--- Gériatrie, soins palliatifs - Michel Cavey ---
Pratiquer la médecine
gériatrique, c’est se confronter tous les jours avec des humains
qui vivent leurs derniers temps. On ne peut pas faire ce métier sans
se questionner, non seulement sur la mort mais plus largement sur le sens
même de l’existence.
Que valent ces réflexions ? Je ne sais pas. En voici quelques-unes,
juste pour les partager.
© juin 2010
Ces dernières années nous avons eu le plan grand âge, le plan Alzheimer, le plan soins palliatifs, le plan...
Et l’annonce de millions et de millions d’euros.
Mais voilà : les temps sont durs. Qui le conteste ?
Il faut faire des choix, et j’en suis bien d’accord.
Le problème est que les choix que nous faisons nous jugent.
Je relaie ci-dessous deux pétitions.
La première concerne la réduction drastique des crédits alloués aux réseaux de soins palliatifs http://www.petitionduweb.com-. Je me bornerai à souligner que cette réduction, loin de ne concerner que la Bourgogne, est une décision nationale.
La seconde concerne le financement des maisons de retraite. J’en parlais dans mon article "menaces sur la gériatrie hospitalière". Qu’il suffise de dire que le massacre continue. Elle se signe sur mesopinions.com
Bonjour, Ma mère (96 ans) a un hémathome à la tête depuis 3 semaines, suite à une chute dûe à la déshydratation et à de l’anémie. Depuis plusieurs jours il est imposible de l’alimenter autrement que par sérum sous-cutané. La maison de retraite où elle se trouve (Cht. de Fontenelle à 77600 Chanteloup en Brie), ne fait pas les intraveineuses dont elle aurait besoin pour être nourrie. Seule l’hôpital de Lagny sur Marne lui en a fait à deux reprises en deux semaines lorsqu’elle a été transportée aux Urgences. Mais l’hôpital ne veux pas, ne peut pas la garder. J’ai téléphoné à la maison de retraite de Lizy sur Ourcq (Les jardins de Cybelle), où elle était il y a un an et demie, et eux m’ont dit qu’ils pratiquaient les intraveineuses (pour nourrir), mais seulement la journée car la nuit ils n’ont pas d’infirmière de garde. La transférer là-bas me paraît trop compliqué, car son état est agravé par sa leucémie (abondance de globules blancs), pour laquelle on doit lui donner des médicaments depuis plusieurs années.
Je vais chercher sur Internet une éventuelle solution. Merci d’avance pour toute explication que vous pourriez me donner.
Bonsoir, Claude.
Vous me demandez un avis sur une patiente que je n’ai pas vue. Cela n’est pas possible.
Tout ce que je peux faire, c’est vous donner un point de vue théorique. Et ce qui est le plus évident, c’est que ce point de vue théorique ne va pas être très optimiste.
Si on fait l’inventaire de la situation, on se dit que nous sommes en présence d’une dame très âgée, qui présente une leucémie, probablement assez peu agressive mais tout de même une leucémie. A cause de cette leucémie, à moins que ce ne soit en raison d’une pathologie supplémentaire, elle a présenté un épisode de déshydratation suffisamment sévère pour la faire tomber. D’où une hémorragie, probablement de type hématome sous-dural subaigu, dont on sait qu’il peut souvent régresser sans opération. C’est donc d’une malade très précaire dont il s’agit.
Et la question est celle de son alimentation. Si je comprends bien son état est si dégradé qu’elle ne peut recevoir d’alimentation orale. Disons-le tout net : sur ces éléments la première idée qui vient est que l’avenir est très compromis. Dans ces conditions, et si rien ne change, il faut se demander ce qu’il est réaliste de faire.
En sous-cutané, rien. 1 litre de perfusion sucrée ne peut apporter que 10% des apports nécessaires.
En intraveineux, on peut utiliser des produits qui apportent un nombre significatif de calories. Mais il faut :
De très grosses veines ; il est illusoire d’espérer administrer les volumes dont on a besoin dans une veine des membres, d’autant que les produits d’alimentation artificielle sont irritants pour les veines.
Un système cardio-vasculaire, hépatique, rénal, capable d’absorber les quantités de liquide qu’on devra administrer, et qui sont de l’ordre de 3 litres par jour.
Une surveillance très étroite, car il s’agit de traitements dangereux.
En d’autres termes une alimentation intraveineuse dans un tel contexte impose l’hospitalisation.
Or votre mère n’a pas été gardée à l’hôpital. Je connais suffisamment l’hôpital de Lagny pour savoir que la culture gériatrique y est excellente, et pour penser que la décision de faire sortir votre mère a été mûrement pesée. Si elle a été prise, c’est donc en considérant que la probabilité de rendre service à votre mère en lui administrant une alimentation artificielle était quasi nulle, alors que la probabilité de lui causer du tort ou des souffrances était, elle très grande. Autrement dit les médecins ont pensé qu’ils étaient arrivés aux frontières de l’acharnement thérapeutique.
La seule chose à faire est alors de la renvoyer dans sa maison de retraite, en se disant qu’on pourrait toujours lui donner une hydratation, et en comptant sur la nature qui, parfois, et sans que nous sachions bien expliquer comment, obtient des résultats inespérés.
Mais j’ai bien peur qu’il ne soit sage de penser que l’avenir est sombre.
Et en tout cas je doute fort que vous trouviez une maison de retraite qui accepte de conduire une alimentation intraveineuse ; j’ajoute que si vous la trouviez, il vous faudrait être très prudente : on serait là aux limites de l’irresponsabilité.
Mais je souhaite de tout cœur me tromper.
Bien à vous,
M.C.
Bonjour, Lysiane.
Je ne comprends pas très bien votre message.
Vous ne parlez que de soins en termes purs et durs mais je vous assure que "d’autres soins" ne relevant pas de la médecine permettent à une personne âgée de bien vieillir.
Du coup, je suis allé relire mon article, ainsi que ceux auxquels il renvoie. Je ne trouve rien qui fasse allusion à des "soins en termes purs et durs" : par exemple quiconque connaît un peu le mouvement des soins palliatifs sait qu’il s’est largement construit (cf. notamment l’importance qu’il attache à la notion de caring) en réaction à ces "soins purs et durs" ; et la même remarque vaut pour les rédacteurs de la pétition sur les USLD ; quant à ma position personnelle, si votre opinion s’est forgée après la lecture de mes articles, c’est que décidément je me suis fort mal exprimé.
Seulement les moyens tardent à arriver alors effectivement on en arrive à penser que la seule solution est qu’ils ne s’éternisent pas trop.
C’est tout l’objet de la pétition. J’imagine bien que donc vous l’avez signée.
Les articles de votre site sont passionnants mais renseignez-vous sur le rôle des AMP et parlez-en.
Je crois que vous faites erreur.
J’ai travaillé avec des AMP dès 2002, et j’ai même eu l’occasion d’intervenir près d’elles en formation, je crois que c’était en 2003. Autant dire que c’est une profession que je connais.
Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de dissocier leur action de celle des autres membres de l’équipe soignante. Le pire qu’on pourrait faire serait de les placer dans une sorte de position tierce, à côté des infirmiers d’une part, des aides-soignants d’autre part. Auprès du malade ou de la personne âgée, c’est le croisement des regards, les différences de culture, et non la spécificité des rôles, qui garantit la fécondité. C’est quelque chose de très subtil, mais dont les résultats sont extraordinaires dans les équipes qui marchent.
j’ai fais la formation humanitude qui concorde parfaitement à notre fonction : celle d’être dans l’être et non dans le faire.
Et c’est bien cela qui m’inquiète.
Car si la formation "humanitude" a abouti à vous faire croire qu’il y a une opposition entre l’être et le faire, c’est que le formateur a radicalement manqué son but. A quoi servirait d’être si on ne faisait pas ? Ce n’est pas faute de pouvoir être que nos anciens sont en maison de retraite, c’est faute de pouvoir faire.
Et si la formation d’AMP a abouti à vous faire croire que sur le terrain c’est l’aide-soignante qui s’occupe de faire et l’AMP qui s’occupe de l’être, alors le formateur a là aussi manqué son but. La grande originalité de la création d’AMP, c’est qu’AMP et aides-soignantes font le même métier, mais pas du même point de vue, et c’est par cette synergie que l’une et l’autre s’apportent ce qu’elles ont de plus précieux. Le système dérape dès lors qu’on présume une hiérarchie, qu’elle soit d’autorité ou de savoir, entre les deux.
Et j’ajoute une intuition qui me travaille depuis longtemps. C’est celle du rôle propre.
Quand on parle du rôle propre de l’infirmière, de trois choses l’une :
Ou on se paie de mots : c’est le cas général.
Ou on a en vue une série d’actes médeicaux que, tout de même, l’infirmière est bien assez intelligente pour faire, et c’est le comble du mépris.
Ou on postule qu’il y a des choses que l’infirmière, parce qu’elle est infirmière, parce qu’elle n’est pas médecin, sait alors que le médecin ne peut les savoir. Il n’y a de rôle propre que s’il y a un savoir propre ; et ce savori propre n’est pas lié au fait que l’infirmière serait davantage sur le terrain, j’y était moi-même sans cesse ; il est lié à une différence de point de vue.
Comment cela est-il possible ?
Je crois que ce qu’Yves Gineste m’a appris, il me l’a appris parce qu’il n’est pas médecin. Son métier de base, c’est professeur d’éducation physique. De ce fait, ce sur quoi il travaille c’est sur le sujet en mouvement ; alors que le médecin ne peut travailler que sur le sujet qui ne bouge pas. C’est parce qu’il y a des choses que je sais et qu’Yves Gineste ne saura jamais qu’il y a des choses qu’il sait et que je ne saurai jamais.
De même, je persiste à penser, même si je n’en sais pas plus, qu’il existe un savoir propre infirmier, qui est le seul fondement possible de son rôle propre ; le reste n’est que foutaise, et si ce savoir propre n’existe pas, alors il n’y a pas de rôle propre, il n’y a pas de diagnostic infirmier, etc. Et je crois fermement que pour les mêmes raisons il existe, même s’il reste à mettre au jour, un savoir propre aide-soignant et un savoir propre AMP, fondements respectifs de leur rôle propre.
Mais penser que la différence entre les deux est que l’une s’occupe de faire et l’autre d’être, cela me semblerait inapproprié.
Bien à vous,
M.C.
Bonjour.
Je doute que vous trouviez, d’autant que le 93 n’est pas le département le mieux loti dans ce domaine.
Vous pourriez essayer de vous renseigner auprès d’un CLIC
Bien à vous,
M.C.