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Cet article a été relu le 16 avril 2012

La Validation

Inédit

mardi 13 septembre 2005 par Michel

POURQUOI PARLER DE LA VALIDATION ?

Le terme de Validation est à la mode, et les soignants qui ont des déments en charge ont bien peu de chance d’échapper à cette notion. Il importe donc de savoir de quoi il s’agit.

Mais la première chose à faire est de se méfier : quand on étudie la psychologie américaine on est frappé de la fréquence à laquelle on tombe sur la même histoire : une méthode à la fois simple et profonde qui révolutionne la prise en charge des malades. Quand on regarde d’un peu plus près on s’aperçoit que toutes ces méthodes ont toujours quelques points communs :
- Elles prétendent fournir une explication de toute une partie de la psychologie voire de toute l’aventure humaine.
- En fait elles sont bâties sur des théories à la solidité douteuse et qui relèvent davantage de la croyance, et se réduisent le plus souvent à une accumulation d’évidences.
- Elles ont été crées par des individus seuls, qui en général n’ont pas suivi des études classiques.
- Elles s’approprient le plus souvent des pans entiers de travaux déjà connus.
- Elles demandent tout de même une formation, généralement coûteuse.
- Elles ne survivent guère à leur inventeur [1].
C’est le schéma qu’on retrouve notamment à la base de la bio-énergie, du cri primal, et sans doute bientôt de l’haptonomie (mais beaucoup moins la sophrologie, par exemple) : c’est un comportement qui a plus à voir avec celui des sectes qu’avec la recherche scientifique. Les travaux de Naomi Feil sont de cette sorte. Mais malgré toutes les critiques qu’on peut faire, il reste que les évidences dont elle parle sont bonnes à se répéter, et que celui qui se contente de faire ce qu’elle propose accomplit déjà des progrès importants.

Naomi Feil n’est pas une soignante mais une travailleuse sociale américaine ; elle dit avoir mis au point des techniques simples pour communiquer avec les malades atteints de démence ; en fait on constate assez rapidement que ce sont des techniques qui n’ont rien de spécifique, et qui peuvent être utilisées d’une manière ou d’une autre pour n’importe quelle communication avec n’importe qui. L’intérêt de ces techniques est de pouvoir être utilisées par tous. Les intervenants aussi bien que les membres de la famille peuvent les mettre en pratique sans qu’il leur en coûte plus de quelques minutes par jour.

L’IDÉE GÉNÉRALE DE LA VAILDATION :

L’idée qui sous-tend cette approche est assez simple : il s’agit d’essayer de prendre le dément en somme là où il est. Le plus souvent les intervenants conçoivent leur rôle sur le mode de la rééducation, en cherchant à faire retrouver au dément un comportement normal, ou de la préservation, en essayant de freiner le processus démentiel. Ce travail est important, et il doit être fait. Mais on voit tout de suite l’énorme inconvénient de cette approche : elle revient à dire au dément : « Redeviens ce que tu étais, tu n’es plus toi-même » ; et en disant cela on laisse de côté le fait que le dément est d’abord quelqu’un, qu’il est vivant, qu’il s’exprime, et que ce qu’il dit a une valeur.

Le dément sait parfaitement qu’il est en train de perdre la tête [2]. Toute sa hantise est là : peut-il encore s’exprimer, se faire comprendre ? Ce qu’il dit a-t-il encore un sens ? Chaque fois qu’on essaie de corriger ce qu’il dit on l’enfonce dans son désarroi. Le propos de la validation est donc d’accepter la manière dont le dément s’exprime, en disant que ce qu’il dit a un sens, une importance.

Pour cela il faut rejoindre le dément sur son terrain. Le dément est dans son monde, il a du mal à comprendre ce qui l’entoure, cela lui fait peur, et c’est la raison principale pour laquelle il se replie. L’erreur commise par les soignants est souvent de vouloir ramener le dément à la réalité, ce qui est très angoissant pour lui. On est plus efficace, plus aidant, en décidant de le rejoindre là où il se trouve, en lui disant qu’il a bien raison d’être comme il est, en reconnaissant que ce qu’il dit a un sens au lieu de lui renvoyer perpétuellement qu’on ne le comprend pas, bref en validant son comportement et son propos au lieu d’essayer de le corriger.

Mais le projet de prendre le dément là où il est suppose qu’on prenne deux précautions essentielles.

La première est de rester parfaitement sincère : prendre le dément là où il est ne veut pas dire qu’on rentre dans son jeu. Si le dément délire on n’a pas le droit de délirer avec lui : valider c’est reconnaître au malade le droit de penser ce qu’il pense ; ce n’est en aucun cas faire mine de penser la même chose. Nous en verrons des exemples chemin faisant.

La seconde précaution à respecter pour prendre le malade là où il est est évidemment de s’en donner les moyens, ce qui suppose qu’on comprenne, précisément, où il en est.

LES THÉORIES DE LA RÉGRESSION :

La notion de régression est une notion capitale en psychanalyse.

La psychanalyse :

Lorsque je me trouve devant un problème, je dispose de deux stratégies. La première est de résoudre le problème en inventant une solution ; cela s’appelle l’imagination, c’est la stratégie la plus efficace, c’est aussi la plus coûteuse ; en psychanalyse cela s’appelle sublimation. La seconde est de chercher dans le passé si je n’ai pas déjà été confronté à une situation semblable ; j’essaie alors des solutions comme le serrurier essaie des clés : lorsque je perds mes clés j’appelle un serrurier ; ce serrurier vient avec un lot de clés et cherche à ouvrir la porte en essayant diverses clés ; c’est moins efficace car les situations ne sont jamais totalement identiques, mais c’est moins coûteux ; cela s’appelle l’expérience ; en psychanalyse on appelle cela régression : car la solution que je vais appliquer est une solution que j’ai trouvée dans un passé parfois fort ancien.

L’inconvénient de la régression est double : d’une part, comme on l’a dit, la solution que je trouve alors n’est pas parfaitement adaptée au problème qui m’est posé ; d’autre part lorsque j’applique une solution issue du passé j’ai tendance à adopter aussi l’état d’esprit qui était le mien à cette époque-là. C’est ainsi qu’on peut comprendre, par exemple, une partie du comportement de l’alcoolique : il se trouve incapable d’affronter les problèmes de la vie, et il régresse jusqu’à ce qu’il trouve une solution. Et la solution qu’il trouve est de se comporter comme lorsqu’il était bébé, et qu’il suffisait d’un biberon pour apaiser son angoisse. Le problème est qu’il adopte alors un comportement de bébé dans tous les domaines de sa vie, même dans ceux qui ne sont pas directement liés à la boisson.

Il va de soi que le dément est particulièrement exposé au risque de régression, puisque le problème qui lui est posé du fait de son effondrement intellectuel ne possède aucune solution. Il ne peut donc espérer en inventer une, et ce d’autant moins que pour inventer une solution il faudrait précisément qu’il ait un cerveau en bon état.

Il existe un certain nombre de théories qui prétendent expliquer l’état d’esprit du dément. Toutes sont basées sur l’idée que le dément, en somme, retombe en enfance, et que cette retombée a des chances de se produire comme une régression, comme si le dément parcourait à l’envers le chemin de la vie ; à tout le moins cela demande preuve (revenir en arrière n’est pas le contraire de marcher en avant : c’est parcourir à l’envers un chemin qu’on a déjà parcouru une fois) mais peu importe.

Le plongeon rétrograde :

Une théorie solide est celle du plongeon rétrograde, de Daniel Taillefer, psychologue canadien, et qui s’appuie sur les travaux de Reisberg. Ce dernier a essayé de classer la détérioration intellectuelle en 7 stades selon la gravité de la perte.

L’échelle de Reisberg s’établit comme suit :

- Stade 1 : Aucune détérioration.
- Stade 2 : Manque du mot léger : plainte subjective concernant des troubles de mémoire.
- Stade 3 : Déficits de fonctionnement au travail, notamment début de la désorientation.
- Stade 4 : Assistance requise aux tâches complexes.
- Stade 5 : Assistance requise dans certaines décisions de la vie quotidienne.
- Stade 6 : Malade assisté en permanence.
- Stade 7 : Stade terminal.

On voit tout de suite que ces stades sont tout de même très approximatifs. D’abord ils ne sont pas très bien adaptés à la réalité :
- Rien ne prouve que le sujet de stade 2 est sur le chemin de la démence.
- Le trouble du langage est loin de toujours précéder la désorientation ou la perte des habiletés.
- Le manque de mot et le trouble de la mémoire ne peuvent pas être reliés si facilement : l’un n’est pas la cause de l’autre.
D’autre part dans la pratique ils ne sont pas si utiles que cela ; mais enfin ils permettent d’y voir un peu plus clair, et de se parler commodément entre soignants.

Daniel Taillefer explique que chez le sujet atteint de démence de type Alzheimer le cerveau parcourt à l’envers le chemin de sa vie dans une sorte de régression au sens psychanalytique du terme. Les stades de Reisberg seraient grossièrement corrélés aux périodes de l’existence qui sont ainsi revécues dans le souvenir.

La correspondance des âges et de la mémoire s’établirait ainsi :

- Stades 1 et 2 : Pas de régression.
- Stade 3 : 66 ans et plus.
- Stade 4 : 56 à 65 ans.
- Stade 5 : 48 à 55 ans.
- Stade 6 : 18 à 45 ans.
- Stade 7 : 0 à 15 ans.

Donc un malade en stade 5, qui sait encore accomplir certaines tâches élémentaires de la vie quotidienne mais pas toutes pourra évoquer facilement ses souvenirs de la quarantaine, et on le stimulera davantage en lui parlant de cette périodes ; sur le plan du comportement il aura tendance à se conduire de la même manière qu’à cette époque-là. C’est du moins ce que prévoit la théorie.

Que peut-on en pratique tirer de cette approche ? Probablement une chose très simple : la détérioration intellectuelle s’accompagne d’une régression. Il est fécond pour le soignant de repérer cette régression, et par des moyens très simples de tenir compte, pour entrer en communication, du stade où il se trouve. Si on sait que le dément se trouve dans l’univers de son adolescence, cela permet de s’orienter : on peut choisir de s’installer avec lui dans cette couche de souvenirs, et les évoquer systématiquement avec lui ; on peut au contraire essayer de l’en sortir pour parler d’autre chose : les deux méthodes sont également bonnes, mais il faut simplement savoir que les résultats ne sont pas les mêmes. On peut aussi comprendre que les souvenirs qu’il évoque entraînent des émotions et des comportements qui sont liés à cette époque ; on pourrait même utiliser cette notion en adaptant son propre comportement : si le patient se conduit comme un enfant face à sa mère le soignant peut jouer à être une mère aimante, autoritaire... Cela est simplement interdit car il s’agit alors de ce que les psychanalystes appellent utilisation du transfert et cela demande une formation très poussée.

La théorie d’Erikson :

Naomi Feil fonde toute son approche sur la théorie d’Erik Erikson qui traite des stades de développement de la vie et des tâches qui doivent être accomplies à chacun de ces stades. Cette théorie veut qu’il y ait six périodes de la vie, et qu’à chacune ce ces périodes corresponde une tâche à accomplir. Naturellement l’épanouissement de la personne à un stade donné dépend beaucoup de la manière dont elle a réussi les tâches qu’elle devait accomplir aux stades précédents, et Erikson en tire des conclusions qui font que sa méthode se rapproche beaucoup de la psychanalyse, dont elle est d’ailleurs largement inspirée.

Donc il y a six périodes de la vie, et comme chez Taillefer le dément a tendance à régresser, parcourant là aussi ces six périodes dans une sorte de plongeon rétrograde. La répartition d’Erikson se fait comme suit :

- 1. Prime enfance :

  • Le sujet doit apprendre à faire confiance quand il y a frustration.
  • S’il échoue le sentiment est la défiance : je ne suis pas aimé.

- 2. Enfance : le sujet doit apprendre à se contrôler, à suivre des règles.

  • S’il réussit le sentiment est la joie d’y parvenir.
  • S’il échoue le sentiment est la honte, la culpabilité, le reproche : Je souille tout.

- 3. Adolescence : le sujet doit construire sa personnalité.

  • S’il réussit il trouve sa propre identité ; il se détache des parents.
  • S’il échoue le sentiment est l’insécurité ; délégation de rôle : je ne suis quelqu’un que si je suis aimé.

- 4. Âge adulte : le sujet doit établir une relation d’intimité avec un autre être humain.

  • Partage des premiers sentiments, sujet responsable de ses émotions, de ses erreurs et de ses succès.
  • S’il échoue le sentiment est l’isolement, dépendance.

- 5. Maturité : le sujet doit produire de nouvelles activités quand les anciennes sont dépassées ; se tourner vers quelque chose de nouveau.

  • S’il échoue le sentiment est la stagnation. Fixation sur des rôles dépassés.

- 6. Vieillesse : le sujet doit Boucler sa vie. Trouver la force intérieure, l’intégrité. Mélanger le passé au présent, se donner de nouveaux buts.

  • S’il échoue le sentiment est le désespoir : « Je ferais mieux d’être mort ».

L’idée de Naomi Feil est qu’en analysant le comportement du dément on peut arriver à comprendre quel est le type de problème qu’il cherche à résoudre, et par là à comprendre à quel niveau de régression il est arrivé.

Par exemple cette vieille dame accumule des objets, au besoin les vole et les entasse dans sa chambre. Elle donne l’impression qu’elle le fait pour se prouver qu’elle est quelqu’un. L’idée est que quand elle était une petite fille elle n’a jamais appris à faire confiance. Il est probable qu’on retrouvera facilement chez elle des souvenirs, des comportements, des attitudes qui datent de cette époque-là, et il faudra tenir compte de cette donnée pour améliorer la communication. Ailleurs c’est un vieux malade qui s’attachant aux pas d’un intervenant ou d’un membre de sa famille ; on pense qu’il cherche l’approbation de cet intervenant qui représente pour lui l’autorité parentale : on dirait un adolescent qui n’a jamais pu se détacher de ses parents.

On voit très vite les trois grandes critiques qu’on peut faire à la théorie de Naomi Feil :
- 1. Ce qu’elle énonce n’est rien d’autre que la théorie de la régression qui est à la base de la psychanalyse (on peut dire la même chose de la théorie du plongeon rétrograde).
- 2. Elle a raison d’insister sur la nécessité d’analyser le comportement du malade. Mais il n’est pas difficile de voir que cette analyse est très imprécise, et que les interprétations données par les soignants seront toujours risquées et toujours discutables.
- 3. Elle en vient très vite à dire qu’il est possible d’aider la personne démente à résoudre les problèmes qu’elle n’a pas su régler jusque là. On l’espère, mais sans trop y croire : c’est une autre constante de ces théories américaines que de prétendre réussir des miracles.

Bref, l’idée intéressante est que si nous parvenons à repérer à quel niveau le malade se situe nous allons pouvoir mieux le comprendre, et par là établir une relation plus apaisante pour lui. Nous allons donc procéder en deux temps :
- Dans un premier temps nous allons écouter le patient et essayer de comprendre de quels souvenirs il nous parle.
- Dans un second temps nous allons essayer de comprendre quel est son comportement, et en quoi il rappelle une période de sa vie.
Ensuite nous utiliserons les résultats de cette enquête pour essayer de trouver le comportement qui permettra à la personne de se sentir comprise et appréciée pour ce qu’elle est.

En somme pour trouver la clé qui permet de calmer la personne, il suffit de l’écouter vraiment, d’entendre ce qui cherche à se dire à travers son comportement, même quand il est « dérangeant ». Le projet de Naomi Feil est de suivre pas à pas, à travers des contacts quotidiens avec les personnes souffrant de démence, le fil conducteur des ressentis dans le labyrinthe des émotions. Dans la validation, ce qu’on valide c’est le comportement du malade : on ne cherche plus à le rectifier, on le reconnaît comme un comportement légitime et qui dit quelque chose.

LES OUTILS DE VALIDATION :

Naomi Feil décrit quatorze outils de validation. Ces outils ne sont pas tous originaux, on le soulignera à l’occasion ; d’autres sont carrément douteux... En fait ce sont le plus souvent des banalités ; redisons que ces banalités sont bonnes à entendre.

Disons tout d’abord que le soignant intervient dans deux contextes :
- Lors de relations spontanées en cours de journée.
- Lors d’interventions programmées.
Le soignant doit d’abord maîtriser l’intervention programmée, celle qu’il a prévue et pour laquelle il a le temps. Quand il sera bien habitué à ce type d’intervention il aura acquis la fluidité et l’aisance nécessaires pour améliorer ses relations spontanées.

Les techniques de Naomi Feil sont présentées ici dans un ordre logique, et ont été débarrassées de ce qu’elles contiennent de trop discutable. Cette présentation n’est donc pas... validée : on ne présente là qu’une opinion.

Se concentrer :

Il ne s’agit absolument pas d’une technique de communication mais d’un préalable.

Il est très important de se concentrer avant d’entrer dans une relation qui risque d’être difficile ou éprouvante. C’est le cas en accompagnement, quand on entre dans la chambre du mourant : on fera du mauvais travail si on ne prend pas le temps de se débarrasser de ses propres problèmes.

Il existe de multiples techniques de concentration, toutes plus ou moins inspirées du yoga. Il ne faut pas les valoriser outre mesure, ce n’est pas de la magie. Voici les recommandations de Naomi Feil pour l’utilisation de cette technique :
- Regarder fixement un point situé environ 5 cm en dessous de sa propre taille.
- Inspirer profondément par le nez et emplir d’air ses poumons. Expirer par la bouche.
- Supprimer toute réflexion intérieure, pour consacrer toute son attention à sa seule respiration.
- Par huit fois, répéter lentement cette procédure.
Ceci permet de se mettre vraiment à l’écoute de l’autre, en expulsant tous les sentiments de peine, de colère et de frustration, afin de les mettre au placard pour un moment. La validation devrait toujours commencer par cette technique.

Capter le regard du patient :

Le dément reste très longtemps, sans doute jusqu’au bout, sensible aux éléments de la communication non-verbale. Parmi ceux-ci le regard est important.

Quand on entre en communication il faut éviter tout ce qui ressemble à un rapport de force. Or en matière de comportement animal le signe de la domination est la place des yeux : si mon interlocuteur est placé de telle sorte que je le regarde de haut en bas, je le domine, et il se trouve en position d’infériorité.

Naturellement cette règle n’est pas absolue, et ne fait que nuancer le rapport de force : l’enseignant est debout devant des élèves assis, de sorte qu’il les regarde de haut en bas. Par contre le patron qui reçoit un employé est assis, et l’employé est debout, de sorte que le patron le regarde de bas en haut ; pourtant le rapport de force est en faveur du patron, parce qu’être assis est un privilège. Dans les deux cas, donc la position renforce l’autorité de celui qui la possède.

Il s’ensuit que la seule manière d’éviter l’aggravation du rapport de force est d’être situé à la même hauteur que celui à qui on s’adresse. Cela signifie par exemple qu’il n’est pas sain de converser avec le dément en se mettant assis sur le bord du lit : il faut faire l’effort de se baisser jusqu’à ce qu’on ait les yeux exactement à sa hauteur.

On sait que les regards sont capables d’exprimer un très grand nombre de sentiments. On sait moins comment c’est possible : le regard lui-même n’est le fait que de l’œil, et l’œil ne se modifie que très peu : seul le diamètre de la pupille peut changer, et cela dépend surtout de la luminosité... C’est donc l’œil qui porte le message et non le regard : autrement dit ce sont les paupières et les mouvements des globes.

Le regard est un enjeu fondamental de la communication avec le dément, car c’est l’instrument qui permet de fixer son attention. C’est par le regard qu’il conserve la notion d’une présence humaine près de lui : la parole est faite de mots qu’il ne comprend plus très bien, ou plus du tout ; le toucher est trop peu spécifique.

Il faut donc capter l’attention du dément en se plaçant face à lui, et en le regardant dans les yeux ; à condition bien sûr de veiller à ce que le regard ne soit en aucune façon agressant ou angoissant. Il est plus difficile de maintenir ce regard tout au long de l’entretien, il faut pourtant s’y exercer.

On ne doit pas craindre de pratiquer l’échange des regards : avec le dément non communiquant on peut essayer d’exprimer des émotions par le seul regard, et d’interpréter les émotions qu’on reçoit en retour. On aura souvent la bonne surprise de constater que les yeux parviennent ainsi à se parler. Naturellement de telles expériences ont quelque chose de douteux : en communication non-verbale rien n’est plus facile que de prendre ses désirs pour des réalités. Mais on peut au moins présumer que même si on se trompe quelque peu en interprétant les réactions du dément ce dernier aura tiré quelque avantage du fait qu’on lui aura consacré ce temps. Penser autrement reviendrait à dénier au fond toute valeur à notre action envers le dément.

Parler d’une voix claire, basse et affectueuse :

Dans une conversation, il y a les mots qui sont prononcés, avec leur signification, ce qui forme le contenu du message. Mais il y a aussi, nous le savons bien, la manière dont les mots sont prononcés : le travail sur l’intonation est la base du métier d’acteur. Allons plus loin : la tonalité de mon message contient des informations, et ces informations sont souvent au moins aussi importantes que le contenu objectif des mots : on a tort d’opposer comme on le fait le fond et la forme : ces deux notions sont totalement interdépendantes.

Cela est d’autant plus vrai chez le dément :
- Il est en difficulté pour comprendre le fond du message, car il ne connaît plus le sens des mots.
- Comme il ne comprend plus le sens des mots, il est encore plus sensible à leur environnement affectif.
- Il est en souffrance, et de ce fait hypersensible à tout ce qui constitue l’ambiance affective de la relation.

Il importe donc d’adopter un ton de voix rassurant ; cela suppose de parler lentement, doucement, sans élever la voix. Il faut s’y exercer. Il faut savoir, avant d’entamer la conversation, prendre le temps de se recentrer sur soi-même et de se préparer.

Mais cette règle est rapidement limitée :
1. Les modalités concrètes du travail ne laissent pas toujours le temps de se mettre en condition.
2. Le dément est souvent sourd, ce qui impose de lui parler fort.
3. Ce qu’on veut dire au malade n’est pas forcément compatible avec une douceur du ton. Certes on peut toujours s’efforcer de rester calme, mais il ne faut pas qu’il y ait une trop grande contradiction entre ce qu’on veut dire et la manière dont on va le dire, faute de quoi le dément va s’y perdre : il y a en somme des manières angoissantes d’éliminer l’angoisse.
4. Mais d’un autre côté parler de manière douce et chaleureuse ne veut pas dire adopter un ton lénifiant ou infantilisant. Le ton juste serait plus près de celui du psychiatre que de celui de la nourrice.
5. Il n’est pas si simple de trouver le ton juste : le pire serait d’adopter un ton si neutre qu’il n’exprimerait aucun sentiment, ce qui serait particulièrement angoissant. Il faut donc prendre garde à ne pas éliminer du ton de la voix toute trace de sentiment : il s’agit d’avoir un ton bienveillant, non un ton neutre ou indifférent.

Notons d’autre part que le fait d’adopter un ton de voix rassurant va organiser la régression dans deux directions :
- Le patient va entendre un soignant qui lui parle comme aurait fait sa mère. Cela ne manquera pas de déclencher chez lui des attitudes semblables à celle qu’il aurait eue avec sa propre mère, et de le renvoyer dans le monde de son enfance, avec les souvenirs de son enfance.
- Le soignant qui adopte un ton de voix maternel va se retrouver dans la position qu’il adopterait vis-à-vis de son enfant, ce qui n’est pas sans danger (accessoirement il pourra également retrouver des comportements qui témoignent de ce qu’il a vécu avec sa propre mère...).

Identifier et utiliser le sens préféré :

Il s’agit de ce qu’on appelle les canaux de communication. Si on veut vraiment parler la langue d’une autre personne et entrer dans son monde afin de gagner sa confiance, la meilleure façon de faire est d’apprendre à percevoir le monde comme elle le perçoit. Pour ce faire, il faut se mettre à l’écoute et observer attentivement. Les paroles et les actions finiront par dévoiler lequel de ses cinq sens (la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat et le toucher) la personne utilise le plus dans ses expériences de la vie au quotidien.

Le langage témoigne facilement du canal de communication préféré de la personne. Il suffit de faire attention aux mots qu’elle utilise : ils traduisent sa manière de percevoir le monde.

L’expérience la plus simple est de faire raconter une scène donnée, par exemple un mariage. On verra vite que les divers participants sont capables de raconter correctement le même mariage mais que chacun insistera d’abord sur des points particuliers :

- La robe de la mariée : Vision
- Le repas : Goût
- L’orchestre : Audition
- Le parfum des tilleuls : Odorat
- Le velours des sièges : Toucher

Mais les choses vont beaucoup plus loin, et sont beaucoup plus subtiles, car la question des canaux de communication imprègne et structure tout le langage. Par exemple pour dire son aversion pour quelqu’un, on peut employer des canaux différents :

- Je ne m’entends pas avec lui : Audition
- Je ne peux pas le voir : Vision
- Je ne peux pas le sentir : Odorat
- Il me hérisse ; Toucher
- Il me dégoûte : Goût

Une fois le sens privilégié connu, l’intervenant qui se sert de la Validation se servira des mots clés qui correspondent à ce sens en s’adressant à la personne atteinte. Pour une personne qui utilise plus la vue pour comprendre son environnement, on pourra dire : « J’ai bien vu ça, moi aussi » ; pour une autre qui utilise plutôt l’ouïe, on dira : « Je vous entends clairement » ; et pour une personne dont le sens du toucher est prédominant : « C’est doux, n’est-ce pas ? » et ainsi de suite.

Toucher :

Cette technique s’applique bien avec les personnes qui éprouvent de la difficulté à voir et à entendre, dont la perception du temps est affectée, et qui sont incapables de reconnaître les gens, peu importe qu’ils soient des proches ou des étrangers. Le contact tactile devient donc un mode important par lequel on peut communiquer son affection ou du respect à ces personnes, ce qui a souvent comme résultat de créer des liens serrés entre ces personnes et les intervenants utilisant cette approche.

Lorsque la personne est encore plus refermée sur elle-même et qu’elle ne semble plus se préoccuper de ce qui l’entoure, le toucher permet d’entrer dans son monde ; ainsi des souvenirs agréables de la tendre enfance sont ravivés à travers le toucher.

Tout en respectant l’intimité de la personne, on peut, par exemple, faire des mouvements circulaires du bout des doigts sur le haut de la joue ou derrière la tête. Ou alors, en se servant des deux mains, une sur chaque côté du visage, on peut toucher le lobe de l’oreille avec l’auriculaire, et descendre ensuite le revers des mains le long de la mâchoire jusqu’au menton pour ensuite descendre le long du cou. On peut également masser les épaules, le haut du dos, ou toucher le bas du mollet avec le bout des doigts.

Il est cependant important de toujours approcher la personne de face car on peut la surprendre en arrivant de côté ou par en arrière. Il est tout aussi important de respecter l’état d’esprit de la personne en l’approchant, et d’être sensible à tout signe de résistance car ce ne sont pas toutes les personnes qui aiment être touchées.

Le choix des mots pour créer la confiance :

Il faut comprendre ce qui va mettre le dément en difficulté. En gros il lui est assez facile de parler de ce qu’il voit, nettement moins de ce qu’il pense ; il sait décrire, mais pas analyser. Il faut donc utiliser des mots simples, qui n’ouvrent pas la porte à des émotions trop difficiles à affronter. Par exemple les questions Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? sont assez facilement traitées par le malade, alors que la question Pourquoi ? la met tout de suite en difficulté : le malade se sent acculé au pied du mur lorsqu’on lui demande pourquoi il a fait ce qu’il a fait, ou pourquoi un événement est arrivé. On lui demande alors de motiver ses gestes ou ses paroles, c’est-à-dire de réfléchir sur lui-même, ce qui lui est très difficile ; et s’il le fait il risque de se retrouver sur le chemin de sentiments souvent porteurs d’une grande charge émotive, ce qui va lui faire peur.

Naomi Feil donne l’exemple suivant : une dame de 80 ans prétend que quelqu’un lui dérobe ses bijoux. Plutôt que de discuter avec elle, sa fille concentre la discussion sur des faits précis. « Qui accuses-tu de te dérober tes bijoux, Maman ? », demande-t-elle. La mère est intéressée par la question et lui répond : « C’est la femme de ménage. » « Que dis-tu donc qu’elle t’a volé ? » demande la fille, en continuant à focaliser sur des faits. « La dernière chose qu’elle m’a volée, ce sont mes boucles d’oreilles noires celles que Papa m’a données. » « Ce sont tes préférées », répond la fille. « Papa te donnait toujours de jolies choses. Il savait bien ce qui t’allait le mieux. Quand te les avait-il données ? » « Juste après notre mariage, pendant notre lune de miel », répond la mère.

Ici on commence à voir ce qu’est le mécanisme de validation : l’intervenante n’a pas cherché à détromper la malade, elle n’a pas cherché à la rassurer ; rassurer la patiente revenait à lui dire qu’elle avait tort ; or ce qui importe le plus au dément c’est d’avoir raison. Pour y parvenir l’intervenante a accepté de ne pas se demander si la colère de sa mère était justifiée : elle lui a simplement reconnu le droit d’être en colère. Et dès qu’elle a vu sa colère validée, la mère n’en a plus eu besoin, elle a pu cesser d’accuser la femme de ménage et il est devenu facile de la faire dériver jusqu’au point où elle pouvait se mettre à évoquer le souvenir de son mari.

Reformuler :

La personne atteinte se sent comprise si ses mots sont repris par quelqu’un d’autre. Cela la rassure. On peut dire la phrase en utilisant les mêmes mots-clés et en répétant l’essentiel. Imiter le ton de la voix et le débit est aussi un excellent moyen de montrer à la personne atteinte qu’on la comprend et qu’on est sensible à sa réalité.

La reformulation est une méthode à part entière, et une séance y sera probablement consacrée.

Naomi Feil donne l’exemple d’un vieil homme « qui accuse son garagiste de lui abîmer sa voiture ». Cette accusation est totalement fausse, et le garagiste devrait se défendre. Mais ce dernier se rend compte que quelque chose ne va pas : en fait il a l’intuition que le vieil homme s’identifie sa voiture ; Ainsi, lorsqu’il dit au garagiste qu’il ne comprend pas pourquoi sa voiture a besoin de réparations : « elle allait pourtant bien la semaine dernière... », il est en réalité en train de lui dire sa frustration face au fait qu’il ne se sent pas aussi bien qu’avant. Sa voiture sert de prétexte à masquer ces pertes qui l’affectent profondément. Au fond de lui, le vieil homme sait que sa vue baisse et qu’il perd peu à peu son sens de l’orientation. Il se sent usé, tout comme la boîte de vitesses de sa voiture. Le garagiste sent ce que le vieil homme lui dit vraiment et du coup il n’argumente pas. Il va utiliser une autre technique qui est celle de la reformulation : il va simplement répéter les mots du vieil homme, ce qui lui montre qu’il l’a entendu, qu’il l’a compris, que ses mots peuvent être dits par d’autres ; et cela va encourager le vieil homme à aller plus loin, jusqu’à dire le fond de sa pensée : ce que le malade dit a un sens, cela peut être échangé.
- Vous m’avez abîmé ma voiture.
- Vous pensez que je vous ai abîmé votre voiture ? (reformulation écho)
- Bien sûr ! la semaine dernière elle marchait encore très bien !
- J’ai l’impression que vous êtes très troublé par cela (reformulation du non-verbal).
- Oui, ce n’est pas normal, ce n’est pas parce qu’elle est vieille qu’elle doit tomber en panne.
- Ce n’est pas une explication... (reformulation ouverture).
- Non, bien sûr ! Tenez : moi j’ai quatre-vingts ans, eh bien je suis en pleine forme.
- Vous vous sentez très bien.
- Remarquez, on ne sait jamais...
Etc...

Utiliser la polarisation :

Cette technique consiste à laisser la personne atteinte exprimer sa frustration sur un objet ou une situation alors que nous savons que ce n’est pas la cause du problème.

Par exemple, lorsque la dame se plaint des plats servis à table, on lui demande : « Vous trouvez que c’est le plus mauvais jambon que vous ayez jamais mangé, n’est-ce pas ? » Nous savons bien qu’au fond, elle en a contre ses dents qui ne lui permettent plus de mastiquer comme avant. Mais en la laissant s’exprimer et s’emporter contre la nourriture, son anxiété a diminué et elle en a ressenti un certain soulagement. Il faut bien comprendre pourquoi cette technique est efficace. Et il y a trois grands mécanismes :
1. D’abord il y a le mécanisme général de la validation : on a reconnu à la dame le droit d’être en colère, et c’est ce qui importait. C’est la condition pour qu’elle puisse éventuellement dériver vers la vraie cause (comme dans l’exemple du bijou volé).
2. Ensuite il y a la validation du subterfuge : la grand-mère a sans doute besoin de se dire qu’elle est encore capable de sauver les apparences et de duper son monde.
3. Enfin il y a le mécanisme de toute colère : la colère est une émotion, qui demande à être déversée. Une fois cela accompli, la patiente se détend. Évidemment il est plus facile de tolérer une injustice contre un jambon que contre un soignant, mais c’est une autre question.

Imaginer le contraire et faire se souvenir :

Parfois, il faut essayer d’imaginer le contraire de la situation « vécue » par la personne, ce qui lui permet de retrouver une solution (faire se souvenir) qu’elle a autrefois utilisée pour régler la situation. Ces techniques peuvent redonner confiance en elle-même à la personne atteinte et en celui ou celle qui l’accompagne.

Par exemple, une malade dit : « Un homme vient dans ma chambre la nuit. » Utiliser la technique du « contraire » c’est essayer de l’amener à se rappeler les occasions où l’homme n’est pas venu. « Le voyez-vous toutes les nuits ? » La dame, surprise, constate que l’autre soir, quand nous sommes venu la visiter et qu’elle a veillé tard, il n’était pas là. Pourtant, dès qu’elle a été seule il était revenu. « Alors c’est seulement quand vous êtes seule que vous le voyez ? Si nous étions avec vous tout le temps, cela ne vous importunerait plus ? » La dame acquiesce et raconte qu’elle n’a jamais été seule de sa vie et combien elle s’est sentie abandonnée à la mort de son mari, qui avait toujours été à ses côtés.

Doucement, on demande à la dame ce qu’elle a fait à ce moment-là pour se sentir moins seule (faire se souvenir). Elle répond qu’elle passait ses nuits entières à regarder les vieilles photos de son mari en écoutant la musique qu’il aimait.

On voit facilement comment cette technique fonctionne : le fait d’imaginer le contraire permet à la personne âgée de prendre de la distance vis-à-vis de la situation angoissante. En évoquant une situation où l’homme n’est pas là on permet à la dame de constater qu’il n’est pas toujours là et que donc il n’envahit pas tout l’espace : il y a de la place pour penser à autre chose.

La technique du souvenir est beaucoup plus banale ; encore faut-il bien comprendre ce qu’on fait quand on l’utilise. Au moment du grand âge, « il n’est plus possible d’apprendre des façons nouvelles de se débrouiller ». L’avenir, mais aussi le présent sont des mondes angoissants. Par contre parler du passé est un excellent moyen d’instaurer un climat de confiance. Cela aide également à s’adapter à une situation de crise, à un stress ou à une vive émotion. Cela n’est pas simple : il n’est pas si facile de parler du passé à quelqu’un à qui la mémoire commence à faire défaut. Mais enfin dans la mesure où le patient se souvient, et surtout dans la mesure où on ne le confronte pas à ses échecs, on peut arriver à le sécuriser.

Naturellement ces deux techniques sont employées l’une à la suite de l’autre.

Utiliser l’ambiguïté :

Lorsque la personne atteinte utilise des mots incompréhensibles, l’intervenant qui connaît la Validation peut prendre part à la conversation sans la contredire. Ainsi, l’intervenant se sert du mot inconnu, mais en le remplaçant par « il », « elle », « on » ou par « c’était ».

Par exemple, à une personne qui se plaint en disant : « Ces catawalks me font mal ! », l’intervenant peut répondre : « Où vous font-ils mal ? », le pronom « ils » remplaçant le mot inconnu « catawalks ». À une autre personne qui dit : « J’ai chufté avec les mounnets », on pourra répondre : « Et c’était agréable ? Que vous a-t-on dit ? » Les mots « ils », « elles », « on », « c’était » etc. sont utilisés pour remplacer les mots inconnus du dictionnaire.

De cette façon, la communication est maintenue et la personne atteinte se sent comprise. Elle a l’impression d’être une interlocutrice valable dans la discussion. Mais cette technique n’est utilisable qu’à condition de l’avoir bien comprise : il ne s’agit en aucun cas de se moquer de la personne. Il s’agit au contraire d’une écoute particulièrement subtile : essayer de comprendre de quoi on nous parle alors que les mots sont perdus ; essayer plus encore de sentir quelles sont les émotions de l’autre alors même que nous ne savons pas ce qui l’émeut. Il s’agit en somme du véritable accompagnement : accompagner l’autre c’est accepter d’aller avec lui alors qu’on ne sait pas où il va.

Observer, puis copier les mouvements et les émotions de l’intéressé :

Naomi Feil appelle cela la « technique du miroir ». Cette technique permet à l’intervenant d’entrer dans le monde émotionnel de la personne. Elle sert à tisser un lien de confiance avec une personne atteinte qui ne s’exprime plus verbalement, afin d’éviter qu’elle se replie totalement sur elle-même. Pour ce faire, l’intervenant observe soigneusement l’attitude, les yeux, les expressions du visage, la lèvre inférieure, l’allure générale, les mouvements répétitifs, etc. de la personne atteinte. L’intervenant cherche ensuite à accorder son attitude, ses gestes et sa respiration à ceux de la personne à valider. La technique du « Miroir » effectuée avec empathie devient un outil précieux pour créer ce climat de confiance indispensable au mieux-être de la personne atteinte.

Voici le témoignage que livre Naomi Feil sur l’utilisation de cette technique : « Mildred Hopkins, ancienne secrétaire d’avocat, ne s’est jamais mariée. Elle a travaillé pour le même cabinet pendant 45 ans. Aujourd’hui, à 86 ans, [...], elle a besoin néanmoins de rester active. Le travail a toujours été son unique source de dignité. Se voyant en esprit devant sa machine à écrire Underwood, elle retrouve les gestes du passé et remue rapidement les doigts pour achever de taper ce que son patron lui a dicté, avant qu’il ne se rende au tribunal. L’intervenante qui utilise la Validation imite les mouvements de doigts de Mildred. Cette dernière voit les doigts de son imitatrice reproduire le rythme des siens. Elle lève les yeux. Leurs regards se croisent. Elles tapent ensemble. Avec admiration, l’intervenante sourit à Mildred : « Combien de mots-minute pouvez-vous taper ? », lui demande-t-elle. « 92 ! » répond Mildred avec fierté. C’est le premier mot qu’elle prononçait depuis son entrée à la maison de santé, 6 mois plus tôt ».

En copiant ses mouvements, l’intervenante qui s’est servi de la Validation a créé une complicité avec elle. Rassurée sur le plan relationnel, Mildred commença à s’extérioriser. Son élocution revint peu à peu et elle sembla retrouver de l’intérêt pour ce qui se passait autour d’elle.

Associer le comportement avec les besoins insatisfaits (ou les besoins exprimés) :

Il s’agit ici de reconnaître que le comportement de la personne atteinte exprime, d’une façon ou d’une autre, l’un des trois besoins fondamentaux de l’être humain : être aimé, être utile et le besoin d’exprimer les fortes émotions.

Tout le problème est donc de savoir quels sont les besoins exprimés par tel ou tel comportement ; on peut y parvenir en observant le malade, et là encore en écoutant le sentiment qui s’exprime pendant le comportement. Considérons par exemple un patient qui passe ses journées à frotter les meubles a une raison de le faire. Le soignant peut réagir de trois manières :
- 1. Il peut essayer d’empêcher le malade de frotter au motif que c’est sale.
- 2. Il peut laisser le malade à son comportement sans chercher à l’interpréter.
- 3. Il peut enfin essayer de percevoir l’émotion ou le besoin associé au comportement.
Dans ces dernier cas, s’il parvient à comprendre ce qui se passe, il va pouvoir aider le patient en lui parlant de ce qui se passe.

Utiliser la musique :

La musique fait appel aux émotions. Et les émotions sont ancrées bien loin dans la mémoire affective de la personne. Ce qui fait que souvent, les gens qui ne parlent plus sont quand même capables de chanter une chanson de leur enfance. Après avoir entendu puis chanté une mélodie familière, des personnes atteintes qui ne parlaient plus du tout sont parfois capables de dire quelques mots ; en toute hypothèse elles sont le plus souvent très attirées par la musique, le rythme, et cela les calme le plus souvent très bien.

EN GUISE DE CONCLUSION :

Il est facile de voir que la Validation n’est pas une méthode, mais une succession de techniques, certaines évidentes d’autres moins, certaines originales d’autres moins, et que tout cela ne va pas très loin. Mais il reste une idée fondamentale, qui doit être connue et mise en pratique : il importe de reconnaître au dément le droit à la parole, et surtout le droit à sa parole. Ce qu’il nous dit n’est pas conforme aux règles habituelles de la logique et de la communication ; cela ne signifie en rien qu’il n’a pas quelque chose à nous dire. Lorsqu’un patient est empêché de parler, par une aphasie ou une trachéotomie, nous savons dire que notre devoir est d’essayer par-dessus tout de le comprendre : ce n’est pas parce qu’il n’a plus accès au langage qu’il n’a rien à dire. De la même manière le dément n’a plus accès à la parole ; pour autant ce serait une erreur que de croire qu’il ne pense pas.

La mission du soignant est alors de comprendre le dément autant qu’il est possible ; pour cela la première chose à faire est de lui faire confiance : il faut avoir confiance dans son aptitude à penser, à communiquer, même si c’est un peu difficile.

L’objectif de la Validation n’est rien d’autre.


Notes

[1Sur ce sujet on lira avec profit R. Gentis : Leçons du corps, Flammarion éd.

[2La notion d’anosognosie du dément repose largement sur un contresens, sans doute issu lui-même du DSM IV : le plus souvent le dément nie être malade ; et le DSM IV refuse de se demander pourquoi il le nie, il se contente d’en prendre acte, au motif notamment que rien ne permet de faire la différence entre celui qui nie parce qu’il ne veut pas admettre et celui qui nie parce qu’il ne sait pas ; on peut comprendre cela, mais c’est tout de même un peu dommage...

43 Messages

  • La Validation Le 27 février à 10:05 , par ADU

    Bonjour,
    methode d’approche naomi feil oui mais pas à tout va ..
    l’aidant familiale entourant mon père s’est éloignée et nous avons du mettre en place un passage d’aides soignantes et de gardes diverses au cours de la journée (et de la nuit) quand je ne suis pas sur place moi même. (hier grosse dépression à mon départ)
    Donc cette nouvelle situation engendre un stress important ainsi qu’une forte dépression et pleurs
    ’"c est trop pour moi ce que vous avez fait d’un seul coup " et ’j’ai du chagrin dont je ne peux parler" : on n’est pas plus clair ..
    voilà que les aides soignantes ont des formations sur la méthode naomi et l’utilise pour parler aux personnes décalées
    Cela a donné apparemment très récemment un dialogue sur un éventuel "déménagement" que mon père supposait (enfin je suppose) du fait des mouvements de personnes et la personne est allée dans son sens ..
    effectivement cela a surement aidé à calmer .. MAIS
    aujourd’hui, je ne sais pas si c’est la même personne, toujours est-il que j’ai récupéré le problème suivant à gérer au téléphone :
    il attendait une livraison de boissons (ses parents ont eu une brasserie - donc il est à 50 an environ dans le temps) et il se demandait comment il allait faire .. et apparemment encore une fois, la personne est allée dans ce sens ..
    (dans sa vie il a n’a jamais su réellement traiter les problèmes tout seul et disait souvent " vous n’êtes pas chics de me laisser dans la panade comme cà" : exacte parole ce jour aussi)
    du coup il a fallu calmer le sujet au téléphone
    je n’ai su que dire qu’en y réfléchissant ce problème de livraison étant ancien et qu’il avait été géré, qu’actuellement, il n’était rien prévu de ce type au planning, et que cà devait être une erreur. Que si une autre question ou inquiétude arrivait on pouvait m’appeler etc etc
    à la question : et demain ce sera pareil .. mon argument ’est devenu un peu juste, mais à priori passé :mais pour combien de temps car la question l’agite énormément.

    QUESTIONS : en peu de mots, quelle serait la meilleure réponse à donner :
    - par l’aide soignante
    - par moi

    y aurait-il un message à faire passer pour les aides soignantes ?
    D’avance merci
    annick


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    • La Validation Le 27 février à 19:23 , par Michel

      Bonsoir, Annick.

      En posant cette question vous ne faites que montrer l’intensité de votre souffrance. Je le comprends bien, et j’aimerais pouvoir vous aider.

      Mais cette demande n’a pas de sens. La clé du travail de Naomi Feil est dans la personnalisation de chaque approche. Il est donc complètement illusoire d’attendre un conseil un peu approprié de la part de quelqu’un qui ne connaît rien de la situation.

      Par contre ce que vous racontez fait penser que votre père est effectivement bien plus en difficulté que vous ne croyiez sur le plan cognitif.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La Validation Le 28 février à 10:32 , par ADU

        re-bonjour
        ma souffrance est surement intellectuelle et démontre l’impuissance ..
        je ne connais pas le contenu de ce qui a été dit mais on a laissé croire à mon père par exemple qu’il déménageait parce qu’on a surement voulu calmer son agitation et incompréhension de la situation (beaucoup de passage de nouvelles personnes, et disparition de l’aidant familial habituel / désir de fuite)
        j’ai fait parvenir (j’espère) le message pour que soit interrompus ces discours psy noemi je ne sais quoi.
        en effet mon père a parfois du mal à se réveiller orienté le matin et c’est la que le problème se pose ; les entretiens se soldaient par des agitations ou pleurs.
        comme je ne suis pas à l’abri de ce type confusionnel, je recherche des petites phrases qui aident la personne à refermer des canaux ouverts que je ne peux pas traiter. (en auriez vous ??)
        Chez le psy selon les méthodes les patients sont souvent laissés à des endroits de leur vie où ils vont souffrir le temps que le (re)traitement se fasse. il vaut surement mieux refermer en partie ces canaux de manière à ce que les patients ne repartent pas dans trop de souffrance.

        mon père a toute sa vie été dans des ruminations, et je pense qu’il doit buter actuellement encore un peu plus sur ce qui n’a pas été ou sur les zone d’ombre. Ses difficultés sont en plus liées à son manque de compréhension de la nouvelle situation (on ne peut pas tout lui dire en plus) et son manque de capacité d’analyse due à sa maladie (d’ailleurs pour la 1ère fois, j’ai entendu hier un mot qui ne ressemblait à rien)
        sinon il continue de lire, de pouvoir téléphoner, de savoir dresser une table ou écouter ce qui se passe dans le monde.
        ce qui m’inquiète c ’est plutôt une position du corps, la nuque baissée, qui fait qu’il ne peut pas voir correctement son environnement ..
        Annick


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        • La Validation Le 1er mars à 13:04 , par Michel

          Bonjour, Annick.

          Vous devez bien penser qu’il ne m’est pas possible de me faire une opinion sur la pertinence d’une prise en charge psychologique : je ne connais pas votre père, et je ne sais pas ce qui a été engagé.

          Il est tout à fait exact que ces prises en charge psychologiques peuvent occasionner la réactivation de certaines souffrances. Ce peut être le prix à payer pour obtenir une paix durable, et il est toujours difficile d’apprécier si le malade est en état de tirer bénéfice de l’action entreprise ou s’il faut abandonner en considérant qu’il est beaucoup trop dégradé.

          Cela non plus je ne peux pas l’évaluer à distance. J’attire seulement votre attention sur deux points :
          - Au début de notre conversation, je vous voyais faire beaucoup d’efforts pour vous rassurer en essayant de trouver des explications rassurantes à l’état de votre père, au point que j’avais dû prendre quelques précautions pour évoquer le diagnostic de démence. Je vous vois maintenant prête à penser que votre père n’est plus en état de tirer bénéfice d’une approche psychologique. Ces oscillations entre une attitude trop optimiste et une attitude trop pessimiste sont classiques et ce sont elles qui rendent difficile une juste appréciation de la situation réelle.
          - De même il ne vous est pas facile de percevoir ce qu’il en est de sa souffrance. Cela aussi est classique : le spectacle de la souffrance de l’être aimé est lui-même source de souffrance, et cette souffrance du proche le pousse à surestimer celle du malade (d’où d’interminables conflits avec les équipes soignantes, accusées bien souvent à tort de « laisser souffrir le malade » alors qu’en fait elles ont fait de cette souffrance une juste évaluation ; ce qui n’ôte rien au fait qu’il y a des équipes négligentes et des médecins inhumains).

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La Validation Le 3 mars à 14:27 , par ADU

            bonjour et merci pour vos réponses
            "Au début de notre conversation, je vous voyais faire beaucoup d’efforts pour vous rassurer en essayant de trouver des explications rassurantes à l’état de votre père, au point que j’avais dû prendre quelques précautions pour évoquer le diagnostic de démence"
            - OUI il ne faut pas oublier que j’ai quitté mon père le 19/09 après l’avoir emmené au restaurant etc, et que le 20/09 il disait n’importe quoi ..
            - dans les médicaments retirés, il y a l’anti dépresseur effexor (motif : favorisant les délires)
            ""Je vous vois maintenant prête à penser que votre père n’est plus en état de tirer bénéfice d’une approche psychologique"
            - Oui, car tout est tres fluctuant : certains matins, on pourrait dire qu’il ne réagit pas forcément bien aux approches psy méthode naomi feil, avec plutôt des désordres de compréhension ensuite (mais je ne connais pas l’élément déclencheur). Après ce moment il a la capacité de lire, de composer des numero de tel, de dresser une table, de lire l’heure, et de se rappeler le nom le plus long de la langue française à propos des pb actuels sur la constitution...
            ce qui est déroutant ce sont les anomalies suivantes :
            - il y a confusion entre les notions d’aller et venir : entre les personnes qui viennent le voir et lui qui ne bouge pas dans l’espace : il transforme cette notion pour le fait que c’est lui qui bouge)
            - sur le plan des souvenirs, il peut entrer dans une période ancienne (suite aux échanges psy) et être en même temps dans l’actualité.
            le tout avec une labilité émotionnelle importante surement propre à la maladie, mais peut être des suites du changement et donc sevrage de l’ancien anti dep par mansierine (J + 30)
            que penser ?
            CDT
            Annick


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            • La Validation Le 4 mars à 08:26 , par Michel

              Bonjour, Annick.

              il ne faut pas oublier que j’ai quitté mon père le 19/09 après l’avoir emmené au restaurant etc, et que le 20/09 il disait n’importe quoi...

              Ce que vous décrivez, ce n’est pas le moment où la maladie a démarré mais celui où vous vous en êtes aperçue ; voyez http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article10 . Notez que ma remarque ne portait aucune critique : il s’agissait pour moi de pointer le fait que, comme c’est d’ailleurs tout à fait normal, vous oscillez entre deux extrêmes également irréalistes.

              Tout est très fluctuant

              Oui, comme dans la quasi-totalité des démences, surtout à ce stade très particulier où elles se révèlent et semble prendre leur place. Autant dire qu’il n’y a rien de particulier à penser ni à faire : ce que vous observez c’est ce à quoi nous sommes accoutumés. Il est sage de garder un œil, comme vous le faites, sur les médicaments, mais cette hypothèse n’est nullement nécessaire pour expliquer la situation.

              Bien à vous,

              M.C.


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              • La Validation Le 5 mars à 09:49 , par adu

                Bonjour
                Hier j’ai vu un reportage où on simule maintenant les handicaps des personnes âgées aux soignants en gériatrie :
                Poids sur la colonne et cervicales, lunettes etc
                Les infirmiers ne parviennent même pas à trouver leur bouche pour y porter les aliments..
                Ds les maladies neurodegeneratives vs expliquez si j ai bien compris que les troubles peuvent ressembler à un état d ebriete
                Est il possible que lorsque le malade demande à rentrer chez lui il se trouve ds ce type d état ? Ou cela signifie t il qu il n interprète pas correctement une certaine Agitation de son entourage ? Ou pour finir qu il veut fuir une insécurité du lieu où celle qui se trouve en lui même ?
                Enfin connaît on l emplacement des lesions cérébrales réglant les troubles de l humeur et des émotions puisqu on dit que cliniquement ces troubles sont plus importants chez le vasculaire que le patient en ma
                Merci
                Annick


                Répondre à ce message

                • La Validation Le 5 mars à 21:10 , par Michel

                  Bonsoir, Annick.

                  Quelques réponses rapides :

                  Hier j’ai vu un reportage où on simule maintenant les handicaps des personnes âgées aux soignants en gériatrie :
                  Poids sur la colonne et cervicales, lunettes etc
                  Les infirmiers ne parviennent même pas à trouver leur bouche pour y porter les aliments
                  .

                  Et ces expériences ne tiennent pas compte du fait que chez le sujet âgé les troubles sont survenus progressivement, ce qui permet une adaptation infiniment plus efficace.

                  Dans les maladies neurodégénératives vous expliquez si j’ai bien compris que les troubles peuvent ressembler à un état d ébriété

                  Non. J’ai seulement dit que l’ivresse est le modèle d’un état confusionnel.

                  Est il possible que lorsque le malade demande à rentrer chez lui il se trouve ds ce type d état ? Ou cela signifie t il qu il n interprète pas correctement une certaine Agitation de son entourage ? Ou pour finir qu il veut fuir une insécurité du lieu où celle qui se trouve en lui même ?

                  Probablement rien de tout cela. C’est beaucoup plus simple. Il veut rentrer chez lui parce que tout le monde voudrait cela à sa place. Parce qu’il manifeste ainsi son désir de maîtriser son destin. Parce que s’il peut rentrer chez lui c’est qu’il n’est pas si malade que ça. Etc.

                  Enfin connaît on l emplacement des lesions cérébrales réglant les troubles de l humeur et des émotions puisqu on dit que cliniquement ces troubles sont plus importants chez le vasculaire que le patient en ma

                  Je ne vois surtout pas ce qu’on ferait d’une telle donnée... Pour ma part je ne m’en suis jamais soucié.

                  Bien à vous,

                  M.C.


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                  • La Validation Le 6 mars à 10:36 , par ADU

                    rebonjour,
                    j’aurais du préciser :
                    - "quand le malade est déjà chez lui", est il possible que lorsqu’il demande à rentrer chez lui il se trouve ds un état confusionnel ? Ou cela signifie t il qu’il n interprète pas correctement une certaine agitation dans son lieu de vie par exemple (si des modifications ont eu lieu)
                    c est important pour l’entourage de savoir ce qui se passe ; cela peut permettre de savoir si le malade veut ou peut rester au domicile ou non etc ..
                    Merci
                    annick


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                    • La Validation Le 6 mars à 21:36 , par Michel

                      Bonjour, Annick.

                      Je comprends que vous vous posiez toutes ces questions. Mais... la seule manière d’y répondre serait d’observer le malade...

                      Bien à vous,

                      M.C.


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  • La Validation Le 29 août 2014 à 09:04 , par janny van liempd

    Certe, on peut avoir des critiques sur cette ’approche’. Même Naomi FEIL elle-même a adopté durant les 84 ans de sa vie, régulièrement sa théorie. Mais avant tout on lui doit l’honneur d’admettre qu’elle a été la seule qui a osé parler de la communication avec les personnes démentes dans une époque où TOUT LE MONDE regardait un dément comme un idiot ! N’oublions pas qu’elle a commencé sa façon d’accoster ces personnes humainement dans les années 60 où ici dans notre ’civilisation’ on attachait encore la personne ALZHEIMER un peu agressif ou errant. Et même aujourd’hui en 2014 tout n’est pas encore gagné. Si moi j’entendais déjà parler et voayt appliqué la Validation aux Pays-Bas dans les années ’80-’90 ici en France on ne parle encore que depuis quelques années de la Validation, l’Humanitude, snoezelen, fingerfood, etc. et souvent tout cela est regardé avec plein de sceptisme....


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    • La Validation Le 29 août 2014 à 09:48 , par Michel

      Bonjour, Janny.

      Je souscris sans réserve à votre remarque. Tout ce que je demande c’est qu’on reste vigilant en présence de ces techniques. On n’est pas long, quand on les observe, à remarquer çà et là quelques dérives. Cela ne remet pas en cause la technique elle-même, mais cela invite à s’interroger sur la survalorisation dont elles peuvent faire l’objet. Tout au plus je dirais que quand vous affirmez qu’il fut une époque où TOUT LE MONDE regardait un dément comme un idiot, je crois que vous vous avancez. Pour ne considérer que mon cas personnel, je me souviens très bien que ce qui m’a amené à m’y intéresser c’était justement mon intuition que la démence, c’était autre chose. Je ne devais pas être le seul.

      Mais pour en rester à la Validation, j’ai dit et répété que si toutes les personnes en charge d’un dément la connaissaient et l’appliquaient, on ferait un progrès considérable.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La Validation Le 27 septembre 2013 à 14:40 , par Lapin Gris

    Autre remarque
    concernant
    Capter le regard du patient
    il faut ce me semble tenir compte absolument des données socio-culturelles
    (une aide-soignante / un patient algérien, par exemple)


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    • La Validation Le 29 septembre 2013 à 15:07 , par Michel

      En effet. Et on pourrait s’étonner que Naomi Feil n’évoque pas cette qestion alors qu’elle s’adresse à une société largement multiculturelle.

      Mais je crois aussi que le champ de questionnement "démence et culture", même si on ne part tout de même pas de zéro reste largement à inventorier. Une recherche rapide ne me donne que : Démences et cultures, Revue francaise de psychiatrie et de psychologie médicale 2002, vol. 6, no55, pp. 57-62
      Bien à vous,

      M.C.


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    • La Validation Le 2 octobre 2015 à 01:32 , par Nicolas

      There’s a great deal that could be said for watching pros and the way they jump. Doing this portion of your training correctly doesn’t guarantee you results. If your jump intensity lowers-if you were jumping 36 inches whenever in college a depth jump and you’ll verify that through your measuring device, and you’re now jumping 32-34 inches every time, you should know that you will be beginning to coach through your optimal level. Also visit my weblog ; How To Jump Higher


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  • La Validation Le 26 septembre 2013 à 17:01 , par Lapin Gris

    réagir, en 2013, à cette phrase « Il ne peut donc espérer en inventer une » de votre par ailleurs remarquable texte, sur lequel je suis tombé après lecture pas tout à fait convaincue de La Validation, trouvé à 50 centimes à la braderie. Je suis aide-soignant en SSIAD et ai suivi la formation complémentaire ASG, par ailleurs diplômé en psychologie du travail et ressources humaines.

    Bref, cette phrase m’a un peu embêté « Il ne peut donc espérer en inventer une » parce qu’au quotidien, travaillant avec des patients atteints de la maladie d’Alzheimer (ou apparentés) j’avoue les trouver, au contraire, bien créatifs parfois, avec des inventions inattendues, généralement destinées à pallier ou masquer les difficultés, certes, et rarement efficacement, certes, mais fort heuristique. Le lien avec le niveau socio-culturel me semble flagrant, même s’il ne s’agit que d’une intuition basée sur, finalement, un échantillon tout de même assez restreint. Bref, juste cette remarque, et bravo pour cet article qui correspond tout à fait à mon ressenti, concernant la Validation.
    Bonne journée,


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    • La Validation Le 29 septembre 2013 à 14:53 , par Michel

      Bonjour, et merci de votre message.

      Vous avez totalement raison de réagir à ce que cette phrase a d’inadapté. D’ailleurs je milite moi-même pour qu’on n’oublie pas que devenir dément n’est pas devenir idiot.

      Mais je vais tout de même plaider non coupable : car s’il est vrai que le dément est tout à fait capable d’élaborer des solutions très surprenantes, voire géniales, ce n’est pas le cas général, et il existe de nombreuses situations où il se trouve incapable de résoudre le problème qui se pose à lui (si cela ne se produisait pas, il ne serait pas dément). C’est de ces situations dont nous parlons, et c’est dans ces cas qu’il régresse. C’est en tout cas ce qui fonde la démarche de Naomi Feil.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La Validation Le 6 septembre 2012 à 17:11

    je suis tombée par hasard sur votre article et je trouve que vous n’avez pas compris ce qu’était la validation. J’ai fait les formations à cette méthode et je vous invite à les suivre car vous verrez que l’objectif de la validation n’est pas celui là. Dommage...


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    • La Validation Le 6 septembre 2012 à 18:33 , par Michel

      Bonsoir, et merci de votre message.

      Mais quel est, alors, l’objectif de la Validation ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La Validation Le 14 octobre 2010 à 23:26

    Bonjour Michel

    En fait, j’avais très bien compris votre position.

    Mais ce que je sais, c’est que ma mère se dit profondément blessée au plus profondément de son être de savoir qu’on l’appelle « la démente » - ou même qu’elle souffre de « démence ».

    Alors je préfère – pour elle – dire que ma mère est une personne qui souffre de la maladie Alzheimer.
    Ma mère aussi, préfère dire qu’elle souffre de la maladie Alzheimer.

    Je me suis bien renseignée sur la maladie, grâce - entre autre - à votre site, je suis lucide, même si c’est plutôt douloureux. Mes parents aussi connaissent ce qu’est cette maladie. (à travers la maladie de mon oncle)

    Le 4 octobre, vous dites « ils ne respectent ni les déments, ni les personnes âgées, ni les cerebro-lésés ».
    Suivant votre logique, pourquoi ne dites vous pas alors « les âgés » ou « les vieux » ?

    Vous écrivez : « Je vous redis cependant que votre présentation est totalement dissuasive : des gens qui prétendent avoir fabriqué un ouvrage spécialement adapté aux déments mais qui peut tout aussi bien convenir à toutes les personnes âgées sont soit des gens qui n’ont rien compris à la démence soit des gens qui n’en ont aucun souci. »

    En ce qui concerne le site http://www.picturestoshare.co.uk/shop, ces livres sont bien créés pour stimuler le souvenir d’expériences/plaisirs d’autrefois et bien destinés à des personnes qui souffrent de « démences » au stage moyen et avancé.

    Quand j’écris « (ils sont aussi appréciés des personnes âgés ….) » c’est en fait moi-même qui dit cela car j’imagine très bien mon père (qui n’a pas cette maladie) le lire avec ma mère et lui même apprécier ces livres, les images sont tres belles et je le crois, d’après les témoignages du site, peuvent susciter une communication de qualité.

    Aussi pourquoi une personne très âgée n’apprécierait elle pas la beauté même de ces images ?
    J’ai moi-même du plaisir à regarder ces livres.

    Bien à vous aussi
    Forget Me Not


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    • La Validation Le 15 octobre 2010 à 00:19 , par Michel

      Bonsoir, forget me not.

      Je crois que nous y arrivons.

      L’ami que je vais voir la semaine prochaine, je ne passe pas mon temps à lui dire qu’il est dément. D’ailleurs il en sait, parce qu’il le vit, bien plus qu’on ne pense sur sa maladie, et n’a pas besoin que je la lui rappelle.

      Mais une chose est de parler au malade, une autre est de parler de la maladie. Et ce que je trouve gravissime c’est qu’on n’appelle pas les choses par leur nom, au risque insupportable de ne plus voir de quoi on parle. Un seul exemple : ce n’est pas parce que les avortements sont devenus des interruptions volontaires de grossesse qu’ils ont cessé d’être des avortements. Ne vous méprenez pas : des avortements, j’en ai conseillé, j’en ai facilité, j’en ai pratiqué, et même avant la loi Veil ; et si c’était à refaire, je recommencerais ; mais les choses ont un nom. Et le combat qui importe, c’est de changer notre regard sur les choses, pas de changer le nom des choses.

      Mais sans doute avons-nous assez parlé de cela.

      Sur les livres (j’oubliais, tellement ça me semble naturel : Smith, c’est la librairie anglaise de Paris), je note simplement ce que vous avez dit : ils sont spécialement conçus pour les Alzheimer. Mais s’ils sont conçus pour eux, alors ils ont des spécificités ; et ces spécificités ne sont guère compatibles avec ce qui convient aux sujets non malades, encore plus les malades d’autre chose. C’est cela qui me fait douter (et qui me rend sceptique sur la compétence ou les motivations des auteurs). Maintenant, que des livres d’images, surtout s’ils sont beaux (car j’ai toujours trouvé que les déments sont très sensibles à la beauté), soient très bénéfiques à nos malades, j’en suis tout à fait persuadé. Le problème vient uniquement de ce que les auteurs présentent leurs livres comme ayant quelque chose de particulièrement adapté ; il y a là une contradiction. Pour y croire, je veux des études montrant l’efficacité de ces livres par rapport à d’autres ; à défaut je veux un texte m’expliquant comment ils ont été conçus, et quels sont les arguments. Tant que je n’aurai pas cela, je resterai à me dire que ce sont des livres comme les autres.

      Mais je vous le répète, je tâcherai d’aller voir.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La Validation Le 15 mai 2012 à 05:12 , par Contrelhypocrisie

      Je suis tout à fait d’accord avec vous, je travaille dans un service où notre établissement nous a imposé cette formation à la validation et où l’intervenante praticienne est une de nos. Franchement, cela m’a profondément déçu.

      Elle n’applique pas elle-même ses grandes leçons sauf quand le "grand manitou du service", les supérieurs et les familles sont là, pointe du doigt systématiquement les autres quand ils ne font pas pareilles (il y a des milliers d’autres méthodes d’approches...qui marchent) jugent et se moquent des erreurs des autres. Elle a une propension à l’égocentrisme, à l’hypocrisie et se vante trop. Elle n’est pas impartiale. Alors avant de venir donner des leçons de "bientraitance, de validation des personnes âgées", faudrait peut-être qu’elle se mire beaucoup, qu’elle soit intégre elle d’abord.

      Aucune modestie, si de la fausse modestie. Manipulation car "se cache derrière "le fait qu’elle nous ait formé à sa validation pour avoir ce qu’elle veut et encore plus moins en faire au bouleau et se reposer totalement sur les autres..., hypocrisie....laissez-moi rire. Trop de "moi,je...", décourageante. C’est bien jolies ses théories, surtout si ce n’est que pour faire de la répèt., se donner une image de bon samaritain déguisé ou de ne pas appliquer elle-même sa théorie. C’est pas la peine de venir nous bassiner avec ça. Il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr... ou La validation pour avoir un comportement logique, adapté et humain envers les personnes âgées, nos cultures ancestrales préconisaient déjà avant la validation, l’amour, le respect, la générosité et la présence dans toutes leurs dimensions à "nos anciens". Vous ne détenez pas le remède miracle à la bientraitance des personnes âgées et surtout, juste vous dire : appliquer les vraiment VOUS les adeptes de la validation votre méthode et faire durer dans le temps, c’est juste un "faire valoir" à cette personne là. Dommage d’utiliser les personnes âgées pour se faire valoriser et être reconnue par les autres ou surtout auprès des supérieurs.

      Enfin et de dire que ça pas durer longtemps la validation dans le service, partie aux oubliettes, les vraies valeurs des uns et des autres c’est ce qui restent.


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      • La Validation Le 15 mai 2012 à 19:20 , par Michel

        Bonsoir, Contrelhypocrisie.

        Ce que vous écrivez est en effet désolant. Et j’ai surtout envie de vous rappeler qu’il ne vous faut pas juger de la Validation sur ce que vous venez d’en vivre. Il y a des gens qui s’autoproclament formateurs, et qui s’accordent de petites satisfactions d’ego sans se demander quelle est la qualité de ce qu’ils font. Or cela ne va pas de soi. J’ai eu moi-même à présenter la Validation dans mon service, je n’en menais pas large. Je vous le redis : la Validation vaut mieux que cela.

        Il n’en reste pas moins que vous pointez là un des grands dangers de toutes ces méthodes. Car si leur créateur a bien souvent des idées très claires, si dans la plupart des cas il s’agit de quelqu’un de foncièrement honnête (même si on observe régulièrement qu’il en vit, et parfois plutôt bien ; mais après tout, pourquoi pas ?), il se produit régulièrement que, faisant école, il est bien forcé de déléguer ses formations et la diffusion de sa méthode à des aides qu’il a formés. Souvent cela se passe assez bien. Mais quand on arrive à la troisième génération, celles des formateurs qui ont été formés par le premier cercle des formateurs, les choses souvent se gâtent. Et vous voyez que je ne parle même pas des francs-tireurs qui n’ont pas pris la peine de se former sérieusement.

        On évite, ou du moins on limite ces dérives quand le cadre théorique de la méthode est solide. Le problème est que c’est rarement le cas, et que ce n’est pas non plus celui de la Validation.

        Pour autant, je vous recommande une fois de plus de revoir votre jugement. Lisez au moins La Validation, Méthode Feil - Comment aider les grands vieillards désorientés
        Naomi Feil
        (Lamarre éd.). C’est simple et suffisant.

        Bien à vous,

        M.C.


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  • La Validation Le 6 octobre 2010 à 17:08 , par Forget Me Not

    Bonjour Michel

    Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour vous avoir vexe, cela n’etait pas mon intention.

    Je vous demandais seulement de dire et d’ecrire la personne qui souffre de demences.
    Je remarque d’ailleurs que plusieurs intervenants aussi disent la personne qui souffre de demences. Je les remercie.

    Je sais bien que vous luttez pour qu’on respecte les personnes qui souffrent de demences, et je et nous vous remercions de tout coeur.

    C’est pourquoi j’ai ecrit :" Merci pour encourager les maisons de retraite, soignants, aidants (conjoints, enfants, amis....) ...le public a comprendre la personne autant qu’il est possible, et a communiquer avec cette personne."

    C’est pour cela aussi que je partage avec vous l’existence de ces livres. (ce n’est pas une page publicitaire, mais un partage)
    Vous etes medecin, pourquoi ne pas voir par vous memes si ces livres peuvent aider/ donner du plaisir aux personnes qui souffrent de demences et leur aidants et familles et amis.

    Ma mere est une personne qui souffre de demences.

    Bien a vous aussi

    Forget Me Not


    Répondre à ce message

    • La Validation Le 6 octobre 2010 à 19:07 , par Michel

      Bonsoir, Forget me not.

      Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour vous avoir vexé, cela n’était pas mon intention.

      Décidément je n’ai pas réussi à vous faire comprendre de quoi je parle : vous me supposez vexé là où je vous parle d’une position forte, militante. Il y a un rapport intime entre le respect que je porte aux déments et le fait que je les appelle ainsi. Je n’aime pas les citations trop rebattues, mais je partage l’exigence de Camus : mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. Et je prends pour un terrible manque de respect de ne pas reconnaître l’autre dans ce qui lui advient de plus important.

      Laissons à d’autres l’illusion d’avoir changé quelque chose au moyen de ces afféteries de langage alors qu’on s’est borné à éluder un mot qui nous écorche la bouche, à nous. Et je trouve cela d’autant plus effarant que nous parlons de malades qui, précisément, sont en difficulté avec les mots ; ce n’est pas les respecter que de manipuler ainsi le langage.

      Quant à ces livres, je vous ai dit que je n’ai pas réussi à y accéder. Mais puisqu’il m’arrive d’aller chez Smith, j’irai voir. Je vous redis cependant que votre présentation est totalement dissuasive : des gens qui prétendent avoir fabriqué un ouvrage spécialement adapté aux déments mais qui peut tout aussi bien convenir à toutes les personnes âgées sont soit des gens qui n’ont rien compris à la démence soit des gens qui n’en ont aucun souci.

      Ma mère est une personne qui souffre de démence.

      Quelque chose comme cela transparaissait de votre précédent message. Mais c’est précisément à cause de cela que vous allez avoir besoin de toute votre lucidité.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La Validation Le 4 octobre 2010 à 00:07 , par Forget-Me-Not

    Bonjour Michel

    Comme cette page est au sujet de personnes qui souffrent de la maladie Alzheimer, j’aimerais vous demander d’ecrire " la personne" plutot que "le dement"
    ce mot ne respecte pas la personne.
    Je vous remercie.

    Merci pour encourager les maisons de retraite, soignants, aidants (conjoints, enfants, amis....) ...le public a comprendre la personne autant qu’il est possible, et a communiquer avec cette personne.
    Il y a encore fort a faire.

    Connaissez vous http://www.picturestoshare.co.uk/shop/books ?
    en cliquant sur chaque livre, vous avez possibilite de tourner chaque page de chaque livre.
    Ces livres ont ete specialement crees pour les personnes qui souffrent de demences. (ils sont aussi apprecies des personnes agees en general + personnes qui ont eu des thromboses...) - crees pour stimuler le souvenir d’experiences/plaisirs d’autrefois.

    Il a ete prouve que ces livres encouragent une communication de tres grande qualite avec discussion, entre aidant et personne.

    http://www.picturestoshare.co.uk/shop/other-products : vous pouvez aussi acheter des images a mettre au mur qui peuvent etre encadrees si vous le desirez.

    on peut quand meme utiliser les livres en anglais, grace aux belles images, mais ca serait bon d’avoir la version francaise.

    Faire traduire ces livres en francais ???? Pourriez vous aider a trouver un/des traducteurs(trices) ????

    Un DVD d’images, musique, et poesie est en voie de development ! Est ce qu’il y aurait des francais qui seraient interesses a travailler avec eux pour une version francaise ?

    Si oui, svp, contacter le site meme.

    Je pense que le livre intitule Learning to Speak Alzheimer’s de Joanne Koenig Coste vaut la peine d’etre traduit en francais.
    Ainsi que d’autres livres....

    Aussi connaissez vous le site du musee de New York ?
    http://www.moma.org/explore/collection/index The MoMA Alzheimer’s Project : Rendre l’art accessible aux personnes qui souffrent de demences.

    Y aurait il des musees en France interesses ?
    Je crois qu’il y a un document sur l’internet pour aider une telle entreprise, mais je ne sais plus ou c’est.

    Voila, partager est important, l’espoir et la vie renaissent.

    Forget-Me-Not


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    • La Validation Le 4 octobre 2010 à 21:58 , par Michel

      Bonjour, forget-me-not

      Je suis un peu perplexe sur votre mail.

      Vous commencez par me dire :j’aimerais vous demander d’écrire " la personne" plutôt que "le dément" ; ce mot ne respecte pas la personne..

      C’est une question souvent débattue, et je sais bien qu’il est mal vu de parler de démence et de déments. Et peut-être ne sommes-nous pas au bout du débat. Mais en ce qui me concerne je dirais ceci :
      - Je suis très inquiet de votre remarque : une grande part du contenu de ce site a pour objectif de montrer le respect, l’affection, j’irais même jusqu’à écrire : l’admiration que je porte aux déments. Et la question, me semble-t-il, n’est pas de savoir si tel ou tel mot est respectueux mais de savoir si je suis respectueux. Si le respect que j’éprouve pour eux laisse dans votre esprit place au doute, alors c’est qu’il vaut mieux que je cesse d’écrire sur ce sujet. J’y suis prêt.
      - L’un des immenses travers de notre culture est de se figurer qu’en changeant les mots on change les choses. C’est en réalité un terrible enfantillage, un terrible aveu d’impuissance, et je ne crois pas une seconde que les aveugles voient mieux depuis qu’ils sont non-voyants. Il fut un temps où les militants des soins palliatifs clamaient à qui voulait les entendre : "Nous, nous n’accompagnons pas de mourants, nous accompagnons des vivants". Ridicule, comme tous les slogans : sans doute, c’est un vivant que tu accompagnes ; mais si ce vivant n’était pas en train de mourir tu ne serais pas en train de l’accompagner. Eh bien, de même, celui que j’ai en face de moi est un dément, et l’ami, bien plus jeune que moi, chez qui je vais aller sous peu passer quelques jours pour que son épouse puisse souffler, cet ami que j’aime profondément, et pour qui j’ai le plus grand respect, c’est un dément.
      - Ce n’est pas le mot qu’il faut changer, c’est notre regard. Nous avons bien changé notre regard sur le diabète ; et il n’a pas fallu pour cela le renommer en je ne sais quelle "hyperglycémie paroxystico-chronique". Bien au contraire une fois qu’on a changé le nom on peut se dispenser à bon compte de changer son regard. Je lutte, moi, pour qu’on apprenne que les déments sont des gens adorables, fins, profonds, et auprès de qui on apprend sur la vie des choses essentielles ; je lutte pour qu’on cesse de prétendre qu’ils sont agressifs (il y en a, mais guère plus que dans la vie courante). Je lutte pour qu’on les respecte, et pour cela il faut les regarder, et pour cela il faut les reconnaître. Et les nommer.

      Donc je ne changerai pas mon appellation ; c’est pour moi une des conditions du respect que je leur dois.

      Connaissez vous http://www.picturestoshare.co.uk/shop/books ?

      Non, je ne connaissais pas.

      Mais la suite de votre mail me fait trop penser à une entreprise publicitaire. Je préfère ne pas vous répondre. Tout ce que je dirais, c’est que si les auteurs prétendent que leurs livres sont "spécialement créés pour les déments" mais qu’ils s’adaptent parfaitement aux personnes âgées et même aux cérébrolésés (alors en quoi sont-ils "spécialement créés" ??) c’est qu’ils n’ont rien compris à la démence. Ou qu’ils se moquent du monde. En tout cas ils ne respectent ni les déments, ni les personnes âgées, ni les cérébrolésés.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La Validation Le 6 novembre 2009 à 12:58 , par Christelle

    Psychologue en maison de retraite, je n’ai pas eu la formation de la Validation mais j’ai lu et relu les livres de Naomi Feil. Ce que cette méthode m’apporte est assez conséquent : une porte ouverte sur le monde Alzheimer et autres, un petit bout de chemin qui fait que je peux communiquer avec eux et surtout, surtout donner du sens à ce qu’ils disent et le faire savoir aux soignants. Les quelques techniques qui me paraissent essentielles à maîtriser sont la reformulation, le sens préféré, les questions qui, quoi, où, comment, quand, la réminiscence, la polarité et l’ambiguïté. Si on associe ces techniques avec les notions d’Yves Gineste (capture sensorielle notamment) on arrive à parler avec ces personnes et c’est bien là l’essentiel.
    Je trouve que le travail de Naomi Feil est assez honnête car c’est un travail de terrain, d’ailleurs dans ses conférences, elle nous montre plusieurs films où elle faisait ce qui ne marchait pas. Son travail de 40 ans est pour moi non pas une révélation mais un exemple : la pratique, l’expérience clinique ne passent que par l’observation, les essais-erreurs.
    La chose importante également c’est forcément l’histoire de vie de la personne : même si on n’arrive pas à communiquer avec elle, si on connaît l’essentiel de son vécu, alors on peut tenter de donner du sens (pas pour elle mais bien pour nous soignant et peut-être par là nous rassurer ...)
    Quoi qu’il en soit, cette méthode est un bon outil pour mon travail de psychologue au quotidien : parfois ça marche, parfois non et heureusement parce que chaque personne est unique et qu’elle soit démente ou pas, elle a le droit (et je dirais même le devoir) de garder ses secrets.

    Christelle


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    • La Validation Le 6 novembre 2009 à 19:47 , par Michel

      Bonsoir, Christelle.

      Je signerais sans hésitation le texte que vous venez d’écrire.

      Tout ce contre quoi je veux mettre en garde, c’est contre une surévaluation ; d’ailleurs je trouve significatif que vous fassiez allusion à la capture sensorielle d’Yves Gineste : c’est une technique qui en elle-même n’a absolument rien de nouveau ; la nouveauté c’est la façon géniale dont il l’utilise.

      Pour le reste, qu’il me suffise de rappeler que mon article s’ouvre et se conclut sur une incitation forte à utiliser cette méthode, et que je défie quiconque de trouver une ligne qui soupçonne Naomi Feil d’une quelconque malhonnêteté.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > La Validation Le 28 mars 2006 à 09:41 , par véronique

    Je suis contente de lire un point de vue critique sur la validation. Je suis logopède en maison de repos et prend contact avec les principes de la validation via des formations proposées par notre adjoint à la direction. J’ai tout de suite été frappée par la prétention de ces exposés tout en sentant toute la chaleur humaine qui peut être dégagée de cette pratique. Somme toute, si nous avions plus de temps, le bon sens nous indiquerait cette voie.


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    • > La Validation Le 28 mars 2006 à 19:27 , par Michel

      Bonsoir.
      Je crois que c’est à la fois plus nuancé et pire que cela.
      Il est très utile de connaître la validation, car si on obtenait seulement que tous les soignants appliquent les principes qui y sont exposés, on ferait un pas de géant ; ajoutons que pour ma part quand j’ai pris connaissance de cette technique j’ai eu le sentiment de ne rien apprendre, mais le simple fait de voir mis en forme ce qui était un peu épars dans ma tête m’a probablement structuré bien plus que je ne pense.
      Mais il suffit d’avoir un peu l’habitude de ce genre de texte pour voir en quoi ils se ressemblent. C’est toujours la même histoire : on vient de faire une découverte simple mais il fallait y penser, et tout est révolutionné. On nous a fait le coup avec la bio-énergie, avec Reich d’une manière générale, avec l’haptonomie, avec la validation... Je crois que de cette soupe on ne peut guère retenir que les travaux de Watzlawick, et peut-être la sophrologie.
      Tout cela a deux défauts :
      - Le premier est qu’on fait croire qu’il y a une théorie derrière alors qu’il n’y a que de la poudre aux yeux.
      - Le second est que, tout de même, ce n’est pas perdu pour tout le monde, et que les tarifs de ces nouveaux maîtres à penser parlent d’eux-mêmes.
      N’empêche : s’il ne faut pas survaloriser la validation, il ne faut pas la jeter aux orties.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • > La Validation Le 2 mars 2007 à 12:13 , par Kali

        Bonjour,

        je trouve très intéressant aussi votre point de vue critique sur la Validation, que je partage sur différents points. Je n’ai pas le temps de tout voir en détail, n’y de répondre de façon exhaustive.
        Néanmoins je trouve cela très exagéré et déplacé d’associer cette méthode à une secte !!! Oui certaines personnes "vivent"/tirent leur ressources de la Validation, mais il n’y a en aucun cas de secte !


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        • > La Validation Le 2 mars 2007 à 22:29 , par Michel

          Bonjour.

          Je veux vous rassurer tout de suite : je ne crois pas un seul instant que la Validation soit une pratique de secte.

          Ce sur quoi je tiens à attirer votre attention, c’est sur une histoire assez classique : vous voyez arriver dans le débat sur la santé une personne, qui n’est pratiquement jamais un médecin et qui le plus souvent n’est pas un professionnel de santé, et qui vous explique qu’il a trouvé un truc simple (mais tout de même il fallait y penser), et qui révolutionne la vie ; à l’appui de son propos il développe une théorie qui vise à donner le fin mot de la relation humaine, voire de la vie.
          Cette histoire, vous l’avez entendue des milliers de fois, dans tous les domaines. L’auteur s’appelait Lowen, Brazelton, Veldman, Shelton, Caycedo, et j’en passe. Le schéma est magnifiquement décrit pas Roger Gentis dans "Leçons du corps".
          Et on s’aperçoit rapidement que, tout de même, derrière tout ça il y a bien peu de chose.

          Et il se trouve, mais ce n’est pas ma faute, que les créateurs de sectes utilisent à peu près le même schéma. Mais cela ne signifie en rien que tous les utilisateurs de ce schéma sont des créateurs de sectes.

          Par contre je ne peux m’empêcher de remarquer que tous les utilisateurs de ce schéma ont en commun de vivre, et souvent assez bien, de ce qu’ils présentent comme une révolution.

          M.C.


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          • > La Validation Le 18 mars 2007 à 20:49 , par Marie

            En quoi le fait de ne pas être médecin serait-il un inconvénient ? L’accompagnement des personnes âgées est une chose bcp trop sérieuse pour qu’on la laisse aux seuls médecins, il s’agit d’une question politique et éthique et non médicale. Vieillir n’est pas une maladie et le comportement des médecins n’est pas plus exemplaire (du point de vue humain et éthique) que celui de certains soignants ou bénévoles intervenant auprès des vieux. Ceci dit, il est vrai qu’en psychologie, bcp prétendent nous asséner une théorie révolutionnaire et ne font que nous resservir de vieilles théories ... En ce qui concerne La validation, je trouve qu’elle présente un avantage certain, elle est très accessible et Feil ne prétend pas avoir inventé qq chose puisqu’elle cite ses sources, donc je ne vois pas où est le problème ? Ces principes simples et profondément humains ne sont hélas que peu appliqués. Pourtant, les services de gériatrie aurait tout à y gagner ...


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            • > La Validation Le 18 mars 2007 à 21:05 , par Michel

              Bonsoir, Marie, et merci de votre message.

              Je suis tout à fait d’accord avec vous.

              Le fait de ne pas être médecin n’est pas en soi un inconvénient (j’allais écrire : au contraire, compte tenu de la défaillance général des médecins dans ce domaine ; ajoutons que le regard d’un non-médecin, parce qu’il est décalé, est souvent un plus).

              Je ne crois pas que Naomi Feil soit quelqu’un de malhonnête. Je l’ai vue citer ses sources (notamment, bien sûr, Erikson), et encore, je n’ai pas tout lu d’elle. J’ai tout de même le sentiment qu’elle pense avoir inventé quelque chose et c’est de cela dont je doute.

              Mais comme vous le dites (je l’ai d’ailleurs écrit), si déjà on appliquait ça dans les services de gériatrie, les malades s’en porteraient nettement mieux.

              Je reste tout de même très dubitatif devant la solidité de son argumentation, notamment en ce qui concerne Erikson. Je ne suis pas le moins du monde un spécialiste d’Erikson, mais ce que je sais c’est que mes malades ne ressemblaient en rien à ceux qu’il décrit. Et je me demande (je l’ai écrit) si certaines des conséquences que Naomi Feil en tire ne risquent pas d’être délétères pour la personne. Notamment il y a certaines de ses préconisations qui tout de même aboutissent à des mensonges, alors que toute la difficulté est de rester dans cette zone où on s’abstient de mentir tout en évitant de poser à la personne démente des problèmes qu’elle ne peut résoudre.

              Bref, notre désaccord est minime : je crois seulement que Naomi Feil tombe elle aussi sous le coup de votre critique : "en psychologie, bcp prétendent nous asséner une théorie révolutionnaire et ne font que nous resservir de vieilles théories ...". Mais il suffit de rester clairvoyant.

              Tout de même il y a un risque : celui que je vois dans les yeux parfois extasiés de ceux ou celles qui, ayant découvert la validation, s’imaginent qu’ils ont trouvé la nouveauté du millénaire. La validation risque de s’avérer dangereuse parce que ces gens-là le sont.

              Bien à vous,


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              • > La Validation Le 13 juin 2007 à 10:57 , par marie, géronto-psychologue

                un peu de sociothérapie, quelques zestes de savoir être empathique, la présence d’un artiste de la musique, un art-thérapeute, ou art " tout seul avec sa bonne volonté et son savoir-faire", de l’inter et de l’intragénérationnel, de la communication.... et pourquoi pas la technique de validation résumée par N. Feil pour compléter notre approche de tout être humain dépendant, défaillant à un moment ou un autre de sa vie.

                Qu’il soit enfant en crèche, jeune en institution spécialisée , ado en passe de prendre le chemin de la délinquance, adulte hospitalisé, retraité isolé à domicile ou vieillard dépendant en institution.

                Pourquoi donc valider ou non cette technique ?

                Utiliser un écrit, clair, simple, à la portée de tous, (rédigé par une américaine, mais de naissance européenne au début de la mondialisation, rappelez vous) m’a semblé être un bon engagement humanitaire. Il complète nos connaissances et nos techniques.
                Et un aide soignant, ou un Amp peut se l’approprier pour valider son rôle auprès de ces personnes souvent mal prises en charge.
                Pourquoi n’est-elle pas souvent proposée à l’enseignement, qu’existe t-il alors pour les premiers aidants ?

                La ségrégation et la querelle de clocher n’ont jamais fait avancer le progrès. Ensuite, il faudra encore des bonnes volontés pour que allopathie et homéo-phyto- pathie.... se parlent.

                Et peut être serons nous alors soignants et aidants . Souhaitons nous bon courage pour devenir enfin plus sages, nous sommes déjà au 21ème siècle... le temps passe.


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                • > La Validation Le 13 juin 2007 à 18:44 , par Michel

                  Bonsoir.

                  Mais... m’avez-vous bien lu ?

                  Ce qui me surprend dans les réactions que cet article déclenche, c’est précisément cela. Plusieurs me reprochent de critiquer la Validation à partir d’une position théorique. Ce que j’ai écrit, c’est qu’il faut connaître la Validation, qu’il faut savoir mettre en oeuvre ce qu’elle a de bon, et que si tout le monde la connaissait et la mettait en pratique ce serait un pas de géant. Je ne vois pas ce qu’on peut me demander de plus !

                  Après, je veux attirer l’attention sur le risque d’illusion, et surtout de dérive. Je veux le faire parce que, tout de même, ce ne serait pas la première fois que cela se produit dans notre métier, et qu’il y a des dégâts. J’ai moi-même largement donné en son temps dans le zèle pro-bettelheimien. Ou dans la bio-énergie. Parce que j’ai l’occasion de voir dans ma pratique des soins palliatifs à quelles inepties on arrive quand on manque de rigueur.

                  Mais parce que je signale ce risque, on dirait que je n’ai pas écrit qu’il faut s’approprier la technique de Naomi Feil. Parce que je dis qu’elle n’est pas aussi originale qu’elle le dit, on dirait que je n’ai pas écrit que c’est un outil intéressant.

                  Pardonnez moi cette agression : cela m’inquiète ; car ma position est très nuancée, et je redoute les raisons pour lesquelles mes critiques me refusent le crédit de ces nuances. On dirait que mon absence de sectarisme les dérange.

                  M’inquiètent aussi vos jeux de mots : vous demandez "Pourquoi valider cette technique ?". Mais ce n’est pas le propos de la Validation, qui parle uniquement de valider la parole du malade. Tout comme il n’es pas question dans les propos de Naomi Feil de valider le rôle du soignant, mais uniquement de valider la relation.

                  M’inquiète encore de vous voir écrire : "un peu de sociothérapie, quelque zestes de savoir-être empathique"... Pour moi c’est le pire qu’on puisse imaginer : se contenter de picorer un peu partout, alors qu’il faut au contraire connaître à fond les outils qu’on utilise. Ou alors on ne les utilise pas comme des outils.

                  Mais encore vous écrivez : "Il faudra encore des bonnes volontés pour qu’allopathie et homéo-phytopathie se parlent". Je crois comprendre de quoi vous parlez. Mais tout le problème est là : ce sur quoi j’attire l’attention, c’est précisément sur ce mélange. Le premier devoir du soignant est de savoir ce qu’il fait, de savoir quelles techniques il utilise et pourquoi il les utilise. Et d’être conscient de leurs limites. J’affirme qu’on ne peut utiliser la Validation que si on a compris en quoi c’est une banalité, et si on se garde des erreurs qu’elle comporte, car elle en comporte.

                  Bien à vous,

                  M.C.


                  Répondre à ce message

                • > La Validation Le 6 novembre 2007 à 14:04

                  Bonjour Michel,

                  "... et un aide soignant ou un Amp peut se l’approprier pour valider son rôle auprès de ces personnes souvent mal prises en charge. Pourquoi n’est- elle pas souvent proposée à l’enseignement, qu’existe t- il alors pour les premiers aidants ?..."

                  Il existe surtout pour "les premiers aidants" des contextes de travail quotidien où les structures leur demandent de prendre en charge "l’hémorragie émotionneele, psychique des vieillards désorientés" sans que ces moments là soient formalisés dans les référentiels des tâches.

                  Une anecdocte.

                  Je suis as et je travaillais l’après - midi du dimanche des Portes Uuvertes de mon établissement et les peronnes âgées qui avaient l’habitude de passer leurs après- midi dans le hall ne pouvaient pas le faire parce que le hall était noir de monde. ce changement d’habitude a contribué à contrarier une dame très âgée qui peut, les jours, les moments, les instants de chagrin souhaiter " aller voir sa mère". J’ai éssayé le mieux possible de prendre en charge son "hémorragie émotionnelle, psychique". Le mardi mes collègues me reprochaient de ne pas être venu les aider à la vaisselle parce qu’il est explicitement dit dans le référentie des tâches que l’as doit participer à la vaisselle de 13H30 à 14H30. De son côté la hierarchie s’est bien gardée de trancher le conflit entre mes collègues et moi- même.

                  Alors les structures peuvent toujours demander aux as ou aux as de "s’approprier " des techniques ( Validation ou tout autre), les encourager à aller aux conférences ...

                  Le demander seulement.
                  Sophie


                  Répondre à ce message

                  • > La Validation Le 6 novembre 2007 à 20:29 , par Michel

                    Cette histoire est édifiante.

                    Mais elle montre aussi qu’on ne peut faire évoluer une structure s’il n’y a pas une mise en mouvement un peu synchrone d’une partie significative du personnel. Un individu isolé ne peut que se faire rejeter, même s’il a évidemment raison.

                    Après, il y a sans doute un peu d’hypocrisie de la part des professionnels, qui peuvent tout à la fois souhaiter que des techniques comme la validation soient généralisées et souhaiter que cette généralisation ne vienne pas remettre en cause la longueur d’avance qu’ils croient posséder. Similairement nous disons que les soins palliatifs devraient être connus de tout le monde, mais, tout de même, il y a des spécialistes...

                    Bien à vous,

                    M.C.


                    Répondre à ce message

    • > La Validation Le 24 octobre 2007 à 00:46 , par Michel, psychomotricien

      je reviens d’une conférence où Naomi Feil exposait la validation. Elle dit elle-même que ce qu’elle expose au niveau théorique et pratique n’a rien de nouveau. son génie et son utilité vient d’ailleurs :

      premièrement elle propose un point de vue extrêmement pratique de la relation à faire naître avec les vieux veillards extrêmement parlant pour des gens qui n’ont pas de formation en psychologie sans fourvoiement théoriques inutiles. comme dit winnicott, il n’est pas nécessaire à une mère d’être psychanalyste pour être suffisamment bonne. donc vision pratique très utile ; tout particulièrement pour les soignants qui repartent trop rarement d’une conférence en ayant tout compris.

      deuxièmement. Dans son exposé riche en jeu de rôle où elle ne cesse de faire circuler notre esprit toujours trop autocentré en nous faisant adopter le point de vue tantôt du vieux, tantôt de naomi feil, tantôt du soignant profane, tantôt du soignant intervenant en validation, etc... riche aussi en ateliers de communication verbale et non-verbale (portage) (dans le cadre d’une conférence c’est la première fois que je voyais cela). Elle fait la démonstration que cette pensée par le corps, théâtrale, cette pensée dans la pratique de l’expérimentation de la situation figurée (évoquant le psychodrame), cette pensée qui interprête corporellement le vécu du patient (placé en hypothèse) au lieu de l’interpréter psychanalytiquement et "intellectuellement" (elle nous dit qu’il n’y a pas d’insight chez le vieux... peut-être pas chez le vieux, pourrait-on lui répondre, mais peut-être chez les soignants, chez les proches, insight dont le vieux mieux compris donc validé pourrait tirer le bénéfice) ; cette pensée en corps qu’on appelle empathie humanise la relation avec les vieux comme elle a humanisé l’amphitéâtre où Naomi Feil faisait sa conférence.

      cliniquement, en tant que psychomotricien, c’était un discours auquel j’étais habitué. Cette conférence m’a redonné confiance dans cette voie. je me suis rendu compte qu’avant cette conférence je m’appliquais à être neutre et contenu. depuis que j’essaye d’exprimer quasi-théatralement le sentiment que je perçois du dément (placé en hypothèse) mes relations avec les plus déficitaires d’entre eux ont largement progressées. (j’ai utilisé la mimique, le regard, une mélodie des phrases plus typée...) au lieu de me dire en masquant mes affects cette dame est triste. j’exprime la tristesse dans ma mimique et dans la communication non verbale. je valide ainsi son état et il se passe immédiatement quelque chose. la tristesse ne disparaît pas mais effectivement on dirait qu’on peut tourner autour, l’observer, lui donner une forme, l’habiter avec le patient.

      je repars à la fin de la journée moins lourd et avec l’envie de les retrouver le lendemain


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      • > La Validation Le 24 octobre 2007 à 07:41 , par Michel

        Bonjour, et merci de ce message. La position que vous adoptez est pratiquement la mienne.

        Car il ne vous a pas échappé (mais je le redis parce que ça échappe à beaucoup (qui lisent peut-être un peu vite) que je recommande l’étude et la mise en pratique des textes de Naomi Feil. Et j’ai dit que si tous les intervenants auprès des déments utilisaient cette technique, on ferait déjà d’énormes progrès.

        Mes réticences et objections ne détruisent pas ce que je viens d’écrire. Redisons-les :

        - J’ai du mal avec Erikson ; je n’en suis nullement spécialiste, mais disons pour faire très court que je n’ai pas reconnu dans ses propositions les déments que j’ai côtoyés.

        - Quand le dément tient des propos que ne sont pas conformes à la réalité objective de ce qu’il dit, il est capital, comme dit Naomi Feil, de le rejoindre là où il est. Mais il y a toujours un moyen de le faire sans prendre position sur le fond de ce qu’il dit (c’est la même chose avec le délirant). La différence est à la fois subtile et fondamentale ; par exemple si le malade dit : "Ma mère m’attend", la réponse ne doit pas être "Allons la voir ensemble", mais "Je viens avec vous".

        C’est capital parce qu’il vient toujours un moment où le dément nous montre qu’il n’est pas dupe de ce qu’il dit. Je me souviens de cette vieille dame dont le mari était hospitalisé, et qui me disait : "Mon père va rentrer de promenade". Un jour, n’y tenant plus, je lui ai répondu : "Madame, je comprends ce que vous dites ; mais ce n’est pas votre père, c’est votre mari. Il n’est pas en promenade, il est à l’hôpital. Ce n’est pas grave, il va rentrer, mais la réalité c’est ça". Et elle m’a répondu : "Je sais ; mais ça me fait tellement peur que je préfère dire des bêtises".

        Cette dame, je ne l’ai absolument pas validée ; à l’époque je ne connaissais pas la question. Par chance elle a réagi favorablement ; mais ce que j’ai fait était l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. N’empêche que sa réponse est très éclairante. J’aurais dû répondre quelque chose comme : "Moi aussi j’aimerais bien que vos rencontriez votre père", ou : "Racontez moi quelque chose de lui"...

        - Il y a tout de même quelques points, par exemple dans Validation mode d’emploi, qui me paraissent un peu gênants : par exemple l’utilisation de la musique. C’est très important, l’utilisation de la musique. Mais à se contenter comme elle le fait de quelques notations on court le risque d’en faire une sorte de recours plus ou moins magique, alors qu’on ne s’improvise pas musicothérapeute.

        - Mais surtout : si tous les utilisateurs des textes de Naomi Feil avaient votre lucidité, je serais beaucoup plus tranquille. Ce n’est malheureusement pas le cas, et j’’en ai trop vu qui donnaient l’impression d’avoir eu une révélation mystique. Ceux-là sont dangereux, ceux-là sont quasi sectaires. Tout ce que j’ai écrit, c’est qu’il nous faut garder les yeux en face des trous. Mais ça je le maintiens...

        Bien à vous,


        Répondre à ce message

        • > La Validation Le 4 novembre 2007 à 10:21

          Michel, psychomotricien

          Hé bien ! non ! raté ! les soignants qui ont assisté avec moi à la journée sur la validation dont je vous entretenais précédemment n’ont rien compris ou n’ont rien pu/voulu comprendre ou prendre de l’enseignement de naomi feil.
          en fait la cohésion de l’équipe à la maison de retraite est une lésion hydrophobe (ou plutôt vieillard désorienté phobe). Les réunions du personnels est un moment où chaque membre du personnel se considère comme victime du comportement violent psychiquement rarement physiquement (sans le remettre en cause) du vieillard désorienté. Donc, c’est super, on est ensemble grâce à ces boucs émissaires de nos vieillards désorientés ! (auparavant on énumère chaque membre du personnel pour trouver quelqu’un qui veut bien porter le chapeau du dysfonctionnement institutionnel... ne trouvant personne on désignes les résidents).
          l’incapacité des soignants à prendre en charge l’hémorragie émotionnelle, psychique des veillard désorienté... ce signe par ce genre de phrase "nous sommes humains, parfois ils nous énnervent... on ne peut pas l’empêcher". non ! ça c’est beaucoup trop pour moi ! non Vous n’êtes pas humains vous êtes barbares. je ne peux pas vous respecter.
          une de nos soignantes a changé récemment de non de famille suite à un divorce pour reprendre son nom de jeune fille. une autre soignante critique son travail au cours de la transmission de la mi-journée puis joue avec son nom de famille. comment travailler avec des gens comme ça ? comment peut-on se permettre de manière banale et sous le rire du cadre de soin jouer avec le nom d’une soignante (ou de qui que ce soit) en réunion. comment espérer qu’un jour les vieux soient traités avec humanité dans une maison de retraite ?
          j’ai vraiment honte de travailler avec ces gens là. je souffre de garder ce conflit en moi, je souffre d’exprimer mon mécontentement et de prendre le mauvais rôle. mes idéaux sont traumatisés !

          et la validation ???? à des années lumières du statu quo !!!!


          Répondre à ce message

          • > La Validation Le 5 novembre 2007 à 19:17 , par Michel

            Bonsoir.

            Quel dommage !

            Vous me retirez l’envie de continuer le débat. Face à cette incompréhension je préférerais mille fois que vos collègues aient bu cette formation comme du petit lait.

            D’un autre côté, s’ils sont à ce point de souffrance, n’y a-t-il pas des préalables à toute tentative de formation ?

            Que peut-on faire pour eux ?

            Bien à vous,

            M.C.


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Gériatrie, soins palliatifs - Michel Cavey (Michel Cavey)
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