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Cet artciela été relu le 30 août 2012

La communication avec le dément

Inédit

dimanche 9 octobre 2005 par Michel

LA COMMUNICATION AVEC LE SUJET DÉMENT

Communiquer avec un dément n’est pas chose facile. Les moyens du malade ne sont pas ceux du soignant, ils sont à la fois amoindris, augmentés, différents. Si donc on veut aborder le problème de la communication avec le sujet dément il faut essayer de comprendre ce qui se passe dans l’esprit de chacun des acteurs de cette rencontre. C’est à ce prix qu’on pourra déterminer une stratégie qui permette d’améliorer l’efficacité et surtout la qualité de la relation.

Il faut à tout prix conserver en tête que le dément communique. Il suffit pour s’en convaincre de regarder des déments entre eux. Ils se parlent, ils se répondent, et ils le font sur le ton de la conversation normale. Ce qu’ils disent n’a pas de sens pour nous, et il est probable qu’il n’en a pas davantage pour eux. Cependant ils se parlent, ils prennent du plaisir à se parler, et tout se passe comme s’ils se comprenaient. L’impression qu’ils nous donnent est qu’ils parlent une langue étrangère que nous serions les seuls à ne pas comprendre. Ce qui nous arrive alors est un peu de même nature que devant, précisément, des étrangers : la structure des langues est différente de l’une à l’autre, et cette différence témoigne des différences de vision du monde ; par exemple en français il y a deux genres : masculin et féminin ; le fait que l’allemand connaisse le genre neutre signifie quelque chose de radicalement différent dans la conception des choses. Il se peut que notre difficulté avec le dément soit, au moins partiellement, de même nature.

CE QUI SE PASSE DANS L’ESPRIT DU DÉMENT

Le processus démentiel modifie le comportement du malade. Mais ces modifications sont de deux ordres : certaines sont liées à la détérioration ; elles sont inéluctables et irréversibles, et il n’est guère efficace de vouloir lutter contre ; d’autres sont des réactions psychologiques à cette détérioration ; ces troubles, réactionnels, sont susceptibles d’être grandement améliorés.

Il faut distinguer les déficits et les productions. Le cerveau du dément cesse de fabriquer certaines informations (déficit) mais il en fabrique d’autres (productions). C’est un peu ce qui se passe chez le sujet qui délire : il y a une diminution de la pensée normale (déficit) qui est remplacée par une pensée pathologique (le délire). C’est pourquoi il est si difficile de traiter un délire : les médicaments ne peuvent guère agir sélectivement, et tout ce que nous savons faire c’est diminuer la quantité globale de pensée produite, la mauvaise mais aussi la bonne.

La détérioration intellectuelle :

La perte progressive des fonctions cognitives est le cœur du processus ; il est donc inéluctable et irréversible. Il est naturellement difficile de savoir ce qui se passe dans l’esprit du dément, et de quoi est faite cette perte des fonctions cognitives. Mais au fond cela n’a pas tellement d’importance ; disons toutefois que si la seule fonction altérée était la mémoire cela suffirait à expliquer le tableau observé. À condition de se mettre d’accord sur ce que c’est que la mémoire.

Dans le langage courant nous appelons « mémoire » la seule capacité à stocker et retrouver des souvenirs. Mais la mémoire est une fonction bien plus complexe, qui comprend également l’ensemble des fonctions permettant de travailler sur les souvenirs ; ainsi dans la mémoire d’un ordinateur il y a les documents que je veux conserver, mais il y a aussi les logiciels qui permettent de le faire fonctionner. Pour retrouver un souvenir il faut l’avoir mémorisé, mais il faut aussi savoir que le souvenir existe, savoir ce qu’est un souvenir, savoir ce qu’est le langage, savoir qu’on existe, etc. L’amnésique, le sujet qui a perdu ses souvenirs mais pas ses fonctions intellectuelles est très généralement un hystérique.

La perte des fonctions cognitives engendre un certain nombre d’incapacités ; par exemple :
- 1 : Incapacité à se souvenir : c’est la partie la plus apparente, mais pas nécessairement la plus grave : le sujet perd le matériel qui faisait sa propre histoire. Rappelons ici qu’il existe une différence entre la mémoire épisodique, qui est celle des événements de la vie du sujet (ce qu’il a fait l’année dernière) et la mémoire sémantique, qui est celle des connaissances qu’il a acquises (quelle est la capitale de la France). Avec l’âge la mémoire épisodique se perd toujours un peu chez le sujet normal, alors que la mémoire sémantique se maintient beaucoup mieux ; le dément de type Alzheimer perd les deux, même si la première est plus atteinte que la seconde.
- 2 : Incapacité à effectuer des opérations ; c’est la perte des praxies : pour manger il faut avoir en mémoire ce qu’est un aliment, une fourchette, une bouche, une sensation de faim. Le dément cesse de manger parce qu’il ne reconnaît plus les aliments, ou parce qu’il ne sait plus interpréter la sensation de faim (comme le nouveau-né).
- 3 : Incapacité à reconnaître ; c’est la perte des gnosies : reconnaître un visage est une opération complexe, qui met en jeu les fonctions mnésiques les plus subtiles : pour reconnaître le visage de mon voisin, je n’ai pas besoin d’analyser l’image que je vois ; je peux même le reconnaître de dos. La perte du sens de reconnaissance des visages (prosopagnosie) est fréquente chez le dément, et c’est pourquoi il arrive souvent qu’il reconnaisse son visiteur quand la conversation s’engage : ce qu’il reconnaît, c’est la voix.
- 4 : Incapacité à s’orienter : pour savoir la date il faut se souvenir de la suite des jours, il faut savoir qu’il y a une date...

Les productions anormales :

Chacun sait que l’activité psychique comporte une partie consciente et une partie inconsciente. Mais l’inconscient est formé par un mécanisme particulier appelé refoulement. Tout le monde a tendance à éviter de penser aux choses désagréables ou dérangeantes. Le mécanisme qui permet de refouler ces informations s’appelle tout simplement l’oubli. Mais en fait le cerveau n’oublie jamais rien : les informations refoulées sont stockées, et elles le sont dans la mémoire. L’existence de l’inconscient est donc conditionnée par la fonctionnalité de la mémoire.

On pourrait aller jusqu’à dire que la mémoire est une fonction de rangement : c’est d’une part la fonction qui permet de se souvenir, et elle le fait en stockant les informations dans un lieu où elle peut les récupérer ; mais c’est du même coup la fonction qui permet d’oublier, ce qui laisse un champ disponible pour l’activité intellectuelle.

Dans la démence le vide mental créé par la perte des fonctions cognitives tend à être envahi par des productions issues de l’inconscient. Ce qui se produit alors souvent chez le dément, c’est qu’il n’est plus capable de reconnaître que ces productions sont imaginaires et non réelles. Alors le fait que leur caractère imaginaire peut n’est plus reconnu par le sujet favorise l’éclosion de processus délirants. Le dément retombe ainsi en enfance par deux mécanismes : la perte des compétences acquises et la résurgence des productions mentales infantiles.

La conjonction des ces deux ordres de processus induit un trouble de l’attention : l’attention n’est possible que si le sujet conserve encore assez de mémoire pour se souvenir qu’il a un interlocuteur, et si l’intensité des productions parasites ne vient pas détourner son attention.

Perte des fonctions cognitives et production d’une activité mentale parasite sont des processus inévitables et irréversibles. Cela ne signifie pas que le soignant ne doit rien faire pour les contrecarrer ; mais il doit savoir que son action dans ce domaine sera peu efficace.

Les réactions à la détérioration intellectuelle :

Le naufrage de la pensée engendre de multiples réactions.

La plus importante est sans doute l’angoisse :
- Le sujet dément est longtemps conscient que quelque chose ne va pas. Ceci est lié notamment au fait que les fonctions cognitives sont inégalement atteintes. Par exemple les mécanismes du raisonnement sont plus fragiles que ceux du jugement (le raisonnement est ce qui me fait dire que deux et deux font quatre ; le jugement est ce qui me fait dire que deux et deux font peu de chose). La démence pose ici les mêmes problèmes que la confusion : le sujet confus sait qu’il n’est pas dans son état normal (ce qui n’est pas le cas du délirant).
- Par ailleurs le sujet perçoit parfaitement les réactions de son entourage, et notamment son inquiétude.
- Enfin le trouble mnésique engendre une difficulté à reconnaître l’environnement, qui dès lors va pouvoir apparaître étranger, étrange, hostile. De même les gestes et attitudes de l’entourage vont pouvoir être interprétées de manière erronée (ou trop lucide, s’il y a une discordance entre ce que l’aidant sait qu’il doit faire et ce qu’il a réellement envie de faire...).

Mais il y a aussi la dépression :

Le sujet dément est longtemps capable de comprendre que ce qui lui arrive est grave, et qu’il est en train de perdre ce qui faisait de lui un homme. Naturellement l’inhibition dépressive aggrave la régression intellectuelle, comme s’il valait mieux ne plus penser que penser des horreurs. La dépression aggrave l’angoisse, et réciproquement.

Il y a également le déni :

Le sujet dément adopte des stratégies de dissimulation souvent remarquablement efficaces. Citons quelques-unes des multiples raisons qui l’y poussent :
- Banale réaction de deuil.
- Désir de se prouver qu’il a encore des ressources.
- Peur d’être abandonné comme un déchet s’il ne tient pas son rang.
- Comportement de dissimulation dans le cadre de la régression infantile.

Cette dissimulation explique que l’entourage, mais aussi les médecins, méconnaissent longtemps la démence. Le malade y parvient en réduisant son champ d’activité aux domaines dans lesquels il sait qu’il peut encore tromper son monde. C’est le cas de l’évocation d’un passé dont à son âge il est le seul témoin, ce qui fait qu’on ne peut le contredire ; c’est la fonction du radotage, moindre mal qui est considéré par normal par l’entourage ; c’est le cas des colères qu’il manifeste quand on risque de s’apercevoir qu’il est en difficulté : très souvent le dément refuse les aides à domicile, et c’est là un signe diagnostique très fidèle.

Certains troubles sont multifactoriels : l’agressivité est à la fois une réaction dépressive et une réaction de déni ; la réduction des activités (apragmatisme) procède de la dépression et de la perte des praxies ; quant au délire il est lié à la levée des refoulements mais aussi à la dépression.

Il existe enfin une élaboration secondaire : le fait de perdre ses fonctions cognitives, de provoquer des réactions spécifiques de l’entourage, de voir restreindre son autonomie, tout cela engendre chez le dément un « comportement de dément », qui est celui qui, à l’expérience, l’exposera le moins à des situations désagréables ou angoissantes ; comme tout malade mental le dément tend à adopter le comportement qu’on attend de lui.

Il est très important quand on entre en relation avec le sujet dément de se demander quels sont les mécanismes qui président à son discours. Ainsi le dément qui déclare : « Mon père est à côté » met vraisemblablement en jeu plusieurs processus :
- Surgissement de réminiscences infantiles.
- Perte des repères temporels.
- Fabulation dans le cadre du déni.
- Délire de réassurance : si son père est toujours vivant, lui-même n’est pas si vieux que cela.
- Provocation de l’entourage, plus fréquente qu’on ne croit.

CE QUI SE PASSE DANS L’ESPRIT DU SOIGNANT

Le comportement du soignant face au sujet dément est essentiellement marqué par la souffrance. Il est capital d’essayer d’en isoler les divers éléments.

La réaction de deuil est facile à reconnaître ; elle engendre :
- Un déni : le diagnostic de démence st souvent porté avec beaucoup de retard, non seulement pour les raisons que nous avons vues, mais aussi parce que les aidants n’ont pas voulu l’envisager. Mais on voit souvent aussi une sorte de contre-déni, par lequel on étiquette déments des malades qui ne sont que sourds. Ce contre-déni a la même fonction : il s’agit d’éviter la confrontation avec l’instant du diagnostic. C’est en effet cet instant où la prise de conscience fait tout basculer qui est angoissant pour le soignant, c’est là qu’il souffre, d’où la tendance à raccourcir imprudemment le temps de la discussion. Le diagnostic de démence est ainsi toujours à la fois très tardif et très hâtif, ce qui fait qu’on le porte à tort aussi souvent qu’on l’élude. La situation est un peu la même que lorsqu’il s’agit d’annoncer un diagnostic de cancer : ce qui met le soignant mal à l’aise, c’est le spectacle du malade à qui on annonce une mauvaise nouvelle, de sorte qu’il a tendance soit à ne rien dire du tout soit à en dire trop, ou trop vite.
- Une forme méconnue de déni est la tendance interprétative : les propos parfois énigmatiques tenus par le dément font volontiers l’objet, de la part des soignants, d’exégèses plus ou moins complexes ; on passe beaucoup de temps à se demander ce que le malade a voulu dire, et à force de recherches une signification finit toujours par émerger. Il n’y a là rien que de très naturel, et les soignants doivent se livrer à cet effort d’élucidation. Mais il faut se méfier : d’une part on peut toujours donner sens à n’importe quelle parole ; d’autre part cette tendance interprétative permet d’éluder l’hypothèse, très dérangeante mais philosophiquement féconde, que les propos du dément pourraient n’avoir aucun sens.
- De la colère : cette colère procède souvent du déni, on prétend que l’état du malade n’excuse pas tout. Il n’est guère utile de détailler.
- Du marchandage : de nombreux plans de soins n’en sont que des variantes.
- On n’insistera pas sur la tristesse et l’acceptation.

Mais la souffrance du soignant est également d’une tout autre nature : d’un certain point de vue la démence peut se réduire à une maladie de la communication. Ce que le dément perd c’est son aptitude à communiquer, et le soignant se trouve inévitablement en difficulté :
- Parce que la vision de cet effondrement prophétise le sien.
- Parce que la communication est une activité symétrique : le dément a perdu son aptitude à communiquer, et c’est là son drame ; mais du coup le soignant aussi est devenu incapable de communiquer avec le dément : en somme le soignant joue le rôle du dément pour le dément.
- Parce que la démence touche à ce qui définit l’homme pour lui-même. Il y a une forte dimension spirituelle dans la souffrance du soignant face au dément : cet être garde-t-il quelque chose d’humain ? De ce point de vue le problème de la relation au dément se pose de la même manière que celui de la relation au petit enfant : l’enfant est l’in-fans, celui qui ne parle pas, et tant qu’il ne parle pas on ne peut guère le comprendre. Le monde de l’enfant est fortement teinté de spiritualité, et comme cela arrive avec l’enfant l’affleurement de certains affects (ennui, agacement, répugnance) doit nous faire penser qu’un questionnement spirituel rôde quelque part.

LA COMMUNICATION NON VERBALE

Chez les humains la culture est un processus fondamental, qui a pour fonction de favoriser les échanges entre les personnes : l’homme est un animal social, il est fait pour vivre au milieu d’autres hommes. Ainsi l’éducation des enfants vise à mobiliser leur attention vers le monde extérieur, ce qu’elle fait en détournant cette attention des sensations corporelles et internes pour les diriger vers les sensations externes. Comme dans le mécanisme qui crée l’inconscient le mouvement est double : c’est parce que l’enfant est stimulé par l’extérieur qu’il oublie son monde interne, et c’est parce qu’il oublie son monde interne qu’il est disponible pour l’extérieur. De même, la culture a pour fonction de favoriser l’expression orale au détriment de la gestuelle ; la parole prend une place prédominante, ce qui aboutit à une inhibition des manifestations non-verbales, et cette inhibition (dont au demeurant on sait combien elle est partielle) dégage de la place pour l’expression verbale.

Du fait que les fonctions cognitives s’altèrent, les inhibitions culturelles qui tout au long de l’éducation ont contribué à se trouvent levées. De ce point de vue aussi le malade retombe en enfance, et il va se trouver beaucoup plus réceptif aux sollicitations non-verbales. L’avantage de la communication non-verbale est qu’elle est faite de messages beaucoup moins précis et beaucoup plus ancrés dans le biologique ; cette série de messages fait donc beaucoup moins appel à la mémoire, et se trouve de ce fait longtemps préservée. La communication non-verbale fonctionne comme chez le sujet sain, elle impose simplement un peu plus de précision pour éviter les erreurs d’interprétation.

QUELQUES RAPPELS CONCERNANT LA COMMUNICATION

Dans toute communication il y a un émetteur et un récepteur. Le message n’est pas ce que l’émetteur a émis mais ce que le récepteur a reçu. L’émetteur doit donc énoncer, non point ce qu’il veut dire mais ce qu’il veut faire entendre. Par ailleurs la communication ne peut être considérée comme terminée que lorsque l’émetteur a reçu, en réponse au message qu’il a émis, un contre-message qui vaut avis de réception et lui permet de vérifier si son propre message a été compris (on néglige ici le fait que le contre-message est lui-même un message, et que ce message est soumis aux mêmes règles). Le contre-message tient le rôle de feedback pour la communication. Ce point est important en ce qui concerne la communication avec le dément, car dans ce contexte il existe souvent une altération du feedback :
- Parce que le malade n’a pas compris ce qui lui a été dit.
- Parce qu’il pense à autre chose (délire).
- Parce qu’il met beaucoup de temps à élaborer sa réponse, qui survient alors longtemps après, à un moment où on ne l’attend plus.
- Parce qu’il ne sait plus faire correspondre l’expression de ses sentiments avec les sentiments eux-mêmes.

Cette altération du feedback pose des problèmes difficiles car elle impose au soignant de communiquer avec le malade sans jamais avoir le moyen de se faire une opinion sur ce que le patient en a reçu.

Il existe des questions ouvertes et des questions fermées. Une question est fermée quand le champ des réponses possibles est limité (le plus souvent à « oui » et « non », même s’il peut exister d’autres configurations). Une question est ouverte quand la formulation de son énoncé ne préjuge en rien de la réponse qui pourrait y être faite : « Que pensez-vous de ma sœur ? » est une question ouverte. « Pensez-vous du bien de ma sœur ? » est une question fermée.

Le choix du type de question dépend du résultat qu’on souhaite obtenir. D’une manière générale on préconise, dans les entretiens psychologiques où l’objectif est de favoriser la libre expression du sujet, de poser les questions les plus ouvertes possibles. Il faut laisser le sujet orienter la conversation à son gré, il faut qu’il puisse errer d’une réponse à l’autre, il ne faut donc pas qu’il soit prisonnier des questions. On risquerait sinon de se trouver dans le rôle de ce vendeur de voitures qui demande à son client s’il préfère une voiture verte ou bleue, évitant par là de lui demander s’il a envie d’une voiture ; la vie politique foisonne de questions fermées dont la fonction est d’éviter les questions ouvertes.

En ce qui concerne le dément la situation est notablement différente, car il est rare que le but soit de réaliser une investigation psychologique, sauf peut-être au début de la maladie. Or le problème essentiel du dément est l’angoisse ; c’est l’angoisse qui est le phénomène le plus nuisible à la communication. Une question ouverte est plus difficile à analyser, et elle peut rapidement dépasser les possibilités intellectuelles du dément. Alors donc que les questions ouvertes pourraient avoir un effet déstabilisant, la communication est plus rassurante et plus efficace si elle se déroule dans un cadre bien délimité. Il faut savoir fermer les questions.

On ne fera que rappeler l’importance des notions de reformulation, de canaux de communication...

RÈGLES DE COMMUNICATION

Le langage a une fonction sociale :

Il ne faut jamais oublier que le langage humain a deux fonctions. Il y a d’abord une fonction qu’on peut dire informative, qui vise à renseigner celui à qui on parle. Mais il y a aussi une fonction qu’on peut appeler conviviale : il s’agit simplement de manifester à l’autre qu’on lui est présent et qu’on a pour lui des sentiments positifs. Ce dernier registre est celui de la conversation. Dans la conversation le contenu de ce qu’on dit n’a pas une très grande importance, ce qui compte n’est rien d’autre que le moment passé ; dans une conversation la fonction de la parole est d’ordre musical.

Ceci conduit à se demander quel est le véritable but de la communication avec le dément.

Il y a trois sortes de situation de communication :

- 1 : L’aidant peut désirer communiquer des informations précises au malade.
- 2 : L’aidant peut interpeller le soignant.
- 3 : L’aidant peut organiser un dialogue de type thérapeutique.

Dans les deux premières situations le soignant communique dans l’urgence : il n’a pas eu le temps de se préparer, il n’a pas choisi le terrain ; il doit donc limiter son ambition. Dans le troisième il peut organiser les choses et se montrer plus entreprenant.

Dans tous les cas il faut s’adapter aux fonctions cognitives résiduelles du malade : il faudrait pour cela pouvoir en réaliser une évaluation précise, ce qui est rarement le cas. On peut retenir comme règle que les possibilités intellectuelles du malade sont le plus souvent :
- Sous-estimées par les soignants qui ne s’occupent pas de déments.
- Surestimées par ceux qui s’en occupent.
Il existe des moyens rapides de se tirer d’affaire : le Mini-Mental test permet d’évaluer grossièrement l’état cognitif. Mais ce n’est tout de même pas si simple à mettre en œuvre. D’autre part il ne faut pas se tromper sur les tests : certes ce sont des outils, qui servent à mesurer les fonctions intellectuelles, et les résultats du test sont importants à considérer ; mais il faut savoir observer le sujet pendant qu’il répond aux questions : on tirera des renseignements au moins aussi précieux de la manière dont le sujet parvient à se maintenir dans les conditions du test. En pratique on pourra se limiter à quelques questions particulièrement sensibles, notamment les items d’orientation : un dément qui ne sait ni où il est ni quand il est a certainement une démence profonde.

Il faut améliorer l’efficacité de la communication en évitant tout ce qui peut la compliquer inutilement.

On doit éviter, au moins au début, tant qu’on ne sait pas à quoi s’en tenir quant aux possibilités du sujet, de faire référence à un événement passé : le patient risque de l’avoir oublié, et il passera le temps de la communication à se demander de quoi on lui parle ou, pire, à lutter contre la panique qui le prend à l’idée que l’autre va s’en apercevoir.

De même il faut se méfier des questions comportant un choix (Voulez-vous du thé ou du café ?) : passé un certain degré de détérioration, le malade risque d’être incapable d’intégrer cette problématique.

Il est très important de s’exercer à une communication simplifiée et adaptée :
- Essayer d’utiliser les mots et contextes dont le malade a l’habitude, ce qui suppose qu’on les connaisse : il faut avoir un peu fréquenté le malade pour repérer les mots qui lui sont familiers, les domaines intellectuels qui sont les siens, etc.
- Ne jamais mettre plus d’une idée par phrase.
- Ne pas poser de problème de syntaxe : la phrase doit être courte, avec un sujet, un verbe, un complément. Il existe des modes verbaux (subjonctif...) plus délicats que d’autres.

Il faut vérifier systématiquement la compréhension (recherche du feedback) en ne se contentant pas de faire répéter : par exemple il y a des phénomènes de fonctionnement automatique, qui sont plus facilement mis en œuvre chez le dément :
- L’un de ceux-ci est l’écholalie, mécanisme réflexe par lequel le cerveau du malade répète de manière involontaire les mots qui viennent de lui être dits, alors qu’il ne les a pas compris.
- Un autre mécanisme est la persévération : le malade dit un mot ou une phrase qu’il répète de façon automatique, sans que cela comporte d’intention.

Il faut tenir compte des réactions du malade à sa maladie. Le sujet dément sait plus ou moins confusément qu’il se passe quelque chose d’anormal. Toute tentative de communication est pour lui une épreuve de vérité. Il est donc indispensable de le sécuriser, ce qui peut se faire par des moyens assez simples.
- Vérifier que le malade est attentif : il faut prendre son temps, préparer la communication et savoir la remettre en cause si le malade est occupé à autre chose.
- Vérifier qu’il sait qui il est : il suffit de lui rappeler son nom, mais il est bon de le faire systématiquement, et de le lui rappeler en cours d’entretien.
- Vérifier qu’il sait qui lui parle : pour les mêmes raisons que ci-dessus il ne faut pas oublier de se présenter, en se nommant et en décrivant sa fonction.
- Vérifier qu’il sait de quoi on lui parle.
- Le trouble du langage est pratiquement constant, et se manifeste notamment par l’appauvrissement du vocabulaire, qui réalise un manque de mot. Lorsque le malade ne peut trouver un mot, il faut essayer de le lui faire retrouver en suggérant des synonymes, ou en le faisant dessiner ; on doit éviter de deviner à sa place.
- Ne jamais insister si le malade a des difficultés de compréhension : mieux vaudra y revenir plus tard. En particulier on ne doit pas le mettre (encore moins le laisser) en situation d’échec : s’il ne comprend pas il faut dédramatiser la situation.
- Ne pas oublier que tout message incompréhensible est toujours susceptible d’être interprété par le malade comme hostile ou angoissant.

Quand le malade interpelle le soignant, les mêmes règles vont s’appliquer. Mais on se heurte ici à une difficulté supplémentaire : c’est le malade qui prend l’initiative de la conversation et il arrive fréquemment que ses propos soient incompréhensibles. Toute la question est alors de savoir ce qu’on peut faire de cette situation. On ne peut répondre qu’à condition d’avoir essayé de se faire une idée de ce qui se passe.

Il arrive que les propos du malade soient incompréhensibles parce qu’ils se rapportent à des faits qu’il connaît et dont il pense que son interlocuteur les connaît aussi. Il est souvent assez facile alors de se tirer d’affaire en respectant les impératifs suivants :
- Manifester au patient qu’on l’a écouté.
- Lui manifester qu’on ne l’a pas compris.
- Lui préciser qu’on est prêt à l’écouter de nouveau.

Les choses sont plus difficiles quand le malade délire, parce qu’alors il n’a pas les moyens de comprendre que l’autre ne comprend pas. Il faut alors essayer de suivre la pensée du malade, en évitant soigneusement de prendre position : si le sujet délirant me dit : « Mon voisin veut me tuer », je ne peux répondre : « Je vais vous protéger », car cela confirme son délire ; mais je ne peux pas davantage dire : « Vous vous trompez », car le délirant en conclura immédiatement que je suis complice de son voisin. Toute prise de position renforce le délire. Il est impératif là de s’en tenir à la reformulation ou à l’enquête, par exemple :
- Je crois que votre voisin vous paraît menaçant.
- Vous avez l’air inquiet.
- Qu’est-ce qui vous fait penser cela ?

Etc.

Il peut se faire aussi que les propos soient incompréhensibles parce que la destruction du langage est telle qu’il est réduit à un jargon. Dans ce cas il convient d’écouter attentivement, et de chercher à saisir les mots qui surnagent çà et là, en vue d’essayer de comprendre de quoi il est question. Il faut absolument éviter de corriger les propos du malade quand par exemple il dit un mot à la place d’un autre, et cela pour deux raisons :
- C’est une incorrection, et il y sera sensible.
- Les mots qu’il utilise ne lui viennent probablement pas par hasard, et il vaut beaucoup mieux essayer de comprendre pourquoi il les a choisis.

Enfin il peut arriver que le malade soit incompréhensible parce qu’il ne parle de rien. Ce qui se passe alors, c’est simplement qu’il a vu l’aidant, et qu’il se souvient que lorsqu’on rencontre quelqu’un on lui parle. C’est alors une conversation sans thème. L’aidant doit alors valider l’attitude du malade en entrant dans cette conversation, lui confirmant par là qu’il le reconnaît comme un sujet avec qui on a plaisir à parler (répétons-le, beaucoup de conversations de la vie courante n’ont guère plus de sens). On parvient à ce résultat en utilisant les ressources de la reformulation : il suffit souvent de reformuler les impressions non-verbales ; on peut aussi utiliser des chevilles, par exemple :
- Ah, bon ?
- Et ensuite ?
- Qu’avez-vous pensé ?
- Je comprends.
- Cela doit être important pour vous.

Etc.

La communication programmée obéit à une motivation thérapeutique : il s’agit d’utiliser la relation pour préserver ou restaurer les possibilités intellectuelles du malade.

Cette forme de communication doit être très précisément étudiée : on doit avant tout décider ce qu’on veut et qui le veut. Le danger est ici de s’obstiner à mobiliser des capacités défaillantes, sans parvenir à faire progresser le malade, et au risque d’aggraver son inconfort par la mise en évidence de ses échecs. On retrouvera là tout ce qui a été dit sur le déni.

On sait en effet que les progrès éventuels n’auront pas d’influence sur l’évolution à long terme. Ces progrès n’ont donc de sens que s’ils permettent d’améliorer les possibilités hédoniques du malade. On doit garder à l’esprit d’autre part que les progrès ne seront pas durables : il ne peut guère être question d’envisager par exemple un « programme de rééducation », le bénéfice ayant toute chance d’être perdu d’une séance sur l’autre (même si un tel propos est un peu pessimiste).

Le problème au fond est d’admettre que le malade est devenu invalide. On a souvent tendance à penser que le dément doit être respecté et aimé en fonction de ce qu’il a été (ce qui ne peut manquer d’accroître la souffrance de ses proches, en mettant en évidence sa déchéance...). Toute la question serait plutôt de parvenir à l’aimer en raison de ce qu’il est.

Cela dit il est évident que le malade peut être stimulé, qu’il peut au moins temporairement récupérer certaines fonctions, certains souvenirs, et que ce travail doit être fait. C’est pourquoi il importe de se demander qui veut quoi, et pourquoi. Par exemple quand le dément ne reconnaît plus sa famille il faut se demander pour qui c’est terrible. Le malade qui confond sa fille et sa mère tire peut-être avantage de cette confusion ; on doit être prudent avant de la rectifier.

C’est sans doute en équipe qu’il faudra planifier des interventions de ce type :

- Se demander de quoi le malade peut et veut se souvenir.
- Ne jamais chercher à interpréter ce qu’il dit ; éventuellement les discussions sur le sens de ses propos feront l’objet d’un débat en équipe.
- Fixer d’avance les moyens par lesquels on va stimuler sa mémoire (photos, par exemple, en n’oubliant pas que la charge émotionnelle de cette technique peut être incontrôlable) ou son intelligence (jeux, à condition de ne pas viser trop haut, ni trop bas, et de respecter la fatigue du sujet).
- Privilégier les modes non verbaux d’expression (art, activités physiques).
- Garder à l’esprit que le but à rechercher est le confort du malade, ce qui suppose qu’il soit valorisé, et que le fait de communiquer est plus important que le résultat obtenu.


85 Messages

  • La communication avec le dément Le 6 novembre à 13:10 , par Cath

    Ma maman depuis un mois est devenue sénile et après une hospitalisation, elle a été placée dans une maison médicalisée.

    Elle peut avoir un discours qui semble cohérent (car fluide), mais en fait elle mélange les lieux, les souvenirs, les gens...

    Je ne sais pas si je dois aller dans son sens ou vouloir à tout prix rétablir la vérité.

    Dois-je la corriger quand elle dit qu’elle vit dans une ville (celle où elle est née) alors qu’elle est placée dans une maison médicalisée, dans la ville où elle résidait juste avant ?
    Ou qu’elle doit faire plusieurs lessives car la salle de bain est salle et que ça la rend malade ?

    Merci pour votre aide. Je découvre cette nouvelle vie depuis peu et c’est vraiment très difficileKKK


    Répondre à ce message

    • La communication avec le dément Le 8 novembre à 22:29 , par Michel

      Vous posez une question qui met tout le monde en difficulté. Et en ce qui me concerne je n’ai jamais trouvé de solution satisfaisante.

      Il faut déjà poser le problème de principe, le problème, disons éthique : ce n’est pas parce que la personne est démente qu’il faut se croire autorisé à lui cacher la réalité. Je trouve qu’on va un peu vite quand on dit : « dans l’état où il est ça n’a plus d’importance ». Si, cela en a une, et on le voit tout particulièrement quand on a affaire aux choses essentielles de la vie et de la mort, où il est facile de constater que le dément n’est plus du tout dément. Mais d’un autre côté s’il est éthiquement inacceptable de sous-estimer la gravité d’un mensonge à un dément, il n’est pas davantage éthiquement acceptable de donner au dément des informations dont on sait très bien qu’il n’a pas les moyens de les traiter. En d’autres termes quand on parle à un dément on doit respecter la vérité au plus près, sauf quand il est évident que le malade n’est pas en état de l’entendre.

      Plus généralement nous avons à nous demander quelle relation nous voulons avec le malade. Il n’est ni efficace ni réaliste de lutter pour le ramener le plus possible à l’état dans lequel il était avant d’être malade ; et cela peut induire des souffrances importantes. C’est pourquoi on suggère de le prendre comme il est ici et maintenant, en considérant qu’il ne faut pas chercher à retrouver la personne qu’elle avait été dans le passé. Le problème est que, disant cela, on fait l’impasse sur le fait que si nous allons voir notre parent, c’est tout de même bien en raison du passé.

      La question est donc de savoir quelle sera la stratégie la plus aidante pour votre mère. Et pour cela il y a quelques questions à se poser :
      - Y a-t-il un moyen simple de corriger ses erreurs ?
      - Que pouvons-nous attendre de cette correction ?
      - Mais si nous ne corrigeons pas, cela ne risque-t-il pas d’aggraver la désorientation ?
      - Mais au fait, qui est gêné par cette désorientation ?
      - Et si cette désorientation disait quelque chose qu’il faudrait entendre ?

      Ce qui par contre est à peu près certain c’est que ces recadrages n’ont aucun effet rééducatif.

      Personnellement j’interviens le moins possible. Je ne cherche pas à ramener le malade à la réalité, sauf quand la situation l’exige absolument (c’est le cas par exemple quand la situation risque d’être inintelligible pour le patient lui-même), et je me borne à être le plus neutre possible, c’est-à-dire à éviter tout propos qui pourrait m’amener à devoir prendre position sur l’exactitude des propos tenus par le malade. Mais c’est toujours affaire de cas particuliers.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La communication avec le dément Le 12 novembre à 22:01 , par Aurélia

        Bonjour,
        je me permets de vous répondre simplement car je vivais quelque chose de très similaire avec ma grand-mère.
        Je n’en fais bien sûr pas une généralité, mais je peux vous donner les exemples de ce que je lui répondais, car cela semblait l’apaiser, en général nous avions de bonnes conversations.
        Par exemple, quand elle se trompait sur son lieu de vie, je lui disais "oui, tu as parfaitement raison, tu habitais là quand tu étais petite, maintenant tu es juste un peu plus loin à XX"
        Si elle me faisais part d’une préoccupation du type "salle de bains sale" je lui répondais quelque chose du style "oui ce n’est pas agréable de voir une salle de bains qui n’est pas propre, heureusement que la dame de ce matin l’a bien nettoyée".
        J’essayais en fait de ne pas répondre directement à ses phrases, mais plus à la préoccupation que celles-ci exprimaient. Car bien souvent j’avais l’impression que quand elle déraillait, c’était quand même lié à une émotion particulière, même légère, même juste l’inquiétude toujours présente liée au fait qu’elle sentait qu’elle perdait pied. Donc j’essayais de raccrocher ce qu’elle me disait à un savoir qu’elle avait encore (elle ne sait plus où elle habite mais elle connait le nom de sa ville d’enfance, c’est déjà ça), et d’orienter sur le fait qu’il n’y avait pas d’inquiétude à avoir ou de lui rappeler ce qu’il en était vraiment.
        Et puis, il faut faire attention, car il y avait les choses qu’elle disait où elle était perdue ou qui ne semblaient avoir que peu de sens (pas tant que ça en fait), mais il y avait aussi des choses que moi je ne comprenais pas parce qu’elle n’était pas capable de faire suffisamment de liens pour que je comprenne, mais qui n’étaient pas du tout des absurdités, ou qui ne le devenaient que parce qu’elle s’était trompée sur le nom d’une personne. Au final, ce qu’elle disait avait du sens si on se donnait la peine de chercher.
        C’est ça qui est dur je trouve, d’ailleurs en EHPAD. C’est que les professionnels ne connaissent pas suffisamment la personne pour faire les liens, et du coup c’est comme si ce qu’elle disait n’avait pas de sens.
        Bon j’ai un peu trop bavardé, je voulais juste vous donner ces quelques exemples.
        Cordialement,
        Aurélia


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        • La communication avec le dément Le 12 novembre à 22:55 , par Michel

          Bonsoir, Aurélia.

          Je vous admire : ce que vous dites est parfait.

          En effet, il faut partir du principe que ce que le dément nous dit a toujours un sens, mais que nous ne savons pas à quoi cela renvoie, sauf dans certains cas heureux. il faut donc :
          - Ne pas négliger ce qui est dit.
          - Ne pas mettre le malade en difficulté.
          - Laisser la situation ouverte en ne répondant pas directement.
          - Au contraire botter en touche chaque fois qu’on le peut.

          Cela va même plus loin. Je me souviens de ce patient qui n’avait plus aucun mot disponible. Un jour il m’aborde, me tend la main et se met à me parler. J’ai joué le jeu, lui répondant avec les mots les plus neutres possibles, comme si je comprenais de quoi il me parlait. Nous avons donc échangé des sons, jusqu’à ce que l’idée se fasse dans mon cerveau que nous devions prendre un café ensemble.

          En fait je crois que ce dont il avait envie, c’était d’une séquence normale : quand on croise quelqu’un on lui serre la main et on lie conversation. Et le contenu de la conversation n’a de ce point de vue aucune importance : ce qui compte n’est pas de transmettre de l’information mais de faire ensemble du bruit avec sa bouche. C’est ce que nous avons fait.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La communication avec le dément Le 13 novembre à 22:28

            Merci.

            A mon tour, j’aime beaucoup imaginer cette séquence que vous décrivez. Partager un moment typiquement humain en fait, même si certaines compétences nous manquent. Ce que l’on fait avec les bébés au final, qui aiment aussi les conversations.

            Ma grand-mère m’a beaucoup appris là-dessus.
            Et puis, comme elle avait gardé de l’humour on pouvait parfois rire aussi. Pas se moquer, mais rire.
            Elle avait des problèmes de perception, un jour elle a pris mon fils benjamin pour un singe et elle a dit "faut pas laisser la bête ici !" on a beaucoup ri avec elle !

            J’aimerais tant m’occuper encore d’elle !
            Merci pour votre site qui m’a permis de mieux comprendre ce qui avait pu se passer et ce qui était en train de se passer juste avant qu’elle ne meure.
            On est si peu habitués, si peu informés sur ces étapes de la vie.

            Aurélia


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  • Communication entre déments Le 30 juin à 08:01 , par Sophie

    Bonjour DR Cavey,

    L ’accueil de jour me demande de changer le jour de la venue de ma mère car elle ne s’entendrait pas avec une autre malade.

    Peux- t ’on envisager l’hypothèse suivante :

    Deux personnes démentes peuvent - elles se disputer le " leadership" d’un groupe ?

    Sophie


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    • Communication entre déments Le 30 juin à 09:24 , par Michel

      Bonjour, Sophie.

       !!! Pourquoi ne le feraient-elles pas ?

      Je crois que les professionnels en charge de ces patientes sont très bien placées pour vous répondre sur ce point...

      bien à vous,

      M.C.


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      • Communication entre déments Le 1er juillet à 06:52 , par Sophie

        Bonjour Cavey,

        " ... Je crois que les professionnels en charge de ces patientes sont très bien placées pour vous répondre sur ce point..."

        Tout à fait, j’ai rappelé l’unité

        il s’agit plus "simplement" d’une histoire de bijoux, d’apparence . Ma mère se rend effectivement à l’accueil de jour avec une bague, un collier, une montre, il est vrai de taille XL en raison d’une DMLA . Nous allons effectivement à partir de cette semaine modifier le jour de sa venue .

        Sophie


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  • La communication avec le dément Le 19 février à 23:56

    Quelle analyse faire entre infirmière et la personne atteinte de démence au problème de la communication


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  • La communication avec le dément Le 18 janvier à 20:42 , par Pieric

    Bonjour,

    merci pour votre réponse.
    Pour être plus précis, le jour du départ à l’hôpital, lorsque mon père est venue voir ma mère chez elle, cette dernière au départ n’ouvrait pas la porte de son appartement. Puis n’est venu ouvrir qu’après 20 min d’attente.
    Il est possible qu’elle ait été sous AVC pendant ce laps de temps car lorsqu’elle a ouvert elle était incapable de dire une phrase qui avait du sens. Elle parlait en alignant des mots qui n’avait aucun sens entre eux ou qui n’existaient pas. Mon père a alors du appeler les urgences afin qu’ils l’emmènent à l’hôpital. Elle a du reprendre ses esprits pendant le temps où les urgences sont arrivées et elle ne voulait caremement aller à l’hôpital prétextant qu’elle n’avait rien à faire la bas. Elle était agressive envers le médecin urgentistes qui n’a eu que la solution d’appeler la police afin de l’amener de force à l’hôpital qui elle ne pouvait pas rester dans cet était dans son appartement. C’est la raison pour laquelle elle a été emmené en psychiatrie.
    Le service de psychiatrie a noté dans son dossier : haut risque d’atteinte à autre personne , impulsivité , impétuosité, agressivité , trouble de la reception sensorielle, ne coopère pas, risque de se blesser soit meme ne se griffant.
    voila donc pourquoi elle a été au service de psychiatrie.


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    • La communication avec le dément Le 19 janvier à 21:35 , par Michel

      Bonsoir, Pieric.

      Je comprends mieux. Mais cela ne donne pas l’information qui manque : au cours de cette hospitalisation les psychiatres l’ont examinée, et ils ont dû se faire leur idée. Si c’était simplement pour dire qu’elle était agressive et difficilement gérable, on n’avait guère besoin d’eux. Il serait précieux de savoir s’ils ont fait un diagnostic, et s’ils ont proposé celui de délire du sujet âgé. C’est cela qu’il faudrait savoir.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 12 janvier à 14:17 , par pieric

    Bonjour,

    Ma mère de âgée aujourd’hui de 80 ans a eu un AVC en 2007. C’est une personne qui au niveau cardiaque à une tention haute et prend des médicaments pour éviter la coagulation du sang.
    Mon père âgé de 78 ans prend soin d’elle mais depuis une dizaine d’années, ils vivent chacun dans leur appartement dans la même rue , l’un en face de l’autre ( mais ils ne sont pas divorcé).
    Depuis 2010 ma mère accuse systématiquement mon mère de lui voler des affaires. Au départ ce fut un de ses téléphones portable, ensuite il s’agissait d’une bague et plus récemment il s’agit d’argent ( somme de quelques milliers d’euros qu’elle avait bien chez elle mais qu’elle a placé en banque , mon père a retrouvé les preuves pendant son hospitalisation récente suite à un second AVC en novembre dernier).
    Pas un jour ne passe sans qu’elle réclame la somme volée injustifiée à mon père.
    Suite au second AVC elle a été hospitalisée pendant un mois en psihiatrie. Pendant 2 semaines les infirmières l’ont choutté de médicaments pour réduire son agressivité afin de pouvoir faire les tests scanner de la tête et autre analyses. Sur les 15 derniers jours elle a retrouvé son énergie initiale. Depuis elle est rentré chez elle.

    En tant que fils, le soucis réside dans le fait que je n’ai pas pris parti dans son accusation de vol. Je suis resté entre mon père et ma mère tout en sachant que le vol est totalement infondé. De ce fait elle considère que je me suis rangé du côté de mon père et ne souhaite plus m’entendre, me parler ni me voir , elle me raccroche au nez ( ils vivent à l’etranger ).

    Mon père a une relation très difficile avec elle car il lui apporte tout son attention, lui fait ses courses, l’aide et reçoit ses accusations perpétuelles et son agressivité. Elle a d’ailleurs même été voir un avocat afin de porter le dossier de vol d’argent en justice. Mon père a été entendu par la police. Il leur a donné les analyses médicales suite à l’hospitalisation et les preuves bancaires. Les choses sont plus que claires meme pour la police.

    Quel comportement doit on avoir lui comme moi vis à vis de ma mère ?

    merci d’avance pour vos conseils.


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    • La communication avec le dément Le 15 janvier à 17:23 , par Michel

      Bonjour, Pieric.

      Votre situation est difficile, notamment parce que vous n’êtes pas sur place. D’autre part vous avez sagement choisi de ne pas prendre position relativement aux accusations de votre mère, mais cela s’est retourné contre vous et vous vous êtes trouvé disqualifié. Il ne faut pas le regretter, car vous avez fait la seule chose à faire ; mais du coup vous êtes en difficulté.

      Ces délires de vol sont assez fréquents en cas de démence ; mais il existe aussi des délires non démentiels du sujet âgé. À ce sujet je remarque que les troubles remontent à plus de cinq ans, ce qui témoigne d’une évolution assez lente. Je remarque aussi qu’elle a été hospitalisée en psychiatrie, et que ce n’est certainement pas à cause d’un accident vasculaire cérébral. Il serait très important de savoir ce que les psychiatres ont dit à cette occasion.

      Donc je crois que vous ne pouvez tout simplement rien faire, si ce n’est soutenir votre père. Il ne faut jamais perdre de vue qu’il y a des problèmes sans solution.

      Par contre votre père, lui, n’est pas totalement démuni. Car il rend à votre mère beaucoup de services, et il peut très bien menacer de se retirer. Si votre mère est atteinte de démence cela ne va certainement pas modifier son délire ; par contre si elle souffre d’un trouble psychiatrique pur elle peut avoir une petite marge, non certes pour s’en débarrasser mais au moins pour le réaménager, et mettre le trouble en sommeil. Cela pourrait permettre de créer une situation un peu moins invivable pour votre père. Quoi qu’il en soit rien ne justifierait qu’il se sacrifie dans cette histoire. Mais il faut tenir compte du fait que, bien souvent, ces relations qui paraissent infernales obéissent à d’étranges règles, et que, peut-être, votre père trouve mystérieusement son compte dans cette histoire.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 20 novembre 2016 à 13:19 , par Michèle

    Bonjour, je ne sais pas si ce forum très utile est toujours actif mais je tente :
    Ma mère 89 ans, souffre de difficultés cognitives élevées (pathologie cardiaque, anorexie, dépression, angoisses accrues suite à sa dernière chute qui s’est soldée par une prothèse col du fémur)

    Votre article est très intéressant et me donne quelques pistes sur la compréhension de ses troubles comportementaux.
    Tout ce passe comme si elle m’en voulait de toute aide matérielle ou morale que je lui apporte.
    Et en même temps, si je me repose 2 ou 3 jours sans aller la voir, elle me le fait chèrement payer , jusqu’à m’accuser d’avoir volé la couche sale qu’elle avait déposée au milieu de sa chambre ! Et d’aller, devant moi, remettre une nouvelle couche souillée. Que veut-elle me dire ? Je sais qu’elle vit mal l’incontinence, je ne souligne donc pas que cet agissement est problématique et qu’il y a une poubelle. Ai-je tort ? faut-il la cadrer un minimum ?

    J’essaye d’éluder tous les sujets qui peuvent l’amener à être très agressive, en vain elle en trouve d’autres, et lorsque ce n’est pas contre moi, elle accuse le personnel soignant (EPHAD médicalisé) de choses évidemment fausses. Le personnel de l’Ephad est aux petits soins avec elle, mais un caprice satisfait en appelle un autre insatiablement .
    Je me refuse à abandonner ma Maman en fin de vie, alors pourtant qu’elle fait tout pour me décourager ce que je ne comprends pas. Plus je la gâte (pâtisseries maison, fleurs, et 1000 petites choses sensées lui apporter un peu de bonheur et de plaisir) plus elle m’agresse.
    Je ne sais pas trop comment l’apaiser pour qu’elle profite de l’affection que je lui apporte.

    Il est vrai que nous, les familles accompagnantes ne sommes pas des professionnels médicaux, ni des psychologues professionnels.
    Lorsque je la valorise en la complimentant sur un quelconque sujet, c’est pire aussi
    La seule communication qui la satisfait tourne autour de ses fonctions intestinales où là aussi les difficultés cognitives sévissent : elle se dit constipée et se fait donner laxatif sur laxatif. Si la fonction est normale, elle parle de diarrhée . Elle refuse de manger 1. pour ne pas "se constiper". 2. pour éviter la diarrhée, ou fonction urinaire (comme un enfant)
    Par ailleurs Tout se passe comme si, effectivement, se trouvant dépendante, elle en voulait à tout personne capable de s’assumer et des fantasmes de puissance (exemple "j’ai engueulé le Directeur") alternent avec une victimisation quasi constante.
    Ses petits enfants ne viennent plus la voir depuis quelques temps, car ils repartent très perturbés par les agressions verbales de ma Mère.
    Elle s’isole, et de fait je me retrouve seule dans l’accompagnement familial qui devient dévorant, avec un sentiment d’échec à lui apporter un quelconque bonheur C’est épuisant.

    Quels conseils pourriez-vous me donner pour adoucir sa fin de vie le plus possible et faire en sorte que mes visites régulières redeviennent un bonheur partagé ? Et est-ce possible ?

    Merci de m’avoir lue et de me répondre, car je me sens démunie

    Bien à vous,

    MFV


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    • La communication avec le dément Le 23 novembre 2016 à 22:46 , par Michel

      Bonsoir, Michèle.

      Je comprends votre détresse. Mais je ne suis pas certain qu’on puisse l’apaiser.

      Bien sûr il faudrait que votre mère soit examinée, notamment par une psychologue, car il peut y avoir des solutions que je ne peux pas percevoir dans la situation où je suis.

      Mais le plus souvent le comportement de ces malades est réactionnel : ils sentent qu’ils perdent pied et ils mobilisent tout ce qui leur reste des ressources pour montrer qu’ils sont encore capables de maîtriser quelque chose. Et ils préfèrent de beaucoup passer pour des personnages de mauvais caractère que de laisser montrer qu’ils sont perdus. Vous avez raison de parler de « fantasmes de puissance », mais il faut comprendre que c’est leur dernier recours.

      C’est ce qui explique la façon dont elle vous traite. Elle est hors d’état d’avoir avec vous une relation normale parce que si elle vous concédait ne serait-ce qu’une once de tendresse elle devrait quitter la sorte de forteresse dans laquelle elle s’est retranchée : aimer c’est être en position de faiblesse.

      Il n’est pas du tout évident que vous puissiez trouver une relation qui lui soit plus confortable. Ce système défensif est relativement efficace, et à ne considérer que son bien-être il est tout aussi simple de l’y laisser : au moins serez-vous seule dans cet enfer. Oui, ce que vous faites est immédiatement pris en mauvaise part, et quoi que vous fassiez vous êtes en tort. Si vraiment il s’agit d’une démente évoluée, il risque d’être indispensable d’en passer par là. À moins, mais c’est alors, je le répète, le rôle de la psychologue, qu’une tierce personne arrive à l’amener à un autre équilibre.

      Ce qui en revanche est certain c’est que vous pouvez, dans cette situation terrible à vivre, tirer un grand bénéfice pour vous-même d’une aide psychologique.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Préparation au rendez-vous avec le gériatre Le 18 novembre 2016 à 11:10 , par Martine

    Bonjour,

    Mon père a perdu son permis de conduire depuis quelques mois. Nous l’avons convaincu de consulter auprès d’un gériatre pour avoir un deuxième avis. La semaine prochaine, il a un rendez-vous avec le gériatre et nous savons qu’il aura la mauvaise nouvelle qu’il ne pourra pas ravoir son permis de conduire. Il a confiance à ce médecin et il est convaincu qu’il va lui faire récupérer son permis. Nous sommes une assez grande famille. Plusieurs croient que nous devons l’accompagner à ce rendez-vous et d’autres croient que seules les personnes proches aidantes doivent l’accompagner, pour lui éviter des sentiments de honte et d’incapacité devant tous ses enfants.
    Je voudrais connaître votre opinion et que vous me disiez ce qu’il est préférable de faire pour notre père.
    Merci beaucoup.


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    • Préparation au rendez-vous avec le gériatre Le 23 novembre 2016 à 09:28 , par Michel

      Bonjour, Martine.

      Voilà une question que je ne m’étais jamais posée.

      Si j’essaie d’y réfléchir il me semble que je me raisonnerais de la manière suivante :

      1°) : Pourquoi votre père a-t-il perdu son permis de conduire ? Je suppose que c’est parce qu’il se trouve dans un état intellectuel qui le rend incapable de conduire en sécurité. Dans ce cas il est effectivement probable que le permis ne lui sera pas restitué et qu’il y a du sens à ce que quelqu’un l’accompagne pour amortir le choc ; j’ajoute qu’il vaut mieux que cette personne assiste à l’entretien, de manière à pouvoir lui réexpliquer les choses.

      2°) : Mais pourquoi veut-on accompagner un malade à une consultation ? Si on le fait c’est parce qu’on veut apporter quelque chose à ce malade. Il faut donc que la ou les personnes qui accompagnent soient en mesure et en situation d’être utiles et efficaces. Et il n’y a aucun sens à venir nombreux. Comme vous le soulignez si votre père doit être en difficulté il n’est pas nécessaire que ce soit devant tout le monde.

      3°) : Que change à ce raisonnement le fait que votre père soit probablement atteint de trouble cognitif, quelle qu’en soit la cause ? Rien à mon sens.

      Il faut donc faire comme vous l’envisagez : accompagner votre père ; mais une personne suffit.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Bonjour

    En premier lieu, merci pour votre article, fort intéressant. Nous vivons une crise depuis 2 jours et nous tentons de trouver une piste de solution.

    Ma belle mère agée de 70 ans vit avec nous depuis 4 ans. Sa mère et sa grand-mère ont souffert de démence. Ma belle mère vit avec nous et s’coccupe de notre foyer et notre chien contre une rémunération généreuse. Elle est complètement prise en charge et possède une vie simple et confortable.

    Ma belle mère n’a pas d’amis ni de contacts externes. Elle est somme toute équilibrée avec des tendances un peu aggressives et paranoiaques. Elle nous a annoncé à notre retour de vacance qu’elle s’était loué un logement et nous quittait dans 2 semaines pour vivre sa vie. Cette décision vraiment à l’encontre du bon sens et sans aucun facteur initiateur nous a complètement désarmé. Après plusieurs discussions, elle se replie sur elle même, et tente de sortir de notre ’contrôle’.

    Elle n’est visiblement pas outillée pour vivre seule et subvenir à ses besoins. Comment devrions nous agir pour la suite les choses ? La laisser nous quitter ou tenter de faire intervenir un spécialise et faire annuler le bail qu’elle a signé. Elle nous a admis avoir pris cette décision spontannément, sans avoir réfléchi aux conséquences, ni avoir prévu la suite des choses pour elle. Cependant, plus on veut lui faire changer d’idée plus elle se campe sur ses positions.
    merci d’avance
    Maxime


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    • Bonjour, Maxime.

      Malheureusement, je n’en sais pas plus que vous, et je suis pris au dépourvu autant que vous l’êtes.

      Car il y a d’abord une question essentielle : votre belle-mère est-elle en état de décider pour elle-même ?

      Si oui, alors elle est libre de ses choix. La seule manière de vous y opposer serait d’obtenir une mesure de tutelle, ce qui suppose :
      - Que vous ayez démontré qu’elle n’a plus les moyens de prendre ses propres décisions.
      - Que vous ayez un jugement.
      Autant dire que vous ne remplirez pas ces conditions dans le délai qui vous est imparti.

      Et je comprends que vous trouviez cette situation dangereuse. Mais qu’y pouvez-vous ? Si on cherchait une solution pour ce genre de problème, alors on validerait du même coup les attitudes les plus répressives, on tolérerait les tutelles abusives, on ne parlerait plus de la liberté des vieilles personnes ; être libre, c’est être libre de faire des âneries.

      Par ailleurs il se peut parfaitement que votre belle-mère ne présente aucun trouble intellectuel, qu’elle ne souffre "que" d’un problème psychiatrique, voire qu’elle ait seulement envie d’assouvir un désir légitime.

      Bref la réponse à votre question : que faire ? est immédiate : rien.

      Il faut la laisser partir, non sans lui avoir manifesté votre regret de cette décision. Et non sans avoir imaginé quel discret filet de sécurité vous pouvez installer autour d’elle. Si vos craintes sont justifiées, vous allez vite le voir, et il sera temps d’agir.

      La seule chose, c’est qu’il n’est pas question que vous vous mettiez à son service : le risque est grand qu’elle décide qu’elle est parfaitement capable de vivre seule à condition que vous lui fassiez les courses, le ménage, etc. Et là il faut que ce soit non ; si elle décide de vivre sa vie elle la vit, mais elle l’assume.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 18 juin 2016 à 10:27 , par soraya

    Bonjour,
    J’ai un sérieux problème avec ma mère (89 ans) qui vit en permanence avec moi et dont le comportement me désoriente de plus en plus. Je dirai que 30% du temps, elle parait normale, discute beaucoup, me remercie d’être là etc. le reste du temps, elle radote et surtout m’accuse de lui voler ses affaires, son argent et de lui changer ses affaires d’endroit dans le but de la rendre folle.J’ai conscience qu’elle délire, mais parfois elle me pousse à bout (frôlant la crise de nerf) et je m’embarque sans le vouloir dans son délire.
    J’aimerai que vous puissiez m’aider en m’indiquant la démarche à suivre pour ne pas rentrer dans son jeu, pour l’aider et surtout pour m’aider aussi car je vous avoue que cela est très éprouvant pour moi.


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    • La communication avec le dément Le 20 juin 2016 à 08:08 , par Michel

      Bonjour, Soraya.

      Vous allez avoir du mal à vous en sortir seule.

      Ce que vous décrivez, c’est un délire de vol. Il y a des délires de vol chez le sujet âgé, mais la cause la plus fréquente de ces délires est la démence de type Alzheimer. Le mécanisme en est assez simple : la patiente sait que son portefeuille est quelque chose d’important, et qu’on pourrait le lui voler. Elle va donc le cacher avec soin. Mais comme elle a un trouble de mémoire elle oublie où elle l’a caché ; donc elle ne le retrouve plus, ce qui prouve qu’elle avait raison de craindre qu’on ne le lui vole.

      La première chose que vous devez faire est donc de faire vérifier ce point par un bilan intellectuel approfondi. Car si c’est un délire isolé, alors il y a beaucoup à attendre d’un traitement neuroleptique ; si ce délire est réactionnel à la démence, alors les possibilités thérapeutiques sont infiniment plus réduites.

      Quant à votre attitude, elle est difficile à tenir. Comme je l’ai souvent expliqué il est impératif de ne pas prendre position sur le délire, parce que quelque que soit la position que vous prendrez elle se retournera contre vous. Mais ce conseil est impossible à suivre au quotidien quand on vit avec la personne. C’est pourquoi il est si impératif de commencer par faire un point de la situation ; encore faudra-t-il que votre mère s’y prête.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La communication avec le dément Le 2 juillet 2016 à 20:07 , par soraya

        Je vous remercie infiniment pour votre réponse, mais je crois bien que dans mon cas je suis dans une impasse.
        Comme vous le supposez, elle ne se prêtera jamais à aucun traitement ni même à faire le point de la situation.
        Pour elle, elle a toutes ses facultés mentales et n’allez surtout pas lui dire qu’elle a du oublier quelque chose.
        Un phénomène récent est venu se greffer à tout ça " elle ne reconnait plus certaines de ses affaires et donc, elle suppose que c’est moi qui les ai mises là pour la dérouter". Exemple : "je n’avais que deux valises, maintenant, elles sont quatre etc."
        Lorsque je vois ses yeux, je me dis qu’elle doit savoir au fond d’elle même qu’elle est entrain de perdre certaines de ces facultés et c’est ce qui justifie sa colère et son agressivité.
        J’ aimerai tellement la sortir de cette détresse morale, mais moi même je ne sais pas comment m’en sortir.
        Pour l’instant, comme elle n’est pas impotente, j’ai décidé de me faire rare dans la journée, me disant que si elle ne me voyait pas cela ne réveillerait pas toutes ses angoisses et je me demande si j’ai pris une bonne décision.


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        • La communication avec le dément Le 3 juillet 2016 à 22:49 , par Michel

          Bonsoir, Soraya.

          Oui, vous analysez très bien cette situation. La raison essentielle de son agressivité est qu’elle sait que quelque chose ne va pas, et qu’elle doit mettre en place des stratégies grâce auxquelles elle croit faire illusion.

          Et cela limite terriblement votre champ d’action, car on ne peut pas faire grand-chose pour une malade qui ne veut pas coopérer. C’est même un problème très délicat :
          - Il faut respecter la liberté du malade.
          - Mais il n’est pas honnête de prétendre respecter la liberté d’une personne qui n’est plus en état d’exercer cette liberté.
          - D’un autre côté si vous la conduisiez de force chez un médecin il n’en tirerait rien.

          La meilleure solution est donc probablement la vôtre : ne pas insister, exercer une surveillance lâche en essayant de repérer des signes qui pourraient vous faire repérer que la situation devient dangereuse.

          Quant à l’idée de vous faire rare, elle est excellente pour trois raisons au moins. La première est qu’il ne servirait à rien de vous épuiser. La seconde est que, comme vous le soulignez, votre présence peut accentuer le trouble. La troisième est que c’est un excellent moyen de pression : vous voulez bien assurer la présence, mais vous avez le droit de poser vos conditions, et si, comme elle le prétend, elle va très bien, alors elle assume sa liberté.

          Cela n’est pas sans risque, mais toute autre attitude serait probablement encore plus risquée.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La communication avec le dément Le 19 juillet 2016 à 10:28 , par soraya

            Vous ne savez pas à quel point vous me rassurez et je ne pourrai jamais assez vous remercier. Lorsque je vous ai parlé de me faire rare, vous ne pouvez imaginer le sentiment profond de culpabilité que j’avais, après votre réponse, ce sentiment existe encore mais son intensité à largement diminué.

            J’ai donc mis à exécution et j’attend de voir les résultats.

            Merci encore et à très bientôt.


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            • La communication avec le dément Le 19 juillet 2016 à 21:39 , par Michel

              Merci de ces nouvelles, Soraya.

              Je n’ajouterai qu’un mot : la culpabilité est un sentiment normal.

              Mais il importe de s’en tenir à une chose essentielle : votre seule obligation est d’être efficace.
              - Si l’efficacité vous impose de faire des choix culpabilisants, il faut les faire.
              - Quand vous aurez craqué d’épuisement, vous ne serez plus efficace du tout.

              Votre décision est donc excellente.

              Bien à vous,

              M.C.


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            • La communication avec le dément Le 2 août 2016 à 10:32 , par soraya

              Bonjour,
              Après prés de 15 jours je tenais à vous apporter un "petit" compte rendu sur la situation. Je suis un peu désorientée par cette femme qui est ma mère, que je chéris plus que tout au monde, qui malgré son âge continue à être une femme de tête, qui, parce qu’elle m’a mise au monde, me connait mieux que moi même et qui sait qu’elles sont les ficelles à tirer pour me remettre dans le chemin qu’elle à choisi pour moi. Je n’ai pas honte de dire qu’elle me manipule et que malgré moi, je me laisse manipuler alors qu’en règle générale, rares (pour ne pas dire inexistantes) sont les personnes qui peuvent le faire avec moi.
              En bref, lorsqu’elle a constaté que ma présence s’était allégée, elle a décidé de ne plus me parler et quand j’essayais de briser son silence, elle se mettais à pleurer et à demander à Dieu de l’emporter le plus vite possible pour qu’elle ne soit plus un poids pour moi. S’il y a une chose que je ne supporte pas, ce sont ses larmes, sa souffrance et son désarroi.
              Comédie, moyens de pression ou réalité ? je ne peux vraiment le dire. tout ce que je sais aujourd’hui, c’est que nul n’a le droit de jeter l’éponge devant des situations pareilles et au lieu d’essayer de leur faire entendre raison -chose quasi impossible, parce que c’est justement cette raison qui leur fait défaut- il faut plutôt essayer de faire un travail sur soi même pour acquérir un maximum de patience, aménager son temps en fonction de leurs besoins. En un mot, accepter ces personnes telles qu’elles sont.
              Lorsqu’un ami a des défauts, on peut soit l’accepter, soit le rejeter, mais lorsqu’il s’agit d’un père ou d’une mère nul autre choix que de faire avec.
              Pour finir, je crois qu’à ce stade, vous ne pouvez plus rien faire pour moi.
              Je vous remercie énormément de m’avoir lu et de m’avoir répondu et soutenu.
              Bonne Continuation, bien à vous,
              Soraya


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              • La communication avec le dément Le 3 août 2016 à 09:33 , par Michel

                Bonjour, Soraya.

                Je comprends votre tristesse et votre désarroi. Effectivement vous êtes seule, et mon aide est bien dérisoire...

                Mais je veux encore insister sur un point.

                Toute votre attitude, toute votre souffrance, son basées sur l’amour que vous éprouvez envers votre mère.

                Cet amour vous crée un autre devoir, plus important encore : celui d’être efficace dans l’aide que vous lui apportez. Et une bonne part de votre souffrance vient de ce que vous ne pouvez pas être efficace sans vous heurter à elle. Mais ce qui compte c’est l’efficacité : le cœur n’est rien sans la tête.

                Je reste à votre écoute.

                M.C.


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              • La communication avec le dément Le 15 août 2016 à 10:35 , par soraya

                Bonjour,
                J’étais sure que vous n’alliez pas répondre à mon message parce que j’avais accepté ma défaite et mon sort et que je m’étais convaincue que personne ne pouvais plus rien pour moi, mais cela m’a fait plus que plaisir de trouver votre réponse et m’a donné envie de chercher d’autres voies pour aider ma mère et m’aider moi même par la même occasion.
                Pour le moment, j’essaye d’occuper ma mère au maximum par des promenades, des visites à la famille, des projets de réfection de la maison et même des voyages, car quand il s’agit de bouger, elle est toujours partante, c’est un avantage me direz vous ! faut t’il encore avoir le souffle et le temps pour faire tout ça ? En tout cas, le fait qu’elle puisse voir d’autres personnes et d’autres paysages la rend heureuse et lui donne d’autres sujets de conversation, cela donne un peu de répit.
                Je crois que grâce à vous, à votre aide, à votre soutien et vos orientations, je finirai bien par trouver une solution.
                Merci encore et à très bientôt.


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                • La communication avec le dément Le 15 août 2016 à 19:37 , par Michel

                  Bonsoir, Soraya.

                  Je suis heureux de voir que les choses bougent. J’avoue que je n’étais pas si optimiste lors de ma dernière réponse. mais donc vous avez su trouver quelques espaces où vous pouvez apporter à votre mère des choses qui la soutiennent, qui lui montrent votre tendresse et qui permettent à une relation de se maintenir.

                  La seule chose que vous avez à faire est donc de garder confiance en vous et en votre inventivité. J’ajoute seulement, au risque d’insister trop lourdement, qu’il vous faut songer à vous préserver : je comprends votre désir de tout donner, mais la limite est que quand vous vous serez épuisée vous ne pourrez, justement, plus rien donner du tout. C’est le seul point à surveiller, mais c’est un point majeur.

                  Bien à vous,

                  M.C.


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  • La communication avec le dément Le 17 juin 2016 à 11:45 , par Inès

    Bonjour, je suis étudiante en santé pour faire infirmière.
    Je suis en train de réaliser un travail sur la communication avec les personnes démentes.
    Je suis à la recherche d’information concernant les patients confus du à des démences(comme le syndrome de Korsakoff). Comment peut-on réagir face à des patients confus ? Que peut-on leur dire pour communiquer avec eux s’ils sont désorienté ?
    Connaisseriez-vous des sites internet ou des livres à ce sujet ?

    Merci d’avance.


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    • La communication avec le dément Le 19 juin 2016 à 22:24 , par Michel

      Bonsoir, Inès.

      Je voudrais d’abord vous faire une critique de fond : il vous faut mettre de l’ordre dans votre vision de la démence. Car il est tout à fait exact que les démences peuvent occasionner des épisodes confusionnels, mais c’est là une question particulièrement ardue et compliquée ; si vous voulez l’étudier vous allez devoir vous lancer dans des recherches très pointues. On ne la trouve simple que si on se contente d’à-peu-près terminologiques, en s’imaginant par exemple que tous les déments sont confus et que tous les confus sont déments (rien ne m’agace plus que la notion de « crise de démence » ; enfin, si : il y a quelque chose qui m’agace encore plus, c’est l’irresponsabilité de ces belles âmes qui, de peur d’employer des mots qui fâchent, se refusent à parler de déments et nous rebattent les oreilles de leurs « personnes désorientées », ou de « syndromes cognitivo-mnésiques », sans voir que la conséquence de ce jargon est que plus personne ne sait de quoi on parle.

      Mais il y a une autre faille dans votre propos. C’est que vous parlez de syndrome de Korsakoff. Je veux bien que vous le fassiez : le syndrome de Korsakoff entraîne une telle perte d’efficience intellectuelle qu’on peut parler de démence. Mais c’est une démence tellement particulière (elle ne résume même pas à elle seule toutes les démences alcooliques) que je ne saurais vous conseiller de la prendre pour modèle ; et si votre propos est réellement de traiter des syndromes confusionnels chez le malade atteint de Korsakoff, vous allez vous aventurer dans des régions très peu explorées.

      Je vais donc vous poser le problème autrement : comment réagir face à un malade confus ? Et si cette confusion survient chez le dément, cela change-t-il quelque chose ?

      Je vous rappelle que la confusion mentale est un syndrome très clairement défini. C’est une pathologie aiguë qui survient quand on place un cerveau dans de mauvaises conditions de fonctionnement. C’est pourquoi la constatation d’un syndrome confusionnel doit avant tout faire rechercher une cause organique, notamment toxique. Pour créer une confusion mentale, le moyen le plus simple est de chauffer le cerveau ; la fièvre est confusogène ; un autre moyen est de le tremper dans l’alcool : raison pour laquelle chacun de nous a déjà fait personnellement l’expérience de la confusion mentale : l’ivresse est une confusion.

      C’est de là qu’il faudrait partir. De votre propre expérience de la confusion. Je ne me suis jamais mis dans un état d’alcoolisation épouvantable. Mais il m’est arrivé de dépasser un peu la dose ; et comme vous aussi, nous allons facilement nous comprendre.

      Quand vous avez bu, il y a trois choses au moins qui se produisent :
      - La première est que vous savez que vous avez bu.
      - La seconde est que vous ne voulez pas que ça se voie.
      - La troisième est que vous observez un décalage entre ce que vous pensez et ce que vous sentez ; comme si votre cerveau réagissait avec un temps de retard à ce qu’il perçoit.

      Si vous augmentiez la dose (mais cela vous ne le faites pas plus que moi) vous verriez arrivez des phénomènes plus nettement confusionnels, comme la désorientation, c’est-à-dire l’incapacité à se situer dans le temps et dans l’espace, ou l’onirisme.

      Bon. Je ne vais pas vous faire le tableau complet de la confusion. Mais vous voyez déjà qu’on ne comprend rien à la question si on s’imagine que confusion est synonyme de désorientation : le malade confus est toujours désorienté, mais un malade désorienté n’est pas nécessairement confus. En particulier les déments sont presque toujours désorientés sans pour autant être confus.

      D’autre part dans votre relation au malade confus vous devez tenir compte de l’état dans lequel il se trouve :
      - Il sait que quelque chose ne va pas : la perplexité anxieuse est un élément nécessaire au diagnostic.
      - Il ne veut pas que vous le sachiez.
      - Il présente un ralentissement intellectuel qui le met en difficulté pour comprendre ce que vous lui dites.

      Il s’ensuit qu’il n’est pas forcément très utile de chercher à recadrer un malade confus. Parce qu’il n’est pas en état, mais aussi parce qu’une confusion mentale n’est pas un état durable, et qu’il suffit d’attendre. Ce n’est pas la même chose avec un dément qui, lui se désoriente par un autre mécanisme, et qu’il est souvent (pas toujours) utile de réorienter. Le confus, il faut le rassurer, l’aider à se retrouver s’il le demande, et surtout ne jamais essayer de s’opposer à son discours car cela va augmenter son angoisse. Et ce sera encore plus impérieux chez le dément confus, car alors le handicap intellectuel va peser encore plus lourd.

      Mais avant d’aller plus loin, dites-moi : aviez-vous ces notions et ces définitions bien claires à votre esprit ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 27 mars 2016 à 15:32 , par Laurène

    Bonjour,

    Élève infirmière de 3ème année, le thème de mon mémoire traite sur la démence des personnes âgées. Ma problématique étant de savoir comment interpréter son refus de soin car ils leur arrive d’avoir des moments de lucidité. Dans mon travail je comptais donc parler de la relation d’aide avec l’écoute, la congruence, la reformulation or dans certains livres je retrouve ces terme d’écoute, de congruence et de reformulation associés à la relation de soutien. Je ne sais donc pas trop entre aide et soutien lequel choisir ?


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    • La communication avec le dément Le 3 avril 2016 à 17:03 , par Michel

      Bonjour, Laurène.

      Je n’ai pas de compétence particulière dans le domaine de la relation d’aide, mais sur ce que j’en ai compris on entend sous ce terme toutes les techniques qui visent à obtenir, chez le patient en difficulté, un résultat opérationnel, sans se préoccuper outre mesure d’intervenir sur la structure psychologique elle-même. Pour moi (mais je ne demande qu’à être corrigé) c’est ainsi qu’elles se démarquent des psychothérapies d’inspiration psychanalytique. Je mettrais dans une troisième case les psychothérapies comportementales. Tout cela est assez bien expliqué dans https://fr.wikipedia.org/wiki/Relation_d’aide.

      La psychothérapie de soutien est une forme de relation d’aide. Je dirais que c’en est la forme la plus élémentaire, et la plus couramment utilisée. Dans le cadre de votre mémoire je ne m’aventurerais pas dans ces distinctions qui n’ont pas un grand intérêt, et qui vous exposeraient à des critiques en fonction de l’humeur du jury, et j’en resterais à la pratique : la relation d’aide utilise l’écoute et le soutien.

      Quant au refus de soins, il me semble qu’il s’analyse au moyen quatre composantes au moins :
      - Le patient refuse le soin parce que, comme vous ou moi, il n’en veut pas et qu’il exerce sa liberté. On l’oublie un peu trop.
      - Il refuse le soin parce qu’il ne le comprend pas, à cause de sa détérioration.
      - Il refuse le soin parce que, voulant masquer sa démence, il tient à montrer qu’il est encore capable de discerner et de décider.
      - Il le refuse enfin parce que, plus conscient qu’on ne pense de son état, il ne veut plus être soigné.

      Tout cela doit être pris en considération.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 5 mars 2016 à 15:37 , par t.christel

    bonjours, je suis élève A-S et j’effectue un stage en secteur protégé en EHPAD. Je prend en charge une personne ayant une démence hydro-céphalique et atteinte d’une surdité et refusant l’appareillage. J’ai bien essayé de lui mimer les gestes (pour aller prendre le repas ou la douche par exemple) mais il faut croire que je ne suis vraiment pas douée pour ça. Les soignants m’ont aussi dit de lui parler en face lentement mais il ne comprend pas tjrs ni quand je lui parle très près de l’oreille. Je pensais donc imprimer des pictogrammes pr les gestes de la vie courantes, qu’en pensez vous ??? Avez vous des conseils pour que je puisse établir une communication avec lui car il s’isole beaucoup du coup ???

    J’espère que vous pourrez m’aider car je suis un peu démunie.

    Merci par avance


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    • La communication avec le dément Le 6 mars 2016 à 18:11 , par Michel

      Bonjour, Christelle.

      Pas facile, votre question. Car il faut se demander quelle est la part de la surdité et quelle est celle de la démence. Souvent l’hydrocéphalie à pression normale donne des troubles cognitifs modérés, et les problèmes de langage ne sont pas au premier plan.

      L’idée des pictogrammes est intéressante. Mais je ne peux pas aller beaucoup plus loin, parce qu’il faudrait avoir vu le malade, et que la bonne solution sera celle qui marche ; c’est donc une invite à faire preuve d’imagination.

      Cela dit je ne crois pas que vous puissiez vous en sortir seule : c’est le type de situation qui doit être travaillé en équipe ; qu’en pensent vos collègues ? Comment se débrouillent-elles ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 29 janvier 2016 à 19:42 , par Pauline

    Bonsoir,
    Je suis actuellement en formation pour devenir aide-soignante. Pour la validation de mon diplôme je dois réaliser un dossier sur une situation de relation-communication.
    J’explique dans ce dossier les émotions que j’ai ressentie durant l’échange avec une personne démente lorsqu’elle me parlais comme si j’étais sa fille.
    Connaissant son histoire de vie et comprenant tout de suite que sa fille ne voulait plus voir sa maman, j’ai tout de suite compris qu’elle voulais combler cette souffrance.
    Face à la solitude de cette patiente, je me suis senti très mal l’aise, démunie, je dirais même triste.
    La méthode de validation de Naomi FIEL m’a permis de comprendre et accepter les réactions des personnes démentes.
    Je m’adresse a vous car je ne sais toujours pas si la réaction que j’ai eu lors de l’échange avec cette patiente était la bonne. Lorsqu’elle m’a appellé avec le prénom de sa fille et qu’elle me posais des questions comme si s’était elle, je n’ai pas répondu. J’ai détourné le sujet en posant une autre question qui n’avait rien a voir.
    Aurais-je du rentrer dans ce dialogue qui n’était pas la réalité ? Aurais-je du dire à cette patiente que je n’était pas sa fille ?

    Je vous remercie d’avance. Pauline.


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    • La communication avec le dément Le 31 janvier 2016 à 21:55 , par Michel

      Bonsoir, Pauline.

      Vous posez là une question bien délicate : faut-il entrer dans le monde du dément ?

      Si je me réfère aux exemples qu’elle donne, Naomi Feil laisse cette possibilité ouverte. C’est là un des aspects que je critique dans sa technique, car cela me semble triplement dangereux :
      - Parce qu’il me semble toujours éthiquement inacceptable de mentir à un malade.
      - Parce qu’en entrant dans le délire on le renforce.
      - Mais aussi, et peut-être surtout, parce que j’ai le sentiment que quelque part le malade qui délire n’est pas dupe de son délire.

      Bref, cela ne va nullement de soi.

      Alors vous vous demandez si vous avez bien fait d’éluder le problème. Je vous répondrais bien que la réponse est dans votre question : si vous n’étiez pas sûre de vous, alors, oui, sans réserve, vous avez eu raison : il fallait fuir, et c’est ce que vous avez fait.

      Y avait-il mieux à faire ? Oui, en théorie. Car il aurait été très intéressant de comprendre de quoi votre malade avait envie de parler, c’est-à-dire de comprendre pourquoi le souvenir de sa fille arrivait à ce moment-là. Il aurait donc été possible d’essayer de repérer, dans son propos, ce qui aurait pu vous fournir un élément de conversation. Mais ce n’est pas commode : si elle vous prenait pour sa fille vous ne pouviez entrer dans son jeu qu’en vous comportant comme sa fille, ce qui supposait que vous l’appeliez maman, enfin c’est infernal. Il y a des moyens, cependant, mais ils demandent un grand entraînement (exercez-vous, par exemple, à conduire toute une conversation de telle sorte que votre interlocuteur n’ait aucun moyen de savoir si vous le tutoyez ou si vous le vouvoyez).

      Tout cela pour vous dire que, décidément oui, vous avez bien fait.


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  • La communication avec le dément Le 21 janvier 2016 à 21:44 , par brigitte

    Bonsoir,
    Je travaille dans une unité dite "unité protégée" en maison de retraite. Une résidente crie des notes de musique fréquemment et parfois en hurlant jusqu’à perdre le souffle ! iI semblerait que la bulle sonore dans laquelle elle s’enferme calme ses angoisses mais la nuisance est telle que nous sommes obligés de l’isoler dans sa chambre pour épargner les oreilles des autres résidents. Personne n’a trouvé de solution pour diminuer ces cris. Le médecin n’a pas opté pour une forte médication. Qu’en pensez-vous ? Merci.


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    • La communication avec le dément Le 24 janvier 2016 à 18:36 , par Michel

      Bonsoir, Brigitte.

      J’en pense que vous me rappelez des souvenirs douloureux.

      Le dément qui crie est un problème pour lequel je n’ai jamais trouvé de solution.

      Comme vous dites, il semblerait que la bulle sonore dans laquelle elle s’enferme calme ses angoisses. C’est exactement l’idée que je m’en fais. J’ai pensé à cela en regardant des pélicans dans une réserve ornithologique. Il y avait un pélican qui criait ; et quand il arrêtait de crier tous les oiseaux s’envolaient. Je me suis dit (mais je n’en sais rien) que le pélican qui crie a pour fonction de signaler que, du moment qu’il crie c’est qu’il n’y a rien à écouter, et que la horde est en sécurité. Quand il se tait, au contraire, c’est qu’il faut tendre l’oreille parce qu’il y a un danger. Ou quelque chose comme la fonction du veilleur de nuit qui passait dans les rues de la ville en hurlant « Dormez, bonnes gens ». D’ailleurs vous noterez qu’il y a rarement deux déments crieurs dans la même unité ; par contre il arrive souvent que quand le dément crieur disparaît un autre prend sa place.

      Je n’en sais pas plus, et je ne m’en suis jamais sorti. Bien sûr, on pourrait neuroleptiser le malade, mais c’est cher payé pour lui, et cela ne garantit nullement qu’un autre ne va pas le remplacer.

      Nous ne nous en sortirons que quand nous aurons réfléchi à la signification de ce comportement pour la personne qui l’adopte. Mais si mon histoire de pélicans tient la route il faudrait aussi nous demander ce qu’il en est des conditions de vie dans lesquelles nous mettons ces vieilles personnes pour qu’elles en reviennent à des comportements animaux. Mais aussi ce que nous faisons quand la première chose que nous faisons en entrant dans l’unité est d’allumer une télé que personne ne regarde. Et quelle est la fonction du bruit dans notre société. Et pourquoi, pour vous écrire, je me suis mis devant ma télé et que je ne l’ai pas éteinte alors que le match de rugby est terminé depuis longtemps.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 15 janvier 2016 à 18:02

    Bonjour Docteur,

    J’aurais souhaité avoir votre avis sur un problème de placement non choisi par ma grand-mère âgée de 99 ans, sous tutelle et atteinte d’une démence mixte, j’ai fais appel de son placement en banlieue qu’elle n’avait pas choisi- et que sa tutrice ne lui avait pas annoncé- suite à deux mois d’hospitalisation pour fracture des épaules.
    Elle réclame son quartier, parle de Paris sans cesse, même si bien sûr elle a quand même une lourde désorientation spatio-temporelle, et la juge des tutelle en appel a débouté ma demande d’un transfert dans une maison de retraite située dans son quartier et qui lui permettrait de recevoir la visite de ma mère qui souffrant entre autre d’un cancer ne peut effectuer trois heures de métro, rer et bus pour aller la voir dans l’Essonne où elle est placée.
    On nie totalement à ma grand-mère toute capacité de jugement ou de souhait sur le choix du lieu de sa fin de vie du fait de sa démence, le pourvoi en cassation semble très compliqué.
    Depuis peu elle fait des crises de nerfs pour partir de l’établissement où elle est, comment doit-on lui annoncer la nouvelle et quel recours trouver pour essayer d’annuler cette décision ?
    J’ai été son aidant pendant des années à domicile car elle refusait toute institutionnalisation, de plus il y a un conflit avec la tutrice dont je n’ai pu changer, je ne sais plus quoi faire !

    Merci d’avance si vous prenez le temps de me lire et de me répondre.

    cordialement

    Blandine Escoffier


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    • La communication avec le dément Le 15 janvier 2016 à 18:52 , par Michel

      Bonsoir, et merci de votre message.

      Je crains que vous n’ayez pas trop de solutions.

      La loi sur les tutelles précise que c’est la personne protégée qui choisit son lieu de résidence. La situation que vous décrivez est donc en complète anomalie.

      Mais voilà.

      La loi dispose cela, mais c’est le plus souvent idiot : si la personne a besoin d’une tutelle, c’est dans la quasi totalité des cas parce qu’elle n’est pas en mesure de prendre des décisions de cet ordre ; il n’y a donc pas de sens à maintenir la fiction de cette liberté.

      Pour autant la loi dit aussi que la famille doit être impliquée autant que possible dans la prise des décisions.

      Mais je me demande si tous les juges ont bien intégré les évolutions résultant du changement de loi.

      Le problème, c’est qu’il vous faudrait mener des actions judiciaires dont je comprends qu’elles vous fassent peur ; et la force d’inertie que je soupçonne être à l’œuvre dans certaines décisions provient effectivement de cette disproportion entre l’objectif à atteindre et les moyens à mobiliser. C’est dommage, parce que rien ne bougera tant qu’une jurisprudence claire n’aura pas été établie.

      A moins que dans la situation de votre grand-mère, il n’y ait des éléments que vous ne connaissez pas, ou que vous sous-estimez.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 27 novembre 2015 à 12:44 , par Julie

    Bonjour, actuellement étudiante infirmière en 2ème année et en stage en EHPAD, j’ai été confrontée à une situation qui m’a questionnée. Face à une patiente atteinte de la maladie d’Alzheimer qui me parlait de sa mère comme si celle-ci était encore en vie, je me suis demandé s’il fallait rentrer dans son jeu ou s’il fallait au contraire la ramener gentiment à la réalité...
    Qu’en pensez vous ?
    Merci,
    Julie.


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    • La communication avec le dément Le 29 novembre 2015 à 14:33 , par Michel

      Bonjour, Julie.

      Question souvent posée, et toujours aussi difficile.

      J’ai tendance à penser que le problème se pose un peu comme dans les délires : si vous allez dans le sens du délire vous le renforcez, et si au contraire vous contestez la réalité du délire le malade réagira en vous suspectant de faire partie de ses persécuteurs. Il n’y a donc aucune solution, la seule qui reste est de botter en touche, et de trouver le discours qui permettra à votre malade de parler de son délire sans que vous ayez à prendre position ; cela fonctionne jusqu’au jour où le malade s’aperçoit que vous éludez ; mais c’est une autre question.

      De même face à une malade démente, il ne sert le plus souvent (le plus souvent) à rien de la ramener à la réalité, car elle est dans une autre réalité. Cependant il n’est pas approprié non plus d’aller dans son sens ; d’autant moins qu’on a souvent le sentiment que le dément est conscient du décalage entre ce qu’il dit de la réalité et ce qu’il en voit ; c’est même là sans doute une des sources de son angoisse. Il faut donc là aussi botter courageusement en touche ; votre effort doit être de tenter de la faire parler de sa mère, de ce qui l’amène à penser à elle en ce moment, etc.

      Vous trouverez de très bonnes choses sur ce point chez Naomi Feil. Ce que je n’aime pas chez elle c’est qu’elle ne me semble pas toujours très claire ; notamment je crois comprendre que s’il faut entrer dans le monde de la malade elle y entre ; je trouve cela psychologiquement imprudent, et éthiquement suspect. Mais pour le reste il est très judicieux de s’en inspirer.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 25 octobre 2015 à 21:21 , par MENGIN

    Bonsoir,
    Mon père, âgé de 81 ans a été diagnostiqué dément ( GIR 2 ) à l’occasion d’une chute dans les escaliers.
    Nous attendons une place en EHPAD avec UVP, il est pour l’instant en maison de repos, le retour à domicile étant exclu. Notre maman est décédée il y a 9 ans et il vivait donc seul depuis cette date. Il fait un total déni de ce décès, demandant à rentrer chez lui pour la retrouver.
    Mon frère et moi gérons comme nous pouvons et chacun avec sa sensibilité.
    Les questions de notre père sont précises : "pourquoi elle ne vient pas me voir, ne me téléphone pas ?", " tu as eu maman au téléphone ? Tu l’as vue ? Elle a du partir avec un gars ? "
    Nous avions décidé de ne pas le contrarier et de lui répondre succinctement : " non, je ne l’ai pas eue au téléphone, non, je ne l’ai pas vue ..." Mais devant son insistance, nous sommes tentés de lui dire la vérité, vérité qu’il n’accepte pas et qui le rend agressif ou très triste ... Ma question : que faire ? Dire ou ne pas dire la vérité ?
    D’avance, un grand merci,
    Très cordialement,
    Ghislaine.


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    • La communication avec le dément Le 29 octobre 2015 à 21:44 , par Michel

      Bonsoir, Ghislaine.

      Vous posez parfaitement le problème.

      Il y a un principe éthique, qui est de ne pas prendre le dément pour un sous-homme. On lui doit la vérité, comme à chacun d’entre nous. Le corollaire est que le mensonge ne peut être une solution.

      D’un autre côté, on ne peut pas prétendre avoir dit la vérité à quelqu’un si on sait parfaitement qu’il n’est pas en état de comprendre ce qu’on lui dit. Ce n’est pas honnête. C’est comme si on jugeait un accusé en lui parlant dans une langue étrangère.

      C’est ce qui me semble faire le fond de votre question : si vous dites la vérité à votre père il ne l’entend pas. Lui dire la vérité, ce n’est donc pas la lui dire.

      Alors que faire ?

      Naomi Feil invite à entrer plus ou moins dans la pensée de l’autre ; si le malade délire, il faut savoir jouer le jeu du délire. Je crois pour ma part qu’il convient d’être très prudent avec cette stratégie, car elle fait bon marché (mais on me dira que je n’ai pas compris) du problème éthique du mensonge.

      Il me semble que votre position n’est pas loin de l’idéal : vous essayez de botter en touche, vous éludez, et ce n’est que dans de rares occasions que vous êtes acculée dans une impasse. C’est ce qu’il faut faire. Tout au plus vous pourriez essayer (sous réserve que cela fonctionne) de chercher une sorte de second degré de la question : quand il demande : "Tu as eu maman au téléphone", vous pouvez effectivement lui répondre : "pas récemment" ; mais une autre piste est de lui renvoyer sa question ; par exemple : "Qu’aurais-tu envie de lui dire ?" ; ou quelque chose qui le pousse à parler de son ressenti, de ses souvenirs. Cela pourrait vous permettre un entretien plus riche, et plus fécond.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 31 mai 2015 à 19:34 , par Aude

    Bonsoir,

    J’enseigne depuis peu la communication à de futurs aides-soignants. Deux grandes questions me sont souvent posées et j’ai dû mal y répondre.
    Le premier point : la violence des patients envers l’aide-soignant. En effet, j’ai plusieurs étudiants qui ont été victime, lors d’un stage, d’acte violents (le patient saisit un poignet, mord, griffe,...) Qu’est-ce que le soignant doit faire/dire ?
    Le second point : que faut-il répondre à un patient qui menace sans arrêt de se suicider ? pour moi, il faut y prêter attention car si la personne passe finalement à l’acte, c’est ingérable moralement pour le soignant s’il n’a pas essayé de dissuadé le patient.

    Pouvez-vous m’aider ?

    Merci beaucoup


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    • La communication avec le dément Le 1er juin 2015 à 17:53 , par Michel

      Bonjour, Aude.

      Vous imaginez bien que sur de telles questions il ne serait pas possible de vous faire une réponse détaillée dans un simple message de forum. Mais je peux tout de même vous donner quelques indications.

      La violence des patients. Vous postez sur un forum annexé à l’article « La communication avec le dément » ; je vais donc commencer par là.

      La démence ne rend pas violent. Les gens qui étaient violents ne cessent pas de l’être quand ils sont déments, et inversement les gens qui ne l’étaient pas ne le deviennent pas. Quand on a affaire à comportement violent chez le dément, il faut envisager trois hypothèses :
      - La plus rare est celle du sujet violent qui l’est parce qu’il l’a toujours été.
      - A peine moins rare est le cas du malade atteint de démence fronto-temporale, avec des effets de désinhibition.
      - Mais dans l’écrasante majorité des cas, la violence du dément est réactionnelle : le comportement s’explique parce que le malade se trouve devant une situation qu’il ne sait pas analyser. Il peut s’agir de quelque chose qui lui fait peur, ou du sentiment d’être humilié, ou même tout simplement d’un inconfort (douleur par exemple). Ce sont des situations d’autant plus fréquentes que la perte de la cognition rend le dément extrêmement sensible à toutes les impolitesses minimes qui, dans la vie courante, passent inaperçues.

      Il faut donc avant toute chose lutter contre cette rumeur qui voudrait que la démence rende méchant, et qui renvoie à une fantasmatique de terreur qui fait du malade une sorte de zombie.

      Si maintenant nous étendons la question aux malades non déments, je ne suis pas certain qu’elle se pose de manière tellement différente, mais je n’ai pas étudié cette question.

      La conséquence me semble évidente : face à un malade violent il faut absolument que l’équipe procède à une analyse de la situation. Il y a une explication, et il faut la trouver. Je ne peux guère vous en dire plus car il faudrait de très longs commentaires ; ce ne peut être que de l’étude de cas. Ne pas oublier toutes les causes physiques d’inconfort ; autrement dit cette analyse suppose la présence du psychologue et du médecin. Et ne pas se précipiter sur les neuroleptiques. On peut s’y trouver acculé, mais le plus souvent ils sont immérités et peuvent être contre-productifs quand le malade lutte contre le traitement, ce qui est fréquent.

      Bien sûr il est capital que le soignant en butte à la violence du patient ne reste pas seul, qu’il soit immédiatement conscient qu’il est en danger de réagir lui-même par une attitude violente, et que quand cela se produit il en parle de manière à pouvoir déculpabiliser et à trouver rapidement les attitudes correctives.

      Votre seconde question m’étonne un peu plus. En effet le problème du malade qui parle de se suicider est très important, mais vous commentez : il faut y prêter attention car si la personne passe finalement à l’acte, c’est ingérable moralement pour le soignant s’il n’a pas essayé de dissuader le patient. C’est à considérer en effet, mais… ce n’est pas du tout pour cela qu’il faut écouter les menaces de suicide. Ce qui compte c’est que le malade qui parle de se suicider dit quelque chose. Et je dirais que le débat ne se résume nullement à la question de savoir si le malade va ou non passer à l’acte ; après tout le suicide est une liberté. Mais faire et dire son deux choses, et celui qui parle de se donner la mort dit quelque chose d’important, qu’il faut écouter et saisir. Après tout il en va de même pout la vieille personne qui réclame la mort : on a grand tort de ne pas la prendre au sérieux, c’est une vraie demande (même si la réponse peut être très variable).

      Ensuite il faut que ce malade soit examiné. Contrairement à ce qu’on nous enseigne, le désir de mort n’est pas synonyme de dépression ; c’est souvent le cas, mais prétendre que la dépression est la seule cause du désir de mort est très réducteur. Pour autant il faut bien en tendu s’en assurer.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 8 avril 2015 à 21:45 , par Prescillia

    Bonjour, je suis étudiante infirmière en troisième année,
    je réalise un travail de fin d’étude sur l’utilisation du tutoiement pour gérer l’agressivité d’un patient dément (atteint du syndrome de korsakoff)
    selon vous, est-il judicieux de tutoyer un patient dément ? le tutoiement, peut -il diminuer l’agressivité d’une personne démente ?
    Merci pour site internet qui m’a permis d’avancer dans ma réflexion.
    cordialement


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    • La communication avec le dément Le 9 avril 2015 à 19:16 , par Michel

      Bonjour, Prescillia.

      Vous avez totalement raison de poser cette question.

      Je l’ai dit, et je vais encore le répéter : je crois qu’il faut éradiquer le tutoiement, parce que dans la quasi totalité des cas il s’agit d’un tutoiement réflexe, irréfléchi, irrespectueux et pour tout dire maltraitant.

      Mais une fois cette éradication obtenue, il convient de nuancer. Et il existe des tutoiements opportuns, voire thérapeutiques. La démente qui vit dans le monde de son enfance ne va rien comprendre si on la vouvoie : on ne vouvoie pas les enfants.

      Tout ce que je demande, c’est que cette décision de tutoiement remplisse les mêmes conditions que les contentions : réflexion d’équipe, décision consensuelle, avec évaluation et reconsidération périodique.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 2 avril 2015 à 12:27 , par pauline

    Bonjour, je suis actuellement étudiante infirmière en troisième année, et j’effectue mon travail de fin d’année sur l’impact de l’absence de feed-back avec un patient dément non communiquant verbalement, sur la qualité des soins.

    J’ai vécu une situation, peut être banale pour certains, mais qui m’a interpellé. Il fallait que je prenne la tension à une patiente démente, puis réaliser un ECG et la raser pour un bloc le lendemain. Quand je suis arrivée dans la chambre je me suis présentée et face à une absence de réponse, je me suis penchée vers elle, lui ai touché l’épaule pour lui manifester ma présence. La patiente a ouvert les yeux brièvement à ce moment là. Je lui ai indiquer que j’allais lui prendre la tension, et les soins que j’allais faire. Mais lors des soins, je lui demandais si tout allais bien, mais je n’ai eu aucune réponse.

    Ce qui m’a interpellé c’est que j’ai fais les soins sans trop parler, et cela m’a beaucoup gênée, pour moi je n’ai pas pu instaurer une relation de confiance.
    D’autre part, même si les soins n’étaient en soi pas douloureux, je me suis questionnée à la sortie de la chambre s’ils avaient été bien effectués. Et c’est la, le point qui me questionne le plus, comment savoir si mes soins sont de qualités auprès d’un patient dément, mais surtout non communiquant verbalement.

    Qu’en pensez vous ?
    Par avance, merci.


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  • La communication avec le dément Le 27 mars 2015 à 14:06 , par stella c

    bonjour ! j’ai 58 ans est un lien très fort viscéral avec mon père de 97 ans...lui-m^me disait que j’étais son double ! Atteint d’alzheimer diasgnostiqué il y a 4 ans...il n’a jamais vraiment été l’objet d’un traitement pour cel.
    Maintenu à domicile au prix d’énormes difficultés et de la mise en place d’une logistique humaine importante pour soulager ma mère de 84 ans/handicapée ...nous avons dû nous résoudre à le placer. Avons eu de nombreux refus, un autre après placement après trois semaines et à présent enfin il vient à peine, cette semaine d’intégrer une entité...mais assez loin. Il cumule de nombreux handicaps : DMLA, mal-entendant et malgré cela il fait l’admiration de tous : grand, tonique, musclé pour ses 97 ans, il alterne entre aphasie, prostration, moments de lucidité, de calme et crises importantes nocturnes car il est en inversion totale JOUR/NUIT.
    Mes questions :
    . nous en veut-il ?
    . lui fait-on du bien en allant le voir (les maisons nous disent toutes de ne pas venir souvent)...c’est très très dur..presque insoutenable .....de ne pas le voir aussi souvent que l’on souhaiterait.....
    . nous n’arrivons pas a gérer la communication avec la maison de retraite....pouvez vous nous indiquer un guide, une méthode ???

    par avance, MERCI !


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    • La communication avec le dément Le 29 mars 2015 à 20:56 , par Michel

      Bonsoir, Stella.

      J’ai envie de vous répondre très simplement.

      Vous en veut-il ? Oui, bien sûr ! et c’est un cadeau à lui faire. Car tant qu’il pourra se dire (enfin, c’est une (façon de parler) qu’il est institutionnalisé à cause de vous, il évitera de se dire que c’est à cause de son déclin.

      Faut-il espacer vos visites ? Ce n’est pas évident. Il y a chez les soignants un désir de protéger les proches des malades en leur recommandant de limiter leur investissement ; c’est une bonne chose ; mais c’est aussi un choix hasardeux, et rien ne permet de dire que trop de visites risquent de vous nuire, ou de nuire à votre père, tout cela est à voir. par ailleurs il faut se méfier de la tendance naturelle des soignants à vouloir en somme s’approprier le malade, de sorte qu’ils ont une fâcheuse tendance à trouver que la famille les dérange.

      Comment gérer la communication avec la maison de retraite ? Problème récurrent, à la fois scandaleux et profondément humain. Pourriez-vous m’en dire plus ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 2 mars 2015 à 19:02 , par etudiante aide soignante

    bonjour
    je suis étudiante aide soignante et je suis entrain d’analyser une situation de communication avec une personne atteinte de la maladie Alzheimer.
    ce que je n’arrive pas a comprendre comment une personne qui bien calme peut être agité et agresse les autres personnes et dans ce genre de situation comment peut on réagir ?
    merci de votre aide.


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  • La communication avec le dément Le 30 décembre 2014 à 20:47 , par laura

    Étudiante infirmière en deuxième année je me pose la question suivante:comment rassurer une personne démente (en état de crise anxieuse).Merci


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    • La communication avec le dément Le 1er janvier 2015 à 22:18 , par Michel

      Bonjour, Laura.

      Et vous me demandez ça comme ça ?...

      Mais c’est une des choses les plus difficiles qui soient. je doute de pouvoir, dans l’espace d’un message de forum, vous expliquer tout ce qu’il faudrait.

      La première chose est de repérer l’anxiété. Et cela ne va pas de soi. J’aurais envie de vous dire en premier lieu qu’il faut distinguer le cas du dément avec qui la conversation est encore possible de celui qui a, pour dire vite (car les choses sont plus nuancées) perdu l’usage de la parole ; mais je m’aperçois en écrivant cela que même cette distinction n’a rien d’évident : le dément qui parle encore présente des anomalies de comportement, des étrangetés de réactions qui s’expliquent facilement par une angoisse passée inaperçue. Mais laissons cela. Et retenons que l’angoisse doit être recherchée systématiquement quand un dément change de comportement (tout comme il faut rechercher la douleur, et plus généralement toutes les source d’inconfort). Ce n’est pas facile. Se souvenir aussi que la démence ne rend pas agressif (je passe sur le cas particulier des démences fronto-temporales) : toutes les réactions d’agressivité du dément sont des réactions de peur ou d’inconfort.

      Quant à calmer la crise... Je préfère m’en tenir à deux pistes importantes.

      La première est de se souvenir que la vie du dément est nécessairement angoissante, dans la mesure où il sait parfaitement que les choses lui échappent, et que ses troubles intellectuels le conduisent à voir des étrangetés, des anomalies en des endroits et dans des situations qui nous paraissent à nous parfaitement normales : songez par exemple à ce que peut ressentir cette dame qui est arrivée à un niveau de souvenir où elle est une petite fille de dix ans quand elle se fait harceler par cet homme qu’elle ne reconnaît pas et qui prétend être son fils, comme si une petite fille de dix ans pouvait avoir un fils. Il est donc important de ne pas en rajouter sur cette angoisse en essayant de raisonner le patient : on ne fera que l’augmenter, car il n’a plus les moyens d’être rassuré par la parole. Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à dire, mais cela signifie que les moyens verbaux sont limités.

      La seconde est de comprendre que tout se joue en réalité sur le non-verbal : la précision du geste, ou plutôt sa parfaite adéquation, la lenteur des mouvements, la douceur de la parole, le détournement d’attention quand il est possible, le calme de l’environnement, etc. Naomi Feil dit des choses très pertinentes sur ce sujet. J’ajouterais volontiers que la condition essentielle est de ne pas être angoissé soi-même, ce qui fait qu’il est souvent utile de ne pas être seul.

      Mais vraiment il n’est pas possible en si peu de temps de vous dire quelque chose de plus consistant. Serait-ce utile, d’ailleurs ? Le simple fait que vous posez la question montre que vous avez bien compris l’enjeu de la relation avec le dément. Et j’ai envie de vous dire que les solutions, vous les trouverez toute seule ; comme j’ai fait. Sans oublier que quand l’angoisse est massive, comme c’est souvent le cas, on peut tout de même se trouver acculé à manier les psychotropes...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 18 décembre 2014 à 13:35 , par valérie

    bonjour, je suis actuellement étudiante en soins infirmiers, avant j’étais aide-soignante. aujourdhui,nous avons eu. un cours sur les soins relationnels. Nous avons évoqué la prise en soins d’un patient dément agité sous forme de jeu de rôles. le formateur nous a préconisé de resituer le malade dans le temps et l’espace. Cette méthode ne me semble pas tout à fait satisfaisante. Il me semble que cela peut-être dévastateur de dire à une personne âgée qui se croit chez elle par exemple qu’elle est dans une institution. J’ai moi m^me fait l’expérience de cela...je préfère travailler sur les réminiscences du patient dans le cas d’une situation d’agitation. Ici, l’élève qui jouait le dément criait " Henri, Henri où est tu ? il faut qu’on aille faire la cuisine". Mon approche serait d’évoquer Henri et pourquoi pas la cuisine...mon formateur n’était pas d’accor. Fais-je fausse route dans mon approche de la communication avec le patient dément. Merci.


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    • La communication avec le dément Le 19 décembre 2014 à 02:15 , par Michel

      Bonsoir, Valérie.

      Je crois que vous avez parfaitement raison de vous poser la question. Et si la question se pose, c’est pour les raisons que vous dites.

      Je me demande s’il n’y a pas un malentendu sur la notion même de désorientation.

      Le dément peut être désorienté parce que, pour de multiples raisons, il perd la notion du temps et de l’espace. Lorsque c’est le cas, lorsque par exemple le malade se trompe de chambre ou qu’il confond le jour et la nuit, il peut être très utile de le resituer. La seule condition est de ne pas insister trop lourdement quand on voit que cela ne fonctionne pas.

      Mais il y a une autre forme de désorientation, qui correspond à ce que vous décrivez : c’est ce que certaine neuropsychologues décrivent sous le nom de plongeon rétrograde, par lequel le malade se trouve projeté dans un passé plus ou moins lointain (et dont je me demande s’il diffère beaucoup dans son mécanisme de la régression décrite par les psychanalystes). Dans ce cas il vaut mieux ne pas essayer de recadrer le patient, tout simplement parce qu’on n’y arrivera pas ; tout ce qu’on obtiendra sera de le mettre en difficulté.

      Les ressources à mobiliser alors sont globalement celles décrites par Naomi Feil, et qui correspondent à ce que vous proposez de faire.

      Dans le même esprit, il ne faut jamais essayer de prendre position sur un délire de persécution, à moins qu’il ne soit très léger. Car si vous allez dans le sens du malade vous renforcez le délire, et si vous essayez de le contester vous n’allez pas tarder à être accusée de complicité avec les persécuteurs, ce qui là aussi renforcera le délire. La seule solution est donc de botter en touche, ce qui là aussi correspond à votre projet.

      Ou encore, si la malade se trouve transporté à une phase de sa vie où elle a dix ans, vous n’allez pas lui donner du « Madame », car elle sait bien qu’à dix ans on n’est pas mariée. C’est même une des indications guère contestables du tutoiement thérapeutique.
      Tout ceci pour dire que vous voyez bien les choses. Merci de cette clairvoyance.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 5 novembre 2014 à 12:30 , par Korchia

    Bonjour,
    Je suis éducatrice dans un foyer d’adultes déficients mentaux.

    Un sujet me pose question : la communication avec l’usager n’est -elle pas une violence que nous lui infligeons ?

    Merci si vous avez des références ou des pistes de recherche


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    • La communication avec le dément Le 6 novembre 2014 à 22:49 , par Michel

      Bonsoir.

      Je ne sais pas répondre à votre question, mais vous n’imaginez pas à quel point elle me fait plaisir.

      Du moins, si j’ai bien compris.

      Car vous touchez là un énorme problème : celui de l’écart qui existe entre (allez, tant pis si on me reproche ce langage qui n’est pas politically correct) l’aidant et l’aidé ; pour prendre l’exemple le plus banal, le fait d’être un professionnel des soins palliatifs en bonne santé devant le malade en fin de vie est pou lui ne violence ; oh, certes, ça n’empêche pas de s’en occuper, mais on serait bien imprudent de ne pas la prendre en compte. De même, être jeune et s’occuper de vieux.

      Et il existe indiscutablement des formes d’acharnement psychologique, relationnel, rééducatif...

      Je trouverais passionnant de creuser cette piste. Mais est-ce bien de cela dont vous vouliez parler ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 15 octobre 2014 à 16:42 , par jondy

    Bonjour, je traite dans mon mémoire de fin d’études (ifsi) d’une patiente atteinte de la maladie d’Alzheimer, à qui on a menti pour faciliter son placement en unité Alzheimer. En effet la famille et les médecins lui ont laissé penser que le placement serait temporaire. 1 an après elle comprend qu’il y a quelque chose qui ne "tourne pas ". pour vous quel est l’impact du mensonge sur une patiente démente dans l’attente d’un retour à domicile ? merci de votre réponse.


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    • La communication avec le dément Le 15 octobre 2014 à 22:27 , par Michel

      Bonsoir, et merci de votre message.

      Il y a une première réponse qu’on peut faire, et qui est très simple. Le fait de mentir à un patient, quel qu’il soit, contrevient à la loi du 4 mars 2002, mais aussi à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Le fait d’imposer à une personne vulnérable un lieu de résidence qu’elle n’a pas choisi constitue le crime de séquestration visé par l’article 224-1 du Code pénal. On pourrait aussi invoquer l’article 223-15-2, qui punit l’abus de faiblesse. Dans tous les cas cette situation est évidemment une maltraitance caractérisée.

      J’ai parfaitement compris que les gens qui se sont rendus coupables de cette maltraitance l’ont fait parce qu’ils pensaient qu’il fallait mettre la personne en sécurité. Mais cela ne retire rien au fait qu’ils sont dans la plus totale illégalité. De deux choses l’une : ou bien la personne malade est en état de décider pour elle-même, et alors elle le fait ; ou bien elle ne l’est pas et il faut le prouver, ce qui se fait par une expertise, et il faut obtenir de la République, seule habilitée à limiter la liberté d’aller et de venir d’un de ses citoyens, une autorisation dans ce sens ; cela s’appelle une mesure de tutelle.

      Il est totalement inacceptable de s’arroger ainsi des droits sur d’autres personnes. En pratique, évidemment, il va falloir négocier, discuter avec l’entourage, prendre en compte leur angoisse, leur détresse, et les amener à comprendre qu’il y a d’autres solutions que celle qu’ils ont choisie. Mais les professionnels de santé ont des devoirs, et si au nombre de ces devoirs figure en bonne place la prise en charge des proches il n’en reste pas moins que leurs devoirs principaux sont envers le malade ; et qu’en cas de conflit entre les premiers devoirs et les seconds, ce sont les devoirs envers le malade qui doivent primer. Cela implique que, sauf mesure de tutelle, le professionnel doit refuser d’admettre en maison de retraite une personne qui ne le veut pas. Le reste est lâcheté.

      Mais pour répondre à votre question, c’est aussi une faute professionnelle majeure. Car il faut ne rien avoir compris à la démence pour s’imaginer que le dément est un imbécile qui ne comprend pas ce qui se passe. Non seulement il faut maintenir que mentir à un dément c’est mentir à un citoyen, mais comme ils sont au suprême degré sensibles à tout ce qui n’est pas clair ils vont vite comprendre que quelque chose ne va pas ; et comme ils n’ont plus les moyens d’analyser les situations le malaise créé va être encore plus violent que chez toute autre personne. C’est ce que vous avez constaté.

      Dans votre mémoire, parlez des problèmes juridiques, mais sans monter sur vos grands chevaux comme je viens de le faire : on vous en voudrait. Par contre il vous faut insister sur le fait que la démence ne peut être assimilée à une maladie de l’intelligence : devenir dément n’est pas devenir idiot. Mais il vous faudra ajouter que le pire est sans doute de pérenniser ainsi une situation fausse, qui va gravement perturber la relation entre les proches et le malade, alors que, précisément, à ce stade de la maladie il n’y a rien d’autre à faire qu’essayer de vivre une relation en vérité et transparence. Le malade fera les frais de cette relation pervertie, les proches eux aussi la paieront cher.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 8 septembre 2014 à 21:24 , par cali

    bonsoir, assistante sociale de formation, je suis actuellement en contrat d’accompagnement à l’emploi dans une maison de retraite. Je suis ASH et je souhaite travailler la communication avec la personne démente et la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer.
    Pour la communication non verbale je pense à une formation en sophrologie mais savez vous s’il existe des formations à distance car ce que je vis et ce que je vois est loin de ce que vous décrivez.
    Ce qui m’est rapporté lorsqu’une personne est en délire c’est "laisse le il va finir par s’arrêter alors que cette même personne me semble angoissée lorsqu’elle ne trouve pas sa chambre ou veut aller moissonner...
    Par ailleurs, je sens que le manque de stimulation fait perdre pieds à certains autres résidents.

    Je vous remercie pour votre analyse et votre réponse


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    • La communication avec le dément Le 10 septembre 2014 à 20:28 , par Michel

      Bonsoir, et merci de ce message.

      Mais je crains de vous décevoir.

      Car vous pensez bien que si les choses pouvaient s’enseigner à distance, cela signifierait qu’elles sont simples. Je doute donc que vous trouviez quelque chose, du moins quelque chose de sérieux.

      Mais là où la situation s’éclaircit, c’est que ce n’est pas d’abord une question de méthode.

      Par exemple vous parlez de la sophrologie.

      Je suis porté à dire de la sophrologie ce que je dis de la Validation, et ce que je dis de l’"Humanitude" : c’est une technique très intéressante, et je souhaite vivement qu’elle soit diffusée bien plus largement qu’elle ne l’est. Mais il ne faut pas en faire autre chose que ce qu’elle est. A l’origine on trouve l’intuition, assez géniale, de Caycedo qui met au point ce qu’il appelle la "relaxation dynamique" ; l’une des frustrations de la relaxation classique, c’est précisément qu’elle élude la question du mouvement, d’où l’apport de la sophrologie. Mais cela reste une méthode de relaxation, et je ne donne pas cher des élucubrations théoriques auxquelles elle donne volontiers lieu.

      Mais je me demande si vous n’avez pas déjà fait le plus important : apprendre à faire confiance au dément. Car vous avez raison : quand il délire, il dit quelque chose, et il faut recevoir ce qu’il dit. Attention, cela a des limites. Souvenons-nous des impasses de l’antipsychiatrie : oui, le délire est un langage, et l’idéal serait de l’entendre et de le comprendre ; le problème c’est qu’il faut y arriver, et que pendant qu’on s’y essaie le délire prospère et produit ses propres dégâts. Cela dit, tant que vous garderez en vous cette conviction, vous serez une bonne soignante.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Bonjour,

    Je suis étudiante infirmière en troisième année et je travaille sur mon sujet de mémoire qui portera sur les moyens que l’on peut utiliser pour améliorer la communication avec la personne démente qui est touché par le problème de la perte de la communication. Je vous ai fait part de ma problèmatique ci-dessus, mais pour mon hypothèse de recherche, je m’oriente sur la formation des infirmières à l’humanitude. Es-ce que la formation des infirmières à l’humanitude permettrait de développer une meilleur relation avec la personne démente et aphasique.
    Merci de me donner votre avis à ce sujet.


    Répondre à ce message

    • Bonjour, Saliha.

      A la question telle que vous la posez, la réponse est oui, sans aucune hésitation. J’ai dit et répété, mais je ne m’en lasse pas, que, quelles que soient les critiques et les réserves que je peux formuler sur certains points, la formation "humanitude" est probablement la meilleure chose qui puisse arriver à une équipe.

      Elle aide à restaurer la communication, mais elle le fait simplement (!) en permettant au soignant de retrouver des attitudes normales, de ces attitudes dont bien souvent on lui a expliqué qu’elles ne servaient à rien. Oui, le dément, même profond, communique, oui, il parle bien mieux qu’on ne pense, oui, notre devoir de professionnel est de rester aux aguets de ses réponses ; mieux : en demande de ses réponses.

      Cela dit, une fois cette certitude réinstallée dans l’esprit du soignant, la formation "humanitude", pour ce que j’en connais, ne me semble apporter rien de particulier. Sa force c’est d’installer durablement le soignant dans une position où il lui est plus facile de ne pas l’oublier. En somme j’en dirais (de ce point de vue seulement, car il y a une foule d’autres aspects sur lesquels elle permet beaucoup de choses) ce que je dis de la réglette d’évaluation de la douleur : la réglette n’est pas un bon moyen mais on vérifie sans peine que dans les services où la réglette est usée la douleur est plutôt mieux prise en charge que dans ceux où elle ne l’est pas.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 14 octobre 2013 à 10:46 , par alison

    bonjour, que pensez vous du tutoiement des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ?


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    • La communication avec le dément Le 14 octobre 2013 à 22:04 , par Michel

      Bonsoir, Alison.

      Ce que j’en pense ?

      Vous l’avez dans l’article Le tutoiement. Je n’y reviendrai donc que brièvement.
      - Ce n’est pas parce qu’une personne est démente que nous sommes autorisés à nous comporter vis-à-vis d’elle autrement que devant toute autre personne.
      - Cela dit, il arrive fréquemment que la personne démente se retrouve psychologiquement dans une situation où il lui semble vivre dans un passé éventuellement très lointain ; et il se peut que dans ce passé il soit inapproprié de la vouvoyer : si elle se retrouve à un stade où elle s’imagine avoir dix ans, elle a toute chance de ne pas être en état de comprendre pourquoi on l’appelle Madame.
      - Il peut donc être nécessaire de tutoyer un patient dément. Il faut simplement que ce soit un acte de soin, ce qui implique que la décision soit prise en équipe, appliquée d’un commun accord et réévaluée périodiquement.

      Bien à vous,

      M.C.


      Répondre à ce message

  • La communication avec le dément Le 24 septembre 2012 à 16:12 , par mp

    Bonjour

    Etudiante infirmière en 3ème année, je prépare mon mémoire sur la souffrance des soignants face à une personne démente en fin de vie. Pensez-vous qu’une équipe soignante peut allier bien-être et fin de vie pour une personne démente, aphasique, en opposition aux soins ?

    Cordialement
    Mlle P.


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    • La communication avec le dément Le 7 octobre 2012 à 12:11 , par Michel

      Bonjour, et merci de votre message.

      Bien sûr, je crois que c’est possible. Mais c’est évidemment très délicat, très difficile, et très frustrant. Il faut se fixer des objectifs très humbles, accepter de se laisser déstabiliser, de se remettre en question.

      Je crois qu’il faudrait que vous me précisiez votre projet.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 16 février 2012 à 23:03 , par veronique

    bonjour.
    Que d’Humanitude dans votre texte !!!!
    En vous lisant je me suis demandé si les soigants pouvais utiliser le rire et avoir une autre approche de communication avec les personnes souffrant de la maladie. ce rire peut ouvrir la place à des émotions enfouies ???
    J’attend avec impatience votre réponse.
    Veronique


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    • La communication avec le dément Le 18 février 2012 à 12:11 , par Michel

      Bonjour, Véronique, et merci de ce message.

      Cependant il me laisse un peu partagé.

      D’un côté, et croyez bien que je le dis du fond du cœur, c’est un honneur pour moi de voir que, formée à l’"humanitude", vous vous reconnaissez dans ce texte. Nous voulons les mêmes choses, nous menons les mêmes combats.

      De l’autre, précisément...

      J’ai été formé à la méthode Gineste-Marescotti en 2001. J’y ai certes appris une foule de techniques, de détails, de manières d’approcher le malade, et je ne saurai jamais assez gré à Yves Gineste pour cela. Mais le plus important pour moi a été ailleurs : j’ai compris, émerveillé, que tout ce que je pensais, tout ce que je voulais faire, tout ce qu j’avais imaginé, tout cela, je pouvais effectivement le mettre en pratique. Autant dire que j’ai à la fois tout appris et... rien appris. Tout appris sur le plan technique, rien sur le plan théorique.

      Et j’attire votre attention sur la conséquence de ce que vous dites : vous retrouvez tout ce à quoi vous croyez dans les écrits de quelqu’un qu ne croit pas un mot de la "philosophie de l’humanitude". Ces résultats, ces techniques, ces approches n’ont aucun lien avec les présupposés philosophiques que les auteurs de la méthode considèrent comme indispensables, au point que, moi qui n’y adhère en rien, je peux les mettre en pratique et les obtenir.

      Du point de vue philosophique, ce que j’aurais aimé creuser est totalement ailleurs. C’est, pour le dire terriblement court, que les promoteurs de la méthode Gineste-Marescotti enseignent quelque chose qui est réputé impossible à enseigner. Et je crois que de ce fait ils ont le doigt sur quelque chose de fondamental, qu’il faudrait éclaircir, mais dont visiblement ils ne sont pas conscients. C’est là qu’ils innovent, c’est là qu’est le domaine de recherche.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 2 mars 2011 à 15:09 , par Cyril

    Bonjour Michel,

    Tout d’abord je voulais vous dire que j’aime votre façon de voir les choses, avec ce côté humain que certains soignants n’ont plus tant ils sont usés par leur métier.
    Je suis actuellement en formation d’aide soignant, j’ ai 18 ans et j’ai peu d’expérience avec les personnes démentes. Je me pose beaucoup de question auxquelles j’ai du mal à trouver des réponses claires. Peut être pourriez vous m’éclairer ?
    Quel est le moment le plus propice à la communication avec le dément ?
    Est il possible (et comment) avoir une discussion avec une personne en état de crise de démence ?
    Et enfin quel peut être l’intérêt de la communication non verbale dans un moment de crise ?

    Si vous avez le temps j’aimerais beaucoup avoir votre avis.

    Cyril.


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    • La communication avec le dément Le 3 mars 2011 à 23:01 , par Michel

      Bonsoir, Cyril.

      Je suis un peu mal à l’aise pour vous répondre, car votre question est très compliquée.

      J’aurais envie de vous dire qu’il n’y a pas de moment propice à la communication avec le dément. Ou plutôt qu’on ne peut pas poser le problème comme ça.

      Vous ne vous demandez pas quel est le moment le plus propice pour communiquer avec vos proches, n’est-ce pas ? Bien au contraire, vous considérez :
      - Que lorsque vous êtes avec eux, vous êtes en communication permanente.
      - Que de toute manière, le moment propice, s’il y en a un, est celui que l’autre aura décidé.
      Il en va de même avec le dément. Non seulement c’est largement lui qui décide de la communication, mais encore quand on est en sa présence tout est communication. Et cela est encore renforcé par le fait que la démence génère une perturbation de la communication, ce qui rend encore plus strictes les conditions à respecter pour y parvenir. Donc il n’y a pas d’autre choix que d’être en alerte permanente, et en disponibilité permanente.

      Après, tout dépend de ce qu’on veut faire.

      L’essentiel du travail, c’est d’être ouvert, réceptif à ce que le dément veut nous faire connaître. Car l’erreur est classique, de croire qu’il s’agit de savoir ce que nous allons dire au dément, alors que la question est de savoir ce que nous allons entendre.

      Mais il peut arriver que le soignant ait besoin de dire quelque chose au dément. Dans ce cas, il est évident qu’il faut choisir un moment où tout le monde est au calme (et notamment le soignant), en évitant les moments de fatigue, de stress, de bruit. Ces entretiens doivent se planifier, quitte à les décaler si les circonstances ne s’y prêtent pas. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que la démence est source d’angoisse, et ce de multiples manières ; l’entrée en communication y rajoute, car le dément sait fort bien qu’il va s’y trouver en difficulté, voire en danger. Il faut donc avant tout créer des conditions de calme.

      Quant à savoir comment... C’est un art pas très difficile mais assez déroutant. Je dirais que la première condition est d’y croire ; croire que le dément peut parler, qu’il peut se faire comprendre, qu’il sait ce qu’il veut dire, même s’il a perdu les moyens de le dire. L’habitude apprend peu à peu à entendre entre le mots comme on lit entre les lignes, à suivre le malade dans le cours souvent étrange de ses pensées, à pallier le manque de mots au moyen des messages non-verbaux, à savoir ne pas insister, ne pas mettre en difficulté... Tout cela n’est pas très difficile mais demande une bonne pratique. L’essentiel, je le répète, est de garder une foi intacte dans les capacités intellectuelles du dément. Devenir dément n’est pas devenir idiot, c’est perdre les moyens de mettre en mots ce qu’on pense.

      Je serais très circonspect sur la notion de "crise de démence". La démence n’évolue pas par crises. Ce qui le fait croire c’est qu’en temps ordinaire le dément arrive à masquer son trouble de manière très efficace ; du coup c’est quand il est déstabilisé par quelque chose (angoisse, trouble physique, etc), quand il perd ses moyens de compensation que ses lacunes peuvent devenir plus évidentes, faisant croire à tort à une aggravation. De même les réactions d’agitation/agressivité qu’il peut présenter ne sont pas des "crises de démence" mais des troubles surajoutés, avec un début et une fin.

      Lors de telles crises, il est rare que le malade soit accessible à une approche verbale. Les moyens à utiliser sont plutôt de l’ordre du non-verbal : je veux dire que ce qui ressort alors chez l’humain, c’est son animalité, et que les signaux que nous devons envoyer pour aider à calmer la crise sont des signaux essentiellement non-verbaux. Les mots qu’on dit alors sont surtout utiles par la charge affective qu’ils peuvent transporter, par la tonalité de la voix, par l’apaisement qu’ils peuvent procurer, et non par leur contenu objectif.

      Tout cela s’apprend, à coups de petites expériences ; ce n’est pas si compliqué...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 16 juillet 2010 à 21:29 , par Michel

    Bonsoir, Alain.

    Vous avez tout à fait raison, et je n’ajouterai guère, sinon pour dire que les déments m’ont énormément appris sur la vie.

    Mais il est très difficile de faire comprendre que, perdant la mémoire, ils ne perdent pas tout ; et il faut tout un travail personnel pour accepter l’idée que la communication reste avec eux possible jusqu’au bout, et surtout pour accepter les chemins par lesquels il faut passer pour y parvenir. Les jeunes en particulier n’ont aucune chance de comprendre cela.

    Quant au vocable "dément", je le garde à dessein : c’est notre regard qu’il faut changer, non les mots ; et rien ne m’horripile plus que les "personnes désorientées" ou les "syndromes cognitivo-mnésiques"...

    Bien à vous,

    M.C.


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  • La communication avec le dément Le 14 juillet 2010 à 23:20 , par Alain

    Médecin coordonnateur en Ehpad j’observe avec beaucoup d’inquiétude le comportement des soignants à l’égard des "déments". (je n’aime pas ce mot qui dévalorise beaucoup les résidents et qui témoigne d’un passé obsolète)

    Je serai personnellement enclin à penser que nous avons à faire à des personnes présentant un handicap de la pensée mais qu’il persiste en eux des capacités intellectuelles beaucoup plus importantes qu’on ne le croit notamment dans le domaine de l’imaginaire et de l’affectif comme certaines contributions le relatent.

    Le soignant, en gardant ses schémas de communication habituels, n’arrive pas à se placer dans le champ de la communication possible avec ces résidents de sorte qu’il en résulte de part et d’autre frustration et agressivité latente.

    Par ailleurs "la camisole" iatrogène imposée est proprement révoltante et constitue une atteinte flagrante à la dignité humaine.

    J’ai conscience qu’être capable d’écouter, de comprendre et de rassurer est extraordinairement difficile et exige disponibilité et humilité.

    En un mot, il y a de l’humain qui mériterait qu’on s’y attache et ce n’est pas dans et par les mots qu’on lui permettra d’exister.


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  • La communication avec le dément Le 1er juin 2010 à 11:50 , par audrey

    bonjour ,je suis élève infirmière et je prépare mon mémoire de fin d’étude ,j’ai choisie de travailler sur la fonction de la parole en gériatrie
    je m’interroge sur les différentes fonctions
    croyez vous qu’il y est une parole de soin ,une parole de vie est une parole de mort ?pourquoi remobilisons nous la parole auprés des personnes agées dans les institutions alors qu’avant on ne s’en préocupper peu
    merci


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    • La communication avec le dément Le 3 juin 2010 à 22:47 , par Michel

      Bonsoir, Audrey.

      Au risque de vous décevoir... J’ai bien plus envie de vous lire que de vous écrire.

      Votre projet est passionnant ; lourd mais passionnant. Et très excitant.

      Y a-t-il une parole de soin ? Tout le monde le dit. On est nettement moins bavard quand il s’agit de préciser ce qu’on entend par là, et comment il se fait que la parole peut être soin. A supposer qu’elle le soit réellement et qu’il ne s’agisse pas là d’une illusion de soignant. C’est Dieu qui dans la Bible agit par sa parole, et chaque fois que nous évoquons notre croyance à la vertu curatrice d’une parole nous nous prenons pour Dieu. Cela ne signifie pas que la parole ne puisse pas être de soin, cela signifie que quand nous le pensons nous pensons aussi autre chose.

      Une parole de vie ? Encore plus sans doute illusion de la toute-puissance. Mais il y a autre chose : le fait que le vivant parle, que parler c’est intrinsèquement se comporter en humain. Les nazis avaient bien compris l’importance qu’il y avait à ne pas parler aux déportés. Mais comment affinerez-vous la différence parole de vie/parole de soin ? Peut-être en insistant sur le fait que dans la parole de soin c’est le contenu qui est censé soigner alors que dans la parole de vie c’est le fait de parler ? Mais quand je reprends langue avec le dément grabataire à qui plus personne ne parlait, je soigne ou je fais vivre ???

      Et la parole de mort ? Il y a le fantasme du cri qui tue. Il y a cette réticence à annoncer les mauvaises nouvelles ; certes on ne dit pas n’importe quoi n’importe comment, mais à trop vouloir dorer les pilules on est très vite à mentir, et à mentir à un malade qui n’est pas dupe, ce qui augmente son angoisse. Naturellement comme les malades sont bien élevés tout se passe entre gentlemen, on évite les sujets qui fâchent, mais plus je vais plus je me demande si cela ne sert pas surtout à protéger le soignant. Mais peut-être après tout s’agit-il d’un mot que vous avez évoqué par simple symétrie, un mot qui dépasse votre pensée. Dans ce cas il vous faut le creuser, car il me semble d’une très grande richesse.

      Continuons à suivre cette piste.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 27 avril 2010 à 19:58 , par babeth

    bonjour ,,je suis actuellement eleve aide soignante et dans le cadre de ma formation,nous devons decrire une situation concernant la relation soignant/ soigné dont nous avons été acteur.

    j’aimerais avoir votre avis concernant une situation en stage ou je me suis trouvé face a une dame atteinte de la maladie d’alzheimer a un stade avancé et qui lors de la toilette c’est mise a pleurer sans raison apparente ,j’ai donc voulu attenuer sa tristesse ,en "chantant" avec elle car auparavant mes collegues m’avaient dit que cette personne aimait chanter ,ma question est, ai je bien fait ?
    (cette personne s’est mise a chanter avec moi)

    ou aurai je du laisser cette personne exprimer sa tristesse jusqu’au" bout" ?

    merci


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    • La communication avec le dément Le 28 avril 2010 à 23:10 , par Michel

      Bonsoir, Babeth.

      Je crois que vous avez très bien fait.

      Et il y a à cela au moins trois raisons.

      La première est que vous avez trouvé, dans une situation qui sur le plan émotionnel n’allait certainement pas de soi, le moyen d’inventer une solution adaptée ; vous avez découvert par vous-même la technique de détournement d’attention, qui a été systématisée notamment dans la théorie dite de l’"humanitude". Et vous avez apporté à votre malade un soulagement.

      La seconde est que vous avez obtenu ce résultat parce que vous avez écouté ce que vous ressentiez. J’ai déjà eu l’occasion de parler de cela, et si je crois que le soignant doit être prudent avec ses réactions affectives, il aurait bien tort de les ignorer, et bien tort de ne pas prendre conscience de l’aide qu’elles peuvent lui apporter.

      La troisième est la réponse directe à votre question : aurait-il mieux valu laisser la dame exprimer sa tristesse ? En théorie, sans doute. Sauf qu’il aurait fallu que vous soyez prête à recevoir cette tristesse et à en faire quelque chose ; autant dire vous positionner en psychothérapeute. Sans formation appropriée, cela aurait été très difficile, et vous avez eu parfaitement raison de ne pas vous y risquer.

      Très beau travail, donc, et dont vous pouvez être fière.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 9 février 2009 à 19:50 , par dalifa

    Bonsoir,
    J’aimerais connaitre votre avis sur ce qui suit ; je suis médecin femme, j’interviens depuis peu comme coordonnateur dans un ehpad. J’ai été surprise par le comportement d’un résident qui m’a "déclaré sa flamme". Monsieur X âgé de 79 ans admis depuis peu, traité pour un parkinson, cohérence plutôt moyenne. Je l’ai recadré en lui expliquant mon rôle.
    Il exprimait clairement son besoin d’avoir une femme à ses côtés "j’ai besoin d’une femme je suis en privation depuis des années" !!!!!
    Monsieur X avait besoin d’être aimé, un besoin d’affection et de tendresse, besoins tout à fait légitime !!!
    Cet incident m’a profondement touché, et m’a donné à réflechir. Que peut’on faire ??? Rien hélas.
    Merci de me donner vos avis.


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    • La communication avec le dément Le 10 février 2009 à 21:13 , par Michel

      Bonsoir, Dalifa.

      Ce que vous racontez là est particulièrement touchant et difficile. Et cela nous pose, à nous professionnels, une question assez douloureuse.

      Ceci d’un point de vue très général : le positionnement qui est le nôtre (ce serait très long à détailler) fait que nous sommes exposés à déclencher des émotions, des sentiments que nous n’avons pas souhaités, et qui peuvent faire des dégâts. Je suppose qu’il y a une manière d’être qui fait que cela ne se produit jamais ; je ne l’ai pas trouvée, et il m’est ainsi arrivé de provoquer des élans, des désirs, dont bien souvent je ne m’apercevais même pas. C’est un parasite pour la relation thérapeutique, c’est tout simplement une source de souffrance pour l’autre. Et j’ai notamment le souvenir pénible de deux de ces amoureuses : l’une était une très vieille dame, l’autre une très petite fille. Je ne sais pas s’il y a pire chose que le chagrin d’amour d’une petite fille.

      Bon ; cela dit, regardons votre problème. J’ai l’impression d’entendre que cet homme se trouve plutôt dans un désir.

      Cela nous conduit à étudier la question de la sexualité des personnes âgées. Beau sujet d’article, tiens, si j’avais le temps...

      Mais je ne l’ai pas ; alors je vais être épouvantablement rapide.

      Cette sexualité du sujet âgé, on commence à découvrir qu’elle existe. Après tout on a mis du temps à découvrir la sexualité infantile ; mais pour le sujet âgé c’est pire, car nous n’avons jamais été vieux ; nous pouvons donc plus aisément scotomiser des choses ; alors que tout de même, l’enfant, nous avons quelques souvenirs.

      La sexualité du sujet âgé en général. Elle est à reconnaître, à accepter, peut-être à favoriser (je dis "peut-être" parce qu’il ne faut certainement pas lui donner une importance qu’elle n’a pas : ce serait déjà bien si nous cessions d’y faire obstacle de multiples manières). Mais quel contenu ? Ce que dit votre malade, c’est qu’il souffre de solitude ; allez savoir s’il érotise ce manque, ou s’il est réellement en frustration sexuelle ; allez savoir s’il a besoin de compagnie, de tendresse ou d’orgasme.

      L’une des choses les plus absurdes que j’observe souvent chez ceux qui, avec les meilleures intentions du monde, veulent prendre en compte la sexualité du sujet âgé, c’est qu’ils tendent à occulter la différence entre un jeune et un vieux ; j’ai lu récemment sur une liste un mail d’une correspondante qui se scandalisait parce qu’on n’arrivait pas à prendre la sexualité du vieux comme on prend celle du jeune. Mais ce ne sont tout simplement pas les mêmes. Je commence à arriver à un âge où les choses, lentement, changent, je veux dire que le désir, s’il ne cesse pas, se modifie de multiples manières.

      Il y a des pays, notamment l’Australie, où on a institué l’intervention de prostituées dans les maisons de retraite.

      Ce n’est pas une idée absurde a priori, et il y a certainement des circonstances où c’est même une bonne chose. Reste qu’il existe une inadéquation (mais peut-on la réduire ? Et n’est-ce pas mieux que rien ?), entre la demande et la réponse. Gare aux simplismes : cela resterait quelque part un mépris de la sexualité du sujet âgé que de croire l’accomplir en lui payant une pute.

      Monsieur X avait besoin d’être aimé, un besoin d’affection et de tendresse, besoins tout à fait légitime !!!

      Oui, c’est légitime. Et même ce peut être contagieux ; même peut nous traverser l’esprit des pensées comme : "Et après tout, si ça doit lui faire un tel bien, ça ne me coûterait pas si cher". Mais cette solitude est presque toujours irrémissible, et il n’y a rien d’autre à faire que la respecter en ne trichant pas avec.
      Vous savez, il arrive que se forment des couples en maison de retraite. Je ne suis pas sûr que ce soit fréquent. Pourquoi ne l’est-ce pas davantage ? Pression de l’institution ? Soumission de la personne âgée à une image d’elle-même ? Ici également gare aux simplismes. sans doute faut-il adapter nos institutions ; sauf que la manière dont nous l’adaptons est probablement tout aussi normative que la structure sexuellement répressive de nos institutions actuelles. Quand un couple se forme, on voit les équipes tantôt se scandaliser tantôt mascottiser le couple. Dans l’un et l’autre cas cette interférence entrave le développement d’une relation normale. Mais comment vais-je faire pour proposer à ce couple un lit à deux places, alors que je ne sais rien de ce qu’il en est de leur désir ? Et si je ne leur propose pas, comment vont-ils faire pour arrive à l’idée que ce serait possible ?

      L’autre problème, c’est celui du dément. Car il n’y a aucune raison pour que le dément n’ait pas des besoins sexuels. Mais à qui fera-t-on croire que le malade frontal qui présente une désinhibition avec, comme on dit, perte des convenances sociales, et qui course les résidentes dans les couloirs, à qui fera-t-on croire que ce malade exerce sa liberté ? Et si on ne le fait pas, comment peut-on penser les légitimes besoins sexuels d’un malade par ailleurs désinhibé ?

      Vous voyez bien qu’il faudrait un article entier...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La communication avec le dément Le 23 juin 2008 à 19:33 , par Croisé

    Je suis animatrice et travaille en EHPAD depuis 23 ans. Je suis actuellement en formation DUHEPS et j’ai choisi pour thème de travail : Quel "espace" de vie possible pour la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Comment prenons nous en compte ses désirs ?
    J’ai lu avec énormément d’intérêt votre article et je partage totalement votre avis : "...toute la question serait plutôt de parvenir à l’aimer en raison de ce qu’il est."
    Ne serait ce pas le préalable pour faire un bout de chemin, pour un accompagnement de qualité ?
    Si les mots n’ont plus de sens, les regards, les sourires et les larmes, les humeurs et les attitudes nous en disent long...


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    • La communication avec le dément Le 23 juin 2008 à 22:34 , par Michel

      Bonsoir, Maryse.

      Oui, je crois que nous sommes d’accord.

      Allons simplement un peu plus loin : les mots du dément sont porteurs de sens. Un sens de plus en plus difficile à saisir, un propos de plus en plus elliptique, mais un sens.

      Je ne sais pas si le nom de Ronald Laing vous dit quelques chose.

      Ronald Laing a été l’initiateur de ce qu’on a nommé l’antipsychiatrie. L’une des thèses fortes était que le délire est un discours, et qu’il vaut mieux, plutôt que de le briser, essayer de le comprendre ; et Laing disait que quand on arrivait à comprendre le délire il disapraissait de lui-même.

      C’est sans doute vrai. L’ennui pour Laing est qu’on n’y arrivait presque jamais, et qu’à laisser le délire prospérer on laissait aussi prospérer ses dégâts.

      C’est sans doute la même chose pour le dément, et il faudrait essayer toujours de le comprendre. Mais il ne faut pas que nos essais pour le comprendre induisent chez lui une panique irrépressible. De ce point de vue je souscris tout à fait à ce que dit Naomi Feil (d’ailleurs je ne suis pas sûr qu’elle le dise réellement) : notre point de départ doit être de signifier au malade que nous croyons au sens de ce qu’il dit, même si nous ne comprenons pas ce sens. Et puis parfois il arrive que le miracle se produise...

      Bien à vous,

      M.C.


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