence, et tout le monde n’est pas d’accord sur l’opportunité de recourir au Code Pénal...

                  Cependant, vous avancez.


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                  • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 8 juillet 2012 à 22:45 , par LATOU

                    Je tiens à informer les gens que pour avoir passer des journées et quelques nuits en MDR pour "surveiller" mon papa, j’ai pu assister à de nombreuses négligences.
                    Il y a réèllement du personnel compétent et responsable mais il y a de ceux qui font ça à contre-coeur et simplement pour gagner leur vie ; ce qui n’est pas négligeable mais la gériatrie est bien trop lourde pour y travailler sans motivation.


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                    • > Une enquête sur la maltraitance : I : le questionnaire Le 12 juillet 2012 à 18:43 , par Michel

                      Bonsoir, Latou.

                      Ce que vous avez constaté est hélas monnaie courante.

                      Et vous avez raison de remarquer que bien des professionnels ne font pas ce métier par vocation mais par nécessité. Ce serait cependant une raison de ne pas leur en vouloir trop, surtout dans la période actuelle.

                      Au contraire, cela doit nous inciter à porter un regard plus critique sur nous-mêmes et sur notre civilisation. Pourquoi tolérons-nous que les vieilles personnes soient ainsi prises en charge par des personnes insuffisamment compétentes, ou trop peu motivées ? Quelle image donnons-nous de ce métier pour qu’il soit à ce point rebutant ? Quels moyens mettons-nous ? Quelles sont nos priorités ? Et je dis bien : nos priorités ; car les choses ont un coût, et ce coût c’est nous qui devrons le payer.

                      Cela ne retire rien au fait que les soignants font ce qu’ils peuvent, ce qu’ils croient bien ; et que cela n’est jamais assez (et ne pourra jamais être assez) pour les proches qui ont tant besoin que leur parent soit traité au mieux.

                      Je crois (il faudra que j’écrive sur ce point) que nous nous sommes engagés, dans notre conception même des maisons de retraite, sur une voie sans issue.

                      Bien à vous,

                      M.C.


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