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Un non-lieu dans l’affaire Vincent Humbert ?

Actualité publiée le mardi 3 janvier 2006

Ainsi donc le Procureur de la République a requis le non-lieu dans l’affaire de la mort de Vincent Humbert.

D’un côté c’est probablement le mieux qu’il y avait à faire : il y a eu tant de souffrance dans cette histoire que la sagesse commandait de couper court.

Mais de l’autre…

Voici que le Procureur fonde sa décision sur une sorte d’état de nécessité : les protagonistes de cette affaire n’avaient pas le choix de leur attitude, ils étaient contraints d’agir. Mais justement, c’est de cela dont il est question.
Rappelons d’abord une règle de prudence : nous ne savons de cette histoire que ce qu’on nous en a dit.
Mais des propos des uns et des autres il ressort ceci : la mère de Vincent Humbert lui a administré un produit toxique. C’est à n’en pas douter l’amour qui a parlé en elle, et je ne connais personne qui pense à autre chose qu’à s’incliner devant elle, à rendre hommage à son courage, et à se révolter à l’idée même qu’on puisse la juger.
Vincent Humbert n’est pas mort sur le coup. Il a été transféré en réanimation, et là l’équipe soignante a décidé qu’il ne fallait pas poursuivre cette réanimation. S’il est vrai que Vincent Humbert avait clairement exprimé une position de refus de soins, et indépendamment de l’état dans lequel il se trouvait, alors cette équipe a eu raison.
Mais pourquoi le Docteur Chaussoy, s’il est vrai qu’il l’a fait (mais j’ai cru comprendre qu’il l’a dit lui-même), a-t-il pris la décision de provoquer un arrêt cardiaque, alors qu’il avait bien d’autres moyens d’assurer le confort de son mourant sans provoquer délibérément le décès.
L’acte d’euthanasie, le seul, est là. Et cet acte n’a pas de justification du point de vue du malade. Le Procureur n’a pas raison sur ce point : les protagonistes certes étaient contraints d’agir, mais ils avaient le choix de leurs moyens. Invoquer la nécessité dans cette occurrence, c’est légitimer par avance dans leur principe tous les actes d’euthanasie.

Voici que Marie Humbert crie au déni de justice. Elle l’a dit à la télévision le 2 janvier. Le déni de justice est constitué à ses yeux alors même qu’elle échappe à toute sanction.
Que signifie cela ? Qu’elle se sent injustement frustrée dans son combat.
Oh, ces paroles sont dures à prononcer. Car il s’agit d’une femme courageuse, et qui sans doute a tant souffert qu’on est pris de nausée à l’idée de seulement la critiquer.
Mais déjà on avait de quoi s’étonner de la manière dont elle avait procédé : si j’ai un jour à tuer quelqu’un par amour de lui, la première précaution que je prendrai sera la discrétion. Si je ne la prends pas, alors la réalité humaine est que je prends le risque de compromettre le succès de mon entreprise au nom de la défense d’une cause. Défendre une cause est respectable, et je le respecterai. Mais du coup, l’acte que je pose est moins immédiatement un acte d’amour.
Dans quoi cette mère, au fond de son horrible deuil, s’est-elle fourvoyée ? Depuis le début cette affaire sent la manipulation. Cela devient manifeste aujourd’hui.

Quant aux promoteurs de la loi Léonetti, ils disent que si leur loi avait été en vigueur en 2003, l’affaire Vincent Humbert n’aurait pas eu lieu. Ils se trompent dangereusement.
Je n’aime pas cette loi.
Je ne l’aime pas parce que, contrairement à ce que tout le monde dit, l’état du droit permet depuis longtemps aux équipes soignantes de consentir aux refus de soins. La loi Léonetti n’apporte aucun principe nouveau, elle ne fait que clarifier une problématique. Or il est inutile et dangereux de multiplier les lois, et d’en promulguer dont on pouvait se passer.
Je ne l’aime pas parce qu’elle n’a en rien éteint la polémique, comme on le voit tous les jours. Elle a donc manqué son but.
Je l’aime encore moins depuis que j’entends les promoteurs dire, précisément, qu’ils ont fait avancer le droit. Car le droit n’avait pas à avancer.

Bref, le Procureur a agi sagement. Mais la contrepartie aura été le renoncement à des principes fondamentaux. C’est cher payé.

Faisons silence, donc. Mais que du fond de ce silence monte une pensée d’amitié, pour cette autre équipe soignante de Berck, celle du Docteur Rigaux, qui avait en charge Vincent Humbert, qui l’assumait avec courage, droiture et souffrance, et depuis deux ans accepte sans un mot d’être vilipendée par la moitié de la France, alors qu’elle a donné le meilleur d’elle-même.

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