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Caricatures

dimanche 25 octobre 2020 par Michel

Passé la sidération, la tristesse et la colère liées au meurtre de Conflans Sainte Honorine, j’aimerais me permettre quelques questions.

On parle d’attentat terroriste. Je vois bien pourquoi. Mais ce qui me gêne c’est que du coup on gomme la différence entre les actions aveugles dont le seul but est de créer la panique (et d’engendrer des réactions de défense inappropriées) et d’autres attentats pour lesquels leurs auteurs invoquent une motivation (que cette motivation soit délirante est un autre sujet). L’attentat terroriste, c’est Nice. Ou l’Hyper Cacher ; j’ai toujours trouvé l’Hyper Cacher plus glaçant encore que Charlie Hebdo, car il s’agissait d’une diversion, pour laquelle on a délibérément utilisé des humains comme des objets. Passons. Il reste que je préférerais qu’on utilise des mots différents pour dire des choses différentes ; à ne pas le faire nous paierons le prix de cette confusion ; et cela n’implique nullement qu’il y ait des degrés dans l’horreur.

J’ai bien compris tout ce qui va me tomber dessus.

On parle de défendre la liberté d’expression. Et je ne contesterai certainement pas cette ambition ni cette nécessité. Rappelons seulement quelques points.
- La liberté d’expression n’est pas un absolu : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prend grand soin de préciser qu’il peut arriver qu’on en abuse.
- S’il est un endroit où la liberté d’expression est absolutisée, c’est bien aux États-Unis. Et ce sont les mêmes Français qui d’un côté veulent à tout prix protéger la liberté d’expression en France et de l’autre dénoncent les errements du débat américain ; errements qui vont dans un sens comme dans l’autre : d’un côté la promotion des sottises trumpiennes sur les « vérités alternatives », de l’autre celle de la cancel culture.
- Et non seulement la liberté d’expression n’est pas un absolu mais la censure implicite est déjà à l’œuvre dans notre société. Essayez donc d’écrire sur Facebook que vous avez, vous, lu le Code Noir et que vous vous êtes demandé ce qui avait incité Colbert à l’écrire. Il est vrai que ceux qui veulent déboulonner les statues de Colbert sont les mêmes que ceux qui encensent la démocratie athénienne, sans s’aviser que cette démocratie (qui n’a guère duré plus de cinquante ans et a très mal fini) reposait sur l’esclavage.

J’ai bien compris tout ce qui va me tomber dessus.

Avant de décider une action il faut se demander si elle est nécessaire ; puis si elle est légale ; enfin si elle est responsable. Parmi les actes qui sont autorisés par la loi, et il est bon qu’ils le soient, il en est qui sont adéquats, et d’autres qui sont irresponsables. Il faudrait un peu de prudence avant de taxer de lâcheté les responsables du journal danois Jyllands Posten qui a choisi de ne pas republier les caricatures de Mahomet. Ce que nous voyons c’est que la publication de ces caricatures en est à son treizième mort (auxquels il faut sans doute ajouter les victimes de Coulibaly, et je ne parle même pas des assassins. Plus les quatorze morts du Pakistan, plus…) ; cela doit nous inciter à nous demander si nous nous y prenons bien pour combattre cette bande de tarés. Il est de bon ton, pour soutenir notre cause (car je la fais mienne, bien sûr), de rameuter, de Cabrel à Perret, tout ce que notre pays compte de chanteurs à texte, on me permettra donc de citer Brassens :

Qu’aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas
Qu’il faut laisser ce rôle à ceux qui n’en ont pas
Que prendre, sur-le-champ, l’ennemi comme il vient
C’est de la bouillie pour les chats et pour les chiens

J’ai bien compris tout ce qui va me tomber dessus.

On sait depuis Thomas d’Aquin que le blasphème ne peut être prononcé que par des croyants : qui ne croit pas ne peut pas être accusé de blasphème. On sait aussi que le musulman croit que Dieu le protège, et que l’intégriste croit qu’il protège Dieu. Mais il faudrait se demander si, en s’obstinant à lutter à coups de caricatures, on ne leur donne pas, précisément, une valeur qu’elles n’ont aucune raison d’avoir.

J’ai bien compris tout ce qui va me tomber dessus.

Mais je n’aime pas les caricatures ; je n’aime pas qu’on blesse. Il y a suffisamment d’occasions de blesser par inadvertance pour qu’on n’aille pas au-devant de ce qui reste pour moi une atteinte au vivre ensemble. D’ailleurs Charlie Hebdo ne m’a jamais fait rire. Ici encore vient Brassens :

Gloire à qui, n’ayant pas d’idéal sacro-saint
Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins.

J’ai bien compris tout ce qui va me tomber dessus.


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