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La personne âgée opposante

dimanche 17 mars 2013 par Michel

Il y a peu je recevais le message suivant :

"Aide soignante passionnée de gérontologie depuis 20 ans, je nourris l’évolution de mon prendre soin par des connaissances puisées dans des ouvrages tels que votre site, ces troubles qui nous troubles de Mr Pellissier, ceux de Mr Gineste/Marescotti , les recommandations de l’ANESM etc... je travaille dans un EHPAD où l’équipe a du mal a se détacher de certains ancrages, non ajustés, de sa formation initiale et j’ ai beaucoup de mal avec leur conception de la "stimulation" chez la personne âgée. Trop souvent cela se traduit par abandon (la personne est laissée seule nue devant son lavabo), mise en echec , brusquerie (allez ! dépêchez-vous), ordres (tenez vous droite ! pour des personnes voûtées) ou réprimandes (vous ne faites aucun effort !).Lors du premier décès auquel j’ai assisté dans l’établissement j’avais été très choquée que le jour même du décès, la veille l’ avant veille la personne douloureuse, encombrée, acommunicative etc... avait était levée comme d habitude sous le prétexte de la stimulation à la sociabilisation et à l’alimentation. Quand j’ai osé aborder le sujet en essayant d’avancer plutôt vers le soutien, l’encouragement, l’ adapaptation du rythme etc... j ai reçu en réponses (entre autres rejets) "nous sommes là pour ça ", "il faut les forcer", " ils ne font pas d’efforts pouquoi en ferions nous ?" "vous avez vu comment il nous répond alors hein ?".
Je rêve alors d’un article de vous pour m’éclairer , me conforter sur ce sujet trés spécifique de la stimulation de la personne âgée qui, pour beaucoup d’aides-soignants reste noyé dans la globalité d une formation initiale plus ciblée sur une obtique rééducationelle que sur l’évolution régressive des capacités lors de l’avancée dans l’ âge.
Merci par avance pour votre réponse (personnelle si vous en avez le temps ou dirigée vers un ouvrage ou article spécifique déjà écrit)."

Je me rends bien compte que l’article ci-dessous ne répond que partiellement aux questions posées. Mais peut-être contient-il tout de même quelques éléments.

Que faire pour la personne âgée qui ne veut rien faire ?

C’est là une question qui se trouve au cœur de la pratique quotidienne du soignant, spécialement en maison de retraite. On sait que les EHPAD sont des lieux de vie, et qu’il convient d’organiser celle-ci de telle sorte qu’elle ressemble autant que possible à la vie ordinaire. On sait que la personne âgée a besoin d’activité physique ; en cela elle ne diffère pas de n’importe quel humain, à ceci près qu’elle paie immédiatement, elle, les conséquences de la sédentarité. On sait qu’elle a besoin de stimulations intellectuelles, sous peine de tomber dans un état d’apathie, voire d’aggraver les conséquences d’un déclin cognitif. Et on voit les établissements médico-sociaux s’organiser pour que la journée de la personne âgée soit rythmée par des temps d’animation, ou de stimulation. C’est assurément une très bonne évolution. Mais on n’est pas long à observer qu’elle ne fait pas l’unanimité, à telle enseigne que certaines vieilles personnes se montre réticentes, voire opposantes, à y participer. Cela nous fournit une occasion de nous interroger sur cette nouvelle tendance.

L’animation des vieilles personnes :

Nouvelle ? Pas tant que cela, du reste. Ce n’est pas d’hier que la question est posée, et que les maisons de retraite cherchent à animer les journées de leurs résidents ; ce n’est pas d’hier que la question de l’ennui est posée. Ce qui est nouveau c’est la mobilisation plus ou moins généralisée de moyens spécifiques. Essayons d’en observer le fonctionnement.

On ne sera pas long à discerner que ce mouvement comporte deux aspects.

Le premier aspect est l’animation proprement dite. Et certes il n’est pas question de remettre en cause les efforts qui ont été accomplis dans ce domaine [1]. Mais de quoi s’agit-il ?

On connaît ces animations : jeux de société, spectacles, danses, sorties, vacances organisées, séances de gymnastique, ateliers… Toutes ont leur valeur, mais la question qu’il convient de se poser me semble de savoir quels sont les buts poursuivis. Et on peut en énumérer au moins trois, qui sont toujours présents, et le plus souvent de manière simultanée.
- Il y a le désir d’occuper le temps.
- Il y a le désir de maintenir un lien social.
- Il y a le désir de profiter de ces actions pour impulser une stimulation psychologique, cognitive, physique.

Le second aspect est l’utilisation de ce qu’on appelle les actes élémentaires de la vie quotidienne dans le but de stimuler la personne. On trouve là tout ce que les équipes mettent en œuvre pour préserver l’autonomie de la personne en l’incitant à faire sa toilette ou, au minimum, à y participer, ou tout ce qui tourne autour des repas. Il serait passionnant de détailler tous ces points, mais cet article n’est qu’une ébauche, qui demande à être complétée.

Pour rapide qu’elle soit cette description permet de poser quelques questions, ou plutôt d’interroger certaines limites.

Occuper le temps :

Les animations ont pour but d’occuper le temps. Mais pourquoi faut-il occuper le temps ? Il y a en maison de retraite des résidents qui se plaignent de s’ennuyer ; et il y en a bien plus encore qui ne se plaignent pas mais qui, dès qu’on leur propose une activité s’aperçoivent que « cela fait passer le temps ». La question de l’ennui se pose donc bel et bien. Reste à se demander pourquoi notre époque redoute à ce point de s’ennuyer. Peut-être n’y a-t-il pas si loin de la volonté d’occuper la personne âgée à cette frénésie dans laquelle on plonge les enfants, partie pour les pousser dans leur développement, partie par crainte de les voir s’ennuyer [2]. On méconnaît que l’ennui est à la fois un sentiment pénible et une expérience métaphysique fondamentale, au cours de laquelle nous faisons l’expérience de l’écoulement du temps, et de notre place dans cet écoulement ; c’est pourquoi il est si important de laisser les enfants s’ennuyer, au moins un peu. Or, quand nous nous promenons dans le hall de la maison de retraite, nous ne manquons pas d’être inquiets devant ces vieilles personnes qui sont là, assises entre deux plantes vertes auxquelles elles se mettent vaguement à ressembler [3], et qui semblent condamnées à attendre, ce que nous n’imaginons pouvoir se faire sans ennui. Or quand nous les interrogeons elles nous répondent le plus souvent qu’elles ne s’ennuient pas, ce que nous nous empressons de ne pas croire. Il ne nous vient pas à l’esprit que, peut-être, elles disent vrai, et que ce que nous prenons pour un indicible ennui pourrait bien être en réalité un temps de contemplation, ou de méditation [4]. Bref, et sans contester le moins du monde combien il est important de proposer aux vieilles personnes des activités variées, il se pourrait que dans cette volonté de les occuper il entre quelque chose de suspect.

Stimuler le psychisme, l’intellect, le corps :

Voici qui est assurément bienvenu, tant il importe de tout faire pour préserver les capacités des sujets vieillissants. Il faut simplement prendre garde à deux points.
- Le premier concerne sans doute cette doxa particulière du mens sana in corpore sano. Elle nous est pratiquement une seconde nature ; il serait intéressant cependant de se rappeler ses origines : depuis les penseurs grecs jusqu’à Bismarck il existe un courant de pensée qui fait au citoyen un devoir d’entretenir son corps [5]. Cette exigence est assurément à considérer, tout comme on peut considérer qu’il y a un devoir implicite d’éviter de faire, par le biais de l’Assurance Maladie, supporter à la collectivité les conséquences de ses choix de vie. Reste qu’elle est la conséquence de choix philosophiques qu’on n’est pas forcé de partager, et qu’il faudrait se demander ce que, de ce point de vue, on peut légitimement exiger d’une personne qui vit ses dernières années, voire ses derniers trimestres.
- Le second concerne le mélange qui se fait obligatoirement entre le champ de l’animation et le champ du soin. Ici encore rien de plus naturel : tout les lecteurs de Rabelais ont aimé la manière dont Ponocrates conçoit l’éducation de Gargantua, et comment il saisit chaque occasion de la vie quotidienne de son élève pour en faire un outil de pédagogie ou d’entraînement physique. Il n’en reste pas moins que le parallèle pose question : non seulement, quand on mélange pédagogie et animation on ne fait pas la même chose que quand on mélange soin et animation [6], mais encore le soignant n’est pas un animateur, l’animateur n’est pas un soignant, et s’il est heureux qu’il existe une certaine porosité entre ces deux rôles cette porosité a des limites, et elle pourrait bien poser des problèmes insoupçonnés [7].

Maintenir un lien social :

Voilà, ici encore, quelque chose de très important : toutes ces activités permettent à la personne âgée de ne pas rester seule, et de continuer d’avoir une vie sociale. Mais la question qui se pose ici est double :
- Si la vieille personne ne souhaite pas de vie sociale, que signifierait le projet de l’y contraindre (cela se produit) ou même simplement de lui faire sentir une désapprobation ? Quelles seraient les bases philosophiques d’une obligation dans ce domaine ?
- Ce projet de maintenir la vieille personne dans le lien social supposerait qu’on veille à ne pas réduire ce lien à des situations factices : comment l’établissement s’organise-t-il pour que les résidents soient tenus au courant des affaires du pays et du monde, comment assure-t-il l’accès aux opérations électorales ? Comment permet-il des déplacements à l’église ou à la mosquée ? Comment met-il en œuvre une démocratie interne qui ne se limite pas aux réunions de la commission des menus ?

Utiliser les actes élémentaires de la vie quotidienne :

Là encore le projet est excellent. Et on ne redira jamais assez combien il importe de préserver les possibilités de la personne, ou combien la règle : « aider à faire et non faire à la place » est essentielle dans le soin. On ne redira jamais assez [8] combien, par exemple la toilette peut être l’occasion d’un temps relationnel très fort.

Mais, justement, parlons de la toilette. Cette question demanderait à elle seule un article complet. Contentons-nous de faire observer qu’il n’y a pas autant de sens qu’on le croit à demander à des équipes soignantes clairsemées d’investir l’essentiel de leur temps de travail du matin à laver quotidiennement et des pieds à la tête des personnes qui n’ont guère l’occasion de se salir. Et ajoutons que, quand on fait observer cela, on s’entend rétorquer que la toilette est aussi un temps relationnel. Peut-être ne s’avise-t-on pas suffisamment que si c’est pour avoir un temps relationnel il serait plus judicieux de venir avec un journal qu’avec un gant et du savon. On trouverait alors d’autres occasions d’aider à faire : pourquoi faudrait-il que la contrepartie de cet aider-à-faire soit de ne le mettre en œuvre que dans des situations qui ne constituent pas la partie la plus intéressante de l’existence ? [9]

La vieille personne opposante :

N’allons pas plus loin. Le but de ces remarques était simplement de demander si, quand nous déplorons que la personne âgée refuse de participer aux activités, qu’elle refuse les soins ou les stimulations, nous sommes totalement assurés qu’elle a tort. D’ailleurs il arrive que ce soit le cas.

Une chose est évidente : cette vieille personne opposante nous met mal à l’aise, et il n’est pas étonnant que nous usions de tous nos moyens de persuasion pour l’amener à changer d’attitude ; il arrive même que les meilleurs d’entre les soignants arrivent là en limite de maltraitance.

Elle nous met mal à l’aise parce que nous n’arrivons pas à nous défaire de l’idée qu’il n’est pas normal de ne rien vouloir faire ; derrière ce refus de faire nous ne voyons pas autre chose que la dépression, la perte du goût de vivre ; on en vient vite à soupçonner un trouble psychiatrique et à parler d’aboulie ; ne rien vouloir faire est un signe de dépression [10] ; cela demanderait à être pris avec plus de prudence, tant la dépression est l’occasion d’un jugement moral qui pourtant n’a rien à faire là. Derrière la dépression se profile le spectre de l’acédie, cette torpeur spirituelle, ce désintérêt de tout, cette négligence généralisée qui est la pire chose qui puisse arriver au moine, et qui est un des plus graves parmi les péchés capitaux.

Or il faudrait distinguer entre la personne qui ne veut rien faire et celle qui veut ne rien faire. La première n’a de goût à rien ; la seconde a un goût : celui de ne pas en avoir. Tout soignant a dans son souvenir les paroles de telle ou telle vieille dame qui disait : « J’ai travaillé toute ma vie pour les autres, maintenant je veux qu’on me fasse tout » [11]. La réponse à cette exigence n’a rien d’automatique, et ce n’est pas parce que la vieille dame exige d’être totalement prise en charge que l’institution est tenue d’obtempérer. Reste qu’il faut l’entendre. Et ne pas se contenter de voir, derrière ce désir de se laisser aller, le spectre de la mort.

Elle nous met mal à l’aise par le même mécanisme que celui qui nous fait souffrir quand l’enfant ne veut pas manger : comment peut-il refuser ce que je lui donne, comment peut-il rejeter le meilleur de moi-même ? [12]. La personne opposante est celle qui refuse mon cadeau, celle qui par là ébranle mon image de moi comme bon soignant ; elle est aussi celle qui refuse la vie en collectivité telle que je l’ai rêvée ; elle est enfin celle qui m’interdit de me mirer dans son image comme je le voudrais. C’est sans doute là qu’il faut placer le fait que, malgré tous nos efforts, la vie en maison de retraite n’est pas, et ne sera sans doute jamais, « la vraie vie », et qu’il y a toujours dans les projets d’animation un faire-comme-si dont nous n’aimons pas que la vieille personne nous rappelle qu’elle n’est pas dupe.

Elle nous met mal à l’aise enfin parce que ces exigences, il n’est pas évident que nous devions y céder : si on part de l’idée que la vieille personne est avant tout un citoyen [13], alors il est légitime de lui demander d’agir en personne responsable, et impliquée dans l’utilisation judicieuse des ressources. Il y a là une contradiction qui ne se lève pas simplement. Mais on ne doit pas perdre de vue que quand, dans le projet louable de lui éviter des maltraitances, on construit autour de la personne âgée un monde factice où tout est lisse et cotonneux, on s’approche dangereusement d’une autre forme de maltraitance.

Alors que faire ?

Devant une personne qui ne veut rien faire, il faut d’abord poser au moins trois types de questions :
- S’agit-il d’une dépression ? On verra vite que c’est une situation d’une grande fréquence.
- S’agit-il d’un état passager, lié par exemple à une altération de l’état général demandant un diagnostic ?
- S’agit-il d’une tentative pour la vieille personne de masquer, en disant qu’elle ne veut pas faire, qu’en réalité elle ne peut plus ou ne sait plus faire (situation extrêmement fréquente chez le dément) ?

Ces questions une fois traitées, il reste à réétudier avec elle le projet de vie de la personne. Car rien ne peut être seulement envisagé tant qu’elle n’a pas dit ce qu’elle veut faire. Rien ne peut être envisagé tant qu’elle n’a pas fait usage de sa liberté. Et sa liberté peut être de ne pas vouloir sortir de sa chambre, tout comme elle peut être de ne pas vouloir faire sa toilette, voire de ne pas manger.

Le fait que sa liberté doit à tout prix être respectée ne signifie pas qu’il faille en passer toujours par où elle veut. Nous avons déjà vu par exemple que la personne est libre de formuler des exigences démesurées, mais que l’institution est libre de ne pas y souscrire. Nous savons aussi que dans la vie courante, la vraie vie, celle dans laquelle nous sommes encore, il est parfaitement légitime de forcer quelquefois la décision de tel ou tel proche : du respect absolu de la liberté de l’autre, on glisserait bien vite à l’indifférence. Mais il reste que si nous décidons que la liberté du résident est notre loi, si nous décidons de la prendre au sérieux, nous allons bien vite nous trouver amenés à en rabattre de notre interventionnisme. Ne restera plus, et ce ne sera pas une mince affaire, qu’à obtenir des proches qu’ils respectent eux aussi cette liberté.

Le résident malade :

D’une manière peut-être un peu inattendue, la question ne se pose guère différemment chez le résident malade ; sous cette appellation nous entendons essentiellement le malade dément et le malade en fin de vie.

Ce n’est pas différent parce que, pour malades qu’ils sont, ces sujets ne sont pas pour autant privés de leur liberté. On s’économiserait sans doute beaucoup de difficultés (et beaucoup d’agressions) si avant d’effectuer un soin à un dément on se demandait ce qu’il en pense (d’où tenons-nous que le dément ne pense plus ?). Et on éviterait bien des désastres éthiques si on ne perdait pas de vue que la fin de vie ne vaut d’être vécue que dans la liberté.

Ce n’est pas différent parce que, dans ces cas comme dans tout les autres la question qui doit se poser avant toutes les autres est de savoir au nom de quoi on veut ce qu’on veut. Et on ne peut vouloir à la place de l’autre que pour deux types de raisons :
- L’intervention est strictement et évidemment nécessaire. Si on prend l’exemple de la toilette, c’est le cas du sujet dont l’incurie commence à générer un désagrément pour les autres résidents ; dans ce cas en effet le sujet abuse de sa liberté et ce qui s’impose à lui est ce qui s’impose à tout citoyen ; ou encore ( mais c’est bien plus rare qu’on ne prétend) il y a une raison médicale.
- L’intervention s’intègre dans un projet pédagogique construit et concerté, ou fait partie d’un projet de soins. Cela suppose une réflexion préalable sur ce qu’il est raisonnablement possible d’espérer. Par exemple le projet de soins d’un malade en fin de vie doit évidemment tenir compte du pronostic à court terme, et des inconforts induits par ce projet de soins. Et il ne sert à rien de vouloir stimuler un dément qui a perdu toute capacité à construire une action.

Les deux principaux obstacles à cette prise en charge respectueuse sont probablement d’une part l’illusion que nous avons une obligation de réaliser tel ou tel soin (aucun soin n’est obligatoire, le devoir du soignant n’est pas d’effectuer des gestes mais d’avoir souci) et d’autre part la souffrance qui ne manque pas d’étreindre le soignant quand, voyant son offre de soin contestée, il se sent contesté en lui-même. La quasi totalité des actes de maltraitance sont liés à la souffrance des soignants.


Notes

[1Tout au plus faudrait-il nuancer : la question a toujours été posée, et bien des maisons de retraite n’auront pas attendu que l’animation soit à la mode pour faire ce qu’elles pouvaient, et qui était infiniment mieux que rien.

[2Et partie aussi, sans doute, de peur d’avoir à nous en occuper nous-mêmes, mais c’est là une autre histoire.

[3Il y aurait toute une méditation à mener sur les rapports entre le vieillissement et le règne végétal, en remarquant par exemple qu’un végétal est avant tout un être vivant qui ne peut se déplacer ; on trouverait quelques pistes chez Christian Bobin, mais on pourrait se contenter de laisser résonner en nous quelques images, ou de se demander ce que nous disons quand nous disons que telle vieille personne est devenue un légume ; mais revenons à notre sujet.

[4Reste à savoir si la méditation ne suppose pas elle-même une expérience de l’écoulement du temps ; peut-on méditer sans s’ennuyer ?

[5Notamment pour rester apte à faire la guerre.

[6Ce qui doit induire une certaine prudence devant les projets d’adapter la pédagogie Montessori aux déments.

[7Les relations, parfois complexes, entre aides médico-psychologiques et aides-soignants demanderaient à être explorées ; tâche d’autant plus urgente que leur complémentarité est une grande richesse potentielle pour les établissements.

[8Et la méthode Gineste-Marescotti est de ce point de vue un outil incontournable, même si ce n’est pas le seul.

[9Et accessoirement : en quoi la nécessité d’être lavé (j’écris : lavé et non : être propre, car la seule question qui n’est jamais posée à quelqu’un qu’on se prépare à laver est de savoir s’il est sale) est-elle liée à cette philosophie du mens sana in corpore sano dont on parlait plus haut ?

[10Ne revenons pas sur le fait que la dépression est un problème gériatrique majeur qu’il n’est pas question de sous-estimer.

[11On n’admirera jamais assez cette merveille de la langue espagnole pour laquelle le mot retraite se traduit par jubilación.

[12Il est essentiel de creuser ce sillon : nous n’avons jamais été vieux, et nous n’avons donc aucun modèle de ce qu’est vieillir. Du coup nous nous rabattons sur les modèles que nous trouvons, et celui qui nous vient le plus vite à l’esprit est notre expérience avec nos enfants ; source inépuisable de distorsions.

[13Rappelons que le citoyen romain était celui à qui on confiait des responsabilités.

71 Messages

  • La personne âgée opposante Le 23 janvier à 18:38 , par JOSSE Emilie

    Bonjour et tout d’abord, bravo pour votre travail et vos rubriques très intéressantes.

    Je me tourne vers vous pour essayer d’y voir plus clair dans la situation qui se présente à moi.

    Je suis fille unique. Ma mère est âgée de 69 ans. Elle présente depuis quelques années des troubles de la mémoire qui se sont aggravés. Mon mari et moi l’avons faite hospitaliser en passant par les urgences parce qu’elle vit seule chez elle et qu’elle s’est mise à boire. Elle ne s’alimentait plus comme il faut et a chuté, se fracturant la tête de l’humérus. Je n’ai jamais pu l’aider car elle a toujours été asociale, refusant toute aide extérieure et refusant même d’avoir un médecin, au seul motif qu’elle se soignait très bien seule avec de l’homéopathie.
    Nous avons toujours eu des relations conflictuelles qui ne se sont pas arrangées avec le temps, mais malgré cela, j’ai toujours veillé sur elle du mieux que je le pouvais. Aujourd’hui elle ne m’écoute plus et refuse tout ce qui vient de ma personne.
    Elle a eu un scanner cérébral qui a révélé une atrophie du cerveau et un neurologue est venu la voir pour lui faire passer un test. Elle a eu 15/30 à ce test. Je ne sais pas de quel test il s’agit, mais je présume que c’est celui du MMS. Elle a également été mise sous EBIXA et bien qu’aucun médecin ne m’ait encore confirmé de diagnostic parce que d’autres tests vont être faits, je suppose qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer.
    Le médecin du service où elle se trouve (SMPU) nous dit qu’elle ne peut pas revenir chez elle et qu’il vaudrait mieux la placer en EHPAD.
    Le problème est qu’elle présente des signes d’agressivité et l’EHPAD visité aujourd’hui pour déposer son dossier a refusé de le prendre pour cette raison, nous disant qu’il vaudrait mieux l’orienter vers la gérontopsychiatrie.
    Mais ma mère refuse d’aller où que ce soit. Elle veut rentrer chez elle mais son état ne le permet pas.
    Je suis dans l’incapacité de la prendre chez moi, faute de place. J’ai trois enfants mineurs que je me dois de protéger aussi et je ne veux pas que ma mère représente un danger pour mes enfants.
    Je m’interroge donc.
    Je ne sais plus quoi faire, le diagnostic n’est pas officiellement posé, j’ignore si le mieux ne serait pas une mise sous tutelle et dans quel établissement la placer ? Quid de la mesure, HDT ou pas ?
    Elle a des antécédents psychotiques et psychiatriques, c’est une personne qui est très difficile à gérer sans perte de mémoire, alors maintenant que c’est la cas, c’est encore pire.

    Je sais bien qu’il est difficile d’émettre un avis au sujet d’une personne que l’on ne connait pas mais je me suis dit qu’un regard extérieur pourrait peut être m’aider à prendre la meilleure décision qui soit pour elle.

    Je vous remercie par avance de tout conseil ou avis que vous pourrez m’apporter.


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    • La personne âgée opposante Le 24 janvier à 22:39 , par Michel

      Bonjour, Émilie.

      Votre problème est tellement compliqué qu’il en devient simple. Car la question du diagnostic est probablement sans intérêt.

      Nous avons une dame qui présente un passé psychiatrique ; et vous précisez : psychotique, ce que vous n’avez certainement pas inventé. Il y a donc un trouble important de la personnalité.

      Par ailleurs elle présente une démence ; la prescription d’Ebixa ne se conçoit que si :
      - On a posé un diagnostic de démence.
      - Il s’agit d’une démence de type Alzheimer.
      - Il s’agit d’une forme déjà assez évoluée.
      Et ceci est logique, car quel que soit l’état préexistant du malade, quand il développe une démence l’hypothèse la plus probable est la démence de type Alzheimer.

      Enfin il y a l’alcoolisme, qui a très bien pu développer ses propres dégâts intellectuels.

      Dans ces conditions, peu importe (ou presque) le diagnostic qu’on fera : la seule question est qu’il s’agit d’une dame qui n’est pas en état de décider pour elle-même, qu’il s’agisse des soins ou de son lieu de résidence.

      Votre devoir est donc de prendre la main. Vos pouvez demander une hospitalisation à la demande d’un tiers, mais ceci n’a de sens que si on peut espérer une amélioration ; pour cette raison il faut en discuter avec un psychiatre ; peu importe qu’il soit géronto ou non : à 69 ans on n’est pas vieux (je dis ça parce que j’en ai 68). Si aucune amélioration n’est sérieusement envisageable, alors il faut prendre une mesure de tutelle, et trouver un EHAPD adapté ; c’est un projet à discuter avec le service de gériatrie, dont c’est la mission (y compris de trouver les solutions intermédiaires).

      Quatre points doivent vous rester en tête :
      - Même sous tutelle, c’est la personne protégée qui choisit son lieu de résidence. Sauf que... si la personne était en mesure de choisir son lieu de résidence on n’aurait pas besoin de la mettre sous tutelle. Il y a là une grande hypocrisie de la loi, mais tout le monde en est conscient.
      - J’imagine qu’un tel coup de force ne sera pas de nature à améliorer vos relations. Mais je ne suis pas sûr que vous ayez le choix : vous devez faire ce qui est bon pour elle.
      - Votre devoir n’est pas de vous occuper de votre mère ; il est de veiller à ce qu’elle ne manque de rien. Vous avez rempli votre devoir si vous avez mis autour d’elle les moyens nécessaires.
      - Vous n’avez tout simplement pas le droit d’imposer à vos enfants une charge pareille.

      Sous réserve de ce que pourrait vous dire une équipe soignante, incluant un psychologue, qui connaîtrait la situation, je suis donc tenté de vous recommander d’agir sans aucun état d’âme : il y a une situation objective, elle est claire, elle appelle des solutions autoritaires et simples. Il est déjà bien suffisant que ce soit pour vous un crève-cœur.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 17 janvier à 13:54 , par MARIE

    Bonjour ,

    je vous écrit car je n’ai pas lu de réponse à mon questionnement dans votre article .
    Quand je lis "aucun soin n’est obligatoire " je me demande si cela peut s’appliquer à ma mère qui a 86 ans vit chez elle avec son mari malade (dialysé 3 fois par semaine ) du même âge .

    Depuis plusieurs années elle perd la mémoire (du passé et du présent elle ne se souvint plus de ce qu’elle vient de manger ni qui lui a téléphoné dans la minute précédente ) , est souvent agressive et est opposante :par exemple refuse de prendre son traitement contre l’hypertension (elle ne le prend donc pas) , refuse d’avoir une femme de ménage chez elle :mon père a dû lui imposer lors d’une chute il y a 6mois ou elle s’est cassé le poignet et fêlé le bassin , sinon c’est elle qui entretenait (mal) une maison de 200m2 et préparait les repas et elle l’ a frappé et lui a jeté des objets à la figure et il a dû aller coucher sur le canapé parce qu’elle lui en voulait de lui avoir imposé une aide .
    Depuis une aide à domicile vient deux fois par semaine pour le ménage les jours des dialyses et leurs repas sont livrés.
    Elle ne supporte pas que mon père reste trop longtemps au téléphone avec moi , car elle pense qu’on fomente contre elle et mon père raccroche vite pour ne pas la mécontenter .
    Ils vivent reclus et on a l’impression de la déranger quand on va chez eux :"qu’est-ce que tu fais là ? tu n’as pas de travail ? " elle parle pour elle en aparté et dit en parlant de moi ou de ma belle-soeur "elle me fait ch...celle là " "qu’elle fiche le camp , qu’est-ce qu’elle fout là " .
    Mon père cède pour tout ne la force en rien pour avoir la paix, même si il nous dit parfois qu’il en a raz le bol et est fatigué .

    Elle est agressive avec toutes les femmes et a refusé de parler à la dame du centre social que mon père avait sollicité pour faire le point sur son état , elle l’a viré de chez elle.
    Impossible d’aller lui faire consulter un neurologue pour faire un bilan, elle n’a jamais été diagnostiquée , on ne sais pas ce qu’elle a ni si il y a quelque chose à faire pour la stabiliser .Le médecin de famille n’a jamais pu la convaincre . Elle dit "non non non " et mon père ne se sent pas le courage de la contrarier en revenant que le sujet , il laisse courir .

    Faut il la forcer à consulter au risque de provoquer une résistance physique agressive et des cris ?
    Faut il ruser, bien qu’elle soit très méfiante et ne se laisse pas faire comme ca , et ne pas lui dire ou l’on va et l’emmener à l’hôpital consulter (un homme car elle ne supporte pas les femmes) ?

    La laisser dans cet état, donc aller dans votre sens et ne lui prodiguer aucun soin et laisser faire les choses ,sans au moins la faire examiner par un neurologue n’est-ce pas de la non assistance de personne en difficulté ?
    et je parle aussi de mon père qui bien qu’il ait toute sa tête , souffre de la situation , mais ne veut rien changer pour ne pas la forcer .

    Bien à vous

    Marie


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    • La personne âgée opposante Le 19 janvier à 21:25 , par Michel

      Bonjour, Marie.

      Je n’ai pas vu la situation dont vous parlez. Je vais donc faire quelque chose de très risqué : parler de gens que je ne connais pas, au risque de me tromper du tout au tout. Il faut que vous assumiez ce risque, ou alors que vous renonciez à lire ce qui suit.

      Votre mère présente des troubles du comportement. Ces troubles peuvent être liés à un délire du sujet âgé, mais vous rapportez aussi un trouble de mémoire massif, ce qui fait que l’hypothèse la plus probable est de loin celle d’une démence de type Alzheimer, sans doute assez évoluée. Il serait très important de pouvoir vérifier ce qu’il en est.

      Supposons que j’aie raison. Alors son comportement s’explique très facilement. Je vous recommande de lire La démence ou l’art du camouflage. Vous avez affaire à une dame qui sait que ça ne va pas ; elle a tout oublié, elle ne sait plus ce qui ne va pas, mais elle sait que ça ne va pas, et surtout qu’il ne faut pas que ça se voie. D’où son agressivité, d’où son refus d’introduire chez elle des étrangers qui pourraient découvrir ce qu’elle veut cacher ; d’où aussi son refus des traitements, refus par lequel elle garde un minimum de maîtrise sur ce qui l’entoure. Et bien sûr elle se méfie de votre lucidité, raison pour laquelle elle veut vous écarter.

      Autant dire que vous avez peu de moyens d’action.

      Pour essayer d’aménager la situation, il est nécessaire de se demander quelles sont les choses qu’il est indispensable de lui imposer et quelles sont celles qui, réflexion faite, ne sont pas si cruciales. Par exemple je prends le pari que le traitement antihypertenseur n’a aucune importance, du moins en regard des véritables problèmes qui se posent à vous.

      Lorsque j’ai écrit : aucun soin n’est obligatoire, je pensais surtout à mes équipes soignantes, qui avaient tendance à se trouver désemparées quand le programme habituel des soins ne pouvait pas être réalisé ; c’était une manière de remettre en question le « tout de même il faut bien que… » ; non, il ne faut bien rien, ou du moins bien peu de chose, si on y réfléchit. Mais je ne méconnais pas que dans la pratique, et surtout à domicile, cette remarque est loin de tout résoudre.

      Faut-il lui imposer une consultation ? Ce ne serait pas facile. S’il n’y avait à craindre que les cris et l’agressivité, on pourrait ; mais le risque est qu’elle refuse tout simplement de coopérer et que cela ne serve à rien. Tout ce que vous pouvez faire, c’est ruser, et cela à la prochaine occasion. Ce n’est pas d’un neurologue dont elle a besoin, mais d’un gériatre ; ce sont les gériatres qui ont la meilleure connaissance de ces pathologies. Ajoutons que si mon intuition (je vous supplie de garder en mémoire que ce n’est qu’une intuition) est juste, il ne sera pas long à s’en apercevoir. Le premier prétexte (une nouvelle chute par exemple) suffira. Cela dit, et toujours si mon intuition est juste, aucun traitement n’aura d’intérêt. L’enjeu se limite donc à vérifier que j’ai raison. Mais si c’est le cas je crois bien que le médecin de famille est déjà arrivé à la même conclusion.

      Ce qui me préoccupe le plus c’est votre père. La situation est là aussi très évocatrice, et il a toute chance d’être une victime collatérale de la maladie de votre mère. Tout le problème sera de faire la part entre la nécessité de le protéger et de lui permettre de conserver un minimum de vie pour lui, et le fait qu’il existe souvent dans les couples âgés une alchimie qui fait que le conjoint préfère couler avec le navire. Mais c’est certainement à étudier.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La personne âgée opposante Le 23 janvier à 21:03 , par MARIE

        Bonjour Michel ,

        un grand merci pour votre analyse et vos conseils.

        Effectivement mon père préfèrerait couler avec le navire, ils sont fusionnels et il y a un déni de la maladie de part et d’autre, et plus globalement un zapping des choses qui les dérangent .
        J’ai l’impression que 2 évènements majeurs ont précipité la perte de mémoire de ma mère : le coma de mon père il y a 11 ans (dû a un myélome multiple maintenant stabilisé) , et le décès il y a 6 ans de sa femme de ménage qui était comme une amie . Elle n’a jamais pu verbaliser ses émotions n’étant pas du genre à se confier, elle a toujours zappée certaines informations quitte a être dans le déni et ne pas voir certaines choses (ce qu’elle ne sait pas n’existe pas !) : je pense que cet état d’esprit n’est pas étranger à sa démence.

        Je pense aussi qu’un traitement ne servirait à rien , mais son père et son frère ont fait un AVC elle est fragile au niveau circulatoire (ce qui peut aussi expliquer son état ) d’où son anti-hypertenseur.
        Nous allons donc éventuellement ruser quand l’occasion se présentera.

        bien à vous

        Marie


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        • La personne âgée opposante Le 25 janvier à 21:21 , par Michel

          Bonsoir, Marie.

          Il es très possible que vous ayez raison quant à la démence de votre mère : on méconnaît très souvent l’influence des facteurs psychologiques dans la survenue des démences, qui arrivent souvent à point nommé pour éviter au malade de regarder en face des réalités trop terribles. Il faut bien reconnaître cependant que cela ne nous aide pas beaucoup à améliorer l’état des malades, hélas.

          Sur votre père, c’est une difficile question d’équilibre : il est libre de s’épuiser à la tâche, et vous n’y pourrez rien ; tout au plus aurez-vous peut-être la chance de lui faire percevoir qu’il a à sa disposition d’autres manières, et peut-être plus efficaces, d’aimer sa femme. Il y a dans cette attitude sacrificielle une dimension suicidaire à laquelle on ne peut pas nécessairement grand-chose.

          C’est donc bien le pilotage à vue qui est votre seule carte. Peut-être ne pourrez-vous rien. Mais souvent des portes imprévues s’ouvrent. Faites-vous confiance et ne culpabilisez pas.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • Bonjour,
    Je lance un peu une bouteille à la mer avec ce message en espérant trouver dans vos retours des réponses à mes interrogations...
    Ma mère de 75 ans est atteinte d’une démence Fronto-Temporale diagnostiquée en 2011 mais certainement sournoisement installée depuis bien plus longtemps !
    Nous l’avons mon frère et moi rapprochée géographiquement de nous (de Marseille à la Normandie ce qui n’est pas rien !)afin de lui donner toute l’affection possible pour la rassurer et pour prendre soin d’elle quasiment au quotidien.
    Elle est donc depuis 18 mois installée dans un appartement très agréable et sécurisé et bénéficie de passages quotidien d’infirmières (matin et soir) et d’auxiliaires de vie (midi et soir).Malgré toute l’attention et les soins que nous lui apportons,l’état neurologique et physiologique de notre mère s’est beaucoup dégradé .
    Nous avons donc déposé des dossiers dans plusieurs Ephad de notre département (50) il y a déjà plus d’1 an .Rien ne semblant bouger malgré nos relances et mes différents rendez-vous dans les établissements concernés,j’ai décidé de faire jouer de mes relations pour au moins obtenir un hébergement temporaire.
    Cette solution devait nous permettre de mettre notre Maman à l’abri des dangers domestiques (elle est seule toutes les nuits !) qu’elle commence à rencontrer chez elle (chutes notamment),la mettre en situation de collectivité pour éviter que l’apathie ne s’installe(elle est, malgré sa maladie qui l’empêche de communiquer de façon cohérente,toujours sensible à la bonne humeur ambiante et toujours prête à rire !).
    Le 5 décembre dernier nous avons enfin obtenu 15 jours d’hébergement temporaire dans une Ephad près de chez nous et expliquant qu’elle allait en vacances "en colo" nous avons installé notre mère dans cette petite structure médicalisée ,dans une jolie chambre de 20 m2 avec quelques photos et objets personnels pour qu’elle s’y sente tout de suite un peu "chez elle" !
    Elle n’a opposé aucune résistance (alors qu’elle est encore très capable de dire "non" et de s’opposer fermement) et dès les 1ers jours a semblé apprécier ses "vacances" dans ce nouveau lieu.
    Mon frère et moi y passons quasiment tous les jours depuis et essayons d’avoir des retours des différentes équipes encadrantes .
    Mais mon frère et moi n’arrivons pas vraiment à savoir comment ça se passe ,les 2 seules choses qu’on nous renvoient systématiquement c’est son opposition à la toilette "c’est compliqué""elle ne veut pas""c’est pas facile de la laver" et également le fait qu’elle a du mal "rester en place au réfectoire".
    Sachant que cet hébergement est donc temporaire mais qu’il devait permettre à déterminer si elle pouvait s’intégrer et vivre dans cette structure et que notre maman retourne chez elle dès mardi prochain voilà ma question :
    Est-ce que cette opposition à la toilette et ce côté "remuant" lors des passages en collectivités (sans violences,sans cris et sans deshinibition je le précise !) peuvent justifiés d’un refus d’acceptation de séjour permanent dans cette structure par la Direction et le Médecin référant ?
    J’ajoute que notre mère a l’air de s’y plaire,est plus enjouée et semble se sentir plutôt bien dans cet environnement !Mon frère et moi étions très contents de la voir comme elle est depuis ces 12 jours d’expérience en Ephad car notre priorité est son bien-être et sa sécurité mais les réticences du personnel rencontré nous inquiètent un peu quant à la suite à donner !
    J’espère avoir été assez claire dans ma description de la situation que nous vivons avec notre mère et si vous pouvez m’éclairer assez rapidement ce serait vraiment d’une grande aide car je ne sais plus trop vers qui me tourner...
    Bien cordialement,
    Marjorie


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    • Bonjour, Marjorie.

      Il n’est pas possible de répondre directement à votre question.

      En soi, le refus de toilette n’est certainement pas une raison pour rejeter un dossier d’admission.

      Par contre il est du devoir du Directeur de l’EHPAD et du médecin-coordinateur de sélectionner les résidents en fonction de la charge de travail des équipes. Si on se trouve dans une période où l’EHPAD accueille beaucoup de malades lourdement dépendants il faut éviter de recevoir d’autres patients problématiques : ce n’est pas quand les équipes auront craqué qu’elles pourront rendre un service convenable.

      D’autre part la prise en charge des démences fronto-temporales demande une compétence particulière, et je comprends que les professionnels soient réticents à s’engager s’ils ne sont pas sûrs de savoir s’en occuper correctement.

      Il faut aussi tenir compte du fait qu’un résident qui refuse toute toilette peut être ingérable dans la pratique pour les autres résidents.

      Mais cela bien sûr ne résout pas votre problème, qui est difficile.

      Au fait, savez-vous pourquoi elle refuse la toilette ? Chez elle, elle se lavait ?

      Bien à vous,

      M.C.


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      • Bonjour Michel,

        Tout d’abord je vous remercie infiniment d’avoir répondu à mon message aussi rapidement !

        Au vu de votre réponse ,je comprends mieux les freins qui pourraient motiver la non-admission de notre mère en séjour permanent.
        Mais comme la structure dispose de 10 places destinées à des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées (dont la DFT ) ,je pensais que les équipes auraient été plus préparées à ce type de pathologies.
        J’ai rendez-vous cet après-midi avec l’infirmière et la directrice de l’Ephad et nous allons faire le bilan de ces 15 jours.
        Je ne suis comme vous vous en doutez pas optimiste quand à la décision qu’elles ont dû déjà prendre et je me prépare très fortement à cette éventualité !
        Je me suis plongée depuis ce matin dans la lecture de vos différents articles (tous aussi intéressants et instructifs les uns que les autres) et vos différents décryptages (toilettes,opposant etc,) m’aident à y voir plus clair .Merci aussi pour ça !
        Concernant la toilette de ma mère et sa façon de faire "avant" ,c’était une femme extrêmement propre (voire maniaque de la propreté autant sur elle que pour son habitat !) et très coquette (et donc très sensible à l’image sociale qu’elle donnait et à l’opinion que pouvait avoir les autres sur son aspect physique).
        Elle a pensé assez longtemps être encore capable de se laver et de se "pomponner" correctement mais les odeurs et les maquillages abérants (ex:du crayon noir sur le contour des lèvres !)nous ont fait comprendre qu’elle avait besoin d’aide .C’est comme ça que nous avons commencé à mettre en place le passage d’infirmère pour sa toilette lorsqu’elle vivait encore à Marseille et c’est étape a été très très compliquée pour tout le monde !
        Bref ,je vois personnellement cette opposition comme son dernier rempart à sa dignité et je me dis que c’est le seul moyen qu’il lui reste pour exprimer ce qui lui reste de ce qu’elle était même si je sais que tout cela n’est pas raisonné ...
        Croyez-vous qu’en argumentant sur son bien-être et sa sécurité en vivant dans cette structure plutôt que seule dans son appartement exposée à des dangers domestiques et à l’apathie,je pourrais être entendue ?
        Que me conseilleriez-vous ?

        Merci encore de prendre le temps de me lire et de me répondre !
        Bien cordialement,
        Marjorie


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        • Bonjour, Marjorie.

          Intuitivement je dirais que la seule chance de faire du travail propre est de jouer cartes sur table.
          - Mettre l’essentiel sur le décryptage de ce comportement : il ne va pas de soi d’accepter l’aide d ’un étranger pour une activité aussi intime. Cela suppose l’intervention d’une psychologue.
          - Décider que tant que la question ne sera pas réglée le contrat de l’EHPAD sera de maintenir les choses dans des limites raisonnables pour l’entourage.
          - Organiser votre participation à la toilette, car il se peut que votre aide soit mieux acceptée que celle des soignants.
          - Ne pas perdre de vue que les malades atteints de démence fronto-temporale posent des problèmes spécifiques de comportement, et qu’il n’y a pas toujours de solution. Notamment on peut être conduit à utiliser des méthodes de contrainte, ce qui est toujours très triste.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • Bonjour Michel,

            Je viens juste de voir votre réponse et du coup j’ai déjà eu ce fameux entretien hier qui a été très tendu et dont l’issue a bien était celle que j’avais anticipée...
            L’état de notre mère "nécessite trop d’attention et il lui faudrait une personne dévouée et nous n’’avons pas les moyens ""il faut tout négocier avec elle :la toilette,les repas,l’habillage etc.,).
            En résumé,a aucun moment ces 2 personnes n’ont évoqué son bien-être,son ressenti,son plaisir d’être plus au contact des autres ,seules les préoccupations d’ordre organisationnels et logistiques et la gêne éventuelle que notre mère pourrait occasionnée aux autres résidents (suspicion de déambulation parce qu’elle est allée une fois par erreur dans une chambre vide croyant que c’était la sienne !) ont été mis en avant pour justifier de son inadaptation à cette structure qui pourtant affiche 10 places Alzheimer & Co !
            La directrice m’a conseillée de la mettre dans une unité fermée mais comme vous me l’écrivez on parle là d’endroits où "on peut être conduit à utiliser des méthodes de contraintes" et elle n’en est pas à ce point je vous l’assure !
            La sentence me semble un peu radicale car à part l’aspect "négociation pour la toilette et quelques autres actes de la vie quotidienne",elle est calme,reste sagement dans sa chambre ,ne crie pas,ne se déshabille pas en public,ne jure pas ,n’agresse personne et reste souriante et causante !
            Je leur ai demandé si lorsque sa maladie aura évoluée éventuellement vers l’apathie est-ce qu’elle aurait plus sa place et voilà ce que la directrice m’a répondu ;"et bien ,oui si elle plus calme ,bien-sûr elle pourra revenir" Et j’ai donc ajouté :"en fait quand elle sera devenue un légume elle s’adaptera mieux à votre structure,très bien j’en prends bonne note !"
            Souhaiter que l’apathie de notre mère arrive le plus vite possible ,c’est ce que m’a clairement souhaitée la directrice de l’établissement !Aberrant,je n’en reviens toujours pas !

            Alors,nous avons décidé avec mon frère après ce "rejet" de notre mère du système Ephad ,de renforcer les passages d’auxiliaires de vie chez elle et d’aller le plus loin possible dans son maintien à domicile tant qu’elle se sent bien ,qu’elle est encore dans l’échange et ensuite nous verrons...

            Je vous remercie encore Docteur Cavey, d’avoir été réceptif à mes messages et d’avoir essayer de m’accompagner dans ces moments difficiles.

            Bien à vous,
            Marjorie


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            • Bonsoir, Marjorie.

              C’est très décevant, en effet. Il faudrait pouvoir faire, dans cette réponse, la part de ce qui relève de la saine gestion (si la charge de travail des équipes est actuellement très lourde, la Direction joue son rôle en renonçant à prendre une malade problématique) et de ce qui relève du simple souci de ne pas se casser la tête.

              Il faudrait connaître la situation, et je ne la connais pas ; mais je ne suis pas sûr que la réponse soit la même dans tous les établissements. A moins que vous ne soyez pas réaliste dans votre évaluation des troubles de votre mère.

              Quoi qu’il en soit, si une solution de maintien à domicile peut être envisagée, c’est certainement la meilleure chose à faire. Mais il faudra prévoir que cette solution pourrait ne pas tenir ; il faut donc continuer à explorer les voies alternatives. Et ne vous méprenez pas : dans une unité fermée on n’utilise pas plus la contrainte qu’ailleurs. On sait seulement que ce recours à la contrainte est souvent inévitable en cas de démence fronto-temporale.

              Bien à vous,

              M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 13 mai 2016 à 20:13 , par alain

    Bonsoir
    ma maman est en epah elle souffre de démence .Depuis quelques semaines elle refuse de manger
    elle a du etre hospitalisé il y a 15 jours.Depuis elle est rentrée a l epahd et mon frere s y rend au moment des repas et arrive a la faire manger en prenant du temps
    Quelle est l obligation de l établissement par rapport a l alimentation
    car bien souvent on lui dépose son plateau et on la laisse seule.
    merci


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    • La personne âgée opposante Le 14 mai 2016 à 16:38 , par Michel

      Bonjour, Alain.

      Les obligations d’un EHPAD dans une telle situation ne peuvent être réellement édictées : on peut parler d"’une obligation de moyens, mais comment définir les limites de cette obligation ? On peut demander que les repas tiennent compte des goûts de la personne, mais encore faut-il que ce soit compatible avec l’organisation d"’une cuisine de collectivité. On peut attendre de l’équipe qu’elle veille à servir correctement la personne, à l’installer de manière adéquate. On peut demander qu’elle l’aide à manger, voire qu’elle la fasse manger s’il est évident que la malade n’est pas en état de la faire.

      Mais ici nous avons affaire à une dame qui refuse de manger. Dans ces conditions, et une fois que l’équipe a insisté (encore faut-il que cette insistance ne tourne pas au harcèlement) pour qu’elle mange, elle se trouve démunie. Si votre frère y parvient, c’est parce qu’il y consacre un temps dont l’équipe ne dispose pas, mais c’est aussi parce que c’est le fils de la malade, et qu’il a par conséquent un statut qui lui permet d’obtenir des choses qu’un professionnel ne peut atteindre.

      Si donc les conditions que je viens d’énoncer sont remplies, alors il n’y a rien de plus à exiger de l’équipe.

      Le refus d’alimentation est fréquent chez les vieilles personnes. C’est une manifestation inquiétante, car la dénutrition est un fléau. Mais une fois qu’on s’est assuré qu’il s’agit bien d’un refus (et non d’"une perte d’appétit qui pourrait s’expliquer et se combattre), il y a malheureusement bien peu à faire : démente ou non votre mère exerce sa liberté, et la seule carte à jouer est celle que joue votre frère en espérant qu’avec le temps elle changera d’avis.

      Par contre il me semble important d’en discuter avec les soignants, moins pour leur demander de faire ce dont ils n’ont probablement pas les moyens mais pour savoir ce qu’ils en pensent (et ce qui se passe aux autres repas).

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 26 avril 2016 à 01:32 , par Dom

    P.S. Quitte à n’être pas "politiquement correcte" :

    - on est tous égaux face à la mort, c’est entendu. On est peut-être même tous égaux face à la maladie.

    - en revanche, face à la démence, et plus encore face à la vieillesse, il me semble que les choses se compliquent. Un vieux dément est certes vieux et dément, mais c’est bien la seule chose qu’il a en commun avec les autres vieux déments avec lesquels il doit cohabiter. Je suis étonnée que l’on mette autant l’accent sur la nécessité de respecter la personne, tout en ignorant les écarts que des différences socio-culturelles peuvent creuser entre des personnes rassemblées de façon aléatoire dans un endroit qui tiendrait lieu, indistinctement, de "chez soi" pour tout le monde.... (même si la sélection par l’argent peut jusqu’à un certain point, mais seulement jusqu’à un certain point, corriger cette utopie).

    Dans un cimetière, d’accord : on attribue les concessions dans l’ordre d’arrivée, et de toutes façons les morts se fichent de leurs voisins. Mais dans un EHPAD ?


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    • La personne âgée opposante Le 27 avril 2016 à 20:44 , par Michel

      Certainement. Mais il ne faut pas oublier qu’une telle prise en charge serait, dans la pratique, très difficile.

      Par contre il est grand temps de réfléchir sur le fait que... nous n’y avons pas réfléchi. N’oublions pas que nous partons d’une vision catastrophique (ou catastrophiste) des maisons de retraite considérées comme des asiles de vieillards, nécessiteux de préférence ; peut-être faudrait-il y voir de plus près : j’aurais aimé visiter l’établissement qui en son temps a accueilli Beckett... Alors nous avons réagi, et comme d’habitude nous l’avons fait en privilégiant le quantitatif ; il le fallait largement, il fallait augmenter les effectifs. Mais notre réflexion sur le qualitatif (combien de "projets de soins" qui ne sont que des exercices de pure forme...), et nous avons accumulé les professionnels ; le grand Lucien Mias, qui m’honore de son amitié et qui, non content d’avoir été un des plus grands noms du rugby français, a poursuivi en devenant l’un des pères de la gériatrie de terrain, peste régulièrement contre ce qu’il appelle "l’invasion des peutes et des logues". Et il fait remarquer que nous avons créé des très belles maisons de retraite que personne ne peut se payer. J’ajoute pour ma part qu’on a procédé à (et qu’on continue de revendiquer) l’augmentation des effectifs en prétextant que ça crée de l’emploi, en oubliant qu’on ne sait le financer que par le déficit public.

      En fait il n’y a pas de réflexion réelle sur le véritable projet des maisons de retraite. Je ne suis pas si sûr que je saurais en écrire un. Je sais par contre que nous avons tout à faire pour nous débarrasser de nos archétypes. Ceux que vous pointez sont caractéristiques.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 26 avril 2016 à 00:56 , par Dom

    Bonjour

    Je me demande bien comment a pu naître cette idée qu’il serait possible de persuader des vieilles personnes démentes que l’EHPAD où ils vont terminer leurs jours est leur "chez eux". Mon expérience personnelle est récente (ma mère est en EHPAD depuis deux ans), mais je n’ai encore jamais rencontré un(e) seul(e) de ses colocs qui ne demande pas, inlassablement, à rentrer chez lui/elle, même si on lui a mis quelques meubles et quelques photos perso dans sa chambre. Ma mère, par exemple, alors que ses propos deviennent de plus en plus incohérents et qu’elle ne tient plus debout, continue de chercher ses chaussures et son manteau chaque fois qu’elle me voit, puisque je suis forcément venue pour "la ramener à la maison".

    (A ce propos, l’une de vos remarques sur le fait que l’on n’a pas le droit de placer une vieille personne démente en EHPAD contre son gré m’a pas mal perturbée : c’est exactement ce que j’ai fait, après avoir épuisé toutes les possibilités d’un maintien à domicile. Les aides de ma mère m’appelaient en pleurs, de plus en plus souvent, chaque fois qu’elles la trouvaient nue par terre dans ses excréments ; les services du Conseil Général chargés de l’évaluation du GIR, contactés, avaient conclu à une situation d’urgence - de fait, pendant les derniers mois où j’ai essayé coûte que coûte de garder ma mère chez elle dans le secret espoir que la vie lui épargnerait de devoir mourir ailleurs, j’ai couru derrière l’évènement, la solution d’aide arrivant toujours après le problème. Cela s’est terminé aux urgences quand on l’a ramassée une énième fois chez elle avec une fracture du fémur. On a accepté de la garder quatre jours (quatre jours !) à l’hôpital, en gériatrie, "pour me dépanner" - comprendre trouver une solution pérenne - , et de fait, je ne lui ai pas demandé son avis. A ma décharge, je ne lui ai pas menti, et dans les premiers temps, chaque fois qu’elle me demandait "quand est-ce qu’on rentre", je lui répondais qu’elle ne rentrerait plus, parce que ce n’était plus possible. Je vous passe les détails de mes déchirements, quand elle "argumentait" qu’elle ne voyait pas pourquoi ce ne serait pas possible tant qu’on n’avait pas essayé... On n’avait pas essayé ! Et c’est à moi qu’elle disait ça ! A un certain point, j’ai acquis le sentiment qu’il y avait dans cette affaire une sorte de "conflit de souffrances". D’un côté la mienne, parce que je trouvais lâche et malhonnête de lui mentir, et de l’autre la sienne, parce qu’elle refusait désespérément une réalité insupportable. Et je suis arrivée à la conclusion que sa souffrance était plus grande que la mienne, parce qu’elle n’avait aucun pouvoir sur la sienne, tandis que la mienne relevait du luxe d’un choix éthique. C’est ainsi que j’ai cessé de la détromper quand elle s’apprête à retourner chez elle - j’atermoie, je suggère qu’elle dîne d’abord, ou qu’on remette au lendemain, ou au jour où elle ira mieux. Incontestablement, c’est beaucoup moins violent pour elle, mais je sais que je la trompe, et je crois qu’elle le sait aussi. Je précise que j’ai depuis demandé et obtenu sa tutelle, et que je trouve de la dernière hypocrisie que le Juge me demande de porter ses décisions "à la connaissance de l’intéressée", alors même que la motivation de la mesure de protection est que l’intéressée n’est plus en mesure de prendre connaissance de quoique ce soit...)
    Mais je reviens à cette histoire de "se sentir chez soi" dans un EHPAD. Franchement, c’est une blague. D’un côté, il paraît ("pour la réminiscence") qu’il vaut mieux qu’on essuie les résidents avec les serviettes de bain imprimées qu’ils utilisaient chez eux, mais on fait l’impasse sur le fait que chez eux, personne ne leur lavait les fesses. Quant aux "animations"... Ma mère avait 20 ans au début des années 50, comme la plupart de ses colocs. A cette époque, ils dansaient le mambo, ils écoutaient du jazz. A 30 ans, ils ont aimé Brassens, Léo Ferré ou Bobby Lapointe. Ou Verdi. Ou le rock and roll. Ma mère aimait le cinéma d’art et d’essai. Alors je me demande : comment peut-on sérieusement croire que les résidents pourraient se sentir "chez soi", quand on les fait chanter en chœur, à trois heures de l’après-midi, "Ah le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles" ? Comment peut-on à ce point - avec toute la bonne volonté du monde - se tromper de génération ? Ou qu’on vous emmène dans la salle de projection de l’EHPAD voir "Le Corniaud" ? Comment peut-on à ce point - avec la meilleure volonté du monde - ignorer les différences socio-culturelles entre résidents ? Quand on fait semblant de jouer au petit bac ("pour la stimulation") et que l’animatrice écrit "canar" pour un animal commençant par C ? Bon, c’est pas important, les résidents ne savent de toutes façons plus écrire, et probablement qu’ils s’en fichent désormais éperdument. Mais ce végétarien convaincu, qui n’a plus touché de viande depuis trente ans et qu’on gave désormais midi et soir de moulinés indistincts à base de porc boeuf poulet et autres ? Est-ce qu’on ne s’abuse pas en croyant qu’il pourrait se sentir "chez lui" ? Pire : est-ce que ce n’est pas lui qu’on abuse ?


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    • La personne âgée opposante Le 27 avril 2016 à 08:30 , par Michel

      Bonjour, Dominique.

      Je ne peux que souscrire, d’ailleurs c’est ce que j’ai écrit quelque part sur ce site, même si (eh, oui, ça commence) j’ai oublié où. Je vais même plus loin : je ne crois pas qu’on ait suffisamment réfléchi à la terrifiante étrangeté qu’on mobilise quand on met ainsi la personne dans un lieu qui imite son domicile alors que la seule chose dont elle se souvienne est que, précisément, elle n’est pas chez elle. Ou quand, pour éviter les sorties intempestives, on masque les portes de l’unité sans se demander ce que ça fait de se trouver dans un lieu sans portes.

      Sur le fait que vous avez mis votre mère en institution, il faut, je crois, relativiser :
      - On fait comme on peut.
      - L’amour est le critère absolu.
      - La loi sur les tutelles ne donne pas de solution commode.
      - Je crois que, s’agissant d’une mesure de privation de liberté, il n’est pas prudent de faire l’économie d’une décision de justice.
      - Cette position a été fortement ébranlée par un homme qui me disait : "Moi, j’aime ma mère, c’est mon devoir de faire au mieux pour elle, je décide de la mettre en maison de retraite". Il était médecin expert en tutelles.

      Vous écrivez des choses très belles.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La personne âgée opposante Le 27 avril 2016 à 12:26 , par Dom

        Bonjour

        La vieille dame que j’aime, rencontrée dans l’EHPAD où réside ma mère, celle qui a un si beau vieux prénom, fut mathématicienne, professeure d’université. Il y a quelques mois encore, elle se battait pour compter jusqu’à quatre quand je lui proposais qu’on mette la table ensemble. Sur chaque table, quatre assiettes, quatre bols, quatre cuillers, quatre fourchettes, quatre couteaux - ça n’allait pas tout seul.

        Aujourd’hui, elle ne sait plus à quoi sert une cuiller ou une fourchette. Mais son regard s’illumine chaque fois que j’arrive, et tandis que je salue ma mère, elle s’approche derrière moi, et attend qu’à son tour je l’embrasse. Du fin fond de sa démence, elle sait qu’elle passe après (parlons, peut-être, d’une survivance de "bonne éducation", qui commanderait cette réserve), mais elle sait aussi (j’en suis sûre) que nous avons, notamment, partagé un challenge intellectuel - compter jusqu’à quatre -, et que ça nous lie.

        C’est une très belle vieille dame, et les photos qui sont dans sa chambre témoignent qu’elle a toujours été très belle - jeune fille autant que femme mûre. Parfois, je pense que mon affection pour elle provient de mes propres fantasmes (voir en elle la mère que j’aurais aimé avoir ; on pourrait probablement explorer cette piste lorsqu’on s’intéresse au sentiment de culpabilité des proches : ce n’est que quand ils ne sont plus eux-mêmes qu’on peut tenter de racheter, par excès de zèle et de sollicitude, le "péché originel" de n’avoir pas aimé ses parents... Je suis frappée de voir combien de commentateurs de votre site revendiquent l’amour fusionnel qu’ils ressentent pour leur vieille mère, et, par contraste, combien peu écrivent ce qu’il leur en coûte de devoir prendre en charge cette vieille carne qui a empoisonné toute leur vie... Quelle perspective abyssale !), et parfois je me dis que non : ce qui se passe entre elle et moi est juste aussi mystérieux que l’amour - parce que c’était elle, parce que c’était moi. Et pourquoi pas ?

        A contrario, et pointillisme encore.

        Comment un amateur de musique sérielle, ou un fan de Jimy Hendrix, pourrait-il, du fin fond de sa démence, échapper à la colère et au désespoir tandis qu’il gît, prisonnier de son fauteuil médicalisé, et que se déverse, pour le "stimuler", du J.J. Goldman ? Je me souviens du cri d’un des colocs de ma mère, parkinsonien en phase terminale et décédé depuis, qui ne pouvait quasiment plus bouger ni parler : "Arrêtez ce tintouin !" - une des AS avait mis un CD de Be Bop, c’était terriblement gentil et attentionné de sa part, elle s’était dit que "ça leur rappellerait de bons souvenirs" (et il faut ici rappeler que pour elle, sa génération, ses origines et sa culture, ça n’évoquait absolument rien, elle était donc dans une démarche strictement altruiste, et peut-être thérapeutique....), mais pour ce résident, c’était l’ultime humiliation...

        Franchement, je comprends qu’on ait envie de mourir quand on en est à ce point d’incommunicabilité. C’est un peu comme si, sachant que vous aimiez la lecture (car je suppose que vous aimez lire), une âme charitable s’asseyait à votre chevet pour vous lire du Musso. Ou du Lévy.

        Ce qui me ramène à mon interrogation sur les aspects socio-culturels de la prise en charge des vieux déments, soigneusement occultés au nom de l’égalité républicaine. Je trouve pourtant que c’est un aspect qui mériterait un peu plus de lucidité - spécialement quand on parle de dignité.


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        • La personne âgée opposante Le 27 avril 2016 à 20:57 , par Michel

          Ce que vous pointez ici, c’est que, comme je l’indique ailleurs, la mémoire ne s’effondre pas de manière uniforme. Notamment il semble que la mémoire affective persiste très longtemps, voire jusqu’à la fin. C’est pourquoi votre vieille dame vous reste si attachée.

          Notons par ailleurs que les professionnelles auxquelles vous avez affaire font visiblement des réels efforts dans leur stratégie d’animation. Elles sont à côté de la plaque parce qu’elles n’ont pas suffisamment réfléchi, mais aussi parce qu’elles n’ont pas les outils ; et il ne va pas de soi qu’elles les aient : combien de nous sont-ils capables de retracer correctement l’univers culturel des années 50 par rapport à celui des années 60 ?

          Il faut aussi tenir compte du fait que vous jugez de ces anomalies en fonction de ce que cela vous fait, à travers le filtre de votre culture. Ce n’est pas forcément identique à ce que cela fait aux résidents. Sans compter que je vais nuancer votre jugement. Je crois me souvenir que voici quelques années des amis (ils le sont restés) avaient offert un Musso à mon épouse clouée au lit. Je l’ai lu ; j’en ai tout oublié, bien sûr, mais quand on est dément ce n’est pas sans avantage.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 27 janvier 2016 à 22:31 , par FOUCRIER

    Bonjour,
    Je suis étudiante en troisième année d’ école d’infirmière. Je fais actuellement un mémoire sur la prise en charge du refus de soin chez la personne Alzheimer et sur la perception que cela entraine chez les soignants. Votre article m’apporte quelques informations, mais pourriez-vous m’éclairer encore un peu sur ce sujet ? Me donnez quelques pistes de réflexion ? Quelques auteurs à étudier ?
    En vous remerciant par avance.


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    • La personne âgée opposante Le 29 janvier 2016 à 18:58 , par Michel

      Bonsoir, Hélène.

      Je n’ai malheureusement pas d’auteur à vous conseiller, et je ne crois pas que vous allez en trouver beaucoup. Si votre moteur de recherche vous a guidée jusqu’ à mon article, ce n’est pas parce qu’il est particulièrement bon, mais parce que le sujet n’intéresse pas grand monde. Dommage, il est pourtant d’une importance majeure.

      Par contre nous pouvons continuer à en parler tous les deux si vous le voulez.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La personne âgée opposante Le 18 février 2016 à 09:19

      Bonjour,

      Et pourquoi pas dans un premier temps considérer qu’un patient Alzheimer a comme n’importe quel patient, le droit de refuser ?

      En tout cas c’est ce principe fondamental qui a guidé la prise en charge quotidienne des soins d’hygiène de ma soeur, MMS : 6.

      Nous ( ma soeur malade, les aides à domicile et ma famille) avons mis huit mois à mettre en place une trame qui tienne la route.

      Pendant huit mois les aides au domicile sont venues à la maison dans un premier temps uniquement pour lier un contact avec ma soeur autour d’ un café ( pour ma soeur son petit déjeuner) et ma soeur refusait et puis peu à peu , elle a répondu favorablement à l’invitation du café et encore peu à peu , elle a accepté que les aides à domicile l’aident dans la foulée à faire sa toilette.

      En termes de coût.

      Nous avons privilégié un passage quatre fois par semaine afin que les aides à domicile puissent passer 1H00 puis 1H30 à la maison ... sans obligation de résultat quant à la prise en charge effective de notre soeur et les 3 autres jours, je prends le relais étant moi- même aide soignante.

      La principale difficulté ?

      Dire et redire aux aides à domicile qu’elles n’avaient aucune obligation de résultat .

      Sophie


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  • La personne âgée opposante Le 8 décembre 2015 à 12:13 , par Evelyne

    Bonjour,
    Ma mère réside depuis peu en établissement. Elle souffre de déficience apparentée à la maladie d’Alzheimer.
    Elle n’a plus de mémoire et ne peut pas soutenir une conversation. De plus elle n’entend que grâce à ses prothèses auditives mais quand plusieurs personnes parlent elle n’entend pas.Elle marche très mal. Alors elle reste seule dans sa chambre l’après-midi car elle refuse d’assister aux activités, mais me dit qu’elle s’ennuie.Après réflexion, je me dis que ce refus n’est pas dû au rejet d’une vie sociale, ni a une dépression, mais plutôt qu’elle sent qu’elle ne peut plus communiquer avec d’autres personnes et qu’elle se sent diminuée. Elle reste donc devant sa télé (alors qu’elle n’y comprend rien).
    De toute manière les activités ne sont faites que pour les personnes ayant encore "toute leur tête" : exercices mémoire, jeux, scrabble,théâtre, discussion...
    Ceci est simplement un témoignage pour montrer que les personnes âgées ne sont pas volontairement opposantes.
    Si vous avez des idées pour remédier à cette situation merci de bien vouloir m’en faire part car en fait moi aussi je suis en souffrance

    Cordialement
    Evelyne


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    • La personne âgée opposante Le 13 décembre 2015 à 13:07 , par Michel

      Bonjour, Evelyne.

      Vous décrivez une situation malheureusement fréquente, et contre laquelle nous sommes un peu démunis.

      Je ne sais pas quel est le degré de l’atteinte de votre mère, mais je suppose qu’il est assez avancé ; suffisamment en tout cas pour que son maintien à domicile ne soit plus possible. Il y a donc plusieurs causes à ce que vous observez.

      Comme vous le sous-entendez, les activités qu’on lui propose ne sont pas adaptées à son état. Ce n’est pas surprenant : non seulement parce que les moyens d’animation des EHPAD sont limités, et qu’ils ne peuvent les adapter aux malades déments, qui demandent une prise en charge spécifique, mais parce que chacun de ces malades est un cas particulier, qu’il faudrait traiter à part. Il sera bien difficile d’y remédier.

      Mais il y a d’autres aspects à considérer.
      - Le plus rassurant est que vous constatez cela alors que votre mère est institutionnalisée depuis peu. Or ce repli sur soi est assez habituel, de sorte qu’il y a toutes les raisons d’espérer qu’elle va tout simplement prendre confiance et s’adapter.
      - Elle est effectivement très handicapée parce qu’elle a perdu cette faculté auditive particulière qui permet de trier les sons qu’on entend, de manière, par exemple, à filtrer dans une conversation multiple, les paroles de l’interlocuteur avec qui on souhaite converser. Cette perte se fait avec l’âge, et elle s’aggrave quand on ne se fait pas appareiller assez vite, car les prothèses amplifient de manière égale tous les sons (y compris celui de la petite cuillère dans la tasse) ce qui est insupportable. A cela il y a bien peu à faire, même si j’ai entendu dire que certaines prothèses, probablement hors de prix, représentent un progrès sur ce point.
      - Mais il faut considérer surtout que devenir dément n’est pas devenir idiot. Votre mère est parfaitement consciente de sa difficulté intellectuelle (la prétendue anosognosie du dément est une erreur d’analyse majeure), et cela explique pour une bonne part qu’elle n’ose plus se montrer. Il y a là un peu de grain à moudre, surtout si l’EHPAD sait s’organiser pour que votre mère reçoive des visites, notamment des autres résidents, ce qui pourrait la mettre en confiance.
      - Il faut aussi tenir compte du fait qu’un certain degré d’aboulie (c’est-à-dire une difficulté à prendre la décision de faire quelque chose) fait partie de la maladie. Non seulement ce symptôme est tout de même un peu corrélé dans son mécanisme à celui de la dépression, mais il n’est pas rare que les antidépresseurs l’améliorent ; simplement, je ne me presserais pas, et j’attendrais de voir si elle ne s’adapte pas.
      - Ajoutons que l’ennui est aussi une manière de manifester sa souffrance devant le fait qu’elle n’est plus chez elle.

      Un dernier point pour moi : l’ennui est un sentiment bien plus fécond qu’on ne pense, et dont il y a quelque chose à faire du point de vue spirituel. J’en suis sûr pour les enfants, qu’il faut laisser s’ennuyer (enfin, pas trop longtemps) : c’est en s’ennuyant que l’enfant fait cette expérience métaphysique fondamentale de l’écoulement du temps et de sa place dans cet écoulement. Je ne sais pas ce qu’il en est chez la très vieille personne, ni chez le dément, mais je m’en doute.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La personne âgée opposante Le 13 décembre 2015 à 19:03

        Bonjour,
        je crois également que l’ennui n’est pas inintéressant et que pouvoir l’éprouver et le constater est un signe de lucidité.
        Cependant, pour l’atténuer, il faudrait réfléchir pour trouver des activités qui ne nécessitent pas une bonne audition.
        Je vous signale qu’il est à présent possible d’améliorer une audition de façon personnalisée (amplifier certaines fréquences et pas d’autres selon l’audition de la personne) à l’aide d’un smartphone et d’une application téléchargeable gratuitement. En fait, plusieurs sont disponibles, il faut les télécharger et tester si elles conviennent. Si vous avez parmi vos proches un jeune geek...
        Cordialement,
        BC


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  • La personne âgée opposante Le 6 décembre 2015 à 07:49 , par Sophie

    Bonjour,
    Dans la situation où l’on est face à une personne démente, cette dernière refusant de se laver ... A partir de quel moment peut on parler d’ un soin sous contrainte ?
    Sophie


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    • La personne âgée opposante Le 6 décembre 2015 à 21:45 , par Michel

      Bonsoir.

      J’hésite à vous répondre, car l’imprécision de votre propos me semble témoigner d’une difficulté conceptuelle qui a toute chance d’être le véritable problème.

      En effet, vous demandez : A partir de quel moment peut on parler d’un soin sous contrainte ? ; mais... la réponse est dans la question : un soin est un soin sous contrainte à partir du moment où on l’impose à une personne qui n’en veut pas. Et parmi les missions des professionnels il y en a qui leur imposent de pratiquer des soins sous contrainte. La question qu’il faudrait poser est plutôt celle-ci : à quelles conditions un soin sous contrainte est-il légitime ?

      Poser la question ainsi, c’est aborder le thème de la maltraitance. Pour déblayer le terrain je dirais qu’un soin sous contrainte est une maltraitance, mais qu’il est des situations où le fait d’éviter cette maltraitance conduit à une maltraitance plus grande encore : vacciner un enfant, c’est lui imposer une douleur ; mais ne pas le vacciner conduit à lui faire prendre un risque injustifiable.

      Pour ce qui est de la toilette :
      - Il faut d’abord rappeler qu’elle n’est pas aussi indispensable qu’on a tendance à se l’imaginer.
      - Il faut ensuite se demander de quels moyens de surveillance cutanée on dispose.
      - Il faut se demander encore s’il y a un entourage susceptible d’être incommodé par cette situation.

      Il faut enfin avoir mis en œuvre toutes les techniques qui permettent de contourner ce type de comportement.

      Quand tous ces points sont éclaircis, il reste à établir un programme, avec des objectifs et des évaluations : il en va des soins sous contrainte comme des contentions : les indications sont rares, mais elles existent, et quand on les met en œuvre c’est moyennant un débat, des objectifs, des évaluations.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La personne âgée opposante Le 9 décembre 2015 à 09:20 , par Sophie

        Bonjour,
        Je suis d’accord , ma formulation est mauvaise .
        En amont , ma difficulté est la suivante .
        Fâce à une situation de refus, afin de caractériser cette situation , une équipe va parler , par exemple, de " difficultés de prise en charge car la personne âgée est opposante " mais va passer soues silence ’ parce que justement nous sommes fâce à une situation de refus nous sommes dans le cas de figure où l’ équipe ne peut pas faire l’économie d’ explorer la notion " soin sous containte". Bref , faire comme si cette notion appartenait définitivement au passé.
        Je ne suis pas sûre d’ être limpide.
        Sophie


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        • La personne âgée opposante Le 13 décembre 2015 à 13:09 , par Michel

          Bonsoir, Sophie.

          Je ne comprends surtout pas où vous voulez en venir, car je ne vois pas en quoi votre propos débouche sur une question ou sur une notion qui permettraient de faire avancer ce thème.

          Quant à ce que j’en pense sur le fond, je ne peux que répéter ce que j’écrivais dans ma première réponse : on a eu grand tort (et je crois que sur ce point l’action de Robert Hugonot n’a pas eu que des aspects positifs) de ne pas distinguer clairement entre la contrainte, la violence et la maltraitance ; on a fait cette confusion parce que le malade, lui, n’a que faire de cette différence ; mais du coup on s’est privé des moyens de la penser. Ajoutons que c’est toujours un crève-cœur pour un soignant que d’imaginer que son action puisse être source de souffrance, ou que si peu que ce soit ses mains puissent faire mal. Ces deux erreurs me semblent suffisantes pour expliquer le déni dont vous me semblez parler.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La personne âgée opposante Le 16 décembre 2015 à 09:31 , par Sophie

            Bonjour,

            Je voulais en venir que dans la situation où un aide soignant est confronté à une situation de refus de la toilette’ l’aide soignant se trouve fãce à une situation où pour reprendre la formulation d’ Eric Fiat, l’ aide soignant " Ni ne peut , Ni ne peut pas ".
            Après, c’est vrai, je n’ arrive pas à construire trois lignes qui tiennent la route.

            Quant à la définition du mot "maltraitance," je me dis qu’ il est déjà trop tard pour espérer quelque chose de suffisament solide pour s’y référer.

            Sophie


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            • La personne âgée opposante Le 16 décembre 2015 à 16:13 , par Michel

              Je voulais en venir que dans la situation où un aide soignant est confronté à une situation de refus de la toilette’ l’aide soignant se trouve fãce à une situation où pour reprendre la formulation d’ Eric Fiat, l’ aide soignant " Ni ne peut , Ni ne peut pas ".

              Cela, je pense que chacun l’avait compris. Mais une fois cela écrit, où cela vous mène-t-il ?

              Rappelons que quand Fiat écrit : Ni ne peut, ni ne peut pas il ne fait rien d’autre qu’énoncer la question éthique : les problèmes éthiques ne se poseraient pas s’ils avaient une solution. Et la discussion éthique vise précisément à opérer un choix là où il n’y a pas de choix satisfaisant.

              Quant à la définition du mot "maltraitance," je me dis qu’il est déjà trop tard pour espérer quelque chose de suffisamment solide pour s’y référer.

              A ceci près que c’est précisément faute de la travailler que vous croyez être ici dans une impasse...

              Bien à vous,

              M.C.


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              • La personne âgée opposante Le 27 décembre 2015 à 08:14 , par Sophie

                Bonjour,
                « Cela, je pense que chacun l’avait compris »
                Peut- être, mais je trouve important que ce soit justement un philosophe qui énonce aussi clairement une situation de dilemme, de choix cornélien. Je trouve important qu’un philosophe explique à une aide soignante que sa difficulté d’ici et maintenant résulte de « l’égalité des choix contraires ».
                Qui se soucie vraiment de lui expliquer le sens des mots ?
                Qui se soucie vraiment que ça vaut le coup de l’éclairer ?
                Qui pense véritablement qu’elle est capable de comprendre ?
                Vous, Eric Fiat et plus probablement qu’une petite poignée de quelques autres.
                Sophie


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                • La personne âgée opposante Le 27 décembre 2015 à 12:53 , par Michel

                  D’où la question que je vous pose depuis le début : une fois cela dit, où cela vous mène-t-il ?

                  Ce dont le professionnel a besoin, c’est d’outils pour trouver des solutions. Ce d’autant plus que dans l’exemple que vous avez choisi il n’est pas besoin de réfléchir beaucoup pour constater que le prétendu dilemme ne résiste pas longtemps à la réflexion éthique.

                  Bien à vous,

                  M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 3 décembre 2015 à 03:28 , par manguy

    j ai employe le mot resident pour designer la personne Je voudrais rectifier pour mon temoignage ,ce n est pas une residente qui est rentre dans la chambre ,c est la fille d une autre residente ,on essaie de travailler le plus possible en binome dans notre etablisement selon nos possibilites,on est pas forcement deux pour utiliser le leve malade ,celui qu on a il est tres malleable et la ma collegue etait aupres d une autre residente ,nous sommes que deux aide dans la maison de retraite ,c est leur lieu de vie , c est quand meme mieux que de dire malade, cette dame etait recalcitrante car elle avait une plaie a l aine ,le fait de placer la sangle ,elle apprehender que je lui fasse mal ,elle s est mis a me crier dessus ,si je me suis permise de parler a cette residente sur ce ton la pour la recadrer ,et pour je puisse la coucher pour soigner sa petite plaie de l aine ,et repondre a sa demande pour que elle soit au lit ,ca fait 17ans je travaille en maison de retraite ,quand je vous es envoyer ce message c etait une detresse ,la souffrance du soignant mal compris ,oui j aurais du attendre ma collegue pour la coucher ,on est souvent confronte a se retrouver seul pour un soin a cause du manque d effectif ,oui on met souvent le resident dans l attente ce qui pourrait etre considere comme de la maltraitance du au manque d effectif dans l etablisement .,j ai mis au courant ma directrice de qui c etait passe je vous envoie un autre message car je veux temoigner sur l essai de la stimulation du resident en maison de retraite


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    • La personne âgée opposante Le 3 décembre 2015 à 08:19 , par Michel

      Bonjour, Joëlle.

      Vous avez raison de préférer le terme de résident à celui de malade ; personnellement il m’arrive de m’y faire prendre, mais j’ai des circonstances atténuantes, car je suis médecin et je me suis davantage occupé de malades que de résidents ; mais ce n’est pas bien.

      Mais pour le reste, vous me permettez surtout de redire avec plus de force ce que je vous répondais à l’époque : la vraie victime, c’est vous. Et ce qui est essentiel, c’est de perdre votre sentiment de culpabilité.

      Il y a les erreurs, et il y a les fautes.

      Les erreurs, c’est ce que nous faisons tous. Nous les faisons parce qu’elles sont statistiquement inévitables, parce que les situations sont inanalysabes, parce que nous ne pouvons pas être en permanence à 100% de nos capacités, etc.

      Les fautes, c’est ce qu’il nous arrive de faire alors que notre professionnalisme aurait dû nous permettre de les éviter : si je néglige de lire le résultat d’un examen, ou si je ne tiens pas compte du fait que je suis en colère, ou pire encore.

      Naturellement il y a une zone grise : quand je suis épuisé il peut se faire que je commette des fautes. Mais ne sont-ce pas alors des erreurs ?

      C’est ce qui vous est arrivé : vous avez été placée dans une situation où il devenait trop difficile de produire le comportement idéal à tout moment. Et ceci notamment parce que vous étiez seule. La vraie maltraitance était là ; notez que cela n’implique nullement une mise en accusation de l’institution, qui elle aussi fait ce qu’elle peut, qui elle aussi est maltraitée. Tout au plus, j’en conclurais que la définition du concept de maltraitance demande à être revu, mais ça c’est ce que je dis depuis plus de quinze ans.

      Tout cela pour dire qu’il est urgent que vous vous apaisiez ; ce que je lis dans votre dernier mail, c’est que cette histoire vous hante encore. Il ne faut pas. D’ailleurs si je vous racontais ce qu’il m’est parfois arrivé de faire, vous…

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 30 novembre 2015 à 21:22 , par LM

    Bonjour,
    Je ne sais pas si le sujet est complètement lié à votre article mais ma mère souffre depuis très longtemps d’un trouble psychotique chronique qui a été mal soigné de part son opposition mais aussi peut-être à cause d’un mauvais suivi. Il s’est aggravé depuis quelques mois (peut-être à cause de la solitude mais aussi car elle ne prenait plus son traitement depuis des mois) jusqu’au point où elle est entrée dans une clinique géronto-psychiatrique où elle est suivie depuis deux mois. Ça va beaucoup mieux mais maintenant se pose la question de l’après. Retourner à la maison ? Aller en résidence senior ? En maison de retraite ? Elle est opposée à la maison de retraite car se trouve trop jeune (70 ans), et depuis peu a changé brutalement d’avis alors qu’elle envisageait d’aller en résidence senior (ce qui est une résidence pour personnes âgées autonomes). Elle souhaite retourner chez elle mais nous (ses enfants) n’habitons plus à proximité. Je m’inquiète beaucoup de ce retour à la maison car j’ai la sensation que ses troubles vont réapparaître (sentiment de persécution jusqu’au point de ne plus se sentir en sécurité chez elle, angoisses).
    L’équipe médicale souhaite la garder encore un peu pour adapter le traitement et l’assistante sociale pense la faire changer d’avis. Elle semble de son côté décidée à rentrer chez elle et s’oppose à toute proposition. Elle ne veut pas être suivie par le médecin par la suite et semble même réticente à continuer le traitement mis en place à la clinique, ce qui est inquiétant aussi.
    On ne peut pas s’opposer a son retour chez elle mais quelle attitude adopter ? La soutenir même si on sent qu’elle risque de replonger ? Il n’est évidemment pas question de lui imposer quoi que ce soit. Mais j’ai l’impression que d’un côté le médecin et l’assistante sociale sont sur leurs positions, ma mère sur une autre, et ses enfants démunis entre les deux...
    Merci pour votre éclairage.
    Cordialement,
    L.


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    • La personne âgée opposante Le 3 décembre 2015 à 07:35 , par Michel

      Bonjour, Lionel.

      Malheureusement, vous devez bien penser que si la décision est difficile pour l’équipe qui s’occupe de votre mère, elle l’est encore plus pour moi qui ne sais rien de la situation.

      En particulier il faudrait en savoir plus sur cette psychose. Il existe en effet des psychoses assez spécifiques du sujet âgé, sauf que si à 70 ans votre mère est malade depuis longtemps il ne s’agit pas d’une psychose du sujet âgé. Et le pronostic, le traitement, les moyens ne sont pas les mêmes. L’hospitalisation apporte souvent une grande amélioration, mais la question se pose effectivement de savoir quel est le risque à la renvoyer chez elle. D’autant que ces patients sont plus que les autres sujets à un risque de détérioration intellectuelle, ce qui conduit à surajouter une démence au délire.

      Or il est inutile de retourner le problème dans tous les sens, car il n’y a que deux options. Ou bien vous considérez que votre mère se met en danger inconsidérément, et alors vous n’avez pas d’autre choix que de demander une mise sous protection judiciaire, qui vous donnera les moyens de décider de son lieu de résidence (car la loi sur ce point est d’une fabuleuse hypocrisie : elle précise que la personne protégée garde le droit de choisir son domicile, alors que si elle est sous tutelle c’est précisément parce qu’elle n’est plus en état de le faire). Ou bien vous considérez (voyez http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article63) que le risque doit être pris, et alors vous n’avez rien d’autre à faire que de le prendre. Franchement, je comprendrais que vous preniez l’une ou l’autre option. À moins qu’il ne soit évident que votre mère a complètement rechuté son délire.

      Alors vous êtes démunis. Oui. Vous l’êtes. Tout ce qui vous reste à faire, c’est de réfléchir aux moyens de limiter la casse éventuelle, en organisant une surveillance discrète (ce qui ne va pas de soi, s’agissant d’une malade psychotique. Et de vous souvenir que, ayant agi en toute transparence et honnêteté, vous n’aurez rien à vous reprocher. Pas facile.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • mon mari ne veut plus rester en ephad Le 2 septembre 2015 à 22:48 , par rochette

    mon mari a décidé de ne plus rester en ephad il a des problèmes de diabète +de gros problèmes cardiaques
    je l avais repris a la maison mais il était -infect-se le ver et déjeuner 3 fois la nuit ouvrais les volets a 4 heures bref c était l enfer j y laissais ma santé

    il veut sortir moi je ne peux pas le garder l ephad va t il suivre ses désiratas dans ce cas la puis je partir de la maison aidez moi car je ne sais +quoi faire merci de me répondre"


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    • mon mari ne veut plus rester en ephad Le 3 septembre 2015 à 22:18 , par Michel

      Bonsoir, et merci de ce message.

      Votre problème est malheureusement assez classique, et vient de ce que les choses, comme c’est fréquent, n’ont pas été anticipées.

      Si on veut trouver une solution, il faut réfléchir de la manière suivante :

      Il y a le problème légal. Et là, de deux choses l’une :
      - Ou votre mari est en état de décider pour lui-même, et la loi oblige à le laisser libre de ses mouvements. C’est d’ailleurs ce que vous réclameriez pour vous-même.
      - Ou il n’est pas en état de décider pour lui-même, et la loi dispose qu’il doit faire l’objet d’une mesure de protection. Il faut donc le placer sous tutelle ; la loi, toujours elle, précise que dans la mesure du possible c’est à vous qu’il faut confier la tutelle ; et vous pourrez alors prendre les décisions adéquates, notamment celle de le maintenir en EHPAD.
      Si je vous lis bien, votre mari présente des symptômes de désorientation temporelle et d’inversion du rythme jour/nuit ; ce ne sont probablement pas les seuls troubles, et je ne serais pas surpris qu’on découvre qu’il est atteint d’une démence de type Alzheimer, ce qui le plus souvent justifie pleinement une mesure de tutelle.

      Mais il y a aussi le problème pratique. Si votre mari présente de tels troubles, il serait surprenant que l’équipe de l’EHPAD ne se soit aperçue de rien. Dans ces conditions, et même si rien n’autorise cet EHPAD à garder votre mari contre sa volonté, je ne crois pas une seconde qu’ils vont vous le rendre sans autre forme de procès.

      Vous devriez donc leur en parler tout simplement, et voir avec eux ce qu’ils en pensent. Si mon hypothèse est juste, ils vont trouver le moyen de faire patienter cette situation au moins le temps que vous preniez les dispositions légales nécessaires.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 18 juillet 2015 à 11:56 , par manguy

    cette dame n avait pas a rentre dans la chambre,je ne l es pas fais sortir je voulais qu elle voient le comportement de la residente pour qu elle me comprenne mais du coup vu qu elle etait la je me suis servi d elle pour que la residente se laisse faire pour le transfert ,elle a pas donne mon nom mais quand meme je me sens quand meme accuse de maltraitance ,moi aussi je suis contre de lever les residents en fin de vie .

    joelle


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    • La personne âgée opposante Le 19 juillet 2015 à 19:32 , par Michel

      Bonsoir, Joëlle.

      En effet, vous avez fait une erreur mais… pas du tout celle que vous croyez.

      Car s’il est une évidence, c’est qu’une résidente (avez-vous remarqué que plus personne ne parle de « client » ?) dont l’état nécessite une manutention au lève-malade est une résidente qui nécessite d’être prise en charge par deux soignants. Il suit de là que la situation dans laquelle vous vous êtes trouvée n’aurait tout simplement pas dû se produire.

      Elle aurait d’autant moins dû se produire que si la résidente pose problème (et visiblement elle en pose) cela appelait une discussion d’équipe et une décision d’équipe. Mais je me demande si la notion de travail d’équipe tient une grande place dans la culture de votre établissement.

      Du coup le reste est anecdotique.

      Vous avez dit : madame si vous continuez plus personne ne va vouloir s’occuper de vous ; et alors ? Évidemment, ce la dépend du ton que vous avez employé ; évidemment il y avait peut-être une autre manière de dire les choses ; mais il y a d’excellents arguments pour dire que votre propos était plutôt modéré, et que vous aviez raison d’en appeler à la réflexion de cette dame (à condition qu’elle soit capable de réfléchir).

      Il se peut tout à fait qu’elle ait peur du lève-malade ; mais d’un autre côté si après analyse de la situation vous jugez que le lève-malade est nécessaire à sa sécurité, alors votre devoir est de l’imposer ; et comme cela crée un conflit, il vous faut une décision d’équipe.

      L’autre résidente n’avait rien à faire là, et vous n’auriez pas dû la prendre à témoin, ni chercher à vous en faire une alliée. Mais dans le désarroi où vous étiez, ces fausses manœuvres sont inévitables.

      Bref, le problème n’est pas dans ce que vous avez fait. Je n’ai aucune envie de dresser la liste de mes maladresses, erreurs, maltraitances et pétages de plombs. La seule chose qui m’importe est que, comme je vous l’ai dit, le mécanisme qui vous a conduite dans cette impasse est un mécanisme institutionnel : la maltraitance essentielle est celle dont vous avez été victime ; le reste est négligeable.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La personne âgée opposante Le 25 juillet 2015 à 10:06 , par Sophie

        Bonjour,

        "Car s’il est une évidence, c’est qu’une résidente (avez-vous remarqué que plus personne ne parle de « client » ?) dont l’état nécessite une manutention au lève-malade est une résidente qui nécessite d’être prise en charge par deux soignants."

        Pas forcément.

        Après. ma conviction :

        Quand une personne âgée pose des soucis au niveau de la manutention LA PERSONNE RESSOURCE d’une équipe devrait être LE KINE et ... personne d’autre.
        En d’autres termes tout ce qui touche à la mobilisation d’une personne âgée devrait sortir du champ de compétences infirmier ( rôle propre) car l’évolution de la profession infirmier a pour conséquence que les infirmiers ne font plus de manutention , n’ont , à ma connaissance , jamais élaboré un travail de réflexion autour du sujet, ne connaissent ni n’utilisent les soulèves- malades, ni les verticalisateurs pas plus que ceux ( les pharmaciens) sensés les fournir.

        Sophie


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        • La personne âgée opposante Le 28 juillet 2015 à 18:11 , par Michel

          Bonjour, Sophie.

          Pas forcément

          C’est un point de vue. Ce n’est pas le mien. Je suis pour ma part plus soucieux de la sécurité et du confort, tant de la résidente que des soignants. Ou pour le dire autrement une résidente qui est manipulée sans problème au lève-malade par un seul soignant n’a certainement pas besoin d’un lève-malade. Je n’ai jamais vu d’exemple du contraire, et c’est là notamment que les techniques de « manutention relationnelle » inventées et rassemblées par Yves Gineste sont irremplaçables. Pour la plupart elles se pratiquent à deux.

          Quand une personne âgée pose des soucis au niveau de la manutention la personne ressource d’une équipe devrait être le kiné… et personne d’autre.

          C’est là une évidence pour tout le monde mais cela n’a aucun rapport avec la question posée par notre correspondante. Elle, son problème est de lever et de coucher une résidente, et il ne serait ni réaliste ni adéquat d’espérer que le kiné sera là pour effectuer ces opérations. Au surplus le problème qu’elle rapporte n’est pas un problème de technique de manutention mais un problème relationnel. Et s’il est nécessaire de prendre en charge cette résidente à deux, c’est :
          - Pour assurer la sécurité de l’opération.
          - Parce que si elles sont deux elles vont peut-être trouver un moyen d’éviter le lève-malade.
          - Parce que s’agissant d’une résidente qui pose un problème relationnel il est impératif de sortir du face à face.

          Notons par ailleurs que ce n’est pas l’infirmière qui est ici en question mais l’aide-soignante. L’idée que l’aide-soignante travaille par délégation de l’infirmière et que son rôle n’est qu’une partie de celui de l’infirmière est conforme au décret de compétence mais elle n’a aucun sens, et elle est même carrément méprisante : dans la réalité il y a un savoir aide-soignant, il y a des diagnostics aides-soignants, il y a un rôle propre aide-soignant. Tout cela reste à écrire, mais ce n’est pas une raison pour le méconnaître.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La personne âgée opposante Le 28 juillet 2015 à 21:11 , par Sophie

            Bonsoir,

            Ou pour le dire autrement une résidente qui est manipulée sans problème au lève-malade par un seul soignant n’a certainement pas besoin d’un lève-malade.

            Dans notre pratique quotidienne nous sommes seules avec le résident et … le lève - malade et je ne laisserai jamais dire quiconque que l’utilisation du lève - malade est inappropriée ou pire, suggérer que son emploi est une solution de facilité. (Je ne dis pas que ce sont vos propos, je dis que malheureusement, votre commentaire donne de l’eau au moulin à ceux- là qui précisément ne voient dans le lève- malade qu’un instrument de confort pour le ... soignant. Ce sont bien souvent les mêmes qui le plus souvent vous font des discours à n’en plus finir sur le soin relationnel, le ceci et le cela …. Sauf que moi, ce relationnel là , je m’en bats les omoplates.

            Ai- je- besoin d’ajouter que je suis tout simplement fière du couple à trois que nous ( le malade, le lève- malade et moi) formons l’instant d’un instant ?

            Et s’il est nécessaire de prendre en charge cette résidente à deux, c’est :

            Pour assurer la sécurité de l’opération.

            Un soignant seul avec un soulève- malade garantit tout autant la sécurité, à condition bien sûr que le mode d’emploi soit respecté et que le choix du harnais fasse l’objet d’une étude préalable de la part de l’équipe.

            Parce que si elles sont deux elles vont peut-être trouver un moyen d’éviter le lève-malade.

            Mais pourquoi diable vouloir à tout prix éviter son emploi ?

            Au risque de blasphémer ,j’affirme qu’une mobilisation ( soignant /lève – malade ) est certainement moins délétère qu’une mobilisation qu’il- faut- faire- à- deux .

            Que ce soit dans les EHPAD ou à domicile les mobilisations à deux sont assurées par un aide – soignant et un agent d’entretien ou aide à domicile et que ces derniers n’ont pas eu le centième du quart d’une formation manutention ou si ils en ont eu une ou rien c’est pareil et ne peuvent par la force des choses s’appuyer sur l’expérience.

            Parce que s’agissant d’une résidente qui pose un problème relationnel il est impératif de sortir du face à face.

            Pour ma part j’ai trop vu des équipes, des hiérarchies laisser pourrir des situations où les difficultés de mobilisation finissaient par gangréner la prise en charge d’un malade et finissaient par carencer le fameux relationnel.

            Ce sont les raisons pour lesquelles entres autres je milite pour l’intervention du KINE. Je milite pour un regard, un diagnostic professionnel….
            Heureuse d’apprendre que c’est une évidence pour tout le monde. Malheureusement je le ne crois pas
            Sophie


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            • La personne âgée opposante Le 4 août 2015 à 08:02 , par Michel

              Ce sont vos opinions. Je m’en tiens pour ma part au bon sens. Et surtout j’essaie de répondre à la question posée par ma correspondante, question qui n’avait pas de rapport avec ce que vous exposez.
              Bien à vous,

              M.C.


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          • La personne âgée opposante Le 29 juillet 2015 à 09:09 , par Sophie

            Bonjour,

            Ou pour le dire autrement une résidente qui est manipulée sans problème au lève-malade par un seul soignant n’a certainement pas besoin d’un lève-malade. Je n’ai jamais vu d’exemple du contraire,

            Une suggestion :

            Je vous invite à prendre contact avec un des SSIAD de votre région et d’aller observer à domicile l’utilisation du lève- malade par un seul soignant.
            Certes l’emploi du lève- malade est privilégié pour des questions de coût, la présence de deux aides - soignants étant jugée trop onéreuse par les structures. Après il reste, il est vrai, la possibilité du binôme ( aide- soignant / aide ménagère) .
            En ce qui me concerne, je suis totalement opposée à cette solution. La raison essentielle étant que dans cette configuration la moitié du coût de la prise en charge est assurée par les familles ( certes corrigée par l’APA pour certaines d’entre- elles ). Il n’empêche que le procédé vise à transférer l’air de ne pas avoir l’air une partie du coût de la prise en charge du patient aux familles et non à la collectivité.
            Et dans les EHPAD c’est la même histoire.
            Au moins le coût de l’utilisation du lève- malade relève de la sécurité sociale.
            Sophie


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            • La personne âgée opposante Le 4 août 2015 à 08:12 , par Michel

              Merci mais je sais parfaitement que la manœuvre peut s’exécuter quand on est seul. Simplement ce n’est pas parce qu’une action est à la portée de tout le monde qu’elle est souhaitable. Le meilleur signe est d’ailleurs celui que vous découvrez enfin : dans la plupart des cas le lève-malade sert surtout à ne pas dépenser ce qu’il faudrait.

              Mais dans tout cela je ne vois toujours pas ce qui pourrait aider notre correspondante.

              Bien à vous,

              M.C.


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              • La personne âgée opposante Le 6 août 2015 à 20:33 , par Sophie

                Bonjour,

                « Merci mais je sais parfaitement que la manœuvre peut s’exécuter quand on est seul. Simplement ce n’est pas parce qu’une action est à la portée de tout le monde qu’elle est souhaitable. »

                Sauf que l’utilisation du lève - malade n’est justement pas à la portée de tout le monde. Certes, nul besoin d’être diplômé de Saint - Cyr pour en appréhender son fonctionnement ....

                Seulement

                Combien d’équipes vont au préalable essayé de raisonner véritablement l’efficience du choix ou non de cet appareil ?

                Combien d’équipes vont motiver, s’excuser même de son utilisation par l’argument mille fois entendu : parce-que c’est- un- cas- lourd- et- qu’on -nous- donne- pas- les- moyens- pour- faire- autrement ?

                Quels moyens intellectuels la formation aide - soignant apporte- t- elle à ses élèves ? … ne serait-ce que le raisonnement suivant :

                J’ai devant moi un appareil, que peut-il apporter et ... que peut-il ne pas apporter ?

                Par ex : c’est le lève- malade qui va configurer le tempo du transfert, le transfert se fera à son rythme et je n’ai jamais vu un lève - malade déposer un malade sur un lit avec brusquerie.

                Mais dans tout cela je ne vois toujours pas ce qui pourrait aider notre correspondante.

                « ... oui le leve malade etant ma seule solution pour la coucher dans son lit ,donc j ai fin par lui dire madame si vous continuer plus personne va vouloir s occuper de vous ... »

                De mon point de vue il y a fort à parier que cela fait un bon petit moment que plus personne dans cette équipe n’a déjà plus l’envie de s’occuper de cette dame.
                Est- ce que j’aide Joëlle quand je dis ça … et pourtant c’est précisément ce que je me suis dit à la première lecture de son message.

                Sophie


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                • La personne âgée opposante Le 7 août 2015 à 14:16 , par Michel

                  Est- ce que j’aide Joëlle quand je dis ça …

                  Vous auriez pu le faire si vous vous en étiez tenue à la question posée : celle d’une vieille dame qui ne veut pas du lève-malade.

                  Je clôture ici ce fil de discussion inutile.

                  Bien à vous,

                  M.C.


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  • une question au sujet de la personne agee opposante Le 18 juillet 2015 à 11:52 , par manguy

    voila je suis une aide soignante ,votre sujet m interesse beaucoup ,j ai etait confronte a une residente qui voulait que je la couche ,mais qui refuse que j utilise le leve malade ,c est une personne forte qui ne tient plus sur ses jambes ,essayant de la raisonner ,elle a commence a m insulter et a faire sa crise car je ne voulais pas ceder ,oui le leve malade etant ma seule solution pour la coucher dans son lit ,donc j ai fin par lui dire madame si vous continuer plus personne va vouloir s occuper de vous ,une dame etant dans le couloir ayant entendu les cris de la residente et rentre dans la chambre et m a entendu dire cette phrase plus personne va vouloir s occuper de vous ,quand j ai dis cette phrase mon objectif etait qu elle se laisse faire pour je puisse la mettre dans son lit ,et non chercher a la maltraite verbalement ,cette residente me considere comme une gamine ,j ai 43 ans ,,la dame s est plaint a la direction ,pschycologiquement je me sens pas soutenue ,et ca donne l impression qu on a plus droit de rien dire ,a trop vouloir les proteger on tue le relationnel, et cette dame n a aucun lien avec cette residente .


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  • La personne âgée opposante Le 8 juillet 2015 à 17:29 , par LAZZERINI

    Ma mère à 86 ans à fait un AVC ischémique le 6 mai dernier. L’IRM a dévoilé qu’elle avait une dizaine d’avc dans la tête. Ce qui est plutôt rare. La raison est peut-être du à une calcification au niveau de la valve mitrale, une petite boule d’environ 2 cm a été diagnostiqué. Je ne peux vous fournir plus d’infos car je n’ai pas eu de compte rendu médical plus approfondi. Le soucis aujourd’hui est qu’elle a perdu la mémoire, du moins le présent car elle vit dans le passé. Elle reconnait les personnes, la conversation reste cohérente mais pas l’actualité. Elle est autonome pour manger, peut se lever (a des difficultés du à son arthrose dorsale). Depuis plus de 1 mois, elle est en service gériatrie. Nous attendons nous la famille pour la placer en maison de retraite. Ma question : pensez-vous qu’avec de la stimulation, elle pourrait retrouver un peu d’autonomie ? Ne serait-ce que se laver seule, s’habiller et s’intéresser à la vie actuelle. Merci


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    • La personne âgée opposante Le 8 juillet 2015 à 22:02 , par Michel

      Bonsoir.

      Ce que vous décrivez, c’est une dame qui a présenté une succession d’accidents vasculaires cérébraux passés inaperçus, et révélés par le dernier qui, lui, a parlé. C’est une situation assez classique, dont la cause peut effectivement être cardiologique, mais pas seulement. Ceci n’a d’ailleurs guère d’importance, car il est rare que cela débouche sur des conséquences thérapeutiques.

      Maintenant, vous constatez des troubles intellectuels. Comment allons-nous les interpréter ?

      La première précaution à prendre, c’est de se souvenir qu’on ne va pas faire un bilan intellectuel, encore moins un diagnostic, alors qu’on est au décours d’un épisode aigu. De multiples causes pourraient faire que votre mère présente actuellement un fléchissement cognitif, et cela ne permettrait en aucun cas de dire si ce fléchissement est provisoire ou définitif.

      La seconde précaution est de se souvenir qu’à 85 ans la cause principale de trouble intellectuel est la démence de type Alzheimer ; et cette prééminence vaut pour tout le monde, et elle reste vraie pour les malades atteints de troubles vasculaires. Statistiquement, donc, l’hypothèse la plus probable est qu’il s’agit d’une pathologie de type Alzheimer qui se démasque, soit parce que l’épisode aigu la déstabilise, soit plus simplement parce que votre attention se trouve attirée par des troubles qui en réalité ne sont pas aussi récents que vous le pensez.

      La troisième précaution est de se souvenir que les accidents vasculaires cérébraux s’accompagnent souvent de troubles dépressifs qui peuvent parfaitement se manifester sous el forme que vous décrivez.

      Toutes ces précautions étant prises, il reste l’hypothèse d’une détérioration de type démence vasculaire. Ces troubles n’ont pas l’évolution souvent implacable de la démence de type Alzheimer, et il est fréquent de voir que de nombreuses capacités restent préservées assez longtemps. Il y a donc bel et bien place pour de la rééducation ou de la stimulation, non que cela permette de récupérer des neurones qui ont disparu, mais parce que cela aide la malade à opérer une réorganisation cérébrale permettant de compenser assez largement une fonctionnalité défaillante par une autre, en somme d’optimiser le fonctionnement cérébral.

      Les résultats sont limités, notamment parce qu’il est bien difficile d’éviter la reproduction silencieuse des accidents vasculaires cérébraux, mais cela mérite d’être envisagé. Cependant il convient de faire un bilan neuropsychologique de départ, qui permettra de faire le point de la situation, d’asseoir l’hypothèse d’un trouble vasculaire, et surtout de se faire une idée de ce qu’il est réaliste d’espérer...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 27 juin 2015 à 05:50 , par Jean pierre

    Cher Docteur
    Nous avons une sœur qui est âgée de 70 ans qui n’a plus aucune envie d’avoir un minimum de tenue hygiénique nous sommes dans un désarroi complet
    elle se fait renvoyer de tout les établissements Gériatrique pour ses incontinences et les odeurs générées
    elle passe sont temps allongée, ne lave plus ,il y a une infirmière qui vient la soigner 2 fois par jour et malgré cela elle reste inapprochable tellement elle dégage une odeur nauséabonde
    Il y a aussi une addiction a l’alcool qui est prédominante ce qui favorise un état suicidaire ou chantage au suicide
    Pour les incontinences urinaires il existe des cas ou les gens se font opérer et de ce fait la personne peut se contrôler est ce que se fait en France ? cela pourrait améliorer un peu les choses

    Que pouvons faire pour améliorer ce ?????????


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    • La personne âgée opposante Le 28 juin 2015 à 18:14 , par Michel

      Bonjour, Jean-Pierre.

      Je ne peux pas vous dire grand-chose, car votre présentation est trop incomplète.

      Votre sœur, en effet, a une histoire. Elle n’a que 70 ans, ce n’est pas vieux, ce n’est même pas de la gériatrie. Or vous dites qu’elle se fait renvoyer de tout les établissements Gériatriques. Mais pourquoi y est-elle ? Depuis quand ? Dans quelles circonstances ? Une personne de 70 ans n’a rien à faire dans un établissement gériatrique. Cette histoire a une histoire.
      - Elle est en état d’incurie. D’accord. Mais quelle est l’histoire de cette incurie ? que faisait-elle dans la vie ? Comment était-elle ? Comment les choses se sont-elles dégradées ?
      - Il y a une addiction à l’alcool. Soit. Mais là aussi, depuis quand ? Avec quelle intensité ? Avec quels dégâts intellectuels ?
      - Il y a un chantage au suicide. Cela a-t-il été exploré ? Qu’a-t-on dit d’une éventuelle dépression ?

      Car en ce qui concerne la stratégie, il y a trois situations à envisager.
      - On a affaire à un problème purement urologique ; cela se peut ; on peut même imaginer que la malade, désespérée par son incontinence, se laisse complètement aller. Franchement, ça m’étonnerait. Mais dans ce cas il existe en effet des interventions très simples qui restaurent la continence ; à condition qu’elle soit incontinente : qu’elle souffre effectivement d’une perte de contrôle, et non d’un refus de contrôler. L’examen urologique le dira.
      - On a affaire à une souffrance psychologique majeure. Il faut alors en savoir plus.
      - On a affaire à une malade intellectuellement détériorée, par exemple par l’alcool. Je crains que dans ce cas la messe ne soit dite.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 24 mars 2015 à 17:51 , par Anne

    Bravo pour cet article vraiment éclairant. Merci (je suis en train de passer les concours pour être aide-soignante)


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  • La personne âgée opposante et autoritaire Le 16 août 2014 à 11:59 , par benrard

    Bonjour.
    Je suis du côté "client" et je recherche pour ma mère âgée de 84 ans un centre ou elle serait bien. Pour l’instant je l’ai à mon domicile mais la cohabitaion est difficile.
    Dans les fait, depuis a fracture du col du fémur(2010) à son retour de maison de rééucation, elle se laisse aller. Elle bénéficie d’une infirmière pour la toilette une fois par jour, d’une aide ménagère 2 fois par semaine et d’un kiné 2 fois par semaine sauf que, hors visite de ses personnes, elle ne fait rien. La masse musculaire ayant fondu, elle est devenu incontinente fecale et urinaire. (urinaire c’est depuis 2009 ou elle a été opérée d’un polype à la vessie).
    Le problème est que sous prétexte qu’elle a mal, elle ne bouge plus du lit et j’ai les pire difficulté a lui faire entendre raison pour qu’elle se change. Se lève pour manger mais elle ne mange pratiement rien.
    En plus de tout ca, elle perd la tête, ne reconnait pas certaines personnes et ne se rappele plus de beacoup de choses et du reste est très autoritaire.
    Ca en devient presque un combat quotidient pour lui faire entendre raison et je suis moi même à bout au risque de voir ma famille se déruire.
    Comment réagir ? D’un côté je n’ai pas les moyens de payer une maison de retraite, De l’autre comme éviter de rentrer dans une spirale familliale infernale ?
    Ma femme supporte cette situation depuis 2010, je suis au chomage mais comment trouver un travail en contiunuant à s’occuper d’elle, et nous avons un enfant de 4 ans qui devient rétissant à voir mémé car elle "sent mauvais" d’ailleurs, bien qu’il soit propore, il n’a toujours pas intégré le faitd e faire caca dans le pot ou les toilettes (a chaque fois il remet seul une couche culotte). Cause à effet avec la grand mère ?
    Que me conseillez vous ?
    Quelle maison de retraite acceptera une personne dans cette situation et qui s’en occupera ?
    Merci d’avoir pris le temps de me lire.
    Salutations

    PS : j’ai remarque que sur les 4 infirmières qui se relaient pour lui faire sa toilette. Le courant ne passe pas avec l’une d’entre elle qui la secoue un peu et je sais qu’elle ne l’aime pas. Avec les autres qui y vont en douceur tout se passe bien.


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    • La personne âgée opposante et autoritaire Le 18 août 2014 à 10:54 , par Michel

      Bonjour, Bernard.

      Avant toute chose, je dois vous dire, comme je le fais à chaque fois, que je ne dispose que des informations que vous me donnez. Non seulement il se peut que votre analyse soit trop pessimiste, mais je ne serais guère sérieux si je prétendais vous donner un conseil au sujet d’une malade que je n’ai pas vue.

      Mais ceci posé, le conseil est très simple. Rien ne peut justifier que vous mettiez votre famille en péril, et nous devons envisager l’hypothèse que vous êtes tous à bout, et qu’il est temps de jeter l’éponge. Votre devoir de fils n’est pas de vous occuper de votre mère, il est de créer les conditions pour qu’on s’en occupe. Au demeurant il est fort possible que la situation ne relève plus d’un maintien à domicile.

      Comment analyser le comportement de votre mère ?
      - A-t-on levé l’hypothèque d’une dépression, ce qui se fait tout simplement en instituant un traitement d’épreuve (attention : à bonne dose, et pendant un minimum de deux mois) ?
      - Ce comportement est-il différent de celui qu’elle a toujours plus ou moins eu (je pense à l’autoritarisme notamment) ?
      - Peut-on, c’est l’affaire d’un gérontopsychiatre, considérer qu’il s’agit d’un cas de ces pathologies de régression psychomotrice du sujet âgé ?

      Si tout cela est tiré au clair, alors le pronostic ne semble pas bon :
      - Sur le plan locomoteur, il n’y a rien à espérer d’une rééducation faite deux fois par semaine à une dame qui ne marche pratiquement plus depuis quatre ans.
      - La dénutrition ne va pas tarder à faire des ravages.
      - La détérioration intellectuelle va progresser.

      Mais j’ai bien lu : je n’ai pas les moyens de payer une maison de retraite. Est-ce sûr ? Dans tous les départements il existe un système d’aide sociale qui permet précisément de financer l’entrée en EHPAD de personne démunies. Et en règle générale les choses sont faites de manière réaliste, je veux dire que si les obligés alimentaires, dont vous êtes, sont mis à contribution cette contribution est envisagée sous un angle pédagogique et non strictement économique ; elle est calculée en tenant compte du fait que vous êtes au chômage, que vous avez des enfants à charge, une maison à payer, etc. Même la question des récupérations sur succession n’est pratiquement plus soulevée.

      Quant à la question de sa dépendance, elle n’est, au moins sur le papier, pas opposable : les EHPAD savent parfaitement que les personnes qui viennent chez eux ne sont pas autonomes : si elles l’étaient, rares seraient celles qui choisiraient ce mode de vie.

      Je ne saurais donc trop vous recommander de vous renseigner. Où habitez-vous ?

      Une autre solution (mais là par contre la question de la dépendance pourrait être problématique) est l’accueil familial, voyez http://www.famidac.fr/.

      Bien à vous,


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  • La personne âgée opposante Le 30 novembre 2013 à 15:15 , par Justine

    Bonjour,

    Je suis actuellement en fin de formation à l’Institut de Formation en Soins Infirmiers de Bel Air (57).
    Je suis donc en plein dans la rédaction de mon Travail de Fin d’Etude (un bien grand terme pour parler simplement de "mémoire"), dont le sujet est :
    "Comment devons-nous, en tant que soignant, adapter notre PEC chez une personne âgée démente et opposante ?"

    J’ai choisi ce sujet suite à une situation rencontrée lors de mon dernier stage en SSR et qui m’a grandement interpelée : un refus alimentaire à répétition chez une personne âgée de 85 ans et atteinte de démence mixte, l’opposition s’étendant même à presque tous les domaines de la profession soignante (toilette, réfection de pansement, etc.).
    Que faire alors dans ce cas ? Aller à l’encontre de la volonté de la personne démente pourtant bien capable de s’exprimer ? Où s’arrêter ?

    Je possède plusieurs pistes à explorer :
    - l’origine de l’opposition aux soins.
    - les répercussions sur les soignants d’une constante opposition.
    - les réactions à adopter face à ce type de situation.

    Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous m’indiquer d’éventuelles autres pistes à exploiter ?

    De plus, une notion me dérange : celle de refus de soin. Je pense que, dans le cas de ma situation, il est vraiment question de refus de soin (refus alimentaire). Mais pour ce qui est de la toilette, la réfection de pansement, etc., peut-on considérer cela comme un refus également ? Le patient manifestait certes son opposition, mais ne pouvait rien faire de plus que "rouspéter". En effet, comme le fait remarquer Cécile Delamarre dans son livre Démence et projet de vie, "les adultes âgés qui ont une démence pourront ponctuellement manifester leur désaccord, voire leur opposition, à ce que nous leur apportons mais guère plus : ils ont besoin de nous.".
    Pouvez-vous m’éclairer sur ce point ?

    En vous remerciant d’avance pour votre réponse, et surtout pour vos articles tellement intéressants,
    Justine.


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    • La personne âgée opposante Le 1er décembre 2013 à 22:34 , par Michel

      Bonsoir, Justine.

      Je crois que vous êtes en plein dans le sujet. Mais je ne sais pas si je peux vous en dire beaucoup plus que ce que j’ai déjà écrit.

      Cette vieille personne s’oppose aux soins. Évidemment le problème ne se pose pas de la même façon selon qu’elle est démente ou non. Mais j’attire votre attention sur un autre problème, qui est notre conception du soin.

      Lorsque a eu lieu le débat sur la loi Léonetti, on a longuement discuté pour savoir si l’alimentation artificielle est un soin ou un traitement. C’est un point important car si la loi précise les conditions dans lesquelles on peut arrêter les traitements, elle ne parle pas des soins, qui eux doivent être poursuivis. Je comprends pourquoi on a fait cela : il s’agissait de bien préciser que quand on arrête les traitements on n’arrête pas pour autant de s’occuper du malade. Mais on paie cette précision d’un prix exorbitant : on a donné un statut officiel à cette séparation entre les soins et les traitements ; alors que cette séparation n’a absolument aucun sens ; elle revient à dire, en somme, que le malade en fin de vie est libre de refuser qu’on lui fasse une ponction mais qu’il ne peut refuser qu’on lui fasse sa toilette... On se moque complètement de savoir si on fait des soins ou des traitements, notre guide c’est la volonté du malade.

      C’est ce que nous voyons à l’œuvre dans votre question : il s’agit d’une patiente qui refuse les soins. Et qui ne refuse pas que cela : vous indiquez significativement que l"’opposition s’étend même à presque tous les domaines de la profession soignante" ? on ne saurait mieux montrer que c’est vous (je veux dire : vous, les soignants) dont elle rejette en bloc l’action ; et vous le percevez comme une violence.

      Il me semble que la première précaution à prendre est de garder cela à l’esprit : ces situations d’opposition sont avant tout des causes de souffrance pour le soignant, qui se trouve contesté, dénié dans ce qu’il a de plus précieux ; et cela n’aide pas à garder une objectivité.

      Ceci rappelé, il faut se demander quelles sont les causes possibles de cette opposition. Car nous n’avons pas beaucoup d’options :
      - Il peut y avoir une cause organique : le malade s’oppose parce qu’il a peur, et notamment peur d’avoir mal. Et cela n’a rien d’évident à détecter chez les malades qui n’ont plus les moyens de penser leur douleur.
      - Il peut y avoir une cause psychologique ; non seulement les dépressions, non seulement les démences, mais aussi tous les mécanismes, assez bien décrit en gérontopsychiatrie, qui peuvent conduire à ces situations d’opposition par lesquelles le malade réaffirme qu’il a un pouvoir sur la situation. La prise en charge en est alors délicate, mais les psychiatres commencent à avoir quelques idées sur la manière de procéder.
      - Il peut s’agir aussi d’un refus lié à la démence, chez le malade qui ne comprend plus de quoi on lui parle.
      - Et puis il y a des refus qui sont des refus. Soit parce que le malade se trouve dans un environnement dont il ne veut pas, soit parce qu’il ne souhaite pas qu’on s’occupe de lui. Ce dernier cas est assez fréquent en cas de refus alimentaire, et alors il me semble qu’il exprime assez nettement un désir de mort.

      Et notre problème est bel et bien de savoir ce que nous pouvons (devons) faire, surtout chez le dément. Vous le dites bien : "Que faire alors dans ce cas ? Aller à l’encontre de la volonté de la personne démente pourtant bien capable de s’exprimer ? Où s’arrêter ?". Je crois effectivement qu’il y a des domaines dans lesquels la personne démente est parfaitement capable de s’exprimer. Et c’est le cas chaque fois qu’il s’agit des questions fondamentales qui tournent autour de la vie et de la mort. Je crois que ces personnes savent très bien ce qu’elles disent et font, et que leur volonté doit être prise en compte. Je ne crois pas qu’on puisse aller à l’encontre de cette volonté ; d’ailleurs on arriverait à une absurdité : si nous voulons que la personne démente continue à vivre, c’est parce que sa vie vaut la peine d’être vécue, n’est-ce pas ? mais quelle idée nous faisons-nous de cette vie qui vaut la peine d’être vécue si nous pensons que le trouble cognitif de cette personne est tel que sa volonté n’a pas à être respectée ? On voit bien que nous n’agirions là qu’en raison d’un caractère sacré de la vie, caractère sacré dont je me fiche comme d’une guigne.

      Une fois, donc, éliminées les explications organiques, une fois le psychiatre (un bon, un spécialisé en gériatrie) passé, il reste à se débrouiller.
      - Il est indispensable de toujours proposer le soin, même si c’est pour essuyer un refus.
      - Quand le malade s’oppose, il est indispensable de limiter le soin à ce qui ne peut être évité (j’attends toujours qu’on me donne les bases scientifiques établissant que le fait de ne pas se laver tous les jours expose à des dangers).
      - Il existe des techniques qui permettent souvent de contourner l’obstacle ; ce sont des techniques de diversion, qui ont été bien développées notamment par Yves Gineste. Elles sont efficaces, je ne les aime pas beaucoup dans la mesure où cela revient tout de même à duper le malade. Mais d’un autre côté l’expérience montre qu’assez souvent le malade qui bénéficie de ces techniques arrive assez rapidement à ne plus refuser le soin.
      - Mais je ne crois pas qu’on puisse passer en force. On ne le peut pas parce que le fait de passer outre la volonté du malade me semble poser des problèmes éthiques insurmontables, plus insurmontables encore que la soumission à cette volonté, fût-elle mortifère. On ne le peut pas surtout parce que c’est massivement inefficace, et qu’il n’est pas permis d’enfreindre les désirs du malade si c’est pour ne pas avoir un résultat qui le justifie.

      Du coup je suis inquiet de lire : "comme le fait remarquer Cécile Delamarre dans son livre Démence et projet de vie, "les adultes âgés qui ont une démence pourront ponctuellement manifester leur désaccord, voire leur opposition, à ce que nous leur apportons mais guère plus : ils ont besoin de nous."." Je n’ai pas lu ce livre, et je suppose que je comprends mal. Mais si l’auteur veut dire par là que de toute manière il faudra bien que le malade se laisse faire parce que c’est nous qui avons le pouvoir, je trouve cela inacceptable. Et pour oser écrire : "les adultes âgés qui ont une démence pourront ponctuellement manifester leur désaccord", il faut n’avoir pas passé beaucoup de temps dans un service de gériatrie ; quand on y a passé une semaine on sait qu’il ne s’agit pas de "désaccords ponctuels".

      Bref je crois qu’il ne faut pas méconnaître l’obligation que nous avons de respecter la volonté du malade, fût-il dément. Je vous déconseille fortement d’écrire ça dans un TFE.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 2 avril 2013 à 18:34 , par lilia

    Je suis AVS au domicile et je viens de faire la formation d’Assistante de Soins en Gérontologie (ASG) Alzheimer et démences apparentées avec au programme, bien sûr, "L’humanitude" de Gineste et Marescotti, la stimulation (sans forcer, c’est évident !), la stimulation des sens par l’art-thérapie, le "faire" tant que l’on peut, etc...
    Si cela est difficile de fédérer les soignants dans les EHPAD, au domicile on est seule
    aussi.
    Et c’est révoltant de constater que tout le monde ne "sent" pas les choses ! Il s’agit réellement d’humanitude et de bientraitance. On constate cela à tous les échelons. Certains médecins généralistes sont également dépassés ; pour certains, on a l’impression qu’ils pensent qu’il n’y a rien à faire !
    J’essaye de "vider mon sac" auprès de professionnels d’Unités Alzheimer, psychologues, ergothérapeutes. Le Clic est aussi une grande aide.
    Mais c’est très dur !


    Répondre à ce message

    • La personne âgée opposante Le 7 avril 2013 à 20:58 , par Michel

      Bonsoir, Lilia.

      Je crois que je comprends ce que vous ressentez.

      Mais il est important de bien comprendre pourquoi les choses sont ce qu’elles sont. Pas pour les minimiser ou les excuser, mais pour les comprendre : sans cet effort de compréhension on ne peut espérer aucune efficacité.

      En premier lieu, il faut se souvenir que les professionnels de santé n’ont guère de raison d’être à l’abri de la peur. Bien des choses s’expliquent par leur peur de la mort, et au moins autant par la peur de la démence.

      En second lieu, il y a ce que vous dites : il n’est pas normal de ne pas "sentir" les choses. Oui, mais tout le savoir médical s’est bâti sur une recherche d’objectivité, et cette recherche devait passer par une étape où on évitait surtout de sentir, parce que le ressenti a été pendant des siècles la principale source d’erreur. C’est pourquoi le ressenti a été chassé de la démarche médicale, et on en voit encore aujourd’hui les conséquences (je passe sur le fait que le ressenti n’avait pas été chassé si bien que ça).

      En troisième lieu, il faut reconnaître que le comportement du dément est largement incompréhensible, du moins quand on s’en tient à l’objectivité. C’est quand on accepte de se départir de cette attitude scientifique, c’est quand on accepte de ne pas comprendre qu’on peut espérer commencer à comprendre. Pas facile pour des gens qui n’ont pas été habitués à cette gymnastique.

      Les démarches qui visent à autoriser un retour du ressenti sont relativement récentes, et il reste du travail pour en généraliser l’emploi. Encore verra-t-on vite, si on le fait, que certains retombent dans les travers qui nous avaient fait y renoncer.

      Surtout ne perdez pas courage. C’est toute une culture qui est en question, et les choses ne changeront que si les gens comme vous tracent obstinément la route.

      Bien à vous,

      M.C.


      Répondre à ce message

  • La personne âgée opposante Le 19 mars 2013 à 20:19

    (3) Une analogie entre vieillissement et règne végétal me semble très abusive.
    Une discussion à ce sujet :

    http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-les-plantes-possedent-elles-une-veritable-intelligence-2013-03-08

    (4) Une analogie entre méditation et dépression ?

    Bien à vous,
    BC


    Répondre à ce message

    • La personne âgée opposante Le 19 mars 2013 à 22:29 , par Michel

      Bonsoir.

      Bien sûr, c’est abusif.

      Mais je suis frappé du fait que cette analogie est fréquemment retrouvée. Pour moi elle n’a de valeur que poétique ; mais précisément, la poésie c’est important : elle dit des choses. C’est pourquoi je crois qu’il serait utile d’y travailler.

      De même, il y a peut-être quelque chose à voir entre méditation et dépression. Pas beaucoup peut-être, car la dépression induit des mécanismes d’inhibition psychique qui ne doivent pas favoriser la méditation ; mais il faudrait y voir de plus près.

      Bien à vous,

      M.C.


      Répondre à ce message

      • La personne âgée opposante Le 20 mars 2013 à 09:39

        ...c’est qu’il y a actuellement des travaux scientifiques très sérieux qui utilisent cette analogie avec les plantes.

        La méditation n’induit-elle pas elle-même des mécanismes d’inhibition psychique qui ne sont pas sans rapport ? Je ne sais pas...


        Répondre à ce message

        • La personne âgée opposante Le 20 mars 2013 à 22:32 , par Michel

          il y a actuellement des travaux scientifiques très sérieux qui utilisent cette analogie avec les plantes.

          Et je ne suis pas prêt pour ma part à aller trop loin dans cette voie. Il me semble simplement que nous nous sentons très proches du règne animal tandis que le règne végétal nous est très étranger ; je me demande si nous avons tout à fait raison. Mais encore une fois la poésie devrait déjà nous importer : les plantes n’ont pas le même rapport que nous au temps, à l’espace, à la vie et la mort. Je ne sais pas si Bachelard a écrit sur ce thème ; il aurait dû.

          Sur la méditation et ses rapports avec la dépression, je ne sais pas. Cela ne me tente pas, car je trouve que la méditation est un processus incroyablement actif. Mais après tout il se peut que la dépression elle aussi...

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 19 mars 2013 à 20:12

    Bonsoir,
    Pour ce que ça vaut, quelques réflexions.
    - Pourquoi un soignant devrait-il se comporter différemment, et avoir une opinion différente, à l’égard de son patient, selon que celui-ci accepte ou refuse ?
    - Un malade, comme tout individu, n’a-t-il pas besoin en plus de sa liberté, de pouvoir s’affirmer comme individu avant une appartenance sociale ? Qu’est-ce qui est encore possible lorsque la maladie et les circonstances empêchent les 2 premiers points (liberté et individualité) ? Le refus du 3ème n’est-il pas le meilleur moyen de retrouver une partie des 2 premiers ? Le refus du malade face au soignant n’est-il pas la première interaction sociale ?
    - Face à un malade capable de refuser, le soignant ne devrait-il d’abord privilégier la liberté de refuser, et ensuite proposer inlassablement le lien social comme alternative explicitement secondaire après la reconnaissance de l’individualité du malade ? Et ne prendre l’initiative d’imposer une stimulation sociale que lorsque le refus est moins affirmé ?
    - Face à un malade incapable de refuser, plongé dans une apathie, tout est possible. Mais pense-t-on à le stimuler dans son individualité ?
    Bien à vous,
    BC


    Répondre à ce message

    • La personne âgée opposante Le 19 mars 2013 à 22:25 , par Michel

      Bonsoir, et merci de ces remarques.

      Je ne peux que souscrire à ce que vous écrivez : la personne âgée n’a souvent que l’opposition pour exister, pour faire, comme vous dites, interaction sociale ; d’où la nécessité (et les soignants bien formés le savent et en tiennent compte) de travailler sur le lien social, et de travailler à stimuler son individualité.

      Mais si le problème se pose c’est aussi parce qu’il y a des situations où ce programme est irréaliste : il arrive qu’on ait besoin de pratiquer des soins indispensables ; il arrive que l’opposition du malade, à la toilette par exemple, pose de réels problèmes d’hygiène. C’est la raison pour laquelle le soignant peut se trouver contraint de modifier son comportement quand il se trouve face à un patient qui refuse la prise en soins.

      La question traitée dans cet article est une question concrète, pratique, quotidienne pour les soignants. Mais je crois qu’on ferait un progrès notable si on s’astreignait à la ramener à ses justes proportions, et si on s’imposait de limiter au strict nécessaire les conséquences dommageable des distorsions relationnelles que ce faisant on induit. C’est à quoi j’ai essayé de travailler.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La personne âgée opposante Le 18 mars 2013 à 15:36 , par ninava mais Vanina en vrai (suis pas bien douée pour les cachoteries)

    cher docteur, merci
    Depuis janvier, j’ai lu "les personnes agées" de louis ploton "traumatismes en gériatrie" de Quadéri,relu Pellissier et vos articles et anlyses sur les fins de vie et leurs troubles.Avec certes beaucoup moins d’excelence que vous (et surement moins de recul), j’ai avancé ma reflexion dans votre sens il me semble(reelle volonté des personnes,analyses fines et subjectives des situations,décontenance et renoncement à la reflexion des soignants...),bon d’accord.
    Je reste alors devant une question butoire dans mon avancement personnel:lorsque j utilise mes techniques de relation (douces chaleureuses et valorisantes)pour aider les personnes , d un premier abord opposantes,à se passer un gant sur le visage,à faire leur besoins au wc plutot que dans leur lit,s’habiller et descendre manger au refectoire,dans quelle mesure suis-je dans la manipulation (je m’en voudrais d’en user)ou dans le "donner envie de ..." de Jerome Pellissier ?
    J’imagine que mon souci de bienveillance et le bien etre du patient au final du soin entrent dans la justification de mes actes et paroles mais dans quelles limites ai-je le droit d’user de mes connaissances...?Pfff...Bien cordialement.Vanina


    Répondre à ce message

    • La personne âgée opposante Le 18 mars 2013 à 22:39 , par Michel

      Bonsoir, Vanina.

      Votre question est très fine. Mais la réponse risque de nous mener très loin, trop peut-être.

      Je dirais d’abord que vous avez raison : vous vous trouvez devant une personne qui ne veut pas faire quelque chose ; votre projet à vous est de l’amener à le lui faire faire ; si vous parvenez à vos fins, alors il est totalement exact que vous avez manipulé la personne. Mais cette manipulation est-elle illicite ? Je ne le crois pas : songez au nombre de fois où, à ce compte, dans la vie courante vous manipulez votre entourage ? La vie sociale normale est faite de manipulations : combien de fois aurez-vous manipulé votre mari ? vos enfants ? Qu’est-ce que la séduction, sinon une vaste entreprise de manipulation ? Il ne faut pas se laisser piéger par les mots : parler de manipulation, c’est parler d’un acte répréhensible, autrement dit la notion même de manipulation est assise non sur l’acte mais sur son intention : manipuler, c’est vouloir nuire. Quand vous amenez la vieille personne à faire ce que vous voulez, votre intention n’est pas de nuire, elle est de l’influencer, ce qui est autre chose.

      Mais ce que vous sentez, peut-être, c’est que vous êtes en position de surplomb : vous avez une technique, des connaissances, vous êtes en pleine possession de vos moyens, si j’ose dire le combat est inégal. Et il ne faut jamais perdre cela de vue, tant il est facile d’écraser l’autre du poids de son savoir, et tant il est facile (regardez les médecins) de remplacer l’observation attentive de l’autre par la récitation d’une leçon apprise. Et cette dissymétrie vous gêne.

      Mais c’est pour cela qu’on vous paie. Vous n’avez pas le droit d’utiliser vos connaissances, vous en avez le devoir. Il y a une contrepartie, bien sûr, qui est que vous ne devez jamais abuser ce ces compétences. On vous autorise à pénétrer l’intimité de l’autre, on vous autorise à pratiquer sur lui des actes qui en tout autre circonstance seraient tout simplement des attentats à la pudeur ; mieux : on vous demande de les faire ; c’est à la condition que vous puissiez à chaque instant en rendre compte.

      Surtout, gardez cette lucidité et ce questionnement : c’est la plus belle vertu d’un soignant.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La personne âgée opposante Le 19 mars 2013 à 15:22 , par vanina

        vraiment ,merci docteur de m’avoir donné de votre temps . je m’ en trouve plus riche de réponses ... et plus avide de savoir encore et toujours.bien cordialement. Vanina.


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Gériatrie, soins palliatifs - Michel Cavey (Michel Cavey)
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