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La formation des aidants à domicile

Cet article a été relu le 15 avril 2012

dimanche 11 septembre 2005 par Michel

Insidieusement les métiers du prendre soin évoluent, et les frontières se redessinent.

Une mutation discutable mais irrésistible :

L’un des exemples les plus triviaux de cette redéfinition est le débat récurrent sur la distribution des médicaments : on voit bien que les textes qui réservaient cette fonction aux seules infirmières sont inappliqués et inapplicables.

Certes ceci est dû essentiellement à la pénurie d’infirmières ; et il n’échappe à personne que si la réglementation est en train de changer c’est parce que les intervenants à qui par ce biais on délègue une partie de la tâche ne sont pas payés au même niveau (sans doute est-il superflu d’ajouter qu’il s’agit là d’un mouvement général de glissement : par exemple, on s’avise brusquement ces temps-ci qu’on avait un peu sous-évalué la compétence, pourtant indiscutable, des infirmières relativement à certains actes techniques qu’on réservait aux médecins ; mais c’est avant tout parce qu’une infirmière coûte moins cher qu’on médecin). Il y a donc là quelque chose de très déplaisant, et cela ne donne guère envie de cautionner les glissements en question.

D’un autre côté il faut remarquer au moins trois choses :
- La vigueur avec laquelle, en son temps, les infirmières se sont crispées sur le sujet de la dispensation des médicaments avait un fort relent corporatiste, d’autant moins opportun qu’elles auraient été bien en peine, numériquement, de l’assumer.
- Il y avait quelque chose de difficile à comprendre dans le fait que si les aides-soignantes n’étaient pas autorisées à distribuer les médicaments, la voisine de palier l’était sans problème.
- Les choses étant devenues ce qu’elles sont, il semble difficile de continuer à les ignorer ; force est plutôt de chercher à s’adapter.

Les aides ménagères sont des soignantes :

Parmi les mutations les plus spectaculaires, il y a celle du métier d’aide ménagère.

On sait que statutairement les aides ménagères sont là pour s’occuper de la maison, non de la personne. Disons pour faire court que la compétence de l’aide ménagère s’arrête là où commence le corps de la personne, et que la première n’est pas autorisée à toucher la seconde (en cela elle se trouve dans la même situation que les auxiliaires de vie).

Mais il y a beau temps que cette frontière a volé en éclats. Le niveau de dépendance des personnes, notamment âgées, augmente, et les services de soins infirmiers à domicile sont devenus hors d’état de satisfaire la demande. Si donc on persistait à dire que seules les aides-soignantes peuvent procéder à une toilette, on aboutirait très vite à une situation catastrophique. Et l’on sait que de plus en plus les aides ménagères sont amenées à prendre en charge des toilettes, même si c’est plus ou moins en catimini.

Pourquoi la toilette ?

Une autre manière de poser la question serait de demander pourquoi le système de maintien à domicile est aussi largement aimanté par la question de la toilette. Il serait intéressant de refaire l’historique de la notion de toilette, et d’hygiène en général [1]. Certes il est important d’être propre, mais tout de même pas d’une manière aussi cruciale qu’on semble le croire ; certes l’instant de la toilette est un moment relationnel privilégié, mais il ne serait pas difficile, et certainement plus approprié, d’en inventer d’autres. Quand on considère la misère d’effectifs dans laquelle se débat le monde hospitalier on se demande un peu pourquoi il consacre un bon tiers du temps de soin à laver de la peau ; et ce que peut bien signifier le fait que malade, famille et soignant s’accorde ainsi à valoriser un acte aussi peu central dans la vie de l’homo sapiens.

Ceci revêt une importance particulière en ce qui concerne l’organisation des soins. Car si les services de soins infirmiers à domicile sont des outils merveilleux, il est tout de même un peu dommage de les voir se consacrer prioritairement à des toilettes. Cela se comprendrait sans peine en situation d’abondance ; mais dans le contexte actuel on a très fortement envie de proposer que, hors certains cas particuliers, les actes de toilette soient délégués à d’autres personnels, permettant ainsi aux services de soins infirmiers à domicile (moyennant, il est vrai, une refonte de leur mode de tarification) d’assumer des situations plus lourdes, et les positionnant ainsi sur un niveau intermédiaire entre les SSIAD actuels et les services d’hospitalisation à domicile.

Bref la question que je veux poser ici est de savoir s’il ne faut pas, même de mauvaise grâce, acquiescer au glissement qui est déjà en marche : de plus en plus les aides ménagères mordent sur le rôle des aides-soignantes, et de plus en plus les SSIAD évoluent vers le rôle des services d’HAD.

Former les aides ménagères :

Mais alors si les aides ménagères deviennent des soignantes, il y a au moins quatre points à considérer :
- Le premier est d’en prendre acte de manière officielle : ce qu’elles font est hors de leur champ de compétence, et elles sont en danger du point de vue de leur responsabilité. Il faut assainir cette situation (on l’a bien assainie pour le dispensation des médicaments...).
- Le second est de lutter pour que leur rémunération soit adaptée à leurs nouvelles fonctions.
- Le troisième est que la validation des acquis et la formation permanente leur permette d’arriver dans un délai raisonnable à un diplôme de niveau CAFAS.
- Le quatrième est d’envisager le plus rapidement possible de les former à cette nouvelle responsabilité.

Cela fait déjà longtemps que je réfléchis à cette question.

Je me suis demandé ce que le médecin que je suis aimerait que les aides ménagères qui s’occupent de mes malades soient capables de faire, de savoir, de connaître.

J’ai donc écrit un manuel de formation des aides ménagères. Ce manuel est purement théorique, et toutes les méthodes pédagogiques notamment sont à écrire. Mais enfin, il existe.

Les chapitres sont :
- L’alimentation du sujet âgé
- Les chutes
- La démence : généralités
- La démence : accompagnement
- La démence : communication
- La douleur
- Les relations avec la famille
- Le grabataire
- L’hydratation
- L’incontinence
- La psychologie du sujet âgé
- Les soins palliatifs
- La toilette
- Les transferts et les déplacement
- Les troubles du transit

Je ne le mets pas en ligne, car il pèse tout de même 704 Ko. Mais je me ferai un devoir de l’envoyer à qui voudra. Et je serais plus heureux encore de le partager pour en faire évoluer le contenu jusqu’à ce que nous obtenions un outil collégial et utilisable.

Une version est progressivement mise en ligne à l’adresse http://www.famidac.net/rubrique197.html : la problématique de la formation des accueillants familiaux n’est pas si différente. Naturellement cette version sera régulièrement mise à jour en fonction des corrections issues du débat.


Notes

[1Voir sur ce sujet A. Corbin, Le miasme et la jonquille, Flammarion éd.

16 Messages

  • La formation des aidants à domicile Le 16 juin à 07:52 , par Sophie

    Bonjour Dr Cavey,

    Pourriez- vous s’il vous plait m’adresser un exemplaire concernant votre manuel de formation des aides à domicile ?

    Merci,
    Sophie


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  • La formation des aidants à domicile Le 27 mars à 22:12 , par manuella

    Bonjour Mr Cavey,
    Votre manuel m’interpelle...je suis à la fois aide à domicile pour l’ADMR de ma commune et animatrice en EHPAD et j’aimerais savoir comment vous traiter l’ennui des personnes vivant seule à la maison ?


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    • La formation des aidants à domicile Le 28 mars à 09:13 , par Michel

      Bonjour, Manuella.

      Vous posez là une question essentielle mais... elle n’a pas de réponse.

      D’ailleurs c’est très significativement que vous parlez du "traitement de l’ennui". On aimerait qu’il y ait des comprimés contre l’ennui, mais il n’y en a pas, il n’y en aura pas. Traiter l’ennui ne peut être que préventif : quand je serai vieux je m’ennuierai :
      - Si je n’ai pas soigné mon réseau social.
      - Si je n’ai pas veillé à maintenir un niveau d’activité suffisant.
      - Si j’ai cessé de me cultiver.
      - Ou si mon état de santé m’inflige un handicap insupportable.

      Mais si on ne fait pas cela, la prise en charge devient palliative...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La formation des aidants à domicile Le 2 avril 2013 à 21:53 , par lilia

    J’ai obtenu le diplôme d’Auxiliaire de Vie Sociale par la VAE en 2005 (J’étais secrétaire médicale auparavant).
    Nous sommes en 2013 et nous commençons à peine à être reconnues comme des professionnelles et valorisées.
    Il y a des schémas difficiles à se débarrasser au domicile, des amalgames.
    Mais je pense que l’on est sur la bonne voie grâce, et surtout, aux Gériatres Hospitaliers qui reconnaissent notre rôle de signalement ; le premier maillon de la chaîne commence au domicile. Enfin !
    Merci Docteur.


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    • La formation des aidants à domicile Le 7 avril 2013 à 21:16 , par Michel

      Bonsoir, Lilia, et merci de votgre message.

      Je fonde moi aussi beaucoup d’espoirs sur l’influence des Auxiliaires de Vie Sociale dans l’évolution de la prise en soins. Il me semble que leur formation, décalée par rapport à celle des soignants "ordinaires" est en mesure de faire évoluer la notion même de soin. A condition qu’ils trouvent leur place, et que leur spécificité soit reconnue sans que soit posé l’absurde problème de la supériorité de l’un ou de l’autre. Ce ne sera pas le plus simple.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La formation des aidants à domicile Le 9 avril 2013 à 13:17 , par lilia

        Nous sommes des discrètes au domicile. Nous ne mettons pas en avant même si nous faisons des formations. Nous restons humbles pour la plupart d’entre nous. Des anges ? Je pense à Christian Bobin...
        Nous sommes dans "l’évolution" des prises de conscience, un changement de société, c’est certain.

        Merci Docteur. Je garde précieusement en moi ces réponses que vous m’adressez.

        NB : Je parcours en ce moment votre article "La difficulté du concierge", d’une logique évidente.


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  • La formation des aidants à domicile Le 26 octobre 2012 à 15:24 , par BRUNGARD Caroline

    Bonjour,

    Auriez vous la gentillesse de me faire parvenir par mail ce manuel de formation ?
    Cordialement
    Caroline


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    • La formation des aidants à domicile Le 3 novembre 2012 à 22:52 , par Michel

      Bonsoir, Caroline.

      Je vous l’envoie, bien sûr. Mais je vous recommande de le lire avec d’infinies précautions : je ne l’ai pas relu depuis longtemps, et je ne suis pas sûr d’être toujours d’accord avec son contenu...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La formation des aidants à domicile Le 2 février 2009 à 23:42 , par BERNARDI Christiane 30420 CALVISSON

    votre livre m’intéresse .Mon mari est atteint d’une maladie mentale apparentée à l’alzheimer et a fait un acv il y a sept ans.
    je suis aidée par des aides-ménagères qui bien qu’ayant des qualités sérieuses n’ont pas de formation
    elles font partie de l’ADMR locale
    un exemple : l’une d’ente elles déversait des grandes quantités d’eau de javel dans nos WC ;
    ce geste peut paraitre insignifiant mais il est extrêmement dangereux car respirer les émanations de chlore est nuisible pour les bronches et coûteux sur le plan financier en plus dangereux car cette eau de javel aboutit dans les égouts et par suite pollue les rivières , la mer etc
    ouvrir les fenêtres durant deux heures quand il fait froid ce n’est pas nécéssaire car refroidir les murs cela nécessite une dépense supplémentaire d’énergie alors qu’une pièce normale l’air est renouvelé en 5 minutes .bonjour l’écologie !
    Il y aurait beaucoup de choses car l’instruction qu’elles n’ont pas leur rendrait service également à elles
    il serait nécéssaire de les former et leur donner une instruction générale qu’elles ne possèdent pas
    cela les valoriserait car pour beaucoup , malgré les apparences elles se sentent dévalorisées


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    • La formation des aidants à domicile Le 4 février 2009 à 07:46 , par Michel

      Bonjour, Christiane.

      votre livre m’intéresse.

      C’est toujours pour moi une émotion que de lire de tels propos. Car comment savoir si ce qu’on écrit a réellement valeur ou intérêt ?

      Mais dans le cas d’espèce, il n’y a pas de livre. Je ne l’ai jamais publié. Le texte existe sous deux versions : celle que vous trouverez sur le site Famidac (et qu’il faudrait que je relise pour le réactualiser), et une autre, que j’ai donnée à un organisme de formation de la région parisienne.

      Je me suis demandé si je devais publier certains textes. Je l’ai fait à propos l’euthanasie dans un contexte militant. Mais ce que j’écris est toujours de l’ordre de la question, pas de la réponse, alors que quand on publie un livre on se place toujours, au moins symboliquement, sur le plan de la réponse. Et je n’ai pas de réponses, que des questions.

      je suis aidée par des aides-ménagères qui bien qu’ayant des qualités sérieuses n’ont pas de formation elles font partie de l’ADMR locale

      Je crois qu’il y a des problèmes de formation dans beaucoup d’organismes d’aide à domicile. Il y a d’ailleurs une contradiction dramatique (et d’une hypocrisie sidérante) entre tout ce que le Gouvernement met en place pour faciliter l’emploi des aides à domicile au nom de la lutte contre le chômage et l’exigence de compétence et de formation qu’il met en avant.

      Mais l’ADMR est une organisation très compétente et efficace, et ce n’est pas là que les problèmes de formation sont les plus criants. Ce qui n’empêche certainement pas les insuffisances.

      un exemple : l’une d’ente elles déversait des grandes quantités d’eau de javel dans nos WC ; ce geste peut paraitre insignifiant mais il est extrêmement dangereux car respirer les émanations de chlore est nuisible pour les bronches et coûteux sur le plan financier en plus dangereux car cette eau de javel aboutit dans les égouts et par suite pollue les rivières, la mer etc ouvrir les fenêtres durant deux heures quand il fait froid ce n’est pas nécessaire car refroidir les murs cela nécessite une dépense supplémentaire d’énergie alors qu’une pièce normale l’air est renouvelé en 5 minutes.

      Je ne crois pas, en effet, que la protection de l’environnement occupe une grande place dans la formation des aides à domicile. Notez d’ailleurs que vous ne trouverez pas dans mes textes une ligne sur le sujet.

      bonjour l’écologie ! Il y aurait beaucoup de choses car l’instruction qu’elles n’ont pas leur rendrait service également à elles il serait nécessaire de les former et leur donner une instruction générale qu’elles ne possèdent pas cela les valoriserait car pour beaucoup, malgré les apparences elles se sentent dévalorisées

      A moitié d’accord sur ce point.

      La question de l’instruction (au sens de l’instruction publique de la IIIe République) ne me semble pas centrale. Je crois qu’on a tort de ne pas s’y intéresser, mais je suis perplexe devant tout ces discours ministériels qui tendent à en faire la base de l’action de l’Education Nationale. D’autre part il est sans doute approximatif de dire que le niveau d’instruction des aides à domicile est significativement plus bas que la moyenne nationale. Enfin ce sont d’autres qualités qui me semblent importantes chez elles.

      Par contre, je suis persuadé comme vous que la formation est un merveilleux moyen de les valoriser en leur montrant notamment qu’elles sont totalement en état de progresser. Allons plus loin : je persiste à penser que les formations qu’on leur propose doivent viser très haut, et que chaque fois qu’on échoue dans une formation la première question à se poser est : "N’avons-nous pas fait trop simple ?". Car si on propose des choses trop schématiques les auditeurs le ressentent, et du coup ils comprennent que quelque chose leur échappe sans savoir ce qui échappe. Et ils croient qu’ils ne comprennent pas alors que la réalité est qu’ils comprennent trop bien.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > La formation des aidants à domicile Le 24 juillet 2007 à 16:58

    étant infirmière et participant à la formation des aides ménagères sur la commune où je travaille je serai intéréssé par le contenu de votre livret.
    je vous donne mon e_mail : polesante@maurepas.net
    par avance je vous en remercie

    isabelle Douchet


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    • > La formation des aidants à domicile Le 24 juillet 2007 à 19:11 , par Michel

      Bonsoir.

      Tous les documents sont sur le site http://www.famidac.net/rubrique197.html . Je dois les relire dans le courant de l’été, car tout cela vieillit vite.

      Leur utilisation est libre, Internet est fait pour ça.

      Mais il convient de noter que j’ai aussi donné ces textes à un centre de formation qui les a adaptés. Vous pourriez écrire à K. Coste : nogent@infa-formation.com

      Je reste à votre disposition.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > La formation des aidants à domicile Le 11 septembre 2005 à 21:25 , par nicolas lépine

    bonsoir Michel,

    Je suis partant pour travailler sur ce manuel.
    Merci de me l’envoyer

    Amicalement

    Nicolas


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Gériatrie, soins palliatifs - Michel Cavey (Michel Cavey)
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