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Cet article a été relu le 7 juillet 2012

Le tutoiement

Inédit

mardi 27 septembre 2005 par Michel

A-t-on le droit de tutoyer les malades ou les résidents ?
Le tutoiement est-il une maltraitance ?
Que faire lorsqu’un résident demande à être tutoyé ?

Ces questions sont fréquemment débattues dans la communauté soignante, et les réponses sont souvent tranchées. C’est d’autant plus paradoxal que nous avons tous l’exemple de soignants qui manient le tutoiement avec une tendresse, une dignité, un respect qui dissuadent de toute critique.

Mais la question qu’il faudrait aussi se poser, c’est : pourquoi la question se pose-t-elle ? Pourquoi y a-t-il là un enjeu, à supposer qu’il y en ait un ?

Quelques préalables

On oublie un peu vite que le milieu d’une maison de retraite est par nature un milieu artificiel : il y a des gens qui sont là, qui dans leur écrasante majorité y sont à contrecœur, et qui entretiennent des relations avec d’autres qui sont là parce que c’est leur métier. C’est avant tout cela qui pose problème au moment où il s’agit de faire une communauté, et c’est pour cela que les uns et les autres ont du mal à ajuster leur comportement. Un jour je me suis mis à réfléchir sur la rédaction d’un code de bonne conduite destiné à guider les soignants dans leurs relations avec les résidents. Nous pouvons tous à un moment ou à un autre nous trouver pris en flagrant délit d’incivilité : une remarque maladroite en public, un silence blessant, un regard refusé... Comment déterminer, dans notre comportement quotidien, ce qui est de bonne pratique et ce qui ne l’est pas ? Je m’échinais sur le problème quand brutalement j’ai eu une illumination. Je me suis aperçu que les principes à appliquer sont tout simplement les règles élémentaires de la courtoisie qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit de négliger dans la vie courante et que nous mettons systématiquement au rancart dès que nous avons passé la blouse. Et cette illumination a eu deux conséquences :
- Je me suis rarement senti aussi ridicule.
- On n’a peut-être par fini de rechercher les causes profondes de cette anomalie.

Ceci constaté, on pourrait poser une seconde question préalable : pourquoi tutoyons-nous ? Dans la vie courante, qui tutoyons-nous ?

Il y a des langues qui ne se posent pas le problème : il en est où on tutoie tout le monde, il en est d’autres où on vouvoie tout le monde. Cela a sa raison d’être, qu’il faudrait étudier. Si je me souviens bien l’anglais possède un tutoiement, mais il s’agit d’un archaïsme utilisé essentiellement pour s’adresser au dieu. Preuve que le tutoiement entretient avec le respect des relations complexes. Et en pays d’oc on a le tutoiement facile et variable, un tutoiement qui n’engage à rien et ne signifie rien, sauf un désir de convivialité au moins formelle.

En français on utilise les deux modes. Soit. Si on veut donner sens à cela il faut essayer de dégager des orientations. Du fait qu’il y a deux modalités possibles il suit qu’il y a des degrés dans la relation, et je ne peux échapper à cela : je peux décider que je tutoierai tout le monde, mais le fait que je décide de ne pas utiliser le vouvoiement n’empêche pas cette possibilité d’exister. Donc tutoyer est une chose, vouvoyer en est une autre.

En ce qui me concerne j’ai tendance à être réservé : les gens que je tutoie sont ceux à qui je reconnais une sorte de droit sur moi, ceux à qui j’accepte de rendre des comptes : ma famille, mes amis très chers ; je ne crois pas que je tutoierais une maîtresse, ou alors c’est qu’elle serait plus que cela. Les médecins se tutoient ; je n’aime pas trop cette manie, qui n’a d’autre but que de prétendre, précisément contre toute évidence, que nous sommes une grande famille ; comme disait Hugo, dans "confrère" il y a aussi "frère". Au travail je ne tutoie personne sauf, et encore de mauvaise grâce, ceux qui me l’imposent. Je le fais parce que tout de même il n’y a pas là de quoi déclencher une guerre et que le refus d’un tutoiement offert implique un affront.

La position qui est la mienne n’a aucune raison de prétendre à la généralité ; mais tout de même il ne faut pas perdre de vue que le tutoiement est la marque d’une intimité. Ce n’est pas un acte neutre. D’ailleurs si on veut soutenir que le tutoiement un acte neutre on ne comprend plus pourquoi on se pose le problème : s’il n’apporte rien, s’il ne dit rien, on se demande bien pourquoi on veut l’utiliser.

Conséquences

Revenons maintenant à ma première remarque. Les faits sont que le milieu de la maison de retraite est artificiel. Et que je suis là pour des raisons professionnelles. L’hôpital, c’est ma vie, mais justement mes vacances je les passe ailleurs. Je suis là parce que je suis un technicien du soin et de la relation ; à ce titre je suis comptable de mes actes, tous mes actes sont soin.

Certes on a tout à fait raison de dire que le soignant doit assumer son affectivité, ses émotions, ses sentiments, et que le burn out naît largement des efforts qu’il fait pour résister à son affectivité. Cependant il me semble que je suis tenu de savoir ce que je fais quand je laisse parler mes sentiments. Ma spontanéité a toujours des élastiques, et je dois être capable à tout moment de reprendre le contrôle de la situation. C’est ainsi, et qui le déplore n’avait qu’à choisir un autre métier. Le soignant est un homme de théâtre, et ses émotions sont un outil.

Il y a donc des résidents et des soignants. Il y a une dissymétrie (non pas une inégalité) fondamentale, et qu’il me semble mensonger de vouloir occulter. C’est d’autant plus important que notre métier est largement un métier de toucher. C’est notre rôle, j’allais dire notre prérogative, que de toucher le corps de l’autre, violant par là un tabou fondamental. C’est pourquoi, violer pour violer, je peux, à tant que faire de les toucher, caresser des vieilles dames que je ne toucherais pas ainsi dans la vie courante. Mais alors je dois veiller à réintroduire dans mes mots la distance que j’abolis dans mes gestes. La barrière du toucher, je la franchis parce que c’est mon métier ; non seulement cela ne m’autorise pas à franchir celle du langage mais cela m’impose au contraire de la renforcer.

Alors il y a les cas particuliers. Il y avait Marguerite, qui était là depuis des éternités, et que la moitié de l’effectif tutoyait depuis vingt ans. On n’allait tout de même pas revenir en arrière. Mais quand Josette, ancienne aide-soignante de la maison, qui avait pris la retraite il y a six ans, est revenue nous apporter son Alzheimer, j’ai imposé à ses anciennes collègues de la vouvoyer. Je sais que du tréfonds de sa démence Josette en a souffert, mais il fallait que les soignantes retrouvent un peu de distance.

Il y a les résidents qui le demandent, et ils sont nombreux. Il y a des arguments pour accepter cette demande ; en particulier la génération qui vit actuellement en maison de retraite avait coutume de pratiquer le tutoiement comme signe, en quelque sorte, de la fraternité prolétarienne, et il est très fréquent qu’à l’hôpital les occupants d’une même chambre se tutoient très rapidement ; alors ils en viennent vite à reconnaître dans l’aide-soignant un camarade de classe sociale, de sorte que le vouvoiement apparaît comme une sorte de vexation.

Mais le fait que la demande existe n’implique pas qu’il soit tellement sain que cela d’y accéder. Dans la demande de tutoiement se joue autre chose, et j’y vois notamment un désir d’abolir cette dissymétrie entre le résident et le soignant. Or cette dissymétrie est fondatrice, et je ne sais pas si c’est une bonne chose que de chercher à la masquer. Ce qui en serait une, c’est d’arriver à l’abolir en réalité, mais ce n’est pas le cas : les soignants font leur métier, ils le font magnifiquement, mais ils partent à neuf heures et ils touchent leur mois. Et c’est très bien ainsi. Que l’autre veuille de la familiarité, je le comprends, mais cela ne m’impose pas forcément d’y obtempérer. D’autre part j’observe que le plus souvent les résidents qui demandent le tutoiement et l’obtiennent ne tardent pas à se perdre dans des relations de chantage affectif et de manipulation, ce qui me pousse à me dire que c’est plutôt cette situation pas claire qu’ils recherchaient ; ils ont cent fois raison de le rechercher, mais cela ne signifie pas que nous devons nous y prêter, au risque de perdre les moyens de notre rôle.

On ne joue pas impunément avec son rôle. Il m’est arrivé un jour de me retrouver avec une hécatombe d’arrêts de travail chez les aides-soignantes ; il n’y avait rien d’autre à faire que de les remplacer, et j’ai donc passé une matinée à assumer les tâches d’une aide-soignante. Les réactions des résidents étaient complètement affolées. Moi, je suis le docteur. Les vieilles dames je les prends dans les bras, je les cajole, qui trop embrasse a tout de même quelques petites compensations, mais je suis le docteur et je le marque. Et je ne tutoie personne.

Sauf une fois Lucienne. Lucienne était une vieille démente qui ne parlait plus, mais qui avait des yeux extraordinaires. Un jour j’ai plongé mes yeux dans les siens, et j’ai vu défiler, cela a duré trois quarts d’heure, toute une histoire. Et je l’ai vue régresser. Ses yeux me parlaient de quand elle était petite fille, qu’elle revenait de l’école ou de garder les chieuvres... Alors je me suis penché vers son oreille et je lui ai murmuré : "Tu veux ton goûter, Lucienne ?". Et en effet elle avait faim. C’est que Lucienne était dans un tel état que son nom ne lui disait plus rien ; ce qu’elle vivait se passait quand elle avait six ans, et si je lui avais donné du Madame elle n’aurait tout simplement pas compris. Mais mon tutoiement était un acte de soin, et d’ailleurs je suppose que tout cela se passait dans ma tête.

Des principes

Je ne crois pas que le tutoiement soit une pratique très dangereuse, et il faut certainement dépasser le stade manichéen de la discussion. Mais pour pouvoir le dépasser il faut que chacun ait réfléchi à ce que le tutoiement implique. Et il est probable qu’on ne peut guère tolérer le tutoiement tant qu’on n’est pas parvenu à l’éradiquer. Alors, et alors seulement on peut le réintroduire.

Bref, je tiendrais volontiers, d’ailleurs je les tiens, trois principes :
- On ne tutoie personne, même s’il le demande. Ce n’est pas une question de respect mais d’honnêteté.
- Il y a des exceptions, notamment chez le dément ; mais ce doit être un acte de soin, qui doit faire l’objet d’une discussion en équipe.
- Nous avons fort à faire pour promouvoir le respect de la personne dans nos équipes ; sans doute peut-on lâcher la bride quand ce point est fermement acquis, mais ce n’est pas le cas. Je constate, moi, que les quelques soignants qui renâclent à abandonner le tutoiement sont ceux qui maîtrisent le plus mal la relation thérapeutique, et je n’aime pas ce flou. Il y a des gens qui pensent que du moment qu’on est en famille on n’a pas besoin de prendre tant de précautions et qu’on peut se taper sur le ventre. Je suis plutôt du genre à penser que la femme que j’aime, parce que je l’aime, je lui dois encore plus de délicatesse, de respect et de précaution qu’à une autre. On n’en est pas là dans les équipes de soin.


68 Messages

  • Le tutoiement Le 6 octobre à 07:20 , par Kolasa

    Bonjour. Je suis animatrice en EHPAD et je suis toujours heurtée par le tutoiement ou les petits noms qui sont donnés aux Résidents par les soignants mais aussi par d’atresmembres du personnel. Même si on explique et redit pourquoi il ne faut pas tutoyer, ce tutoiement est toujours de mise et surtout auprès de Résidents atteint de démence..
    J’ai rencontré une vieille dame dans un établissement ou tout le monde était tutoyé il y a une quinzaine d’année et bien sur j’ai fait comme tout le monde..... Et je l’ai retrouvée plus tard dans un autre établissement ou le vouvoyement est de mise elle a très bien compris et admis que je repasse au vouvoiement avec elle. Je crois même que cela a accentue le respect entre-nous.
    Merci pour cette analyse qui peut éclairer certaines lanternes


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    • Le tutoiement Le 9 octobre à 21:36 , par Michel

      Bonsoir, Kolasa.

      Moi aussi, cela me heurte.

      Mais il faut le redire : ce qui me heurte, ce n’est pas le tutoiement, dont je crois qu’il peut, surtout en EHPAD, être légitime dans de nombreuses situations ; c’est le tutoiement irréfléchi, injustifié, qui ne correspond qu’à une volonté de pouvoir sur la personne.

      Ainsi toute la question, dans l’établissement où vous travaillez, est de savoir si cette question du tutoiement a fait l’objet d’une prise de conscience, d’une discussion, d’une décision d’équipe. La règle est, ici comme ailleurs : on a tous les droits sauf celui de ne pas savoir ce qu’on fait.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 28 octobre 2013 à 11:26 , par Pierre-Yves

    Bonjour
    Je travaille dans un FAM et je retrouve dans vos propos ma position (et celle du FAM) sur le vouvoiement. Votre manière d’écrire amène une douceur dans ce positionnement professionnel.
    Avez-vous des lectures (livres, articles, etc... ) qui ont appuyé votre réflexion ?
    Merci


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    • Le tutoiement Le 3 novembre 2013 à 19:43 , par Michel

      Bonsoir, Pierre-Yves.

      Je n’ai malheureusement aucune référence. Outre que je n’ai jamais su faire une recherche bibliographique, je doute que ce sujet ait passionné les professionnels, du moins ceux qui publient.

      Une rapide recherche sur "tutoiement et soins" sur Internet ramène quelques textes, je ne sais pas quelle est leur valeur.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 8 août 2013 à 20:33 , par Véranne

    Etudiante infirmière de 20 ans, entrant en septembre en 3 ème année, je commence à réfléchir sur mon mémoire. Le sujet qui m’interesse le plus ce jour, c’est le tutoiement en milieu de soins, et plus précisément au près des personnes âgées démentes. J’ai trouvé votre article vraiment très intéressante, il m’a permis de me poser encore plus de question sur mon sujet. Je pense que le tutoiement est vraiment une pratique personnelle dans le sens où pour moi, j’utilise facilement le tutoiement dans ma vie. Je me retiens énormément dans les situations de soins en tant qu’étudiante. Dans ma génération, le tutoiement est utilisé très facilement, c’est peut être pour cela. En bref, je pense que le tutoiement est encore trop tabou alors qu’il peut être utilisé dans le cadre d’une démarche de soins au près d’une personne âgée démente et pourrait peut etre permettre d’établir une relation différente qu’avec le vouvoiement.


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    • Le tutoiement Le 18 août 2013 à 20:01 , par Michel

      Bonsoir, Véranne.

      Vous posez des questions très importantes.

      La première est effectivement celle de l’évolution culturelle. Effectivement le tutoiement se développe, spécialement dans les générations plus jeunes. On se tutoie beaucoup plus, on s’embrasse aussi beaucoup plus. Et je constate tous les jours combien il est difficile de s’y retrouver. J’ai même du mal à expliquer ce qu’il en est de ma pratique personnelle.

      Au plan professionnel, ma règle est de ne tutoyer personne : ni malades ni soignants. Et j’en ferais autant pour mes confrères s’il n’y avait pas une pression du groupe qui fait que par défaut on se tutoie. Je résiste, mais je perds souvent.

      Mais en privé c’est plus compliqué. Dans mes activités annexes, je suis amené à côtoyer pas mal de jeunes. Il en est que je tutoie, d’autres non. Je dis (mais est-ce vrai ?) que tutoyer ne doit pas être un réflexe ; pour se tutoyer il faut avoir partagé des choses. Mais cela ne suffit pas, et je serais bien en peine de dire ce qui fait qu’à un moment ça bascule ; ni pourquoi il y a des jeunes que je ne tutoie jamais, alors que le vécu en commun y est bien davantage que pour certains que je tutoie ; si j’ajoute que j’embrasse bien plus facilement que je ne tutoie...

      En fait, ce que je crois c’est que je trouve dans le vouvoiement une élégance, un charme (une séduction ?) que le tutoiement ne possèdera jamais.

      Mais quand il s’agit du dément, c’est totalement différent.

      Car vous avez bien raison de souligner qu’il y a des situations où le tutoiement s’impose. C’est le cas notamment dans les démences avancées, où on voit que la malade se met à régresser et à retrouver des comportements très archaïques. Il semble bien que son monde alors soit celui d’un enfant. Et si on vouvoie cette malade, si on lui donne du "Madame", alors on ne fait rien d’autre que la perturber.

      C’est pourquoi je crois qu’il y a un tutoiement thérapeutique. Ce que je ne veux à aucun prix, c’est du tutoiement réflexe : la décision de tutoyer se prend en équipe, après une discussion de professionnels.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • Le tutoiement Le 2 novembre 2013 à 15:08 , par kari

      Bonjour
      Je suis aussi élève infirmière en 3ème année.
      Et je fais aussi mon tfe sur le tutoiement des personnes âgées en ehpad si tu veux on peut échanger sur ce sujet.bonne continuation


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  • Le tutoiement Le 21 avril 2013 à 23:24 , par lilia

    Il va sans dire Docteur que si je devais tutoyer cette dame qui vit à son domicile, je devrais parler à sa fille de son utilité comme acte de soin.

    Merci à vous.


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  • Le tutoiement Le 21 avril 2013 à 22:49 , par lilia

    Bonsoir Docteur,
    Votre article est très intéressant. Il ne me viendrait pas à l’idée de tutoyer une personne âgée à son domicile puisque je suis AVS, excepté si cela s’avérait nécessaire pour la relation de soin.
    J’assiste une dame de 90 ans qui a la maladie d’Alzheimer. Elle est probablement entre le stade modéré et le stade sévère. Je me suis rendue compte que depuis quelques temps elle "régresse" comme vous l’expliquez bien.
    Elle m’a dit lorsque je lui ai demandé son âge qu’elle avait 18 ans, en ce moment 14. Je pense que je peux maintenant l’appeler par son prénom. Je n’osais pas avant par respect. Je la vouvoie, encore...
    Une chose m’inquiète. Elle penche la tête. J’avais soulevé le problème auprès de la Psychologue clinicienne de notre Formation d’ASG MAMA, qui m’avait répondu qu’il fallait savoir si on ne lui avait pas mal parlé dans son entourage, raison pour laquelle elle baissait la tête. Et, en effet, avec sa fille nous avons compris que son mari lorsqu’il se retrouvait seul avec elle, lui parlait mal et se mettait en colère. Je lui ai expliqué la situation et je pense qu’actuellement, il est plus calme ; sous réserve. Il mettait d’ailleurs son changement de comportement sur le compte de la comédie... Il a fallu lui donner des explications.
    J’ai aussi émis l’hypothèse puisque nous récitons des tables de multiplication, fables de La Fontaine, chansons de son époque (la seule façon pour qu’elle parle) et qu’il y a quelque temps, elle me parlait de l’école, l’hypothèse d’une forme de soumission à l’autorité de la maîtresse.
    Cette situation me gêne beaucoup même si elle semble adhérer à ces propositions de stimulation, on s’occupe d’Elle.
    Elle écoute lorsque je lis quelque chose, elle est sage.
    Je ne sais pas quoi faire ? Je cherche, je me pose beaucoup de questions.

    Qu’en pensez-vous ?


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    • Le tutoiement Le 30 avril 2013 à 22:24 , par Michel

      Bonsoir, Lilia.

      Aucune réponse ne peut être donnée aux questions que vous vous posez, et vous voyez bien pourquoi : vous qui êtes sur place, vous qui connaissez la dame, vous n’avez que des hypothèses à proposer. C’est normal. C’est la moindre des choses. Il serait donc insensé de vouloir vous aider en tenant un discours théorique, alors que la seule ressource est de faire comme vous faites : observer, écouter, être disponible.

      Tout ce que je peux ajouter, c’est que votre propos ne me choque pas. Je ne dis pas que vous avez raison, ni de donner ce sens à ce que vous voyez, ni même de penser que les choses ont un sens. Mais ce que je sais c’est qju’il n’y a pas d’autre méthode que celle que vous avec mise en oeuvre.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 21 mars 2013 à 22:16 , par mline

    Bonjour ! Je suis as dans un uhpad... j utilise très souvent le tutoiement avec mes résidents. Il m‘a été demandé de cesser cela. En vous lisant je m‘aperçois que en pensant que le tutoiement est une approche “douce“ je fais complétement fausse route. Lire le terme “domination“ est un electrochoc pour moi. Serais je une soignante dominante ? En tout cas avec le public dément ? Meme si sur multiples points je suis un bon element, je suis dans un tournant dans ma carriere... les residents sont ils plus agreables avec moi parce qu ils me “craignent“ ? D une cert ?aine facon ne suis je pas tombée ds l engrenage de la maltraitance ?... Eclairez moi ! Merci !


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    • Le tutoiement Le 21 mars 2013 à 22:33 , par Michel

      Bonsoir, Emeline.

      Je ne vous connais pas, mais je crois pouvoir vous rassurer immédiatement : du moment que vous vous posez la question c’est que vous n’êtes pas "dans l’engrenage de la maltraitance" ; vous êtes bien trop scrupuleuse, bien trop soucieuse de bien faire pour que la question seulement se pose.

      Si vous m’avez bien lu, il ne vous a pas échappé que je dis des choses somme toute nuancées : non seulement il y a des tutoiements qui ne posent pas de problème, mais il y en a qui sont nécessaires. Tout ce que je dis c’est que je ne veux pas de tutoiement automatique : le tutoiement, quand il existe, doit être resitué dans un contexte de prise en soin, ce qui suppose une réflexion et une décision d’équipe. Pour cette raison il est nécessaire de s’imposer une démarche rigoureuse, et je pense qu’on n’a aucune chance d’assainir la situation dans un établissement si on ne passe pas par une étape de zéro tutoiement.

      Mais je dis aussi que quand on sera arrivé à cette étape, alors on sera allé trop loin : il faudra revenir en arrière.

      Pour ce qui vous concerne :
      - Si l’établissement est en marche pour lutter contre le tutoiement, alors de toute manière il vous faut rentrer dans la démarche. Mais sans vous culpabiliser.
      - A titre personnel il vaudrait la peine de vous interroger sur les raisons pour lesquelles vous tutoyez les résidents. Il faudrait vous demander à quoi le tutoiement correspond dans votre vie de tous les jours, comment vous vous comportez avec les vieilles personnes qui ne sont pas dans votre EHPAD, etc. Bref explorer tranquillement les raisons de vos choix.
      - Quand tout cela sera éclairci, vous pourrez alors faire observer que selon vous telle ou telle personne nécessite d’être tutoyée. Mais, je vous le répète, c’est pour moi une décision d’équipe. Décision qui peut être modulée : je veux dire qu’il y a le cas de la vieille démente profonde qu’il faut tutoyer parce que si vous ne le faites pas elle ne va rien comprendre à ce que vous lui dites ; il y a cette autre vieille dame qui aimerait être tutoyée, et pour qui il est décidé que ceux des soignants qui le souhaitent peuvent la tutoyer ; il y a cette autre vieille personne pour qui on finit par décider qu’il vaut mieux ne pas entrer dans ce jeu. Il y a...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 9 décembre 2012 à 17:16 , par poepie

    Bonjour,

    J’ai lu votre article avec beaucoup d’intérêt.J’ai exercé le métier d’aide-soignante et j’ai tutoyé.Étant flamande, j’ai beaucoup de mal à comprendre cette volonté de garder des distances qui se cacheront dans un seul mot dans la langue française ?
    Le vouvoiement serait-il vraiment une protection contre les implications émotionnelles,la distance "sécuritaire" et un garde fou contre la "malfaisance" ou juste une volonté de définir le rôle et le statut ?
    Ceci est certainement lié à mes origines, et j’ai vraiment ce besoin de cerner cette notion de distance que crée le "vous".
    J’ai entrepris mes études d’infirmière et j’aimerai faire mon TFE sur le sujet car cela m’intrigue,me questionne.
    Tout explications ou commentaires seront lu avec le plus grand intérêt.


    Répondre à ce message

    • Le tutoiement Le 9 décembre 2012 à 22:56 , par Michel

      J’ai lu votre article avec beaucoup d’intérêt.J’ai exercé le métier d’aide-soignante et j’ai tutoyé.Étant flamande, j’ai beaucoup de mal à comprendre cette volonté de garder des distances qui se cacheront dans un seul mot dans la langue française ?
      Le vouvoiement serait-il vraiment une protection contre les implications émotionnelles,la distance "sécuritaire" et un garde fou contre la "malfaisance" ou juste une volonté de définir le rôle et le statut ?
      Ceci est certainement lié à mes origines, et j’ai vraiment ce besoin de cerner cette notion de distance que crée le "vous".
      J’ai entrepris mes études d’infirmière et j’aimerai faire mon TFE sur le sujet car cela m’intrigue,me questionne.
      Tout explications ou commentaires seront lu avec le plus grand intérêt.

      Bonsoir, et merci de votre message.

      La réponse est assez facile.

      En premier lieu, il ne faut pas sous-estimer les aspects culturels de la question : il n’y a rien de neutre au fait que les anglais ne tutoient pas, rien de neutre au fait que les latins ne connaissaient pas le vouvoiement. Il n’y a rien de neutre au fait qu’aux Antilles le vouvoiement n’est pas une marque de respect. Et il se trouve qu’en France nous avons le tutoiement et le vouvoiement ; les frontières en sont mouvantes, mais elles existent (et je crois pour ma part qu’on ferait mieux de les considérer avec un peu plus de précaution, mais ce n’est que mon avis).

      En second lieu j’ai indiqué que la question du tutoiement est plus complexe que cela, et qu’il y a un équilibre à trouver : il y a des tutoiements évidents, il y a des tutoiements thérapeutiques, il y en a d’autres qui sont neutres. Tout ce que je veux c’est que le tutoiement fasse l’objet d’une décision.

      Enfin je dis cela pour avoir observé que dans les établissements de soins le tutoiement est l’indice d’un positionnement erroné du soignant (et qu’il va souvent de pair avec la maltraitance). C’est cela qui fonde ma proposition d’éradiquer le vouvoiement : il faut passer par la phase zéro tutoiement si on veut pouvoir bâtir ensuite une attitude plus adaptée parce que plus professionnelle.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 17 octobre 2012 à 13:10 , par M.Leger

    Merci beaucoup pour votre article qui devrait être affiché dans chaque centre de soin et d’accueil : personnes âgées et autres.

    Qu’au moins il interroge et ouvre la discussion.


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    • Le tutoiement Le 20 octobre 2012 à 12:55 , par Michel

      Merci de cette appréciation, Martine.

      Mais n’oublions pas que le tutoiement n’est qu’un symptôme. Dans la réalité il y a des soignants qui savent tutoyer avec un infini respect. Le tutoiement est un marqueur : statistiquement les lieux où on tutoie sont des lieux où la prise en charge de la personne âgée a des lacunes. Il faut donc lire tout cela avec prudence...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 9 mai 2012 à 22:04 , par Joeane

    Le tutoiement !

    Je suis très heureuse d’avoir trouvé cet article que je vais imprimer et mettre en évidence dans ma résidence pour personnes âgées.

    Je suis entièrement d’accord avec vous sur ce point qui est le respect.

    Merci bcp Docteur pour cet article hyper intéressant.

    Votre site qui est des plus intéressant est maintenant une référence pour moi.

    Merci ! Merci ! Merci !

    joeane


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    • Le tutoiement Le 10 mai 2012 à 07:13 , par Michel

      Bonjour, et merci à vous de cette opinion.

      Mais je vous engage à rester très critique : laissons de côté la fausse modestie, je suis en train de relire un à un les articles les plus anciens, et je vois bien que beaucoup d’entre eux doivent évoluer. Ce dont je rêve c’est que ce site soit un lieu de discussions, car tout se discute.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 12 avril 2012 à 15:32 , par Helene

    Bonjour,
    Je suis étudiante en master 1 de psychologie et je suis en train de rédiger mon rapport de stage réalisé dans un centre hospitalier dont une grande partie en EHPAD.
    En + de ma place de stagiaire psychologue très difficile à prendre auprès de l’équipe soignante, leur tutoiement envers les résidents était systématique, leur discours infantilisant et tout cela m’a beaucoup interpellé, choqué.
    Je pense que votre article me permettra d’aller plus loin dans ma réflexion qu’elle ne l’aurait été sans. Merci
    Helene


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    • Le tutoiement Le 14 avril 2012 à 10:55 , par Michel

      Bonjour, Hélène.

      Je suis un peu surpris de votre mail, car j’avais l’impression que sur cette question du tutoiement les choses étaient plutôt en voie d’amélioration. Visiblement il y a des lieux de résistance... C’est décevant.

      A moins que le tutoiement ne soit dans cette institution une position de principe clairement assumée. Je l’ai dit : s’il me semble nécessaire d’en passer par l’étape "zéro tutoiement", car c’est la seule manière d’éradiquer le tutoiement irréfléchi, il ne m’a pas échappé que la réalité est plus complexe.

      En fait je doute que ce soit le cas de l’établissement dans lequel vous étiez ...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 18 février 2012 à 21:28 , par isabelle

    bonsoir,
    je suis cadre de santé coordinateur dans un ssiad et actuellement je prépare une formation pour les aides-soignantes sur l’éthique et j’aimerais y inclure le problème du tutoiement car certaines emploient en systématique le tutoiement et d’autres non . En institution , le tutoiement est vu en équipe (tutoiement thérapeutique) mais à domicile ?? Comment considérer le tutoiement ???
    moi j’ai du mal à tutoyer (j’ai travaillé en ehpad avant)


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    • Le tutoiement Le 20 février 2012 à 07:45 , par Michel

      Bonjour, Isabelle.

      J’ai envie de vous répondre très simplement.

      Il n’y a à mon sens que deux manières d’envisager le tutoiement.
      - Soit on considère qu’il s’agit d’une mesure thérapeutique ; on sait que cela existe. Nous n’avons alors rien d’autre à faire que de l’accepter.
      - Soit on considère qu’il s’agit d’un tutoiement "social", correspondant davantage que le vouvoiement à la situation concrète ; cela se produit aussi. Mais si j’ai posé que la norme sociale est le vouvoiement, alors le fait d’aller contre cette norme est déjà une décision thérapeutique. Et si je me pose la question d’un tutoiement "social", alors la condition est qu’il s’agisse d’une décision bilatérale : je tutoie qui j’ai envie de tutoyer du moment qu’il partage cette envie, n’est-ce pas ? Si vous dites que vous n’en avez pas envie, alors les conditions du tutoiement ne sont pas remplies. Et ce qui vous poussera à y consentir quand même, c’est que vous jugerez que c’est mieux pour la personne. Vous serez alors dans la thérapeutique...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 31 janvier 2012 à 21:03 , par Agnes

    Bonjoir,
    Je me permet de vous contacter car je suis actuellement en 3e année d’études d’infirmière. Je prépare donc mon mémoire qui porte sur le tutoiement dans les soins.
    Auriez des pistes , des livres articles... à me conseillers. J’envisage d’utiliser votre article avec votre accord bien sur.
    Merci beaucoup par avance pour votre réponse.
    Cordialement.
    Agnes


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    • Le tutoiement Le 2 février 2012 à 21:27 , par Michel

      Bonsoir, Agnès, et merci de votre message.

      Je vais cependant vous décevoir, car je ne connais pas de littérature sur le sujet. Pas assez noble, sans doute.

      En revanche j’aimerais vous recommander un angle d’attaque particulier, ce d’autant que le nombre de de TFE sur le tutoiement commence à devenir conséquent.

      Une fois admis que le tutoiement résulte le plus souvent d’un réflexe qu’il faut absolument éradiqué, on se trouve avec une autre question : il y a des tutoiements légitimes, d’autres qui sont inévitables, d’autres enfin qui sont obligatoires.

      Ne voudriez-vous pas écrire sur ces situations ?

      Bien sûr tout le contenu de ce site est à votre disposition, pourvu que vous respectiez les règles habituelles.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 21 janvier 2012 à 22:03 , par cathy neves

    Bonsoir

    AMP, j’ai exercé en EHPAD, donc, vos articles me parlent.
    D’ailleurs, j’ai partagé certains de vos écrits sur mon compte facebook ;
    ET j’ai l’intention de faire des ’liens’ sur mon blog...si vous me le permettez.
    site : Cathyneves.com
    blog : overblogcathyneves

    Cordialement


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    • Le tutoiement Le 22 janvier 2012 à 09:42 , par Michel

      Bonjour, et merci de votre message.

      Je ne crois pas à la propriété intellectuelle sur Internet ; il n’y a que des règles de courtoisie, qui obligent à citer ses sources. Les textes de mon site sont donc à votre disposition.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 17 novembre 2011 à 16:19 , par LGRob

    Bonjour,

    Comme plusieurs de mes collègues je suis en train d’écrire mon travail de fin d’études sur le sujet du tutoiement et j’essai plus particulièrement de comprendre pourquoi certains infirmiers en arrive t il a tutoyer. Votre article et vos commentaires sur le forum m’ont beaucoup aidé dans mon travail de réflexion et je vous en remercie. J’aimerais cela dit vous demander ce que vous pensez du tutoiement en pédiatrie ? Je pense que moi aussi j’userais du tutoiement dans ce type de service, par contre à partir d’un certains âge, vers l’adolescence je pense que j’aurais du mal étant donné que je les considérerais plus comme des adultes que comme des enfants (qui ne font pas encore la distinction entre le "tu" et le "vous") Je ne souhaite pas traiter cette partie dans mon TFE car je trouve que c’est un "monde" bien à part, comme les services de psychiatrie mais je recherche néanmoins des ouvrages, idées sur ce sujet ci pour me préparer à ma future soutenance.
    Je me permet également de vous demander si vous avez des références bibliographiques concernant le tutoiement envers les patients dit "chronique", ce qui s’apparenterais également aux résidents d’une maison de retraite...?

    En attendant merci pour le travail que vous effectuez !!
    Cordialement


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    • Le tutoiement Le 17 novembre 2011 à 21:41 , par Michel

      Bonsoir.

      Je ne sais pas répondre à votre question. Et j’ajoute que je n’ai pas su m’en débrouiller durant mon activité libérale.

      Il est certain que la tendance à tutoyer les enfants est très répandue. Si répandue qu’à ne pas le faire on se met à part, on détonne. Mais je vous prie d’observer qu’en cela le problème n’est guère différent de celui du tutoiement en général. Pourquoi avons-nous ce débat sur le tutoiement ? Parce que dans la vie courante, et sauf certains milieux ou certaines règles précises, entre adultes on se vouvoie. Tutoyer la personne âgée est donc une transgression qui pose problème. Vis-à-vis de l’enfant c’est le contraire : la norme est le tutoiement, c’est le vouvoiement qui serait transgressif.

      Alors on peut ensuite se poser la question : avons-nous raison de tutoyer les enfants ? Mais c’est une autre question.

      Il y a enfin un point auquel il faut songer : c’est que l’enfant grandit. Et c’est cela qui m’a posé problème dans mon exercice libéral : en bonne logique il aurait un âge où il faudrait cesser de tutoyer. Essayez donc.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 11 février 2011 à 14:59 , par Anaïs

    bonjour,
    merci pour cet article qui m’a beaucoup apporté.

    je suis étudiante infirmière et j’ai choisit de traiter mon TFE sur l’influence que peut avoir le tutoiement dans la relation soignant/soigné ????,
    en effet la distance professionnelle et relationnelle est-elle la même quand on tutoie un patient ?
    et je trouve important d’aborder le tutoiement en terme d’outil dans l’alliance thérapeutique, notamment en psychiatrie


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    • Le tutoiement Le 13 février 2011 à 14:15 , par Michel

      Bonjour, Anaïs.

      Je n’ai jamais eu l’occasion de réfléchir à la place du tutoiement en psychiatrie.

      Mais il me semble que là comme ailleurs la question qui se pose est celle de la conception du tutoiement comme acte de soins. Le tutoiement ne doit pas résulter d’une démarche spontanée ou automatique, il doit être pensé et décidé en équipe.

      Par ailleurs il me semble nécessaire, dans une relation à un malade psychiatrique, qui est donc en difficulté dans sa socialisation, de ne pas trop jouer, précisément, avec les codes sociaux. Que faisons-nous quand nous tutoyons quelqu’un que nous ne songerions pas une seconde, s’il n’était pas malade, à tutoyer ?

      Cela ne signifie pas que tout tutoiement soit interdit, mais cela doit inciter à la prudence.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • Le tutoiement Le 11 novembre 2013 à 14:14 , par Célia

      Bonjour Anaïs, j’espère que tu pourra lire ce message assez tôt.
      Je suis étudiante infirmière actuellement en 3ème année et je rédige mon TFE sur le même thème que toi : l’impact du tutoiement dans la relation soignant/soigné. Peut-être que tu pourrai me donner des pistes vu que tu as déjà abordé ce thème.

      Merci d’avance.


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  • Le tutoiement Le 1er février 2011 à 15:59 , par VANESSA

    bonjour ,
    je suis étudiante infirmiere et je fais mon tfe sur le tutoiement de la personne âgée en institution.
    dans ma situation la personne agée etait tout à fait d’accord que l’infirmière la tutoie. peut - on quand même parler de maltraitance ? ou bien d’un autre côté employer le terme de bientraitance ?
    MERCI


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    • Le tutoiement Le 6 février 2011 à 18:30 , par Michel

      Bonjour, Vanessa.

      Votre message montre bien que les choses, tout de même, sont plus compliquées que je ne veux bien le dire.

      Ce sur quoi on semble s’accorder, c’est sur le fait que le tutoiement imposé à une personne est une maltraitance. Encore faut-il nuancer : il y a des cultures où le tutoiement est le forme normale de communication. Non seulement cela dépend des pays, mais même en France, on sait bien que dans certains milieux on tutoie spontanément.

      Ce que j’affirme d’autre part, c’est que dans un établissement de santé le tutoiement doit être considéré comme un acte de soins. Il doit donc être pensé, discuté, décidé, évalué en équipe.

      Ceci posé, essayons de répondre à votre question.

      Vous écrivez : la personne âgée était tout à fait d’accord que l’infirmière la tutoie. Simplifiions, et supposons que c’est la résidente elle-même qui l’a demandé (car si c’est une proposition de l’infirmière, alors il faut se demander pourquoi elle l’a faite). Dans ce cas il va de soi qu’on ne peut pas parler de maltraitance ; il peut même s’agir d’un acte de bientraitance (mais vous savez ce que je pense de ce terme). Allons plus loin : je crois que la vieille dame démente qui en est arrivée au point où elle vit dans un monde où elle avait dix ans risque d’être totalement désemparée si on la vouvoie ; ici ce sera le vouvoiement irréfléchi qui sera une maltraitance. La décision relève bel et bien d’une démarche de soins.

      Mais il y a tout de même des questions.

      Par exemple, je crois qu’on a tort de vouloir gommer la dissymétrie de la relation. La dame est là parce qu’elle ne peut pas faire autrement. L’infirmière est là parce qu’on la paie, et le soir elle rentre chez elle. Vouloir que la maison de retraite soit exactement comme un domicile, c’est gommer le fait que, précisément, ce ne sera jamais l’équivalent de ce que la vieille dame a dû quitter ; Je ne veux pas dire par là que les efforts qu’on fait pour "humaniser" la maison de retraite sont non avenus, mais je demande qu’on réfléchisse à ce qu’on fait quand on s’imagine qu’on va annuler ce hiatus ; c’est d’autant plus préoccupant chez le dément, dont je me suis toujours demandé comment il vit le fait de se trouver enfermé dans un lieu qui ressemble tant à un domicile alors que la seule chose qu’il n’a pas oubliée c’est qu’il n’est pas chez lui. Tout cela pour dire que quand on essaie d’instituer entre le résident et le soignant une relation "normale", il ne faut jamais oublier que, justement, elle ne l’est pas.

      Ou encore, quand la personne âgée demande au soignant d’entrer dans une certaine familiarité, il faut envisager les conséquences que cela pourrait avoir sur la relation, qui doit rester une relation de soins. Ce n’est pas parce que la dame demande cette familiarité qu’il faut y consentir, ce n’est pas pour cela que le soignant a le droit d’y céder.

      Ou encore, il faut se demander comment l’équipe va gérer la situation résultant du fait que, dans l’institution, il y a des gens qui sont tutoyés, d’autres non.

      Bref, je serais réticent à l’idée qu’on tutoie un résident, même s’il le demande.

      Mais, direz-vous peut-être, il suffit de pratiquer pour s’apercevoir que ces objections sont théoriques, et que dans les faits tout se passe bien. Et sans doute vous aurez raison. C’est bien pourquoi la véritable ressource est de travailler cette question en équipe et de s’en tenir à la réalité du terrain.

      Cependant cela n’exclut pas la nécessité de règles, même abusives. Vous savez bien qu’il est interdit à tout membre du personnel soignant d’accepter des cadeaux des résidents. De quel droit pose-t-on cette règle ? N’y a-t-il pas une grave maltraitance à réduire le résident à l’état de celui qui ne peut même plus disposer de son bien comme il l’entend ? Sans doute. Mais si cette règle est posée c’est parce qu’elle est indispensable au bon fonctionnement de l’institution ; elle montre mieux que mes élucubrations que la maison de retraite est un lieu à part, où il est impossible de se comporter de manière naturelle...

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 4 décembre 2010 à 18:27

    Je souhaiterais donner mon avis même si , à priori, je ne suis pas concernée par le débat, puisque je réside en Afrique du nord (Tunisie).

    Je trouve que le tutoiement qu’utilisent certains médecins est vraiment irritant. Il a son équivalent en langue arabe dans cette manie qu’ont beaucoup de médecins tunisiens à appeler le ou la patiente par son prénom alors qu’on doit, en retour les appeler "docteur" .

    On retrouve aussi le tutoiement dans les tribunaux par exemple où pendant longtemps,on a fait appel aux gens par leur prénom. Cela m’a valu presque une altercation avec un substitut du procureur qui m’a dit :" moi je suis juge et je fais ce que je veux", lorsque je lui ai dit qu’il n’a pas à me tutoyer en tant que plaignante qui s’adresse à lui pour faire valoir ses droits.

    Le tutoiement lorsqu’il sort du cadre familial et amical est une forme d’arrogance ou de mépris dont on se passerait bien, qu’on soit des adultes des jeunes ou des personnes âgées.

    S. ABBES.


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    • Le tutoiement Le 5 décembre 2010 à 19:31 , par Michel

      Bonsoir, et merci de ce message. Il apporte effectivement un éclairage important, car les positions vis-à-vis du tutoiement sont diverses selon les cultures. Et ce que vous apportez, c’est que dans d’autres pays la problématique est la même.

      Il serait intéressant d’analyser la place de ce tutoiement dans la langue arabe elle-même. Elle dénote une position de fond qu’il vaudrait la peine d’étudier ; pour prendre cette simple analogie, on sait qu’en espagnol la position qui correspond au vouvoiement se dit non à la seconde personne comme en français mais à la troisième. Autrement dit, en français nous avons trois stades :
      - Le tutoiement qui se dit à la seconde personne du singulier.
      - Le vouvoiement qui se dit avec un équivalent de seconde personne du pluriel.
      - Et dans certains cas (relation du serviteur au maître dans les "grandes" maisons) on parle même à l’autre avec la troisième personne du singulier.

      L’espagnol saute le second stade et ne connaît que le premier et le troisième, avec une précision particulière puisque le usted qu’on utilise alors ne sert qu’à cela.

      Je crois qu’une telle particularité linguistique traduit une attitude de fond.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 14 septembre 2010 à 19:20

    Bien sur que c’est un début de maltraitance, sous prétexte qu’ils sont âgés on leur parle comme à des enfants en les tutoyant, la perte de leur dignité commence ici !


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    • Le tutoiement Le 18 septembre 2010 à 08:09 , par Michel

      Bonjour.

      Je ne peux qu’être d’accord avec vous.

      Tout ce que je tiens à ajouter c’est que je ne partage pas la tendance actuelle à parler sans aucune nuance de la maltraitance ; je crois qu’en faisant cela on s’en tire intellectuellement à bon compte, et on s’expose à ne plus rien comprendre. J’en ai autant à propos de la bientraitance, qui me paraît un bon slogan mais un piètre concept.

      C’est pourquoi ma position est aussi ambiguë : d’un côté j’hésite à parler de maltraitance au sujet du tutoiement, de l’autre je n’hésite pas à dire qu’il faut éradiquer le tutoiement (quitte à y revenir dans certains cas très ciblés).

      Mais j’y hésite à cause de cette réserve sur le galvaudage de la notion de maltraitance ; dans le fond, je crois que le tutoiement est au contraire un modèle permettant de comprendre comment la maltraitance s’installe dans les équipes les mieux intentionnées.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 9 septembre 2010 à 10:42 , par Alain

    Merci beaucoup pour vos commentaires et félicitations pour votre esprit d’analyse.

    J’ai été récemment confronté à une réunion de conseil d’administration d’un ehpad où le représentant des résidents a été présenté aux autres administrateurs par l’utilisation de son prénom et un petit sourire d’accompagnement de la directrice qui en disait long sur la place réelle que l’on voulait bien donner à cet administrateur !

    C’est ce regard pseudo paternaliste qui est le plus révoltant et qui dénie à l’autre, sous prétexte de son handicap, le droit à être et à dire !

    Quelle révolution faudra-t-il pour redonner une application au mot "respect " ?

    En ce qui concerne la mystification qui voudrait faire croire que l’ehpad puisse être un lieu de vie j’espère qu’un jour une autre organisation sociale de la dépendance permettra de voir disparaître la notion d’ehpad !!!!


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    • Le tutoiement Le 9 septembre 2010 à 23:25 , par Michel

      Bonsoir.

      A mon tour de trouver très intéressante votre anecdote sur le conseil d’administration.

      Il faudrait se demander comment est connotée cette présence d’un résident au CA : comme le lycéen qui représente ses camarades au conseil de classe, mais tout de même avec essentiellement le droit de la boucler ? Comme une aumône, une bonne conscience ?

      Quant à l’usage du prénom, il me fait penser encore plus à cette nouvelle coutume par laquelle nos journalistes du poste appellent par leur prénom les SDF ou les membres d’Emmaüs. Ce qui nous distingue, nous, c’est que nous avons un nom de famille, une carte de visite. Nous existons. Pas eux.

      Oui, que se passerait-il si nous décidions de laisser le champ libre à la décision et à la délibération des résidents, quoi qu’il en puisse coûter en méandres et en temps "perdu" ? Qui nous dit qu’ils n’en viendraient pas à s’organiser ?

      J’ai quitté l’EHPAD au moment où se mettait en place le conseil de la vie sociale. Je n’en ai donc pas d’expérience. Mais je me souviens des "commissions menus". Et de mes agacements parce que les professionnels qui participaient à cette commission n’avaient aucune patience. Pourtant, comme il serait important, sur un tel sujet, de laisser se former la parole, avec tous ses détours !

      Sans oublier qu’on part de loin, souvent. J’ai essuyé de beaux échecs en essayant, par exemple, de réintroduire la lecture du journal ; "mes" résidents étaient tellement désinsérés qu’ils ne comprenaient plus rien à l’actualité (j’ai le souvenir d’une séance mémorable, le samedi qui a suivi le 11 septembre, et où j’avais estimé qu’on ne pouvait pas ne rien en dire ; pas moyen de leur faire comprendre ce qui avait pu se passer). Mais il faut absolument s’y atteler ; d’ailleurs nous avons fait un peu mieux pour les présidentielles de 2002...

      En ce qui concerne la mystification qui voudrait faire croire que l’ehpad puisse être un lieu de vie j’espère qu’un jour une autre organisation sociale de la dépendance permettra de voir disparaître la notion d’ehpad !!!!

      Ce serait une bonne solution. Même si une autre conception de l’EHPAD pourrait peut-être lui donner une légitimité, je ne sais pas. Ce qu’il me semble en tout cas c’est qu’on n’arrivera à rien tant qu’on poursuivra cette lubie de vouloir que l’EHPAD soit un domicile. Non, l’EHPAD est un pis-aller, le tout est de le rendre acceptable.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 7 septembre 2010 à 17:51 , par Bosso

    Bonsoir
    Apres lecture de ces divers messages, je me pose la question de savoir si le tutoiement est un début de maltraitance ??


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    • Le tutoiement Le 7 septembre 2010 à 18:25 , par Michel

      Bonsoir.

      Je dirais que oui.

      Ne soyons pas extrémistes : je n’aime pas qu’on voie de la maltraitance partout, je n’aime pas qu’on exagère. La maltraitance est difficile à définir, bien plus qu’on ne pense, et quand on se met à en voir partout on finit par ne plus rien voir du tout.

      Cependant, il me semble que les grands points de départ de la maltraitance sont l’ignorance, la négligence et le manque de respect. Il suit de là que si un tutoiement réfléchi, débattu en équipe, motivé par des objectifs de soin clairs après avoir fait l’objet d’une réflexion éthique me semble tout à fait admissible, voire nécessaire, les tutoiements auxquels on assiste généralement sont le fait de professionnels qui n’ont pas réfléchi (ignorance), qui n’ont pas discuté (négligence) ou même qui marquent par là un sentiment de supériorité vis-à-vis de la personne. Et du coup cette pratique se met à relever pleinement de la maltraitance. En somme ce qui fait la maltraitance, ce n’est pas le tutoiement, mais l’ignorance, la négligence, le manque de respect sans lesquels le tutoiement n’adviendrait même pas.

      Je sais bien que les professionnels se défendent en prétendant que c’est de leur part une marque d’affection. Mais cette défense ne fait que cacher leur absence de réflexion.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 1er septembre 2010 à 11:25 , par Alain

    Il me semble essentiel que le respect de la dignité de l’autre puisse être l’outil qui nous permette de décider du tutoiement ou du vouvoiement. L’utilisation du prénom et du vouvoiement pourrait être considéré comme une situation intermédiaire.

    Je crois qu’étant donné le caractère "dépendant" des personnes âgées, qui sous-entend une "oppression" banalisée, il devrait être interdit de tutoyer ou d’appeler par le prénom un résident dans une relation professionnelle publique.

    Je suis étonné que vous sembliez si attaché à cette interprétation du ressenti du "dément" en relation avec une régression infantile. Cette "explication" est "belle" mais est-elle étayée par un argumentaire objectif ?


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    • Le tutoiement Le 1er septembre 2010 à 22:16 , par Michel

      Bonsoir, et merci de votre message.

      Vous avez tout à fait raison d’être prudent, tant en ce qui concerne le principe que les exceptions qu’on peut envisager. Je persiste même à dire que, même s’il me semble exister des indications au tutoiement, il est obligatoire que l’équipe soignante passe par l’étape "zéro tutoiement" avant, éventuellement d’en introduire à nouveau.

      Il faut d’autre part garder à l’esprit que nous projetons énormément de choses sur la personne prise en charge, ce qui ne simplifie pas l’analyse ; dans le meilleur des cas nous agissons en fonction de ce que nous croyons que nous voudrions si nous étions à sa place ; dans le pire des cas nous ne faisons que nous protéger de ce qui nous fait peur.

      J’en veux pour exemple l’obsession des chambres particulières en maison de retraite. Oui, sans doute, c’est une nécessité. Mais ceux que nous avons interrogés pour en arriver à cette certitude, ce sont les résidents, ou c’est leur famille ? Et même quand c’est le résident, il est souvent dans un tel état de vulnérabilité que, nous le savons bien, il juge souvent prudent de dire ce qu’il croit qu’on attend de lui. A part quoi je n’ai pas d’opinion arrêtée sur les chambres particulières.

      Nous ne devons jamais oublier, il me semble, que le projet des lieux de vie a une limite étroite : nous voulons tout faire pour que le résident se sente comme chez lui ; sans doute. Mais précisément, il n’est pas chez lui. J’entends bien que la chambre de maison de retraite est un domicile (enfin, en USLD, c’est plus compliqué). Mais de là à dire que c’est son chez lui, alors que, stricto sensu, la première vertu d’un domicile est que je l’ai choisi librement, il y a une marge. Et je me demande, quand nous voulons que le dément se sente chez lui, si nous faisons autre chose qu’ajouter à l’étrangeté, à l’incompréhensibilité de la situation, puisque s’il est une chose qu’il sait, c’est qu’il n’est pas chez lui. Et que le soignant, lui, est là parce qu’il touche un chèque et que le soir il rentre chez lui. On ne peut pas gommer cette dissymétrie fondamentale ; et pourquoi le ferait-on ? Je connais un directeur de maison de retraite qui a obtenu que ses professionnels travaillent en vêtements de ville ; je vois bien l’idée, et je l’aime beaucoup ; mais l’habit fait-il à ce point le moine ? Depuis quelques mois il est allé plus loin, et ses équipes de nuit travaillent en pyjama ; là j’ai un peu plus de mal : qu’est-on en train de fantasmer ?

      Cela dit il y a des questions.

      Par exemple, il est notoire que le tutoiement est souvent une norme sociale dans certains milieux, auxquels appartiennent volontiers nos agents ; ou que chez les antillais le vouvoiement est autant dire une marque d’hostilité.

      Un jour nous avons eu à prendre en charge une jeune démente qui, peu d’années auparavant, avait été aide-soignante dans l’établissement. Je ne voulais pas qu’elle vienne, c’est l’équipe qui m’a forcé la main. Mais que fait-on ? Comment établit-on la distance ?

      Et vous avez raison d’être prudent en ce qui concerne cette interprétation du ressenti du "dément" en relation avec une régression infantile. Bien sûr, je n’en sais rien. Je sais que cette idée a été soutenue par Reisberg, par Erikson (pour lesquels je n’ai pas une passion), et plus solidement peut-être par Geneau et Taillefer (voir par exemple http://www.sepec.ca/). Dans ma pratique j’ai eu souvent le sentiment d’assister à quelque chose comme cela ; et j’ai observé (mais ai-je vu autre chose que ce que je comptais voir ?) que lorsque je vouvoyais un patient qui me semblait dans un stade de régression extrêmement avancé, sa mimique était celle d’un étonnement, d’une incompréhension, qui cédait quand je le tutoyais en l’appelant par son prénom.

      Mais je vous accorde volontiers qu’il faudrait bien d’autres recherches.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 28 février 2010 à 13:24 , par lucie

    Bonjour, je suis étudiante infirmière et je prépare actuellement un travail de fin d’étude sur le tutoiement, je traite ce sujet plus particulièrement autour du handicap mental.
    Si vous avez des auteurs, revues et autres autour de ce thème, je serais intéressée de connaître les sources. merci à vous


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    • Le tutoiement Le 3 mars 2010 à 21:02 , par Michel

      Bonsoir, Lucie.

      Malheureusement je n’ai pas de références bibliographiques. Je serais surpris qu’il existe grand-chose, surtout en ce qui concerne le handicap...

      Je ne peux que vous souhaiter bon courage.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 23 janvier 2010 à 16:14 , par soso

    bonjour
    je suis étudiante en troisieme année infirmiere et le sujet de mon tfe porte sur l’utilisation du langage familier pour établir une relation de confiance avec le patient. J’ai assistée plusieurs fois lors de mes stages à des tutoiements ou l’utilisation de surnom qui m’ont au début choqué bien sur puisque on nous inculque à l’école le vouvoiement ; mais je n’ai pas cru percevoir chez les patient de la colère ou de la rancune vis à vis du soignant qui avaient utilisé ces mots. en lisant l’aricle sur le tutoiement vous dites qu’il peut être acte de soins pourriez vous m’eclairer svp
    soso


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    • Le tutoiement Le 24 janvier 2010 à 14:51 , par Michel

      Bonjour !

      Je vais sans doute vous répondre trop rapidement.

      Les tutoiements que j’ai observés relevaient tous de cette familiarité qui signe une relation dissymétrique. On tutoie un résident comme un maître tutoie un élève.

      C’est ce tutoiement qu’il faut éradiquer. Et je crois nécessaire d’arriver à une étape "zéro tutoiement".

      Mais il y a d’autres situations, qui nécessiteront, une fois atteint ce point zéro tutoiement, une autre réflexion.

      Il y a des gens qui se tutoient de manière naturelle. C’est le cas dans certains milieux sociaux, dans certaines professions. J’ai connu un animateur qui me disait : "je n’ai aucune raison de ne pas tutoyer de gens que je tutoierais dans la vie si je les rencontrais". Et j’ai le souvenir douloureux de ce qui s’est passé lorsque le service a dû prendre en charge (je ne voulais pas, mais l’équipe a insisté) une malade Alzheimer qui était une de leurs anciennes collègues. De même il y a des cultures où le tutoiement est obligatoire : un antillais me racontait qu’en Martinique le vouvoiement est une marque d’hostilité.

      Mais il y a encore plus radical.

      Supposons cette vieille dame, démente évoluée. On sait que la démence induit un phénomène de régression qui aboutit à ramener le patient dans une zone très antérieure de sa vie. Que ferait-on si on s’obstinait à l’appeler "Madame Dupont", alors qu’elle sait très bien qu’elle a dix ans, et que donc elle n’est pas mariée ? Il faut donc bien l’appeler Albertine, sous peine de créer une authentique situation de maltraitance.

      Pour cette raison je propose donc une démarche en deux temps.

      La première est purement pédagogique : il faut s’astreindre à supprimer tout tutoiement.

      Quand c’est obtenu, on passe à la suivante : il y a des tutoiements judicieux, opportuns, nécessaires. la différence entre les deux se fait en donnant à ce tutoiement le statut d’acte de soins ; autrement dit il doit s’agir d’un acte réfléchi, motivé, et ayant fait l’objet d’une décision d’équipe.

      Cela dit, vous avez raison, les résidents se rebellent rarement. Et cela me fait penser qu’on pourrait aussi imaginer une collectivité où tout le monde tutoie tout le monde. Mais que penser de cette absence de rébellion ? Deux choses au moins :
      - La première est qu’elle traduit souvent une passivité, une démission qui sont précisément ce qu’il faut combattre.
      - La seconde est que par ces familiarités assumées, le résident cherche souvent, non seulement à s’attirer les bonnes grâces du professionnel, ce qui ne serait pas après tout le pire, mais à l’entraîner sur un terrain où il va cesser d’être un professionnel et où il sera plus facile de le manipuler. Ce n’est pas parce que le résident veut de cette relation qu’il faut y céder.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • Le tutoiement Le 13 mars 2008 à 16:08 , par Marion

    Bonjour,

    Je suis psychologue et exerce dans différentes structures d’hébergement pour adultes en situation de handicap, sur des plans et à des degrés divers.
    Cette question du tutoiement/vouvoiement a amené la direction à prendre la décision, il y a plusieurs mois, d’imposer aux professionnels l’usage du vouvoiement vis-à-vis de tous les usagers.
    Plusieurs motivations à cette "commande institutionnelle" :
    La prévention des agressions de professionnels par les usagers du fait de la réduction de la distance affective.
    La volonté éducative (au sens étymologique du terme, mener vers l’extérieur)d’amener les usagers à utiliser le vouvoiement, notamment lors de leur démarches administratives et autres, pour ne pas être confronté à un tutoiement systématique à leur égard (chez le médecin, à la gendarmerie, chez les commerçants,...).
    Aider les professionnels à maintenir une certaine "distance" avec des usagers en grande dépendance affective pour la plupart.

    S’entend.

    Pour ma part, je partage totalement votre position concernant le vouvoiement des personnes accompagnées et l’applique de manière systématique mais pensée et réfléchie. Elle me permet de me positionner (plus que de me mettre à distance) dans la relation que j’établis avec ces personnes, et je pense ainsi également leur donner une information sur le regard que je porte sur elles : ce sont des adultes. (J’ai cependant conscience que ma fonction n’entraîne pas la même "intimité" que pour les professionnels interventant dans le cadre de la vie quotidienne.)

    Pour autant, je m’interroge sur cette uniformisation des pratiques et trouve à cette décision un aspect quelque peu totalitaire. En tant qu’injonction, cela vient en quelque sorte bloquer le processus de réflexion des équipes. Au-delà de la résistance au changement bien connue, j’entends surtout "pourquoi en parler puisque de toute manière on aura pas le choix !". Imparable.A ajouter qu’à partir d’une date butoir, le tutoiement d’un usager par un professionnel sera considéré comme une faute et passible de sanction.
    Alors, bien que convaincue de l’intérêt fondamental du vouvoiement, je m’interroge. En ce qui concerne les nouveaux arrivants (professionnels ou usagers), cela ne pose bien sûr aucun problème. Mais sur toutes ces structures, il y a des professionnels qui accompagnent les mêmes usagers depuis de très nombreuses années et les tutoient. Quels sont les enjeux d’un retour au vous (si vous il y a eu au début...). Est-ce seulement possible ? Ce genre de mesure me semble un peu factice, car si les mots changent, la nature de la relation peut-elle changer ? N’y a-t-il pas là une forme de déni de la dimension, quoi qu’on en dise, affective de cette relation. Contrairement aux personnes vivant en institution gériatrique (situation que je connais pour y avoir également travaillé), qui ont eu une vie personnelle, familiale auparavant, les usagers que nous accompagnons n’ont pour la grande majorité connu que l’institution. Il s’agit de leur environnement "familier" à défaut de "familial". N’est-ce pas là encore une "norme" qui leur est imposée ? Car, bien sûr, de nombreux professionnels expriment le fait que dans ce cas, les usagers aussi devraient avoir l’obligation de vouvoyer les professionnels...

    Plus j’écris, plus je réalise à quel point cette question est complexe. J’aurais encore beaucoup à dire mais je vais m’arrêter là.Pour conclure, il me semble que le réel enjeu est la réflexion indispensable à la pratique de cet accompagnement, de la relation d’aide, à savoir la manière dont les professionnels se positionnent et pensent cette relation. La nécessité ressentie d’une telle décision quant au tutoiement/vouvoiement n’est peut-être que le symptôme d’un manque à cet endroit...

    C’est avec intérêt que je lirai votre réaction à mon écrit.

    Cordialement,

    Marion.


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    • Le tutoiement Le 19 mars 2008 à 22:15 , par Michel

      Bonsoir.

      Vous avez raison de dire que la question est complexe. Et qu’elle ne se pose probablement pas de la même manière en gériatrie et dans des institutions pour sujets jeunes.

      Il y a d’excellentes raisons de tutoyer. Je n’aime pas le tutoiement obligatoire, y compris dans ma vie. C’est comme ça que je me suis mis à dos un martiniquais de mon entourage : pour lui le vouvoiement est une marque de colère.

      Mais d’autre part il y a des tutoiements parfaitement légitimes.

      Ce que je veux maintenir c’est ceci :
      - Nous sommes dans un monde du soin où le tutoiement est le plus souvent la marque d’une familiarité irréfléchie et irrespectueuse.
      - Il est donc nécessaire d’éradiquer le tutoiement.
      - Mais il y a des tutoiements qui sont des actes de soin.
      - S’il faut éradiquer le tutoiement, c’est donc simplement parce que c’est la seule manière de remplacer un tutoiement automatique et malsain par un tutoiement réfléchi et responsable.

      Après, je crois que je souscris à toutes vos remarques.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > Le tutoiement Le 22 janvier 2008 à 21:23 , par POM

    BONJOUR,
    Je trouve très riche votre article et tres interessant par rapport à mon vécu (en ce qui concerne mes stages). Et je me suis senti tres génée qu’on me demandait de tutoyer certains patients, et quand je ne le faisais pas, l’infirmiere qui m’encadrait me faisait la remarque et donc encore plus gènée, de plus la patiente etait lucide. Alors tous les jours, je me mettais dans la tete que je dois la tutoyer, c’etait tres difficile pour moi, car pour moi c’est peut etre un manque de respect envers eux, et on ne met pas de distance en les tutoyant, ou peut etre on les infantilise ?
    Je suis etudiante en soins infirmiers et j’ai un memoire de fin d’etude à faire, et mon thème est sur le tutoiement envers les personnes agées en milieu hospitalier, en fait ma problèmatique est : le tutoiement des infirmiers peut-il aboutir à un manque de respect envers la personne âgée ?
    Cordialement


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    • > Le tutoiement Le 23 janvier 2008 à 07:09 , par Michel

      Bonjour.

      Ce que vous décrivez est désolant.

      Je trouve regrettable qu’on tutoie un malade. Je ne suis même pas sûr qu’on puisse consentir à le tutoyer sur sa demande.

      Je crois que c’est une faute que de tutoyer systématiquement les patients.

      Mais qu’on essaie de vous y contraindre, là nous sommes dans le scandale.

      Vous avez raison dans vos trois critiques :
      - C’est un manque de respect : le tutoiement, au minimum, doit être autorisé par la personne.
      - C’est une perte de distance thérapeutique. Il faut faire attention cependant à cette question de distance. Ce dont il s’agit ce n’est pas de se mettre à distance, ce n’est pas d’être distant, ce n’est pas de se protéger (la "distance" ainsi entendue, c’est celle qu’on prendrait non vis-à-vis de l’autre mais de soi-même) ; c’est d’être en toutes circonstances conscient de qui on est et de pourquoi on est là. Ce qui est difficile c’est de savoir en même temps qu’on est un humain devant un autre humain.
      - C’est une infantilisation : je crois même que c’est un des buts de la manoeuvre. Le soignant infantilise parce que son modèle de prise en soins est la relation à son bébé. Il infantilise aussi parce qu’il faut bien s’identifier, et qu’il est moins angoissant de pense rà un bébé qu’à un vieillard.

      Il vous faut donc tenir pour nul ce qu’on a essayé de vous inculquer : c’est vous qui aviez raison.

      Bien à vous,
      M.C.


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  • > Le tutoiement Le 30 juillet 2007 à 18:18 , par Camille

    Bonjour Monsieur,

    Bravo pour ce forum ô combien riche et signifiant !
    Il me donne envie de prendre la parole, peut être de manière un peu originale. Mais j’espère qu’elle permettra un autre angle d’approche à votre question.

    L’utilisation du tutoiement et du prénom est un sujet épineux et passionant parce qu’il est en pleine évolution.
    Je pense, et celà n’engage que moi, que le succès de votre forum est l’illustation de la mutation de notre société française.

    Je me permets une petite disgrétion vis-à-vis de votre questionnement en le sortant du milieu hospitalier pour le placer de manière plus large dans le monde du travail.
    Et je poserais une autre problématique : Le tutoiement est-il une forme de convivialité ?
    Je travaille dans une association qui promeut la convivialité au travail. Le tutoiement est une de nos préoccupations parce qu’il est généralement perçu comme la concrétisation de cette convivialité. Ce qui me fait continuer de m’interroger : Quelle place est donnée à la convivialité, donc au tutoiement au travail ?
    Nos groupes de travail et de réflexion nous ont menés vers une tentative de qualification de la relation conviviale.
    Elle est :
    - naturelle, libre, ouverte
    - chaleureuse, plaisante, positive, animée
    - simple, légère
    - respectueuse
    - gratuite, désintéressée
    - adaptée au contexte
    - constante.

    Il me semble intéressant de faire le lien avec l’utilisation du tutoiement, des prénoms, de diminutifs affectifs... Leur emploi doit être conditionné à ces qualificatifs. Ils devraient être libres (possibilité de le refuser), positifs et respectueux (dénué de dénigrement, même inconscient), simples et légers (utilisé avec parcimonie et sans lourdeur abusive), adaptés en fonction des situations (soin thérapeutique...) et constant (une fois établi entre personnes, il est difficile de faire marche arrière comme vous le dîtes).

    Pour ma part, je pense que le vouvoiement n’est pas nocif à une relation conviviale. On peut tout à fait s’entendre et prendre plaisir à être avec une personne que nous vouvoyons.

    Autre réflexion jetée : J’imagine volontiers que cette évolution provient des pays anglophones. Pour nous Français, leur "you" simplifie énormément les relations, même s’il peut manquer de signes indicateurs de position sociale. J’entend par là que la société française a établi des règles de dénomination qui permettent à celui qui s’exprime d’informer l’interlocuteur sur sa vision de la nature de leur relation. Et, il n’est pas facile pour nous, éduqués avec ces règles, d’accepter de les oublier, de ne plus les utiliser. Il s’agit donc d’une question d’habitude, de culture. Celle du tutoiement est liée à la culture de la proximité avec l’autre. J’illustre très basiquement mon propos avec les codes culturels japonais où la déférence est la règle, et ceux des Etats Unis où la décontraction ainsi que le nivellement des signes hiérarchiques sont de mise. Lorsque Laure raconte son choc d’entendre que sa grand-mère est affublée d’un diminutif, ne nous rapporte-t’elle pas une illustration de chocs interculturels ?

    Ce qui me fait répondre au thème de ce forum, humblement, que le tutoiement est une maltraitance pour les personnes qui le considèrent comme un indicateur de relation interpersonnelle et lorsque les conditions citées ci-dessus ne sont pas repectées.

    Espérant vous avoir apporter quelques autres pistes de réflexion,

    Cordialement et convivialement,

    Camille


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    • > Le tutoiement Le 3 août 2007 à 19:41 , par Michel

      Bonsoir.

      Quel est le travail de votre association ?

      « Nos groupes de travail et de réflexion nous ont menés vers une tentative de qualification de la relation conviviale. Elle est :
      naturelle, libre, ouverte
      chaleureuse, plaisante, positive, animée
      simple, légère
      respectueuse
      gratuite, désintéressée
      adaptée au contexte
      constante. »

      Votre qualification est très complète. Je ne sais pas si elle sera très commode à utiliser, car elle explore un grand nombre de plans qui ne sont pas homogènes : certains sont des conditions de possibilité, d’autres sont des critères de qualité.
      Je ne sais pas si la relation conviviale est naturelle. Dire cela c’est supposer que la socialisation telle qu’elle s’est développée dans nos sociétés occidentales a perverti une tendance fondamentalement conviviale des humains. Je l’espère bien, mais ce n’est là qu’une supposition qui m’arrange.

      L’humain est social. Pour autant est-il convivial ? Les deux ne sont pas synonymes. D’ailleurs j’ai vécu quelque temps en Gascogne : je me demande si la convivialité qu’on y découvre n’est pas avant tout une manière de maintenir l’autre à l’écart dans une relation qu’on découvre rapidement factice. C’est ce que je redoute avec le tutoiement.

      Il me semble intéressant de faire le lien avec l’utilisation du tutoiement, des prénoms, de diminutifs affectifs... Leur emploi doit être conditionné à ces qualificatifs. Ils devraient être libres (possibilité de le refuser), positifs et respectueux (dénué de dénigrement, même inconscient), simples et légers (utilisé avec parcimonie et sans lourdeur abusive), adaptés en fonction des situations (soin thérapeutique...) et constant (une fois établi entre personnes, il est difficile de faire marche arrière comme vous le dites).

      Pour moi c’est pire : il y a une dictature du tutoiement qui le rend difficile à éluder. Il y a de plus en plus de cercles où la règle est qu’on se tutoie et s’embrasse. Je sais parfaitement quelles incompréhensions je déclenche chaque fois que je tends la main. Mais parfois je vexe.

      Pour ma part, je pense que le vouvoiement n’est pas nocif à une relation conviviale. On peut tout à fait s’entendre et prendre plaisir à être avec une personne que nous vouvoyons.

      Je trouverais logique de vouvoyer une maîtresse. Ou alors c’est qu’elle serait devenue davantage.

      Autre réflexion jetée : J’imagine volontiers que cette évolution provient des pays anglophones.

      Nous y pensons tous, mais je me demande si ce n’est pas un peu rapide. Il faudrait en faire l’historique. On pourrait s’apercevoir que la filiation se fait davantage avec le tutoiement du latin, par l’intermédiaire de la Révolution et de la culture prolétarienne.

      Pour nous Français, leur "you" simplifie énormément les relations, même s’il peut manquer de signes indicateurs de position sociale.

      Et j’imagine au contraire que cette apparente simplicité complique énormément les choses en réalité, car il faut trouver d’autres indices.

      Espérant vous avoir apporté quelques autres pistes de réflexion,

      Oui : il est capital de ne pas en rester à cette problématique réductrice du tutoiement dans le soin : somme toute c’est assez vite plié. Par contre dans l’interaction sociale...


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  • > Le tutoiement Le 30 mai 2007 à 14:11 , par epi

    La question du tutoiement ou vouvoiement des residents d’un futur foyer d’accueil medicalise pour adultes epileptiques (des gens avec epilepsie pharmaco-resistante, necessitant un etablissement avec presence infirmiere permanente, et des handicaps associes, pour la plupart du handicap mental et/ou troubles du comportement) nous a ete posee par la future directrice : elle est directrice d’EHPAD, ou elle impose le vouvoiement des personnes agees par le personnel, avec des arguments semblables aux votres, et elle s’est pose la question pour le futur FAM en visitant d’autres etablissements pour adultes epileptiques ou le tutoiement se pratique. Nous en avons donc debattu au sein de l’assoc EPI a l’origine du projet de FAM, conseil d’administration d’assoc compose de parents d’enfants et de parents d’adultes epileptiques.
    Discussion fort interessante a plusieurs titres :
    - Pour beaucoup le tutoiement etait logique, en prolongement naturel de l’etablissement pour enfants accueillant actuellement les jeunes. Surpris par la question
    - Pas evident de considerer que son enfant grandit et n’est plus un enfant, devient adulte. (Ca remue beaucup d’autres choses que la simple question du tutoiement)
    - Pas evident d’admettre que les professionnels ne sont pas des "parents-bis" : ca n’est pas parceque les residents sont tout le temps la (c’est leur domicile), qu’il en est de meme pour le personnel (qui fait son boulot puis rentre chez lui). (reaction de parents d’enfants "institutionnalises" tres jeunes) Et avons-nous vraiment envie que les professionnels occupent notre place ? (reaction de parents d’enfants "institutionnalises" a l’adolescence)
    Bref, ca nous a aide, nous-parents, a remuer des questions sur le positionnement du trio resident-professionnels-famille, sur nos enfants handicapes adultes.
    Des questions dans differents etablissements nous ont montre qu’a chaque fois que la question est reflechie dans un etablissement, le vouvoiement est impose. Les endroits ou le tutoiement est reflechi sont les Arches Jean-Vanier ou il y a un projet totalement different puisque les accompagnants vivent et resident avec les residents handicapes, dans un mode de vie communautaire et dans une demarche d’engagement de vie. Sinon, c’est tu ou vous, selon la personne (sur des criteres non exprimes d’age du resident par rapport a celui du soignant, de dependance...etc) et les residents s’adaptent, comme ils s’adaptent a beaucoup de choses d’ailleurs. Dans un etablissement, le personnel du groupe de residents les tutoie mais le personnel adminisratif, medical et celui des autres groupes les vouvoie (qu’est-ce qui se passe quand on change de gpe ?) ; Dans les CAT le vouvoiement est frequent, lie a la notion de travail. Dans les foyers, le tutoiement est frequent lie a l’idee de pseudo milieu familial, laissant supposer que professionnels et residents vivent en collectivite.
    Les jeunes adultes interrogés disent bien aimer le tutoiement car il les valorise, il cree de la connivence. Le vouvoiement n’est pas une évidence pour eux. Nous n’avons pas eu l’opportunité d’interroger des adultes handicapés habituellement vouvoyés.
    - Un faux-fuyant pour ne pas se poser la question : Mais est-ce que la personne handicapée comprendra ? Elle a du mal avec le langage et ne sera pas capable de vouvoyer elle-meme.... Comparerais-je a certains blancs qui parlaient "petit-negre" aux africains ?
    Et nous avons fait une recherche sur internet et aupres de membres du GERSE (groupe d’etude et de reflexion de professionnels travaillant avec des personnes handicapees mentales)... voila comment nous sommes arrives sur votre article.
    Notre conclusion a finalement ete la suivante : Le choix devra être unique pour tous les résidents. Le vous peut marquer l’entrée dans la vie adulte, instaure la distance entre professionnels et résidents. Dans la vie hors établissement, ces adultes sont vouvoyés par les professionnels (à l’hôpital, dans les magasins) et ils comprennent. ... donc on admet implicitement que le vouvoiement est bon et on laisse la directrice décider.
    Mais appeller les residents Mr xxx ou Melle yyy (comme en EHPAD ou c’est une evidence puisque les personnes agees ont l’habitude d’etre apellees ainsi) on n’a pas fait le pas, il nous semble equilibre et agreable pour eux de les vouvoyer et de les appeler par leur prenom.
    Peut etre que c’est difficile pour nous parents de dire aux professionels ce qu’ils doivent faire pour que nos enfants deviennent des adultes epanouis...
    Si vous avez d’autres lectures a nous conseiller, ca pourra nous aider a enrichir la reflexion.


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    • > Le tutoiement Le 14 juin 2007 à 22:46 , par Michel

      Bonsoir.

      Je vais essayer de vous répondre au fil de la lecture ; mais votre commentaire est vraiment très riche, et mériterait mieux.

      La question du tutoiement ou vouvoiement des résidents d’un futur foyer d’accueil médicalisé pour adultes épileptiques (des gens avec épilepsie pharmaco-résistante, nécessitant un établissement avec présence infirmiere permanente, et des handicaps associés, pour la plupart du handicap mental et/ou troubles du comportement) nous a été posée par la future directrice : elle est directrice d’EHPAD, ou elle impose le vouvoiement des personnes ägées par le personnel, avec des arguments semblables aux vôtres, et elle s’est posé la question pour le futur FAM en visitant d’autres établissements pour adultes épileptiques ou le tutoiement se pratique.

      C’est une situation à double tranchant. Car d’un côté il faut évidemment beaucoup de prudence avant de chercher à transposer aux jeunes adultes la problématique qu’on a élaborée pour les personnes âgées. Ce qu’on doit aux personnes âgées c’est le respect absolu de leur dignité et de leurs droits de citoyens : vieillir ne fait rien perdre de ces droits ; de là à dénier la spécificité de l’avance en âge, il y a une marge : pour peu on se demanderait pourquoi il y a une gériatrie. Si nous parlons du tutoiement en gériatrie c’est parce que la manière dont nombre de soignants abordent les personnes âgées est fautive et maltraitante ; l’approche des épileptiques handicapés n’est pas la même. Mais d’un autre côté il est passionnant de voir l’impact sur votre pratique d’un regard neuf, différent, inattendu.

      Nous en avons donc débattu au sein de l’assoc EPI à l’origine du projet de FAM, conseil d’administration d’assoc composé de parents d’enfants et de parents d’adultes épileptiques. Discussion fort intéressante à plusieurs titres :
      Pour beaucoup le tutoiement était logique, en prolongement naturel de l’établissement pour enfants accueillant actuellement les jeunes. Surpris par la question.
      Pas évident de considerer que son enfant grandit et n’est plus un enfant, devient adulte (ça remue beaucoup d’autres choses que la simple question du tutoiement).

      Je ne sais pas s’il va de soi que les enfants puissent être tutoyés. Mais cette réaction me fait surtout penser à ce problème qui s’est posé à moi, comme à tous les médecins de famille, je suppose, quand il s’est agi de savoir comment on allait appeler un patient qu’on a connu tout gosse, et qui revient, adulte, après quelques années d’éloignement. Cela montre que nous avons un problème culturel avec le tutoiement, dont les règles sont devenues extrêmement floues. En particulier il ne sert plus à marquer une différence d’âge ou de génération. Nous vivons dans un monde où il existe une tyrannie du tutoiement (et de l’embrassade). Tutoyer, embrasser ne sont pas des actes automatiques, ils se concluent de gré à gré entre deux personnes en fonction de l’évolution de leur relation. Pourtant il devient difficile de tenir cette position de bon sens : ne pas répondre à un tutoiement devient une avanie.

      Pas évident d’admettre que les professionnels ne sont pas des "parents-bis" : ça n’est pas parce que les résidents sont tout le temps là (c’est leur domicile), qu’il en est de même pour le personnel (qui fait son boulot puis rentre chez lui) (réaction de parents d’enfants "institutionnalisés" très jeunes).

      Oui, je crois que c’est l’essentiel : je m’inquiète, à tort peut-être, de tout ce qui peut laisser entendre que la relation entre le malade et le soignant est symétrique. Car elle ne l’est pas : le soignant, lui, rentre à la maison.

      Et avons-nous vraiment envie que les professionnels occupent notre place ? (réaction de parents d’enfants "institutionnalisés" à l’adolescence) Bref, ça nous a aidés, nous-parents, à remuer des questions sur le positionnement du trio résident-professionnels-famille, sur nos enfants handicapés adultes.

      Je crois que vous avez trouvé le point le plus important. Les soignants ont toujours, et moi comme les autres, la tentation de se substituer à la famille, d’usurper une place qui n’est pas la leur. Et il faut lutter.

      Des questions dans differénts établissements nous ont montré qu’à chaque fois que la question est réfléchie dans un établissement, le vouvoiement est imposé. Les endroits où le tutoiement est réfléchi sont les Arches Jean-Vanier ou il y a un projet totalement différent puisque les accompagnants vivent et résident avec les résidents handicapés, dans un mode de vie communautaire et dans une démarche d’engagement de vie. Sinon, c’est tu ou vous, selon la personne (sur des criteres non exprimés d’âge du résident par rapport a celui du soignant, de dépendance...etc) et les résidents s’adaptent, comme ils s’adaptent a beaucoup de choses d’ailleurs.

      Il faut étudier la question du droit d’être tutoyé. On pourrait soutenir que les jeunes dont vous parlez, s’ils étaient dans le monde ordinaire, auraient comme nous le droit de tutoyer qui ils veulent, et d’être tutoyés de qui ils veulent. Certes. Mais ils ne sont pas dans le monde ordinaire, et rien ne peut faire qu’ils y soient. Cela dit il y a sans doute une marge d’appréciation.

      Dans un établissement, le personnel du groupe de résidents les tutoie mais le personnel administratif, médical et celui des autres groupes les vouvoie (qu’est-ce qui se passe quand on change de gpe ?).

      Cela montre qu’il existe des règles précises. Mais s’il y a des règles précises, alors il faut d’une part dire comment et pourquoi on les a créées, d’autre part se demander pourquoi on ne respecterait pas les règles normales du tutoiement social, qui sont celles que j’ai dites : c’est une démarche de gré à gré.

      Dans les CAT le vouvoiement est fréquent, lié à la notion de travail.

      Serait-ce à dire que le vouvoiement est le signe d’une reconnaissance sociale ? Etrange image, en effet, qui se donne là.

      Dans les foyers, le tutoiement est fréquent lié a l’idée de pseudo milieu familial, laissant supposer que professionnels et residents vivent en collectivité.

      Il y a cet aspect. Mais après ce que vous avez découvert plus haut (on ne tutoie pas en CAT), on est tenté de dire que le tutoiement de ceux qui n’ont pas les moyens de travailler est surtout la marque de leur dévalorisation.

      Les jeunes adultes interrogés disent bien aimer le tutoiement car il les valorise, il crée de la connivence.

      Voilà qui est également essentiel. Le tutoiement valorise, alors que, je le maintiens, il est la marque d’une dévalorisation, parce qu’il tend à scotomiser les inégalités sociales. Les hommes politiques les plus imbus d’eux-mêmes adorent appeler le chaland par son prénom. Et le chaland s’y laisse prendre, et se figure que parce que l’homme politique l’a appelé par son prénom ils sont quasi potes.

      Le vouvoiement n’est pas une évidence pour eux. Nous n’avons pas eu l’opportunité d’interroger des adultes handicapés habituellement vouvoyés.
      Un faux-fuyant pour ne pas se poser la question : Mais est-ce que la personne handicapée comprendra ? Elle a du mal avec le langage et ne sera pas capable de vouvoyer elle-meme....

      C’est là une question, et elle ouvre sur le tutoiement thérapeutique. Il y a des déments qui sont à un niveau de régression psychique où ils vivent des émotions de leur petite enfance ; si vous appelez le vieille dame par son nom d’épouse, elle ne saura pas de qui vous parlez. Et si vous la vouvoyez, elle ne comprendra pas. Mais comme vous dites, cela peut aussi être un faux-fuyant. C’est pourquoi je tiens à ma règle : il y a des tutoiements thérapeutiques. Mais ils doivent être motivés, et discutés en équipe.

      Comparerais-je à certains blancs qui parlaient "petit-nègre" aux africains ? Et nous avons fait une recherche sur internet et aupres de membres du GERSE (groupe d’étude et de reflexion de professionnels travaillant avec des personnes handicapées mentales)... voila comment nous sommes arrivés sur votre article. Notre conclusion a finalement été la suivante : Le choix devra être unique pour tous les résidents.

      Oui, si c’est un choix de principe. Et je crois que ce principe doit aussi être appliqué aux résidents qui veulent être tutoyés, et qu’il doit l’être par tous les soignants (pour certains personnels, techniques par exemple, il faudrait voir). Cela dit, une fois ce choix de principe respecté, il faut voir des cas particuliers. Mais d’un autre côté si vous optez pour le tutoiement thérapeutique de tel résident, vous aurez du mal à refuser le tutoiement de convenance que souhaite tel autre...

      Le vous peut marquer l’entrée dans la vie adulte, instaure la distance entre professionnels et résidents. Dans la vie hors établissement, ces adultes sont vouvoyés par les professionnels (à l’hôpital, dans les magasins) et ils comprennent. ... donc on admet implicitement que le vouvoiement est bon et on laisse la directrice décider. Mais appeler les résidents Mr xxx ou Melle yyy (comme en EHPAD ou c’est une évidence puisque les personnes agées ont l’habitude d’être appelées ainsi) on n’a pas fait le pas, il nous semble équilibré et agréable pour eux de les vouvoyer et de les appeler par leur prénom.

      Je ne sais pas. Tutoyer et prénommer ne sont pas des actes si différents. Mais comme vous dites ce peut être un bon équilibre. Je vois bien que dans le service je ne tutoie personne (sauf mon confrère, encore est-ce lui qui en a pris l’initiative), mais que j’appelle tout le monde par son prénom, avec une préférence pour les diminutifs. Et qu’au grand scandale de ma femme, quand j’en parle je parle « des filles ».

      Peut être que c’est difficile pour nous parents de dire aux professionels ce qu’ils doivent faire pour que nos enfants deviennent des adultes épanouis...

      Non, je ne crois pas que vous le puissiez. Le professionnel est le professionnel, et il connaît son travail. Mais vous, parents, vous êtes les parents, et vous avez des choses à dire. En somme il ne s’agit pas de leur dire ce qu’ils doivent faire, mais de leur dire ce que vous ne souhaitez pas qu’ils fassent. C’est différent, c’est essentiel.

      Si vous avez d’autres lectures à nous conseiller, ça pourra nous aider à enrichir la réflexion.

      Hélas ! Je suis nul en recherche bibliographique. Mais à voir le retentissement de mon article, il me semble qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de littérature sur le sujet...

      Votre démarche est passionnante.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > Le tutoiement Le 15 juillet 2006 à 16:43 , par Alexandra

    Merci pour votre site, que je découvre avec beaucoup de bonheur.

    Je suis heureuse d’avoir l’occasion de vous faire part de ce que j’ai vécu lorsque ma grand-mère était en maison de retraite.
    Ma grand-mère était une femme extrêmement digne, et humble en même temps. Sa vie a été très dure, mais elle avait toujours gardé sa bonne humeur, et n’a eu de cesse malgré les souffrances de la fin de sa vie, de faire croire à son entourage que tout allait bien, pour ne pas nous charger ou nous culpabiliser. Jamais ne n’ai entendu la moindre plainte dans sa bouche. Et pourtant... J’ai pour elle un amour et un respect sans bornes, elle est avec moi chaque jour, et de plus en plus avec le temps qui passe, car au fur et à mesure que je prends moi aussi de l’âge, je me rends compte toujours plus à quel point elle a compté dans ma vie, et combien elle m’a aimée. Le reste de ma vie a été beaucoup de souffrance, et je sais ma grand-mère m’a sauvé la vie.
    Ma grand-mère, je l’appelais "Mammy". C’est ma Mammy-Chérie.

    Je ne saurais vous décrire le sentiment que j’ai ressenti lorsque je suis allée voir cette vieille dame si digne et si aimante pour moi, se faire appeler "Mammy" par une infirmière qui ne lui avait sûrement pas demandé son avis. J’ai trouvé cela incroyable, abusif et indigne. J’en ai été profondément mortifiée, car pour moi c’était un affreux manque de respect, et jamais je n’aurais pensé que l’on pût à ce point manquer de respect à quelqu’un sous prétexte qu’il est âgé. S’ajoutait bien sûr à ce sentiment celui d’être en quelque sorte dépossédée de quelque chose, comme si l’on cherchait à prendre ma place, alors que j’aurais tellement désiré être avec elle chaque jour.
    Pour moi, une vieille dame ou un vieux monsieur sont éminemment respectables, car ils ont toute leur expérience à nous transmettre. Ils ne perdent en rien leur statut de Monsieur ou de Madame, bien au contraire.
    La situation est tout autre dans le cas où une relation privilégiée s’établit entre un soignant et quelqu’un sur lequel il veille. Mais ce n’était pas le cas.
    J’en ai été profondément blessée, et je savais que ma grand-mère ne disait rien, mais souffrait évidemment beaucoup aussi de l’attitude du personnel.

    J’espère que mon témoignage sera utile.
    Merci de me donner l’occasion, pour la première fois, de m’exprimer là-dessus... votre site est formidable.


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    • > Le tutoiement Le 27 juillet 2006 à 13:09 , par Michel

      Bonjour.

      Les vacances font que je vous réponds avec bien du retard.
      Effectivement, je crois que vous posez très bien le problème, qui comporte trois aspects.
      - Le premier est que, le plus souvent, on ne demande pas l’avis de la personne avant de la tutoyer ou de l’appeler familièrement. Or cette position dépasse infiniment la question du tutoiement : on doit poser comme règle que l’avis de la personne doit être demandé en préalable à toute action sur elle. On voit donc qu’à travers cette question, somme toute assez marginale, du tutoiement, c’est toute la manière dont le soignant se considère qui est en jeu.
      - Le second est que vous dites : "On ne lui avait sûrement pas demandé son avis". Statistiquement vous avez raison. Mais il se peut fort bien que la soignante ait reçu l’accord de votre grand’ mère. Il se peut même que ce soit elle qui l’ait demandé. Je persiste à penser que même dans ce cas les choses ne sont pas si simples : ce n’est pas parce que l’autre veut que je le tutoie que je suis obligé de le faire, et je crois qu’en ce qui concerne la relation de soin elle est foncièrement dissymétrique, et qu’il n’est pas du tout évident qu’on fasse bien en essayant de gommer cette dissymétrie.
      - Le troisième est plus méconnu, et vous avez parfaitement raison d’insister dessus. Le tutoiement est un privilège des proches du malade. Quand je me donne le droit de tutoyer je me mets sur le même plan que les proches. Et cela, en effet, leur retire quelque chose. Il est fréquent que les soignants se mettent ainsi à la place de la famille ; c’est un piège très dangereux.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • > Le tutoiement Le 15 juin 2006 à 11:46 , par Lionelle V.

    Bonjour,

    j’ai été fort intéressée par ce forum. je suis thérapeute et j’interviens notamment en maison de retraite et en établissement pour handicapés au titre de la supervion, groupe de parole du personnel.
    cette question du tutoiement se retrouve dans ces groupes de parole, et j’avoue qu’ayant une position qui me semblait claire vis à vis de ce sujet, à savoir ne pas admettre que la distanciation nécessaire soit franchie symboliquement par ce tutoiement, il m’est apparu nécessaire d’envisager une remise en question afin d’alimenter au mieux ce groupe de parole.

    j’insisterai moi bien sur ce symbole, car il implique souvent bien d’autres états, d’autres frontières franchies, qui ne sont souvent pas nommés. doit-on pour autant parler de maltraitance ? il semblerait que pour le moins, le tutoiement ouvre une porte qui deviendra probablement délicate ensuite à pouvoir gérer.

    quand un résident passe de nombreuses années dans un établissement, le soignant, quel qu’il soit, sait qu’il y aura partage, que les phases de succèderont, et peut-être devrait-il garder en mémoire, qu’un jour, la distance lui sera non plus utile, et saine, mais nécessaire parce qu’elle-même est un soin à part entière.

    je comprends et je le lis d’ailleurs dans ce forum que la question semble peu débattue autour des handicapés, de leur demande affective immédiate, primaire, au sens psy du terme... il me semble donc que ce pourrait être une raison supplémentaire de ne pas tutoyer, au risque souvent rencontré lors de mes séances de supervision, de créer une symbiose dont la projection ne semblerait positive que pour le soignant, qui finit par croire qu’il "remplace" la famille.

    néanmoins, si d’autres avis peuvent alimenter ma réflexion...

    Lionelle V.


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    • > Le tutoiement Le 19 juin 2006 à 15:34 , par Michel

      Bonjour.

      Je suis totalement d’accord avec ce que vous écrivez.

      La seule réserve viendrait du fait que certains commencent à remettre en question cette nécessité de la distance thérapeutique, ou tout au moins son caractère impérieux. Provisoirement je pense qu’ils se trompent, mais nous devons rester attentifs à ce qu’ils disent : s’il s’avérait qu’ils ont raison, alors ce serait une révolution absolue dans l’approche même du soin.


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  • > Le tutoiement Le 22 mars 2006 à 15:48 , par VIVIANE

    Je suis Cadre de santé en EHPAD. Nous nous posons les mêmes questions. Nous allons créer des groupes de travail, pour que chacun se pose la question du pourquoi le tutoiement, le prénom. Pourquoi certains résidents demandent à quelques membres de l’équipe mais pas à tous... Mais travaillant en milieu plutôt rural je me demande aussi pourquoi nous obligerions le vouvoiement de personnes que certains membres de l’équipe connaissent depuis qu’ils sont bébés. Serait ce vraiment de la meilleure prise en compte de la personne âgée ?
    Le débat n’est pas terminé et le risque, à mon avis, est de vouloir (dans un sens comme dans l’autre) faire une généralité d’une situation qui doit être discuté en équipe


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    • > Le tutoiement Le 22 mars 2006 à 22:02 , par Michel

      Bien sûr !
      D’ailleurs, comment imposer à une équipe qui de tout temps a tutoyé les malades, lesquels en ont pris l’habitude, de ne plus le faire ? Et comment imposer de ne pas tutoyer les nouveaux alors qu’on tutoie les anciens ? Rien ne va.
      Mais je crois plus sûr de passer par l’excessive étape du zéro tutoiement.
      Après, il me semble que la pierre de touche est le débat en équipe. Si c’est une décision d’équipe...
      Et puis on peut donner des critères absurdes ; c’est ce que j’avais fait pour les barrières de lit : j’ai exigé qu’on n’en ait plus que 10%. Lesquelles, je m’en fichais. Et ça a marché. De même, on peut concevoir que le tutoiement sera décidé en équpe et qu’on se limitera à 15% de l’effectif. Cela finira par changer les mentalités...

      Bien à vous,

      M.C.


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    • > Le tutoiement Le 18 décembre 2006 à 11:44 , par Laure

      Madame,

      Ma grand- mère est en maison de retraite depuis 3 mois. C’est un dur moment pour elle et pour nous. Je dois dire aussi que c’est une grande souffrance pour moi qui l’adore. Le tutoiement est la partie visible de l’iceberg. On pourrait mentionner aussi l’emploi abusif de petits noms ridicules comme : Ma belle, ma jolie....parfaitement déplacé.Le plus incroyable reste le temps passé par les cadres et psy des EPHAD à débattre de ce qui devrait être une évidence et un simple "savoir être". A quand une formation de qualité pour le personnel soignant dans son ensemble ? Cela permettrait d’aborder d’autres problèmes cruciaux que celui du tutoiement (grabatisation précoce, utilisation intempestive de psychotropes et autres douceurs...) pour lesquels une vraie REFLEXION s’impose. Le temps presse, nos vieux paient le prix de nos tergiversations timorées.


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      • > Le tutoiement Le 23 décembre 2006 à 16:46 , par Michel

        Bonjour.

        Je crois que vous avez raison de noter tout ce qui vous choque.

        Vous savez, il y a une étrange anomalie qui fait que, dès qu’ils ont passé leur blouse, les soignants se mettent à oublier les principes élémentaires de savoir-vivre qu’il ne leur viendrait pas à l’esprit de méconnaître une seconde quand ils sont dans la vie courante. je ne me suis jamais senti aussi ridicule que le jours où, réfléchissant à un code de bonne conduite pour les professionnels, je me suis aperçu que les principes que je recherchais en vain s’appelaient tout simplement la politesse. Et que j’avais, ô combien, mes propres manquements.

        Cela dit il faut nuancer :

        "On pourrait mentionner aussi l’emploi abusif de petits noms ridicules comme : Ma belle, ma jolie....parfaitement déplacé."

        Je ne les aime pas non plus, mais il faut admettre qu’ils sont souvent demandés par la personne (ce qui n’est pas pour moi une raison pour accepter). Ce que je conteste c’est moins le tutoiement que le fait de l’employer sans se questionner sur ce que l’on fait. Le tutoiement n’est pas un acte banal (même si je me rends compte que ma manie, dans la vie courante, de ne pas tutoyer d’embler et de ne pas embrasser n’importe qui n’importe quand me fait de plus en plus passer pour un type bizarre et vaguement coincé).

        "Le plus incroyable reste le temps passé par les cadres et psy des EPHAD à débattre de ce qui devrait être une évidence et un simple "savoir être"."

        Je crois qu’il ne faut pas confondre savoir-vivre et savoir-être.

        Savoir être, cela a un sens très particulier : il s’agit pour le soignant de cesser de se réfugier dans l’action (le faire, le savoir-faire) et d’accepter de se contenter d’être, et d’être qui on est, aux côtés du malade. Mais sur le fond, vous avez raison, bien sûr.

        Bien à vous,

        M.C.


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  • > Le tutoiement Le 23 décembre 2005 à 11:52 , par dominique

    elève infirmière en 3ème année je prépare mon TEFE sur les difficultés à garder une relation dite professionnelle avec des résidents handicapés adultes dont on s’occupe pendant de longues années, j’ai envie d’aborder le sujet du tutoiement qui se pratique encore plus je crois dans le milieu du handicap où les patients sont souvent assez jeunes. Ravie d’avoir trouvé votre article qui va étayer mon travail, si vous avez une source bibliographique je veux bien en profiter. Merci
    D. Paronneau


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    • > Le tutoiement Le 25 décembre 2005 à 15:24 , par Michel

      Bonjour.

      Merci de votre courrier.

      Je ne sais pas s’il existe beaucoup de références bibliographiques sur un tel sujet.

      D’une manière générale je vous recommanderais plutôt M. Mérette "Pour la liberté d’être" (vous trouverez l’adresse de son site à "carnet d’adresses").

      Quant à mon article, il n’a été publié que pour être mis à votre disposition.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • > Le tutoiement Le 15 janvier 2006 à 20:13 , par fab

      Je suis élève infirmière de 3eme année et prépare mon téfé sur le tutoiement en service de soins psychiatrique.
      Je suis à la recherche de documents, livres, interwiew, sur ce sujet .
      Merci si vous pouvez m’aider.
      Fab


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      • > Le tutoiement Le 15 janvier 2006 à 21:36 , par Michel

        Bonsoir.

        Non, je n’ai rien de spécifique sur la psychiatrie.

        Sur ce forum même, vous avez un courrier d’un correspondant qui fait la même recherche que vous. Peut-être pourriez-vous partager votre travail ?

        Sinon, êtes-vous allée voir sur http://www.serpsy.org/ ?

        Tenez-moi au courant de votre travail, et bon courage !

        Bien à vous,
        M.C.


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    • > Le tutoiement Le 17 janvier 2006 à 09:54

      Je prépare moi aussi mon téfé sur le tutoiement en service psychiatrique .
      Si vous avez des références de livres, d’ articles je serais heureux que vous me les comminiquier.
      Salutations.
      Fabienne
      adresse e-mail : jean-paul.pret@wanadoo.fr


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