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Cet article a été revu le 25juin 2012

La déshydratation en gériatrie

Inédit

dimanche 25 septembre 2005 par Michel

GÉNÉRALITÉS

Le constituant le plus abondant de l’organisme est l’eau.

On compte que l’eau représente 65% du poids total d’un adulte jeune, soit 45 litres en moyenne. La personne âgée est un peu plus sèche : elle ne compte que 55% environ de son poids en eau [1].

L’eau de l’organisme se répartit comme suit :
- Dans le sang : environ 5 litres.
- Dans le liquide qui baigne l’ensemble des tissus : environ 10 litres.
- Dans les cellules : environ 25 litres.

Ceci pose un premier problème : c’est par les prises de sang que nous étudions la composition en eau du corps. Mais le sang ne contient que 10% de l’eau totale. Cela veut dire que 90% de l’eau du corps ne peut pas être explorée directement.

Certains organes sont très riches en eau. C’est le cas par exemple du cerveau, qui contient plus de 95% d’eau. Cela veut dire que le cerveau est très sensible à la déshydratation.

RÉGULATION DE L’EAU

Parler de régulation de l’eau, c’est étudier les entrées et les sorties.

Les entrées d’eau se font par l’alimentation.

- Dans une alimentation normale les aliments apportent 1 l d’eau par jour [2].
- Les boissons représentent environ 1,5 l par jour.
- Il faut ajouter 0,5 l fabriqué par l’organisme à partir des aliments.

Les sorties d’eau se font par :
- La respiration : 0,5 l par jour.
- La sueur : 0,5 l par jour.
- Les selles : 0,2 l par jour.
Ces pertes sont obligatoires.

- Les urines : le reste, soit 1 à 2 l par jour.

C’est donc le rein qui est chargé de régler le bilan de l’eau : si les apports varient, ou si les pertes obligatoires varient, le rein adapte le volume urinaire en conséquence. Le rein est un éliminateur de déchets. Il a besoin d’eau pour cela mais il peut adapter la concentration de l’urine en fonction de l’eau disponible, même si ce système a ses limites.

L’eau a un poids :

- Si un sujet absorbe plus d’eau qu’il n’en élimine, il grossit.
- Si un sujet absorbe moins d’eau qu’il n’en élimine, il maigrit.

Quand on commence un régime amaigrissant, on se met à manger des salades, c’est-à-dire de l’eau. Si on mange 1 kg de salade, on grossit d’1 kg. C’est ce qui explique que souvent au début d’un régime amaigrissant on grossit. La différence, c’est que le rein va très vite éliminer l’excès d’eau, et qu’on va donc rapidement maigrir.

La "rétention d’eau" est un phénomène circulatoire et hormonal qui porte au maximum sur 2 ou 3 kg. C’est pourquoi il est illusoire de chercher à lutter contre cela quand on fait un régime : ce qu’on doit perdre c’est de la graisse et non de l’eau [3].

Le moyen le plus simple pour détecter une déshydratation est la pesée : il faut dans le meilleur des cas 5 à 6 jours pour perdre 1 kg de graisse. Un sujet qui perd 1 kg dans un journée n’a donc pas perdu 1 kg de graisse mais 1 kg d’eau ; Tout amaigrissement rapide est dû à une déshydratation.. La conduite à tenir est la même que celle utilisée en pédiatrie : quand un bébé a de la fièvre il faut le peser tous les jours. En pédiatrie toute perte de poids supérieure à 10% impose l’hospitalisation ; toute perte de poids supérieure à 20% est une urgence. En gériatrie il faut aller encore plus vite.

PARTICULARITÉS DU SUJET ÂGÉ

Le sujet âgé ne boit pas assez. Il y a à cela trois raisons :
- Le vieillissement affecte le cerveau, et le sujet âgé perd la sensation de soif.
- Les habitudes culturelles de ces personnes font que les femmes ne boivent pas.
- Beaucoup de personnes âgées redoutent l’incontinence urinaire, et refusent de boire pour essayer d’améliorer cette situation [4].

Le sujet âgé perd plus d’eau :
- Le rein âgé normal perd son aptitude à concentrer les urines : pour éliminer une même quantité de déchets, il consomme donc plus d’eau.
- De nombreuses maladies vont déclencher des fuites d’eau : diabète, insuffisance rénale...
- La régulation de la température est plus difficile, ce qui entraîne des pertes d’eau plus importantes au niveau de la peau. Le soignant doit garder à l’esprit une règle simple : quand j’ai chaud le vieux a très chaud ; quand j’ai froid il a très froid.

Six situations fréquemment rencontrées s’accompagnent de pertes d’eau parfois importantes :
- La fièvre.
- La diarrhée.
- Les vomissements.
- Le diabète.
- Les traitements diurétiques.
- La marche : un dément déambulant parcourt facilement 20 km par jour.

D’autre part le sujet âgé a moins de réserves d’eau que le sujet jeune. Une même perte d’eau est donc plus grave.

LES SIGNES DE LA DÉSHYDRATATION

Il n’y a pas de signe fiable de la déshydratation.
- 1. La soif : Quand elle existe, c’est un bon signe, mais le sujet âgé n’a pas soif.
- 2. Le volume urinaire : il est pratiquement impossible à mesurer chez le sujet âgé (incontinence...). Quand la bandelette urinaire montre des urines concentrées, c’est un signe assez fiable, mais le rein âgé ne sait plus concentrer les urines...
- 3. Le pli cutané : mais la moitié des personnes âgées normales ont un pli cutané.
- 4. La sécheresse de la bouche [5] : mais le plus souvent elle est liée à autre chose (mycose, nez bouché...).
- 5. Les troubles du comportement : ils doivent toujours y faire penser.
- 6. Les troubles circulatoires : hypotension, accélération du rythme cardiaque.
- 7. Le collapsus veineux : normalement, une veine gonflée de sang se dégonfle lorsqu’on l’élève 20 cm au-dessus du niveau du cœur. Si cette hauteur diminue, c’est que le volume sanguin a diminué. C’est un signe fiable mais difficile à observer.

Il ne reste donc que trois procédés :

1°) : L’étude du contexte : on craindra une déshydratation devant :
- 1. Une fièvre.
- 2. Des vomissements.
- 3. Une diarrhée.
- 4. Des fortes chaleurs.

2°) : L’étude des symptômes :
- 1. Tachycardie, hypotension.
- 2. Troubles du comportement.

3°) : La pesée systématique des sujets à risque.

LA STRATÉGIE DE PRÉVENTION

Elle repose sur quatre décisions :
- 1. Supprimer les pertes d’eau inutiles : toutes les prescriptions de diurétiques seront reconsidérées [6].
- 2. Stimuler les boissons. Mais il faut être exigeant sur l’objectif : dire qu’on va faire boire un litre d’eau signifie que le malade va boire 1 verre par heure de 11 h à 18 h [7] ; cela suppose qu’on ait les moyens, notamment en personnel, de le faire. Sinon on court le grave risque de croire qu’on a pris les bonnes décisions sans s’apercevoir que ces décisions sont mal (ou ne sont pas) appliquées.
- 3. Peser les sujets à risque : en période de canicule par exemple la pesée se fera deux fois par semaine, toute perte de plus de 2 kg en trois jours est une alerte.
- 4. Être attentif aux troubles du comportement : fatigue, agressivité, délire, perte d’appétit, etc.

Au moindre doute le soignant doit signaler la situation. Il doit exiger d’avoir reçu personnellement une réponse.

Un sujet âgé dont l’incontinence s’améliore ne s’améliore pas : en réalité il s’est déshydraté.

LA PRISE EN CHARGE

La déshydratation est une urgence. Quand on la découvre, il est toujours très tard.

Le traitement ne sera donc jamais de faire boire : si cela avait dû suffire, le malade ne se serait pas déshydraté. Un malade déshydraté doit être pris en charge médicalement.

Dès qu’une déshydratation est suspectée, le médecin doit être averti ; le malade est repesé. Une simple prise de sang (ionogramme + protides) permet de prouver la déshydratation et de calculer le déficit en eau.

Après, il y a trois situations.

La situation de rattrapage :

Elle s’utilise chez le patient qui commence à se déshydrater mais qui n’est pas en danger immédiat.

On utilise alors la voie sous-cutanée, car il faut économiser les veines des personnes âgées.

On perfuse de préférence la nuit pour que le malade puisse se lever dans la journée. L’aiguille est laissée en place tant qu’il n’y a pas de réaction locale. On perfuse du sérum glucosé simple [8]. Le liquide perfusé s’accumule sous la peau en créant un œdème parfois spectaculaire, ce qui n’a aucune importance : il se résorbera tout seul.
La voie sous-cutanée est en défaut :
- Quand la tension est trop basse (< 6), car le liquide sous-cutané ne va pas se résorber correctement.
- Quand le volume à perfuser dépasse 1,5 l/j, car l’organisme ne pourra résorber rapidement tout ce volume ; ce n’est pas dangereux mais cela ne sert à rien.

La situation de déshydratation :

Le traitement est là aussi la perfusion. En principe le volume à perfuser est égal :
- A la consommation d’eau du malade (1,5 l/j).
- Plus le volume estimé des pertes supplémentaires (s’il a de la fièvre, s’il vomit...).
- Plus ce qui est nécessaire pour compenser le déficit en 3 jours.
- Moins ce qu’il boit réellement.

Par exemple un sujet qui a perdu 3 l d’eau, qui a 39° de fièvre et qui boit encore 1 l par jour recevra :
- 1,5 l pour l’apport quotidien.
- 0,5 l par degré de fièvre, soit 1l.
- 1 l de rattrapage.
- Moins 1 l qu’il boit.

Il faudrait donc perfuser 2,5 l par jour pendant 3 jours. On utilise alors la voie intraveineuse. Mais cela suppose deux conditions :
- Que le sujet ait un capital veineux correct.
- Et surtout que l’on connaisse l’état cardiaque du malade, car il peut être dangereux de perfuser rapidement de grands volumes que le cœur n’a plus la force de pomper. En pratique c’est là la limite, surtout dans un établissement dépourvu de plateau technique.

La surveillance porte sur :
- L’amélioration des symptômes quand il y en avait.
- La reprise rapide du poids.
- Le volume urinaire quand on peut l’apprécier.
- La tolérance cardiaque, donc.
- Les ionogrammes répétés tous les trois jours.

La grande urgence :

Elle est représentée par exemple par le malade très déshydraté dont le capital veineux est épuisé. Alors le plus efficace est de poser une sonde gastrique par laquelle on pourra administrer rapidement 2 ou 3 litres d’eau du robinet, éventuellement additionnée de sel. Le risque d’intoxication par l’eau est théorique, le seul problème est que dans ce contexte il faut souvent imposer une contention ; mais en contrepartie il suffit souvent d’une seule nuit pour normaliser la situation...


Notes

[1Toutes ces données sont très approximatives : ce texte n’est pas une communication scientifique mais un aide-mémoire pour les soignants.

[2La soupe, les légumes, les laitages...

[3Et quiconque a déjà fait une vinaigrette sait que la graisse et l’eau ne se mélangent pas si aisément.

[4Ce que n’est guère efficace, car le rein fonctionne beaucoup la nuit.

[5Rappelons que cette sécheresse s’estime non en regardant la langue mais en observant et (si le malade l’accepte) en passant le doigt dans l’espace situé entre la gencive et la joue.

[6Ce qui ne veut pas dire qu’on va les supprimer.

[7Heureusement, les malades ne boivent jamais cela et ne se déshydratent pas pour autant : il y a un écart, difficile à comprendre, entre la théorie et la pratique.

[8Que perfuser ? On ne sait pas très bien. L’adjonction de chlorure de sodium au glucosé est souvent conseillée, mais il n’est pas si simple de savoir pourquoi ; d’autres perfusent plutôt du chlorure de sodium seul ; retenons que ce qui compte c’est d’apporter de l’eau.

22 Messages

  • La déshydratation en gériatrie Le 12 janvier à 17:32 , par rouly viviane

    Bonjour,

    Ma maman va avoir 98 ans en fev 2017 elle a une déshydratation importante et une bronchite elle ne mange guere et a terriblement maigri .Elle est en ephad . Le personnel est débordé et pas assez nombreux .Elle a été perfusé et sa tension est tombée à 7,5 mais semble remontée .Elle a des antibiotiques .ma soeur y va ts les jours et lui fait boire de l" ’eau bleue" donnée par l ephad .le personnel n a pas le temps de la faire boire regulierement .Bien sur elle est agée mais une maman reste une maman ......quels pourraient être les aliments les plus adaptés pour elle .
    Merci par avance


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    • La déshydratation en gériatrie Le 15 janvier à 17:37 , par Michel

      Bonjour, Viviane.

      Je crois que vous avez deux problèmes distincts.

      Le premier est celui de la déshydratation. De ce point de vue la seule chose importante est de savoir si la cause de cette déshydratation est toujours là. Car si la cause a disparu, alors le plus probable est que la perfusion a suffi pour la guérir. Et si ce n’est pas le cas la seule chose intéressante est de reperfuser. Car je ne sais pas ce que vous appelez « eau bleue », je suppose qu’il s’agit d’eau gélifiée, et je continue à penser qu’il est illusoire d’essayer de lutter contre une déshydratation avec de l’eau gélifiée.

      Le second problème est celui de la dénutrition, dont votre mère est à l’évidence menacée. Il faudrait bien sûr évaluer la situation, mais si c’est le cas la priorité du point de vue des aliments est d’apporter des calories et non de l’eau. Or si vous cherchez des aliments qui permettent de la réhydrater (outre que cela ne me semble pas réaliste) vous allez devoir utiliser des volumes importants, et cela limitera d’autant la quantité de calories que vous allez pouvoir lui donner.

      Il me semble donc qu’il faut poser le problème autrement.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La déshydratation en gériatrie Le 4 novembre 2016 à 14:27 , par nora

    Bonjour,

    Je me permets de vous écrire car j’ai une question très importante à vous poser.

    ma grand mère de 92 ans a été hospitalisée à Alger pour une déshydratation. Ils ont tenté de l’hydrater via une perfusion mais cela n’a pas fonctionné. Ses veines explosent. Ils ont finalement dit qu’il fallait prendre sur soi et qu’elle avait bien vécu sa vie donc retour à la maison....

    je je lis sur votre site qu’une sonde gastrique aurait pu être posée mais question est ce compliqué à réaliser à son domicile par un médecin ou faut il de nouveau l’hospitaliser et réclamer qu’il lui pose cette sonde.

    je suis tres peinée non pas qu’elle meure puisque nous allons tous mourir mais de la façon dont elle est traitée comme si finalement, cela ne vaut plus la peine....

    merci ci par avance pour votre aide.

    que Dieu vous bénisse !
    nora


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    • La déshydratation en gériatrie Le 7 novembre 2016 à 08:04 , par Michel

      Bonjour, Nora.

      Il vous faut distinguer deux choses.

      La première est la façon dont il convient de commenter le comportement des médecins qui se sont occupés de votre grand’mère. J’ai connu des médecins capables de dire ce genre de choses, et qui méritaient surtout le mépris. Mais j’en ai connu d’autres qui savaient dire à une famille désemparée que chez une très vieille dame pour laquelle il n’y a pas d’espoir de guérison la sagesse est de lui faire la fin de vie la plus douce possible, et que c’est à la maison qu’elle sera le mieux. En d’autres termes il est fort possible que les médecins vous aient mal parlé ; il est possible aussi que dans la détresse où vous étiez vous ayez mal entendu.

      Mais la seconde est bien plus importante : que faut-il faire ?

      Je n’en sais rien, je ne connais pas la situation. Il faudrait avant tout savoir pourquoi elle s’est trouvée dans cet état. S’agit-il d’une déshydratation simple, ou bien y a-t-il une maladie qui l’a causée et qui a elle-même son propre pronostic ? Quel est son état de base ? Bref, s’il n’y avait pas la déshydratation, tout irait-il bien ? Franchement, on peut en douter, et c’est cela qui va décider de la suite. Ce que je lis c’est que les médecins semblent la considérer comme en fin de vie.

      Si c’est le cas, alors il ne faut pas chercher à prolonger sa vie. Et il faut se demander tout simplement de quoi elle se plaint. Dans l’écrasante majorité des cas les malades déshydratés ne se plaignent de rien, et il ne faut rien leur faire du tout. Quand la déshydratation pose un problème de tolérance la solution la plus simple est la perfusion sous-cutanée, qui est toujours possible, facile à mettre en œuvre à domicile et parfaitement efficace. Je ne poserais certainement pas une sonde gastrique dans ces conditions : quand j’ai utilisé ce moyen, c’était pour traiter la déshydratation de patients que j’espérais bien guérir, et dans le seul but de leur éviter un transfert en réanimation. Si ce n’était pas dans ce cadre j’aurais récusé la sonde, qui est tout de même un acte agressif et inconfortable.

      Je pense à vous.

      M.C.


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      • La déshydratation en gériatrie Le 15 novembre 2016 à 10:03 , par nora

        Bonjour Monsieur Cavey,

        Je vous remercie de m’avoir répondu aussi rapidement. Ma grand mère avait un bon bilan médical, pas de cholestérol, pas de diabète, une excellente mémoire et un esprit très positif. Elle était juste alité depuis plusieurs mois maintenant à cause de la vieillesse.

        Elle a eu une bronchite et cela qui a provoqué une déshydratation. Ma tante qui s’occupe d’elle ne connaît pas beaucoup de choses dans le domaine médical et elle ne s’est pas aperçue de sa déshydratation. Le médecin traitant non plus apparement. C’est une infirmière qui est venue pour une prise de sang qui s’est rendue compte de son état !

        C’est ainsi qu’elle a enfin été hospitalisée... Sauf qu’à l’hôpital, ils ont fait une perfusion via ses veines de son bras et qu’elles ont toutes explosees... Ils n’ont pas fait de sous cutanée. Ils ont dit elle est trop vieille et elle a bien vécu... Aujourd’hui ma grand mère est complètement amaigrit, elle est confuse ses mots se mélangent. Elle est hydratée manuellement par une petite pipette que ma tante lui donne...

        C’est tellement triste mais je n’y peux rien...

        L’algerie ce n’est pas la France, il y a tellement de gens en difficulté qu’une vieille dame en fin de vie n’est pas une priorité.

        Je vous remercie de m’avoir lu et d’avoir pris ce temps si précieux pour me répondre.

        Je n’ai plus qu’à prier pour que Dieu l’emporte au plus vite...même si cela me fait mal au cœur.

        Cordialement,

        Nora


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        • La déshydratation en gériatrie Le 19 novembre 2016 à 07:41 , par Michel

          Bonsoir, Nora.

          Je comprends bien ce que vous dites ; l’Algérie n’est pas la France. Mais c’est précisément cela qui est triste : les moyens nécessaires dans cette situation sont très simples, très bon marché, et ils sont disponibles partout sur la planète. Il est donc dommage de ne pas les envisager.

          Cela dit il faut réfléchir un peu plus.

          Je dois d’abord critiquer ce que vous écrivez : Ma grand mère avait un bon bilan médical, pas de cholestérol, pas de diabète, une excellente mémoire et un esprit très positif. Elle était juste alitée depuis plusieurs mois maintenant à cause de la vieillesse. Il se peut que votre description soit exacte. Mais il n’est guère possible de dire à la fois qu’elle n’avait pas de grand problème de santé et qu’elle était grabataire depuis plusieurs mois. La réalité plus probable est qu’elle n’allait pas bien. Je n’insiste pas sur la question de l’état intellectuel, on sait combien les apparences peuvent tromper. Mais ce n’était pas une dame en bonne santé.

          La suite est assez classique, d’autant qu’il n’est pas si facile de dépister une déshydratation et que les erreurs, dans un sens comme dans l’autre, sont fréquentes. Et je comprends qu’on vous dise que chez une très vieille dame à la santé précaire il faut se méfier de l’acharnement thérapeutique. Ce que je trouve dommage c’est que, précisément, la perfusion sous-cutanée est un acte très simple.

          A moins qu’en réalité les médecins n’aient jugé que la situation est bien plus grave que vous ne pensez et que le geste de réhydratation serait illusoire. Dans ce cas il faut effectivement rester passif et se demander simplement si la malade a soif ; c’est rarement le cas, et il est légitime de ne rien faire.

          J’attends de vos nouvelles.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La déshydratation Le 23 août 2016 à 13:17 , par Khoda

    Je vous remercie pour ce thème.
    j’ai une malade âgée victime d’AVC qui a beaucoup maigri et des signes de fatigue sont apparus , avec des aliments solides ( haricots, oranges,mangues ) elle mâche bien et avale normalement , mais quand on lui donne de l’eau elle le laisse dans la bouche et met beaucoup plus de temps pour l’avaler . Qu’est-ce qu’on peut faire pour l’aider à boire assez d’eau ?


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    • La déshydratation Le 23 août 2016 à 21:28 , par Michel

      Bonsoir Khoda.

      Peut-être ferais-je mieux d’être prudent avant de vous répondre : je n’ai pas vu votre malade. Mais la situation me semble caractéristique d’une patiente qui fait des fausses routes. Elle le sait, et il y a des choses qu’elle redoute d’avaler. C’est la raison pour laquelle vous observez ce que vous observez.

      Et cela me permet d’insister sur un point : contrairement à ce qu’on pense, ce ne sont pas les solides qui de ce point de vue sont les plus problématiques. Votre malade n’a pas trop de problèmes pour les avaler, et cela montre bien que l’habitude de changer la texture des aliments dès que l’on constate une fausse route est un non-sens : les changements de texture ne servent qu’à compenser les édentations, tous les autres changements demandent à être justifiés. Il arrive, peut-être même souvent, qu’ils améliorent les fausses routes, mais ce n’est nullement la règle : il n’y a pas de règles. Sauf une, peut-être : le pire, ce sont les textures mélangées, comme les yaourts avec des morceaux, car la personne ne peut s’y adapter.

      Dans votre situation, il n’y a rien d’autre à faire qu’observer et agir en conséquence ; en particulier si vous voulez être efficace il est impératif de ne rien brusquer, le temps nécessaire sera ce qu’il sera.

      Alors il faut hydrater.

      Le plus simple serait de se débarrasser du problème avec une perfusion sous-cutanée. Mais si ce n’est pas possible, alors il faut envisager le recours à l’eau gélifiée. Je n’aime pas l’eau gélifiée, notamment parce que je n’ai jamais vu quelqu’un en absorber suffisamment pour qu’on puisse espérer un effet. Mais cela peut résoudre au moins une partie de votre problème. Ne perdez pas de vue cependant qu’il existe, notamment avec les fruits, des moyens d’apporter des volumes d’eau non négligeables.

      Une autre solution (je sais quelle impression cela peut produire, mais ce que nous voulons c’est un résultat, n’est-ce pas ?) serait le biberon, qui permet souvent à la personne de retrouver des réflexes anciens qui fonctionnent encore ; notamment l’avantage du biberon est qu’elle maîtrise toutes les étapes de la déglutition, ce qui est très rassurant pour elle.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La déshydratation Le 24 août 2016 à 13:48 , par Khoda

        Merci Michel pour cette réponse,
        Je pensais donner au malade des fruits comme la pastèque qui contient beaucoup d’eau.
        Je vais aussi penser utiliser la méthode du biberon. Pourquoi pas ? c’est le résultat qui compte.

        Merci !


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        • La déshydratation Le 25 août 2016 à 07:29 , par Michel

          En ne perdant pas de vue que vous aurez de toute manière beaucoup de mal à donner des apports suffisants ; et qu’il ne faudrait pas que, par exemple, un apport excessif de fruits de type melon ou pastèque ait un effet laxatif trop prononcé.

          C’est la raison pour laquelle une perfusion sous-cutanée est souvent plus simple.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La déshydratation en gériatrie Le 10 mars 2016 à 20:25 , par lamara

    Je vous remercie pour ce thème.
    j’ai une malade âgée parkinsonienne sous traitement qui a beaucoup maigri et des signes de fatigue sont apparus ,somnolence , hypotension,depuis une semaine , quand on lui donne des aliments solides ( dattes, oranges ) elle mâche bien et avale normalement , mais quand on lui donne de l’eau elle le laisse dans la bouche et met beaucoup plus de temps pour l’avaler . pourquoi ? est ce que c’est due à sa maladie ? Peut-on lui donner les sachets de sel de réhydratation mais elle n’a pas de diarrhées.


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    • La déshydratation en gériatrie Le 10 mars 2016 à 22:23 , par Michel

      Bonsoir, Lamara.

      Je préférerais avoir vu la malade. Mais la réponse me brûle les lèvres, alors je me lance.

      Cette malade parkinsonienne commence à avoir des troubles de la déglutition. Et elle s’est aperçue qu’elle a plus de problèmes à déglutir les liquides que les solides. C’est ce qui fait qu’elle a peur d’avaler.

      Du coup, les pistes stratégiques sont assez simples.

      En aucun cas il ne faut brusquer les choses : l’échec est assuré.

      Il faut veiller à ce qu’elle soit posturée impeccablement pour manger et pour boire ; le point crucial est le bon relâchement de la partie antérieure du cou. Un ergothérapeute, un orthophoniste vous aideront.

      Ce serait une indication de l’eau gélifiée, mais avec deux réserves :
      - Je n’ai jamais vu personne boire un litre d’eau gélifiée.
      - Si l’eau gélifiée évite beaucoup de fausses routes elle ne les évite pas toutes, et celles qui restent sont des fausses routes à la gélatine, ce qui est bien pire que des fausses routes à l’eau.

      Les sachets de sel n’ont aucun intérêt.

      Vous pourriez envisager des perfusions sous-cutanées la nuit, ce serait le plus simple. A condition d’avoir mené une réflexion éthique approfondie, car cette situation a toute chance d’être définitive. Dans ces conditions il est impératif de savoir quel est le désir de la personne.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La déshydratation en gériatrie Le 13 novembre 2015 à 09:34 , par Marie Thérèse

    très bon sujet,
    par contre, il vaut mieux repiquer tous les soirs, avec une aiguille fine à ailettes, que de laisser en place avec les risques encourus (arrachage de l’aiguille par le patient, induration), et repiquer en changeant de site tous les jours.
    Une hydratation n’est pas de l’acharnement, comme on pourrait le penser, c’est juste empêcher la personne de mourir de soif. Ca s’appelle un soin de confort, pouvant adoucir la fin de vie d’une personne. Je suis contre l’acharnement et pour le confort du patient.


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    • La déshydratation en gériatrie Le 13 novembre 2015 à 19:28 , par Michel

      Bonsoir, Marie-Thérèse.

      Je suis heureux de cet échange. Car en matière de perfusion sous-cutanée il me semble que la seule vérité est celle de l’expérience, de l’empirisme. Nous ne constituerons un savoir qu’en comparant nos pratiques.

      Et je ne peux parler que de la mienne, avec cette circonstance aggravante que je n’ai plus d’activité de soins. Je ne parle donc que de ce que j’ai fait, sans pouvoir la compléter ; j’en suis conscient, et je la livre telle quelle.

      Dans ma pratique, il n’a jamais été nécessaire de repiquer tous les soirs ; il s’est produit que certains patients arrachent leur aiguille mais :
      - Ils n’ont pas été plus fréquents (on ne saisit d’ailleurs pas pourquoi ils l’auraient été) quand on laisse l’aiguille plusieurs soirs de suite : il y a des patients qui arrachent leur aiguille, même quand on repique tous les soirs ; ou dans la journée.
      - Quand cela s’est produit, je n’ai jamais enregistré le moindre incident.

      C’est pourquoi j’attends avec impatience vos propres données ; et celles de tous ceux qui voudront en produire ; c’est le seul moyen de produire du savoir.

      Il en va de même des indurations : je n’en ai jamais constaté, même en laissant l’aiguille en place trois semaines. Et la question que je me pose est de savoir si ce résultat est dû à l’utilisation de la technique très stricte que je décris, ou si d’autres pratiques, que je n’ai pas essayées, sont tout aussi performantes.

      Sur l’hydratation, je crois que vous avez raison de la dédramatiser : ce n’est pas en soi une mesure d’acharnement thérapeutique, tout dépend de la situation. En revanche il faut à mon sens préciser deux points :
      - "mourir de soif", ou de faim, est un fantasme : on confond trop souvent la déshydratation et la soif. Ce que l’expérience courante montre (et la crise sanitaire de 2003 nous l’a prouvé) que dans leur immense majorité les malades déshydratés n’ont pas soif. Tout comme les malades en fin de vie n’ont pas faim.
      - En fin de vie, une légère déshydratation est un élément de confort.

      Mais ici aussi nous sommes dans l’empirisme, et la seule solution est de confronter nos données.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La déshydratation en gériatrie Le 12 mars 2016 à 17:31 , par sebastian

      Effectivement, la déshydratation à ses avantages aussi quant à la personne en fin de vie\soins palliatif. En phase terminale, un état de déshydratation peut permettre de ;
      1.Limiter les sécrétions bronchiques et l’encombrement qui peut en résulter.
      2.De diminuer la possibilité d’oedème si la fonction rénale est touché.
      3.D’obtenir un effet antalgique par la sécrétion d’endorphine qui est secondaire de la déshydratation.
      Maintenant il faudra seulement valider le désir du patient ou de la famille responsable de décider si le patient est prêt à quitter ce monde.

      Sebastian .Inf


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      • La déshydratation en gériatrie Le 12 mars 2016 à 18:05 , par Michel

        Bonjour, Sebastian.

        C’est exactement cela. Et je voudrais bien être sûr que vtre dernière exigence est toujours respectée, y compris dans le milieu des soins palliatifs.

        Bien à vous,

        M.C.


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  • La déshydratation en gériatrie Le 9 novembre 2015 à 14:50 , par moulin

    Bonjour
    Est il judicieux et vraiment souhaitable de faire souffrir un malade déshydraté (85 ans), atteint de démence (ou Alzheimer selon les diagnostics) à un stade très avancé (perte totale des repères, parole difficilement compréhensible, amaigrissement important après 10 mois d’EHPAD, affaiblissement qui l’empêche presque totalement de déambuler) en l’hospitalisant pour le perfuser ?
    Je sais que mon père n’acceptera pas la contrainte de l’immobilisation pour perfusion, et, ne comprenant pas la situation, il sera opposant voire agressif (comme il l’est devenu dans toutes les situations dont il ne comprend plus le sens)

    Merci d’avance pour votre avis !


    Répondre à ce message

    • La déshydratation en gériatrie Le 9 novembre 2015 à 19:21 , par Michel

      Bonjour, Josiane.

      Il faut être très prudent avant de répondre à votre question, mais vous avez cent fois raison de vous la poser.

      D’une manière générale je suis prêt à dire qu’un dément évolué, notamment s’il se trouve en institution, doit être assimilé à un malade en soins palliatifs, parce que les questions éthiques s’y posent de la même façon. Mais il faut aussitôt nuancer ce jugement : je connais des déments heureux, et pour lesquels il serait certainement inacceptable de décider une limitation des soins.

      Le problème essentiel est que, face au dément, notre souffrance tend à occuper tout le champ, et que nous jugeons de la situation en fonction, non de ce qu’il peut vivre, mais de ce que nous vivons. Le devoir éthique est alors de rappeler que le dément est un humain vulnérable, et qu’il convient de le protéger.

      Mais laissons cela. Vous décrivez un malade très affaibli, ce qui fait plutôt penser que la question des soins pourrait bien se poser en termes d’acharnement thérapeutique. Que faire alors ? Simplement, je crois, s’asseoir et réfléchir.
      - Que savons-nous de ce qu’il a pu dire, même dans un passé lointain, sur ses conceptions de la vie et de la mort ?
      - L’épisode qui l’a mis dans cet état est-il réversible, ou s’agit-il d’une pathologie plus chronique ?
      - Quel était son confort de vie jusqu’ici ?
      - Le projet de perfusion est-il susceptible d’engendrer une souffrance insupportable ?
      - Quel est le projet de soins général de l’équipe soignante ?
      etc.

      En d’autres termes :
      - Je pourrais être moi aussi, dans certaines circonstances, favorable à une limitation des soins.
      - Mais il faut examiner toutes les facettes du problème.
      - Ce qui en revanche me choquerait, c’est qu’il n’y ait pas une discussion entre les médecins, les autres professionnels et vous. Après, je persiste à penser qu’il est normal que ce soient les médecins qui décident : on les paie pour ça. Mais pas sans vous avoir consultés.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La déshydratation en gériatrie Le 20 octobre 2015 à 16:04 , par ahadi

    Qu’est ce qui est à l’origine du trouble de comportement chez les personnes agées ?


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    • La déshydratation en gériatrie Le 20 octobre 2015 à 18:20 , par Michel

      Bonsoir, Ahadi.

      Il y a beaucoup trop d’hypothèses pour que je puisse vous répondre.

      Je dirais que l’essentiel est de ne jamais perdre de vue que les causes physiques sont les plus importantes à rechercher (douleur, fécalome, infection, autre inconforts, troubles biologiques, médicament récemment introduit). Trop souvent on se figure que les troubles du comportement, étant d’allure psychique, ont une cause psychique. Cela se produit, certes, mais si on ne recherche pas les autres causes on va perdre des chances de guérir le malade.

      Pourriez-vous préciser votre question ?

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La déshydratation en gériatrie Le 11 août 2015 à 10:01 , par robert baudouy janine

    résumé interessant


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Gériatrie, soins palliatifs - Michel Cavey (Michel Cavey)
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