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Démence et dignité

Actualité publiée le dimanche 14 septembre 2008

Le Président de la République a déclaré en substance le vendredi 12 septembre qu’il importait de "rendre leur dignité aux malades atteints d’Alzheimer".

J’espère avoir le temps de développer ce sujet, mais il faut réagir en urgence.

Sans doute s’agissait-il pour le Président de montrer sa sollicitude envers ces malades.

Mais il y a un inconvénient : c’est que la dignité est inhérente à la condition même de l’être humain. C’est cette seule conviction qui a motivé la lutte contre tous les totalitarismes. Quand on parle de "rendre sa dignité" à quelqu’un, on insinue qu’il l’avait perdue.

On ne saurait être plus méprisant. On ne saurait être plus méprisable.

2 Messages

  • Démence et dignité Le 14 octobre 2011 à 18:39 , par Laurence

    Bonjour docteur
    je suis infirmiere dans 1 ehpad (avec deslits d’ USLD). Je pense malheureusement que le président de la république pense comme la majorité des gens et ce quiest plus grave comme de beaucoup de soignants. Je me bat au quotidien pour que l’on traite les résidents déments avec le meme respect que qui que ce soit d’autre mais c’est tres difficile je trouve. Je n’arrive toujours pas à comprendre qu’il faille sans cesse rappeler que les regles de bienseance ,de politesse et de respect qui s’appliquent dansla société sont celles de rigueur au sein de l’ehpad....D’autant que je suis persuadée que les personnes atteintes de la maladie d’alzheimer restent jusqu’au bout sensibles aux marques de respect et que nous soignants devons etre les garants du maintien de la dignité des patients alzheimer ou non.
    Je trouve cette déclaration d’autant plus méprisable que les personnes agées démentes ou non qui vivent en institution ainsi que les soignants sont les victimes quotidiennes de coupes budgetaires qui rendent tres difficile une prise en charge digne de ce nom....
    Quoi qu’il en soit merci de nous faire profiter de vos expériences sur ce site.....Je me sens souvent tres seule et suis souvent qualifiée d’utopiste alors vous lire me fait le plus grand bien....Alors encore une fois merci beaucoup


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    • Démence et dignité Le 21 octobre 2011 à 19:21 , par Michel

      Bonsoir, Laurence.

      Vos mettez là le doigt sur quelque chose de capital, et en même temps de très difficile.

      Vous me faites penser à la honte que je me suis prise un jour. J’étais dans ma voiture, et je réfléchissais à un code de bonne conduite en maison de retraite, et que je n’arrivais pas à écrire. Je me suis senti particulièrement ridicule au moment où j’ai brutalement découvert que le code que je cherchais à écrire avait simplement à reprendre les règles élémentaires de politesse qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit de violer dans la vie de tous les jours, et que nous abandonnons instantanément dès que nous avons passé la blouse.

      Je crois que le dément, parce qu’il perd ses repères cognitifs, acquiert une sensibilité plus grande encore aux réactions affectives et aux comportements ; si vous avez voyagé à l’étranger, vous avez constaté que quand vous ne comprenez pas la langue du pays vous guettez avec anxiété les indices de comportement des gens que vous rencontrez, et que vous vous exagérez toujours leurs réactions ; par exemple vous voyez de l’agressivité là où il n’y en a probablement pas. Le dément est dans la même situation. C’est pourquoi il est hypersensible à à la m oindre incorrection. Et sa prétendue agressivité procède toujours d’une erreur de notre part, erreur dont nous n’avons même pas conscience, non seulement parce que l’incorrection nous est dans la vie professionnelle comme une seconde nature mais encore parce que dans la vie de tous les jours nous nous permettons bien plus d’incivilités que nous ne pensons. Et cela s’aggrave du fait que notre langage lui-même est souvent incorrect : on ne s’avise pas que si je vous dis : "Donnez-moi la main", je vous donne un ordre. Le dément, lui, s’en rend compte.

      Autant dire que je partage totalement votre analyse.

      Bien à vous,

      M.C.


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